Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

MASTER GARDENER

de Paul Schrader °°°

Master Gardener

Avec Joel Edgerton, Sigourney Weaver, Quintessa Swindell

Dans une grande demeure façon plantation du Sud à la Margaret Mitchell (colonnes blanches, rocking-chairs en enfilade, bonniche noire) Madame Haverhill* prépare fébrilement l'élection de la prochaine fleur de l'année ou sa vente aux enchères (c'est pas clair) en compagnie de son horticulteur jardinier Narvel (Narv' ou mon chéri choux pour les intimes).

Son jardin (d'une mochitude à pleurer) est sa fierté et elle en arpente orgueilleusement les allées en compagnie de son gardener préféré. S'il doit rester sur la terrasse pour ne pas salir avec ses bottes en caoutchouc et ses mains crasseuses, la dame ne rechigne pas à l'inviter dans sa chambre et le garçon serviable jusqu'au sacrifice n'hésite pas à lui faire admirer encore et encore ses tatouages explicites. La dame en est toute émoustillée. Petite nostalgie d'une époque passée peut-être. Le garçon a beaucoup à se faire pardonner et à se pardonner à lui-même et le réalisateur reprend à peu près la même trame que dans son précédent film (une réussite totale) The card counter sauf que cette fois c'est moche et chiant. Ici encore le personnage, une ordure au passé douteux s'est transformé en agneau mais au lieu de taper le carton dans les casinos, il se conte fleurette et sniffe la terre à grandes goulées. Evidemment, il consigne dans son journal intime (mais quel macho écrit son journal intime ???) toutes les subtilités et l'ordre d'éclosion des primevères et des rhododendrons. Non seulement il écrit mais il se croit obligé de nous lire en voix off (INSUPPORTABLE) le fruit de ses travaux et réflexions (oui, réflexions, je me laisse emporter). Franchement quand on sait que telle fleur occupe telle place dans l'ordre d'arrivée d'éclosion, on n'a pas perdu sa journée.

Dame Haverhill, une snobe imbuvable, une méduse comme le suggère le papier peint de son salon, coiffée comme une vieille, qui assortit ses gilets dont elle n'enfile pas les manches (le summum de la coolitude) à sa déco déclare, au terme d'un monologue lénifiant, que sa petite-nièce, fille de la fille de sa soeur va débarquer parce que tout le monde autour d'elle est mort. Pourquoi l'accueille-t-elle alors qu'elle n'en a strictement rien à battre de la gamine qu'elle n'a pas vue depuis 15 ans et qu'elle va détester sans même la connaître malgré la bonne volonté sans sous-entendu de la petite ? Subtilité scénaristique qui m'a échappée ou simplement parce que la petite a le tort d'avoir 50 ans de moins que la dame, et qu'elle est donc logiquement plus fraîche à la consommation. En tout cas, elle souhaite que Narv la prenne en apprentissage et lui apprenne le métier bordel. C'est ballot, elle est métis mais la confier aux mains d'un (ex ?) suprémaciste blanc, ça peut aider sur le chemin de la rédemption. Dès son arrivée, elle troque sans rechigner son look de zonarde, cheveux en bataille, jean déchiré, t-shirt fluo, lunettes noires (l'air con quoi) contre des tresses, une salopette et des bobottes pour patauger dans la gadoue bidouwa. Et devient, en moins de temps qu'il n'en faut pour prononcer Phallus de titan, une passionnée d'horticulture, sniffage de terre inclus et arborer une parfaite mine de première de la classe (l'air con quoi). Bizarrement tata Haverhill la trouve insolente. On se demande vraiment pourquoi puisque la gamine fait tout bien comme il faut et sourit bêtement constamment.

Sauf qu'un jour elle revient avec la tempe amochée (félicitations aux maquilleurs !!!) et le verdict tombe : c'est une drog'addict et elle fréquente la racaille des bas fonds. Elle saute au cou de Narvel qui la repousse. Mais il est aperçu en train de remonter son pantalon en pleine nuit (alors qu'à ce moment là il est encore innocent de toute relation sexuellement répréhensible) ce qui déplaît fortement à Madame qui lui demande de quitter immédiatement les lieux. Ben voilà, on n'a plus le droit de remonter son pantalon en pleine nuit ! Il emmène avec lui Maya l'abeille (c'est le nom de la petite) et lui inflige une cure de désyntox express très réussie : il la met au lit et elle vomit une fois. Il a gardé en lui l'amour du travail bien fait et du crime qui ne doit pas resté impuni. Il va donc aller s'occuper des dealers qui ont frappé la butineuse armé d'un flingue et d'un sécateur. Forcément ça met la petite en émoi qui lui demande de se déshabiller. La romance est parachutée, que dis-je, elle s'écrabouille là sans préliminaire. Toujours opé pour montrer son torse parfait et ses tatouages, Narv' s'exécute et plus si affinités. Qu'une fois encore il y ait 30 ans d'écart entre deux personnages, on doit gober l'affaire (sachant que le "couple" ne fonctionne pas du tout) mais Paulot (se justifie) s'explique : "Je voulais que les écarts d’âge des personnages ajoutent au malaise de la situation". Notons pour être parfaitement impartiale que l'écart d'âge entre Narvel et Madame est quasi le même en sens inverse, mais une dame de 75 ans qui couche avec un homme de 50 me paraît moins "choquant" (mode pudibonderie activé) qu'une minette de 20 avec le même homme. Mais bon, les lois de l'amour sont impénétrables.

Si l'on met de côté l'histoire absolument ennuyeuse, les personnages fades, les acteurs qui ont l'air de se demander ce qu'ils font là, que reste-t-il ? Même pas le jardin. Filmé les jours de mauvais temps sans soleil, il ne possède aucune couleur, rien ne s'en dégage. Schrader semble davantage fasciné par l'alignement des rocking-chairs vides qu'il nous montre à plusieurs reprises sans nous donner la moindre explication de l'éventuel faste d'antan. Il agrémente l'histoire de Narvel de quelques flash sur son passé d'exécuteur de basses oeuvres. Et que lui a-t-il pris de brusquement inclure cette scène où Narvel et Maya sont dans une voiture et traversent un tunnel de fleurs, une explosion de couleurs, en hurlant ? J'ai vraiment eu envie de les égorger ! Comme dans Taxi driver où Travis venait au secours d'une petite prostituée de 14 ans, dans The card counter où le héros prenait sous son aile un jeune homme, il aurait sans doute été plus malin et intéressant (peut-être... vraiment pas sûre du tout) qu'une relation paternelle lie les deux personnages. Dire que cette non histoire d'amour soit une idiotie et une aberration est vraiment en dessous de la vérité. 

Le film s'achève sur une scène hallucinante entre guimauve et sucrerie.

Très lourd voire impossible à digérer !

...............................................

* Petite joueuse la mère Haverhill. A Nancy plage, nous attendons l'éclosion prévue pour le 10 juillet du Phallus de Titan. Il s'agit de la plus grosse fleur du monde, amoureusement choyée au Jardin Botanique Jean-Marie Pelt (toujours tout droit en montant et première à gauche). Evidemment, j'irais bien mater du phallus mais 15 000 curieux sont attendus, forcément, j'hésite. Pas envie de me prendre un coup de sécateur de la part d'un nerveux. Et puis, petit détail, la bestiole exhalerait une persistante odeur de cadavres en putréfaction repérable à 800 mètres (un vrai mec quoi). Donc, je suis en pleine réflexion. A suivre...

Commentaires

  • Effectivement, "à peu près la même trame que dans son précédent film", qui n'était pour moi pas une réussite totale, kif kif pour les deux, une première partie prometteuse, climax et personnage intéressant puis ça fait pshittt

  • Le climax m'a échappé. Tout est plat.

  • Je pense que le phallus sera plus intéressant.

  • Je suis allée voir la chose sur internet, heureusement on n'a pas l'odeur .. les critiques m'avaient déjà alertée sur le manque total d'intérêt de ce film, chez toi c'est un vrai feu d'artifice, j'ai bien rigolé.

  • Si le machin pue autant qu'il est énorme, ça promet.

    Ce film c'est du vide.

    Contente si je fais sourire (c'est le but) mais il y a abus de ○○○ ces derniers temps.

  • J’ai bien ri. Ce qui me sidère, c’est ta capacité a revenir sur tous les détails. Tu n’as pas aimé mais au moins tu n’as pas dormi visiblement.
    Je suis obligé de valider à peu près tout. Un petit accessit à la mise en scène très smooth, comme dans Card Counter. Les casinos et parties de poker tendues en moins.

  • Je n'ai hélas pas dormi. Je pensais pouvoir au moins m'extasier devant le jardin. En les suivant l'arpenter je me disais : on va finir par arriver à l'endroit merveileux !!! Il n'existe pas. Ce jardin est moche et triste comme les personnages.
    Une mise en scène smooth ? C'est mignon. Si tu entends par là molle, sans éclat ni originalité (sauf le grand moment d'explosion florale qui nous explose au visage), nous sommes d'accord.
    Bon je file me prendre un smoothie pour me rafraîchir.

  • On s'est régalées à lire votre critique ;) ! Du coup, par esprit d'opposition on serait presque tentées d'aller le voir ...

  • Oui l'important est de se faire sa propre idée.
    Bon courage.

  • Il parait que le gros machin émet une odeur pestilentielle jusqu'à 800 m, berk !

    Mais que diable est allée faire Sigou dans cette galère ?
    Je le regarderai un dimanche soir ou dans l'avion rien que pour elle

  • Sigou, y'a longtemps qu'elle ne fait plus de merveille je trouve.
    Elle est moche ici avec sa coiffure de daronne et son absence de bouche.
    Courage aussi.

  • Si j'ai bien compris, faut que j'évite....

    En tout cas une bien belle critique, tu pourrais en faire un scénario... Quelques coupes, pour savoir si on garde les tatouages de Joel ou le Phallus de Titan au centre de l'histoire, ça dépend dans quel genre de cinéma tu voudrais t'y exposer...

  • Fais comme tu le sens, moi, je suis partie en repérage et c'était éprouvant.
    Tu imagines bien que les tatouages de Jo s'arrête là où les yeux des deux donzelles s'égarent. Mais c'est finalement lui qui se met à genoux. Bon je te passe les détails mais évidemment on ne peut mesurer l'ampleur de l'entre-jambes du garçon. Paul est très chaste, même la jeune miss est nue mais dans l'ombre et son absence totale de formes semblerait même suggérer qu'elle est emballée dans du film alimentaire.

  • On ne voit pas ses tatouages, question d'époque, mais je suis en train de regarder une série avec Joel Edgerton, magnifiquement habité en tant que... chasseur d'esclaves... Underground Raildoad, grand succès littéraire que tu connais peut-être, certainement... Plus qu'intéressant...

  • Je ne connais ni le livre ni la série.
    Tu m'interpelles là :-)

Écrire un commentaire

Optionnel