10.04.2009
Wendy et Lucy de Kelly Reichardt ***

L’argument tient en quelques mots : Wendy cherche son chien Lucy.
Comment tenir 1 h 20 avec si peu ? Apparemment pour la réalisatrice, il suffit de placer une actrice de plus en plus remarquable dans un contexte très particulier, saisir de l’une et de l’autre des fragments sans sombrer jamais dans l’excès ou la sensiblerie et elle obtient ce film rare, pur et précieux.
Il aurait pourtant été simple de se laisser aller au misérabilisme ou à la grandiloquence tant ce que vit Wendy en quelques jours est toujours border line. Mais grâce à l’énergie, la dignité et la gravité de l’actrice suivie de près par la caméra bienveillante de la réalisatrice on est constamment en totale empathie avec le personnage. On compatit sans s’apitoyer.
Il faut dire que Wendy accumule le manque de pot. Elle traverse l’Amérique au volant de sa vieille voiture et veut rejoindre l’Alaska où elle est persuadée de trouver du travail. Elle tombe en panne au fin fond de l’Oregon, tente de voler de la nourriture pour son chien et se fait dénoncer par un jeune vendeur trop zélé. C’est pendant les quelques heures passées au commissariat que sa chienne Lucy disparaît. L’effet sur Wendy est cataclysmique, son chien étant manifestement le seul lien affectif qui lui reste. Coincée entre un parking de supermarché et le garage dont le patron lui annonce que la réparation coûterait plus cher que la voiture (ils sont comme ça aussi aux statesses les garagistes !), contrainte de dormir dehors, terrorisée par un autre SDF, Wendy cherche son chien avec l’énergie du désespoir, à peine aidée par un surveillant de parking, encore obligé de travailler malgré son grand âge manifestement et une employée de la fourrière. Sans bouger d’un pâté de maisons, Kelly Reichardt réussit un étrange road movie statique et donne une vision pas reluisante de l’Amérique profonde, celle d’en bas sans doute, avec chômage, misère et solitude.
La dernière image où s’éloigne la frêle mais courageuse et volontaire silhouette de Wendy m’a fait penser à la dernière des « Temps modernes »… avec un peu moins d’espoir pourtant. Drôle d’époque !
Je vous ai dit que Michelle Williams est phénoménale ?
16:49 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

Commentaires
Écrit par : Charles-Henri | 11.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Charles-Henri | 11.04.2009
Répondre à ce commentaireLe problème du cinéma indépendant américain c'est d'être indépendant... et américain. Pour les diffuseurs, ces films restent complètement à la traîne des productions hollywoodiennes (blockbuster). Chez nous il est sorti dans une seule salle à Montréal... de quoi attirer quelques centaines de spectateurs pas plus... Villa Amalia tu te doutes bien que je ne connais pas, étant donné l'Atlantique qui nous sépare. On le verra peut-être à l'été...
Écrit par : Charles-Henri | 11.04.2009
Répondre à ce commentaireQuant aux films de chez toi. Je suis effarée qu'il en sorte autant et que si peu (même pas un par an) traverse l'atlantique alors qu'à chaque fois c'est un triomphe en France !
Écrit par : de Pascale @ Charles Henri | 11.04.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Charles-Henri | 12.04.2009
Répondre à ce commentaire"Film de répertoire" c'est joli !!!
Moi qui suis franco-française, je suis outrée (vraiment) quand je vois des sous-titres aux films de par chez toi ! Faut dire que j'ai l'oreille fine et comme je suis chti d'origine, j'ai même pas besoin de sous-titres pour "Bienvenue..." non plus, contrairement à des...
Mais j'en aurais sûrement besoin pour un film breton-bretonnant !
Écrit par : de Pascale @ Charles Henri | 12.04.2009
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