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CHRONIQUES DE TÉHÉRAN

de Ali Asgari, Alireza Khatami ****

CHRONIQUES DE TEHERAN, Ali Asgari, Alireza Khatami, Cinéma,

Avec Bahman Ark, Arghavan Shabani, Servin Zabetivan, Sadaf Asgari, Faezeh Rad, Hossein Soleymani

Neuf personnages, neuf visages, neuf façons de décrypter une forme d'enfer de la vie quotidienne, de différentes administrations ou situations à Téhéran. Absurde, drôle et désespérant.

Pour contourner les exigences de l'Etat autoritaire qui sévit en Iran, deux amis cinéastes sont parvenus à réaliser ce film en assurant aux acteurs (pour qu'ils ne soient pas inquiétés) qu'ils tournaient chacun un court métrage. En effet, aussi aberrant que toutes les situations présentes dans le film, un court métrage, contrairement à un long, n'est pas soumis à une autorisation de la part du Ministère de la culture et de l'orientation islamique... Ali Asgari (Juste une nuit, Yalda la nuit du pardon) et Alizera Khatami ont donc tourné à toute vitesse en à peine sept jours, neuf petites histoires fictives mais emblématiques des situations auxquelles sont confrontés les iraniens. Le dispositif est simple et malgré le totalitarisme ambiant, l'humour en filigrane devant tant d'inepties permet de ne pas suffoquer. En neuf plans séquences l'interprète principal est placé dans une situation qui le met aux prises avec une autorité qu'on ne verra jamais mais que l'on entendra. C'est tellement simple que ça en devient implacable, dérangeant, indispensable.

Le film s'ouvre par un long plan fixe sur la ville tentaculaire encore endormie. Peu à peu le jour se lève, les bruits et la rumeur enflent pour devenir une cacophonie infernale de klaxons, de sirènes. Téhéran est une ville bouillonnante, fiévreuse, bruyante. Vivante. Mais ni plus ni moins que toutes les autres grandes villes du monde. Puis le dialogue de sourds entre le citoyen et celui qui représente l'autorité s'installe.

Un jeune papa vient déclarer la naissance de son fils. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'il révèle le prénom que sa femme et lui ont choisi. David. Pas suffisamment iranien selon l'employé chargé d'enregistrer la déclaration. Les arguments implacables du jeune homme qui reste calme et déterminé viendront-ils à bout de l'obstination affligeante de l'autre ? 

Chroniques de Téhéran

Une petite fille en jean et tee-shirt Mickey, un casque sur les oreilles chante et danse sur une musique résolument moderne. Sa mère l'interrompt, elles sont dans un magasin et elles doivent choisir l'uniforme que la petite devra porter à la rentrée. Le choix est vite fait, c'est gris, terne et son interminable tignasse rousse est cachée sous un voile dont aucune mèche ne doit dépasser. C'est sans doute l'un des passages les plus tristes où l'on voit que le sort des filles est comme toujours pire que celui des hommes et doivent finir bâchées dès leur plus jeune âge.

Une élève est convoquée par la directrice de son école qui lui reproche d'être arrivée en cours sur la moto d'un garçon ce qui évidemment a déplacé son voile... Malgré l'aplomb de la jeune fille, la directrice se fait de plus en plus agressive et autoritaire jusqu'à un réjouissant renversement de situation.

Une jeune femme conteste une contravention. On lui reproche de ne pas avoir porté son voile à l'intérieur de son véhicule et que des cheveux se seraient échappés et donc auraient été visibles de l'extérieur. Elle proteste arguant que sa voiture (qui lui a été confisquée sur le champ) est son outil de travail (elle est chauffeur de taxi), qu'il s'agit d'un espace privé et que sa coiffure (elle a le crâne rasé) empêche toute mèche de pouvoir s'échapper du voile. Il m'a semblé dans cet épisode sentir que l'autorité se trouvait quelque peu décontenancée sans pour autant donner raison à "l'accusée". 

Chroniques de Téhéran : Photo

Une jeune fille se présente à un entretien d’embauche. Peu à peu les questions se font de plus en plus personnelles et dérangeantes. Lorsque la jeune fille réagit et signale que les questions n'ont plus rien à voir avec un entretien d'embauche, elle se fait traiter de salope. C'est l'un des moments qui m'a le plus inquiétée.

Un jeune homme vient retirer son permis de conduire. Le fonctionnaire en face de lui s'étonne qu'il porte des tatouages. Il doit les montrer et se déshabiller toujours un peu plus au risque de ne pas obtenir le précieux sésame. L'humiliation est (un peu) compensée par le bras levé et le poing serré du jeune homme qu'il semble brandir comme une provocation. J'étais mal à l'aise mais ravie de ce geste, j'avais envie qu'il lève le doigt du milieu.

Chroniques de Téhéran

Un homme au chômage répond à une annonce. Lui aussi sera humilié en devant reproduire devant le recruteur tous les gestes des ablutions et sera défavorisé parce qu'il ne connaît pas certaines sourates du Coran.

Un réalisateur demande une autorisation de tournage. La personne qui doit donner cette autorisation pointe du doigt certains passages du scenario qui ne correspondent pas aux valeurs permises par la censure. A force d'arracher des pages, le réalisateur se retrouve avec un scenario squelettique. Les réalisateurs doivent savoir exactement de quoi ils parlent.

Une femme cherche à retrouver son chien qui lui a été enlevé par des policiers. Le chien est considéré comme impur. Alors qu'elle l'entend aboyer dans la pièce à côté, le policier assure qu'il n'y a pas de chien. L'entretien devient absolument surréaliste.

Chroniques de Téhéran

Le séisme qui clôt le film est sans doute ce que les iraniens doivent ressentir en permanence au fond d'eux face à cette autorité ridicule, cette répression permanente. C'est d'une tristesse insondable, que ce film parvient à nous faire supporter en insufflant quand même quelques notes d'humour. Désespéré sans doute.

Commentaires

  • Bonsoir Pascale, j'ai trouvé ce film génial. J'aurais bien vu 9 saynètes de plus. Un très très grand film. Bonne soirée.

  • Bonjour dasola.
    Absolument. Déception quand cela s'arrête.
    J'ai oublié de dire que tout cela nous est offert en 1 h 17.

  • Je pense aller le voir ; c'est difficile de se rendre compte de la vie au quotidien là-bas.

  • C'est en effet assez difficile à imaginer.
    Ce film est admirable. Les personnes qui ont un petit pouvoir s'en donnent à coeur joie mais les "victimes" tiennent bon.
    J'espère que le boss de ton ciné a aimé mais je l'imagine focus sur Christine Angot.

  • Dans certaines situations on est à la limite de l'absurde mais certains comportements ou changement de situation sont extrêment agréables à regarder.. Comme partout certain(e)s aiment utiliser jusqu'à l'épuisement leur petit pouvoir !

  • Comme toi j'adore les scènes où la victime retourne la situation. En fait je ne vois que celle de la lycéenne. Trop drôle et bien fait pour le petit Hitler derrière le bureau.

  • J'ignore si les auteurs de ce film connaissent la littérature européenne du XXe siècle, mais les tourments dans lesquels sont plongés leurs protagonistes auraient tout à fait leur place dans l'oeuvre de Franz Kafka.

  • Parfois à notre époque on est encore confronté à des situations un peu aberrantes avec du personnel d'administration zélé (j'ai une petite expérience récente de Préfecture assez croquignolette) mais dans ce pays l'impression est forte que le citoyen moyen est présumé coupable alors qu'il ne fait rien.

  • Je l'ai vu cet été en avant première. J'ai adoré ce film à petit budget sur un sujet très grave. Sans doute des contraintes due à ce pays de m... au niveau politico-religieux. Mais l'aspect minimaliste est un contrainte qui a donné un ensemble très réussi. C'est vrai que l'on en verrait volontiers deux ou trois scènes de plus. L'inspiration kafkaïenne ne fait aucun doute. Catherine l'a vu à St Julien et elle a bien aimé aussi.

  • Oui on peut faire un grand film asticieux et bien interprété avec peu de moyens.
    C'est passionnant, chaque situation est édifiante et ce pays est un enfer pour les citoyens ordinaires.

  • Il montre toute l'aberration d'un régime boursouflé et inopérant dans des scènes de confrontation à l'administration en Iran. Même pas besoin de filmer des parents dont la fille va être pendue pour comprendre toute la perversité et l'incohérence du régime des Mollahs ...

  • On a vraiment l'impression que la moindre situation anodine peut se transformer en danger pour le citoyen.

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