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SAGE FEMME

de Martin Provost ***(*)

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Avec Catherine Frot, Catherine Deneuve, Olivier Gourmet, Quentin Dolmaire

Synopsis : Claire est la droiture même. Sage-femme, elle a voué sa vie aux autres. Déjà préoccupée par la fermeture prochaine de sa maternité, elle voit sa vie bouleversée par le retour de Béatrice, ancienne maîtresse de son père disparu, femme fantasque et égoïste, son exacte opposée.

J'ai beaucoup aimé le bout de route que ces deux femmes font ensemble. Elle m'ont touchée, émue, bouleversée même et j'y suis allée de ma petite larme à plusieurs reprises. L'une un peu corsetée par son éducation, sa vie, son métier, son sens du devoir a mis sa vie personnelle entre parenthèses. L'autre, véritable électron libre, sensuelle, épicurienne n'a jusqu'alors pensé qu'à satisfaire ses plaisirs immédiats sans se soucier des effets collatéraux.

Lorsque Béatrice déboule dans la vie Claire, cette dernière résiste un peu. Qu'a-t-elle en commun avec cette femme qui lui a fait tant de mal et qui ressurgit 35 ans après sans se douter de rien ? Que lui doit-elle ? Rien. Mais la tornade Béatrice est aussi agaçante qu'irrésistible et il est bien difficile de lutter. Quand une personne aussi entière entre dans votre vie, presque par effraction, soit vous claquez la porte, vous "changez de trottoir immédiatement" comme le suggère Paul à Claire, le fils du voisin jardinier rencontré par hasard (Olivier Gourmet, très bien), soit vous lui laissez la place. Et votre vie en sera forcément bouleversée. Tant pis, tant mieux.

C'est un film tendre et doux, dur et réaliste aussi. Le métier de Claire, l'intégrité et le don de soi avec lesquels elle l'exerce, la précarité qu'elle rencontre lorsque la maternité ferme par "manque de rendement"... tout cet aspect documentaire est bien présent mais n'alourdit pas le thème du film, la rencontre de deux femmes de deux générations différentes (même si dans la réalité les actrices n'ont qu'une dizaine d'années d'écart) qui vont apprendre à se connaître et à s'aimer malgré les contrastes de leur forte personnalité.

Mais ces deux femmes ont en commun d'avoir dû bagarrer ferme pour rester ce qu'elles sont, dignes, droites et libres. Tous les hommes ne sont pas obligés ou capables de comprendre...

Olivier Gourmet s'en tire vraiment bien dans un rôle pas évident. Pas facile de trouver sa place entre ces deux femmes, mais il assure grave. Mais bon, pour une fois que les deux personnages principaux d'un film sont deux femmes on ne va pas alerter le MLH. Et puis, trouvez-moi UN mec qui accepte sans broncher de se faire rabrouer comme Paul l'est ici ? Puis revenir au galop, servir de nounou, patienter... sans rien dire ? Un vrai rôle de science-fiction ! L'autre garçon de l'histoire c'est Simon le fils de Claire, interprété par Quentin Dolmaire déjà remarquable dans cette merveille. Il parvient ici en quelques répliques, quelques scènes à faire exister un personnage secondaire (même s'il est capital dans la vie de Claire). Il est aussi dans la scène de baiser la plus belle que j'ai vue au cinéma depuis longtemps.

Evidemment ce sont les deux Catherine qui valent le détour. Ces actrices tellement belles, tellement fortes, tellement vraies ! Pas une ne vole la vedette à l'autre. J'adore Catherine Deneuve, MA Catherine quand elle est aussi fantasque, drôle et vive qu'ici. Et puis, d'une réplique, à la fois drôle et terrible "Putain, la poisse !", elle peut tirer les larmes. Elle fonce comme un petit soldat, mange des côtes de bœuf, fume comme un pompier, joue aux cartes dans des sous-sols, et se trouve pourtant à la rue, sans logement, sans amis, sans personne à un âge avancé. Lorsqu'elle supplie au téléphone "tu peux pas venir dormir avec moi, j'ai tellement peur !", elle est bouleversante. Lorsqu'elle s'extasie devant un gros pépère de bourdon, elle est tordante. Elle est parfaite, unique, irremplaçable. Catherine Frot résiste face à la tornade et modestement, discrètement impose sa belle présence, son beau personnage généreux pétri de doutes, d'hésitation. Et de la même façon a une façon de balancer des répliques toutes simples qui font monter les larmes : "oh ben j'sais plus quoi penser là"...

On aimerait pouvoir les rejoindre dans leur jardin.

Peut-être pas un grand film, mais un beau film !

Commentaires

  • Pour les Catherine et pour l'Olivier, ça m'fait envie !
    Vais-je trouver le temps dans un agenda surchargé ? That is the question.

  • Pfffffff et un de plus sur la liste ! J'en suis à espérer qu'il pleuve le week-end juste pour faire honneur à ta Check list

  • Je vais y aller ; pour l'instant j'ai plus urgent, mais il va sûrement tenir un petit moment celui-là.

  • J'ai vu la BA hier mais c'était plutôt contre-productif : ça avait l'air tarte, malgré Deneuve, Frot et Gourmet. Mais comme ces temps-ci j'ai tendance à te croire sur parole, j'y jetterai un coup d'œil si l'occasion se présente.

  • Tarte ??? Ah ben c'est sûr qu'il n'y a pas de jolie fille qui vol... euh se fond dans le décor ou de chrétiens qui se font trucider :-)))
    Mais je suis toute chose d'apprendre que ma parole est d'or !
    Cela dit si tu es allergique à Catherine D. (moi elle me fascine) il faut entrer dans une autre salle.

  • On ne m'a diagnostiqué aucune intolérance aux Catherine, bien au contraire. Pas plus qu'à ce belge Gourmet (j'espère au moins qu'il finit par bouffer les deux autres à la fin, avec un nom pareil).
    Est-ce qu'au moins il y a une balade en forêt ? ;-)

  • J'ai bien compris que tu étais plus intéressée par les grosses mécaniques. ;-)

  • Franchement je me demande ce que je répondrais à un routier qui voudrait m'emmener dans son gros engin !

  • Bonjour Pascale, n'oublions pas Serge Reggiani et ses loups. Un film qui m'a touchée mais il n'est pas gai. Bonne après-midi.

  • Ah oui cette chanson... Mais Olivier Gourmet aurait pu tenir le rôle de la castafiore !!!
    Bonne soirée.

  • Merci de cette belle critique chaleureuse et juste.
    Oui, c'est un très beau film, bouleversant et tous les acteurs sont très bons.

  • J'ai bien aimé ce film, humain, juste, drôle et triste à la fois. La vie est à prendre à bras le corps, et jusqu'au bout, voilà ce que j'en retiens!

  • Elle ne s'en prive pas Béatrice et Claire finit par comprendre :-)

  • Ah là là, comme d'hab j'arrive après la bagarre, moi : je l'ai vu dans l'avion !
    J'ai ADORE ce film, sûrement pas le film de l'année, et certainement pas un film pour hommes, mais les 2 Catherine sont absolument extraordinaires, la Grande Catherine qui s'envoie une pièce de boeuf avec son verre de jaja est authentique à souhait, et la grande Catherine, toujours avec son air tranquille et son bon sens terrien (en plus elle jardine, logique) est, comme toujours, d'une justesse absolue.
    L'amoureux, qui arrive là par hasard, et qui reste, surtout, est absolument désarmant de douceur et de gentillesse, et le Simon, franchement, quand il passe la tête par la porte alors que le portrait de son grand-père est projeté sur le mur, est un moment troublant.
    Pour la balade en forêt, si, un peu, mais en camion.
    Mais la Catherine, la Grande, en forte femme qui n'en fait qu'à sa tête, solide, toujours féminine (le déshabillé, les chemisiers, les lunettes de soleil, et "je te laisse mes chemisiers en soie qui devraient bien t'aller"), qui mange, boit et fume sans se poser la moindre question, le joue tellement naturellement que je me demande si elle n'est pas un peu comme ça dans la vraie vie...

  • Après la bagarre mais ça vaut le coup.
    Tu parles trop bien de MA grande Catherine, de tout ce qu'elle incarne ici avec tant de justesse. Elle me tire les larmes aussi, en plus des sourires.
    J'ai entendu une émission où Augustin Trapenard lui demandait si cette femme n'était pas elle. Elle a répondu avec son ton qui n'accepte pas la réplique : PAS DU TOUT :-)

    Quant à Simon qui passe sa tête alors que le portrait est sur la porte... Quelle sublime idée !

  • Ah mais les deux sont génialissimes, on a à la fois envie de leur coller une paire de claques et de les prendre dans nos bras tellement elles sont vraies.
    Entre celle qui ne veut pas mettre le moindre orteil dans cette galère mais va le faire quand même juste parce que c'est sa nature d'être là quand les autres ont besoin d'elle, et celle qui fout les pieds dans le plat et s'en fout royalement, mais se fait toujours pardonner parce qu'au fond, c'est une bonne personne.
    Je ne sais pas si elles sont comme ça dans la vie, mais en tout cas, c'est incroyablement bien joué, je pense que le fait qu'on se pose la question donne la réponse de la magistralité de leurs interprétations mutuelles.
    En +, ça permet de changer d'imper !

  • Oui franchement cet imper !!!!
    Elles sont tellement naturelles, on y croit dur comme fer et on se retrouve dans certains traits de caractère de l'une ou de l'autre... Être totalement l'une ou l'autre : quel sacerdoce :-)

  • En fait, les deux sont de très belles personnes, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs grandeur d'âme, leurs travers, un peu cabossées, bref, pour tout dire, on adorerait les avoir comme copines !

  • Ah oui et aller au jardin avec elles... ça nous reposerait. Et on inviterait Agnès Varda. Le rêve !

  • Et Philippe C.
    Non mais tu imagines Philippe C. au jardin, dans le petit cabanon, nous tous, devant un verre de rosé, et lui, qui nous raconterait des histoires incroyables pendant des heures, autour de petits riens
    Ah là là là là, le pied

  • Philippe C. et son bac "mention passable"... on boirait ses mots à en oublier le rosé !

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