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FOXTROT

de Samuel Maoz ***

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Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray

Synopsis : Michael et Dafna, mariés depuis 30 ans, mènent une vie heureuse à Tel Aviv. Leur fils aîné Yonatan effectue son service militaire sur un poste frontière, en plein désert. Un matin, des soldats sonnent à la porte du foyer familial pour annoncer au couple une nouvelle dramatique.

Les officiers leur annonce la mort de Yonatan. Michael et Dafna sont dévastés. Dafna en proie à une crise de panique est immédiatement mise sous sédatif tandis que Michael, incapable de pleurer, rejette toutes les aides immédiates qui lui sont proposées.

Ce film étrange et intense joue avec nos nerfs, notre perception et nos certitudes. Ne lisez surtout pas Télérama qui raconte tout (et pour une fois ce n'est même pas la faute de Pierre Murat). Il faut se laisser cueillir comme je l'ai été par les retournements de situation incroyables qui surgissent par deux fois. Le film est construit en trois parties sans doute égales mais totalement différentes par le style et le ton.

Dans la première partie nous sommes dans l'appartement déprimant mais très chic, symbole de la réussite du couple. Le père tourne en rond comme un lion. Incapable d'exprimer ou de ressentir la douleur et la torpeur dans lesquelles l'annonce de la mort de son fils l'ont plongé, il se brûle la main pour tenter de ressentir quelque chose.

Le réalisateur compose des plans parfois vertigineux, à la verticale de l'acteur, des plans fixes, des plans très visuels, presque graphiques... Si c'est très beau, c'est parfois agaçant car on voit que la forme est souvent privilégiée au fond et on a plutôt envie de se rapprocher davantage de Michael (Lior Ashkenazi donne toujours envie de s'approcher très près...) et de son chagrin, de sa colère, de l'abîme d'incompréhension dans lequel il est plongé. Les réactions de l'armée sont à la fois froides, mécaniques et empathiques. Forcément insupportables quand le seul souhait d'un père est de voir le corps sans vie de son enfant. Ce qu'on lui refuse en organisant pour lui les obsèques du fils.

Israël est un peuple à part. Les générations actuelles doivent être fortes et viriles (pour les garçons) car rien de ce qui peut leur arriver n'égalera l'horreur de la Shoah. Vivre avec cet héritage est paraît-il toujours très prégnant même pour ceux qui ne l'ont pas vécu directement. Ceux qui l'ont vécu étant évidemment de moins en moins nombreux.

Et puis, soudain...
Foxtrot.
Le titre est symbolique, métaphorique, le Foxtrot étant une danse où l'on revient toujours au point de départ. Et il y a comme ça parfois dans des films, une scène qui installe sur le visage du spectateur et alors qu'il s'y attend le moins (c'est encore meilleur) un sourire d'une oreille à l'autre. Je ne vous dis rien, mais la première apparition de Yonathan est délicieusement baroque et farfelue, belle et enthousiasmante aussi. On se retrouve donc en plein désert où Yonathan et trois jeunes soldats comme lui gardent un poste frontière où il ne se passe quasiment rien. Une voiture de temps à autre, un dromadaire (au rôle prémonitoire) pour lequel il faut ouvrir la barrière. L'angoisse des passagers qui veulent passer la frontière se lit sur leurs visages. Tout se passe sans un mot. Ils attendent que leurs papiers soient contrôlés. Un couple qui se rend sans doute à une soirée en fera les frais. Les soldats, peut-être même pas par sadisme, les font attendre sous une pluie battante. La belle robe et la jolie coiffure de la dame sont complètement anéanties. Le beau sourire rassurant de son compagnon qui semble dire "tu es belle quand même... ou, ce n'est pas si grave", est une des belles images du film.

Et puis il y a le baraquement des garçons qui s'enfoncent peu à peu dans le sol rendu instable par la pluie... Là encore en plans fixes d'une grande beauté, le réalisateur bifurque dans l'absurde, le burlesque. Sans doute pour appuyer le non-sens de la situation, l'absurdité de ce check-point, de l'armée, de la guerre en général. Il faut décrypter.

Et enfin, retour à l'appartement sinistre et chic après un dernier retournement qui parle de deuil, de traumatismes, des efforts d'une famille pour accepter ou comprendre l'inacceptable.

Vous l'avez compris, il faut y aller tous sens en alerte car le réalisateur ne se perd pas en explications mais le film est plutôt fascinant.

P.S. : je connais la sublime musique du générique de fin mais même en attendant jusqu'à la toute dernière note, je ne l'ai pas trouvée au générique. Quelqu'un peut-il m'aider ?

Pour la musique, merci Clément. Pleurez maintenant !

 

Commentaires

  • Est ce que quelqu'un peut m aider à trouver la musique du générique Dudu magnifique film foxtrot?

  • Concernant la musique du générique de fin, il s'agit de Arvo Pärt- Spiegel im Spiegel :)

  • Bonjour Pascale, vu enfin hier soir : très bien. Je m'attendais pas à un aussi bon film. A la fin, j'ai entendu une femme sangloter dans la salle, cela lui a peut-être rappelé quelque chose. Bonne journée.

  • Bonjour Dasola, oui c'est un film étonnant. Contente que nous soyons deux (trois avec la dame qui pleure...) à avoir aimé. Qui n'a pas été touché par un deuil ?.. Celui du film est particulièrement terrible et... couillon.

  • C'est un film à la fois sur le deuil, le conflit israélo-palestinien, le service militaire, l'usure dans le couple... et une oeuvre ambitieuse sur le plan formel. Même si le début traîne un peu, j'ai beaucoup aimé.

  • Oui c'est tout à fait ça.
    Un film TRES ambitieux
    D'accord aussi qu'au début il se regarde filmer... mais il y a Lior.

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