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LA BRUTALITÉ DU MONDE

 

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Quelques mots sur ces films très dissemblables mais qui ont la particularité commune d'évoquer la tentative de survie d'êtres fragiles dans ce monde fou devenu tellement brutal voire invivable. Ils évoquent la lutte de quelques doux intranquilles abandonnés à la violence ou la dureté de certains de leurs semblables plus endurcis.

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MEMORY de Michel Franco ****

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Avec Jessica Chastain, Peter Sarsgaard, Brooke Timber, Josh Charles

Sylvia participe aux réunions des AA (alcooliques anonymes), elle est aide-soignante auprès de personnes âgées et elle vit à New-York dans un appartement dans lequel elle se barricade avec sa fille, une adolescente merveilleuse, solide et pleine d'empathie. Lors d'une soirée d'anciens élèves du lycée à laquelle sa soeur a insisté pour qu'elle l'accompagne, Sylvia se fait aborder puis suivre jusque chez elle par un inconnu. Le lendemain, elle retrouve l'homme frigorifié au pied de son immeuble. Il s'agit de Saul qui aurait fréquenté le même lycée et serait également associé à de sinistres souvenirs. Mais Saul est atteint de démence précoce et ne se souvient de rien. Puisque son état nécessite d'être souvent accompagné, Sylvia devient son aide médicale sous la haute surveillance du frère de Saul qui finira par le priver de téléphone puis de sortie...

De ce réalisateur, j'avais vu le beau et terrible Despues de Lucia qui évoquait le harcèlement en milieu scolaire. Il se penche à nouveau sur le sort de personnages bousculés par et dans leur vie quotidienne. Si le mal dont souffre Saul est clairement identifié dès le départ, l'inquiétude de Sylvia est plus obscure. Elle se barricade chez elle, si elle a besoin d'un réparateur pour son frigo elle préfère que ce soit une réparatrice, elle est brouillée inexplicablement avec sa mère pourtant si aimante avec sa petite fille, son absence manifeste de vie sociale... tout son comportement la rend énigmatique et très sombre.

Et voilà qu'au milieu du chaos de deux âmes souffrantes dont l'une perd la mémoire et l'autre la fait resurgir peu à peu malgré la douleur qu'elle provoque s'invite le sentiment qui sauve :

l'amour.

Avec une infinie délicatesse le réalisateur nous offre d'accompagner ces deux solitudes dont on espère à chaque instant que rien (la maladie, les souvenirs), ni personne (leur entourage respectif) ne viendra contrarier la rencontre...

Terriblement attachants, lovés l'un contre l'autre, Saul et Sylvia nous bouleversent et nous prient de ne pas résister à ce sentiment salvateur qu'est l'amour. Avec leur faiblesse, leurs failles et leur fatigue ils ont bien du mal à résister à l'environnement. 

Jessica Chastain (sans maquillage et vêtue de frusques chinées chez Emmaüs) plus fragile que jamais et Peter Sarsgaard plus doux que jamais (auréolé du prix du Meilleur acteur à la Mostra de Venise amplement mérité) forment ce couple éclopé et maladroit dont les sourires et moments de bonheur sont un cadeau. Ils sont magnifiques quand ils vont à peu près bien ou quand ils se consolent à tour de rôle.

A noter, en marge, le beau portrait d'une ado qui illumine les dernières minutes de ce film triste et beau.

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L'OMBRE DU FEU de Shinya Tsukamoto ***

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avec Shuri, Mirai Morivama, Oga Tsukao

Le Japon est anéanti à la fin de la seconde guerre mondiale. Une jeune femme seule survivante de sa famille ne sort plus du bar qu'elle tenait jadis et se prostitue grâce à un type qui lui fournit de l'alcool et des clients. Un petit orphelin survit en volant sa pitance. Un jeune soldat traumatisé erre dans la ville à la recherche d'un travail. Ces trois survivants abandonnés vont tenter et réussir un temps, blottis l'un contre l'autre, à recréer une oasis de douceur, de tendresse, le mirage d'une famille. Mais l'horreur des traumatismes ne tarde pas à faire irruption dans cette illusion éphémère de bonheur.

Le film suscite davantage la terreur, l'incompréhension que l'émotion, pourtant le témoin des horreurs, de la barbarie et de la déshumanisation est un petit garçon (le petit Oga Tsukao a un visage d'ange) au magnifique regard grand ouvert sur la monstruosité du monde. Il sera tour à tour blessé, jeté par la fenêtre, rejeté, bousculé, battu et on a bien du mal à comprendre l'acharnement du scenario et du réalisateur sur cet enfant, même si l'innocence des enfants est la première sacrifiée dans les conflits.

"Le monde s'éloigne de la paix" dit le réalisateur.

"Je me suis senti obligé de faire ce film comme une prière" ajoute-t-il.

On ne voit guère d'espoir ni même de raison d'espérer dans ce film prière.

L'homme est mauvais, perdu, définitivement.

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GREENHOUSE de Sol-Hui Lee ***

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Avec Seo-Hyeong Kim, Jae-Sung Yang, So-Yo Ahn

La vie privée de Moon-Jung est tout entière consacrée aux autres. Professionnellement elle est l'aide-soignante à domicile d'un couple de personnes âgées. Si l'homme, aveugle, est particulièrement doux et plaisant, son épouse atteinte d'alzheimer est méchante et constamment agressive vis-à-vis de Moon-Jung (elle la frappe ou lui crache dessus). Sur le plan personnel, la jeune femme rend régulièrement visite à son fils, pas très causant ni chaleureux qui séjourne dans une sorte de maison de redressement. Elle retrouve également sa mère hospitalisée et très mal en point. Dans ce quotidien plus que morose Moon-Jung fréquente un centre de partage de la parole où elle fait la connaissance d'une jeune fille pas mieux lotie qu'elle. Quant à son logement, en attente de pouvoir s'offrir mieux, elle occupe une espèce de hangar voué à la destruction.

Vous l'avez compris, tout est sinistre et la première partie du film décrit le quotidien harassant, peu réjouissant en encore moins valorisant de la jeune femme mais aussi la place occupée par les personnes vieillissantes tentées par le suicide voire mourantes dans la société coréenne (est-elle si différente de la nôtre ?). Puis survient un dramatique accident qui remet toute cette routine en question et oblige Moon-Jung à prendre des décisions à la fois surprenantes et radicales.

On comprend alors que toute cette première partie n'était là que pour mettre en place une sorte de thriller domestique où va désormais s'enchaîner toute une cascade de rebondissements par toujours réalistes certes mais qui maintiennent l'attention avec une seule question en tête : comment Moon-Jung, coupable de rien, va-t-elle se sortir de cet imbroglio ?

Le monde là-bas comme ailleurs est sombre même sous le regard d'une toute jeune réalisatrice de trente ans dont c'est le premier film. La finesse psychologique qu'elle développe autour de son personnage principal magnifiquement incarné est implacable. Comment une femme ordinaire, douce et bienveillante peut se transformer en monstre froid et calculateur ? La faute à la société qui délaisse les plus faibles semble nous dire la réalisatrice.

J'ai trouvé la fin, très réussie, glaçante quoique très radicale...

Commentaires

  • J'ai vu "Mémory" et je ne m'attendais pas à un film aussi dur (surtout la trajectoire de la fille). Mais c'est beau de les voir se réconforter mutuellement tous les deux. L'ado est vraiment bien et elle a du mérite dans cette famille compliquée. J'aimerais croire à 100 % à la fin. Les deux autres ne me tentent pas, franchement trop sombres.

  • Oui, ils sont bien secoués tous ces personnages !
    L'ado est incroyable, plus mature et moins torturée que sa mère.
    Je pense que la suite ne sera pas simple...
    Les deux autres donnent envie de se pendre.

  • Je suis bien tenté par les trois, en particulier par le Tsukamoto (Shin'ya de son prénom, réalisateur de Tetsuo, Hiruko the Goblin, Bullet Ballet, que de vieux souvenirs de cinéma frappadingue) qui me semble creuser toujours le même sillon mais dans une forme plus contenue.

  • Ah, au fait, Blaga's lesson est sorti en salle cette semaine apparemment. Je ne me souviens plus si tu l'avais vu au festival.

  • Oui Shinya c'est ce que je dis :-)))
    Je pensais avoir vu Tetsuo... mais je n'en ai aucun souvenir.
    Ici ce n'est pas frappadingue, c'est désespérant.

    Blaga's lesson est sorti il y a deux semaines ici mais il n'est plus à l'affiche ; je n'ai pas eu le temps de le voir.
    Je me suis fait un festival Stanley Kwan. Je me suis régalée.

  • NON ! Là je dis stop. Un billet avec 3 films qui me tentent trop, c'est pas possible, c'est injuste, c'est énervant même.

    Memory, je vais essayer d'y aller. Simplement parce que j'avais aimé Despues de Lucia, simplement parce qu'il y a Jessica Chastain. Jessica, tout de même. Je suis obligé.

    Greenhouse, il me tente aussi beaucoup. Mon coté asiatique, je suis capable, j'ai envie de tout voir, tout lire. Fasciné par la littérature et le cinéma coréen, fasciné par la littérature et le cinéma japonais... Oui... j'aimerais bien mais je crois que je ne pourrais pas voir à la fois Jessica et Kim...

    Et c'est quoi, cette Ombre du feu, que je n'ai même pas entendu parler... Ça veut dire qu'il ne devrait pas passer par chez moi... Et je vais devoir me contenter de ton billet - et c'est déjà pas si mal...

  • Oui trois d'un coup je suis d'accord, c'est pénible. Je n'aimerais pas non plus.

    Jessica oui mais tu verras Peter est CRAQUANT ! Et même l'ado.

    Moi aussi tout ce qui vient d'Asie m'aimante. Moins la littérature comme tu sais :-) Et je le regrette bien. Car j'ai bien du mal à m'emballer pour un bouquin ces derniers temps. Faut dire qu'après la Trilogie de Copenhage (dont seulement les deux premiers sont sortis pour l'instant) c'est dur. Les derniers King et Elory ne sont pas terribles.

    L'ombre du feu, je ne cessais de voir la BA très attirante. Sortie plus que confidentielle je crois. J'ai de la chance dans ma contrée.

  • Comme le Bison, mais peut-être un peu moins, les trois me tentent.
    Il est possible que je n'en voie aucun, cela dit, car j'ai d'autres priorités et pas le temps de tout voir.

    Avec le mauvais temps toujours là, j'ai envie de choses plus rieuses, aussi.

  • Oui le Bison est très enthousiaste en général.

    Ces trois films ne sont guère réconfortants.

  • "Memory"... Joli film mais qui débute de façon maladroite (elle en a peur puis finalement pas tant que ça, elle n'a pas l'air de le reconnaître puis soudain c'est l'interrogatoire...) mais les acteurs offrent une performance qui fait passer la pilule, l'émotion est là
    "Greenhouse"... J'ai adoré jusqu'à cette dernière partie où le hasard et les coïncidences deviennent un peu too much soit dans la vraisemblance soit dans l'accumulation. Un bon drame teinté d'une pincée de thriller

  • Idem. Je n'ai pas aimé cet aspect des choses (dont cette scène assez incompréhensible sur le banc notamment). Le reste : nickel.

    Oui il y a du too much dans Greenhouse mais au final ça a passé pour moi.

  • Rebonsoir Pascale, concernant Greenhouse, cela ne rigole pas. Et la fin est en effet terrible : plus de mère, plus de fils et plus d'employeur. On peut se demander ce qu'elle va devenir. Bonne soirée.

  • Certains problèmes disparaissent en fumée mais question moral, elle ne va sans doute pas être au top.

  • "Memory" risque d'être un de mes coups de cœur de l'année.

    L'histoire est forte, les acteurs formidables.

    C'est filmé avec intelligence et délicatesse.

  • Oui il est fort ce film.
    Il y a juste l'événement qui s'est passé au lycée qui me gêne...

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