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  • JASON BOURNE : L'HÉRITAGE de Tony Gilroy °°

    Jason Bourne : l'héritage : photo Edward Norton, Jeremy Renner

    J'interromps brièvement et provisoirement le rythme que je m'étais imposée avec mon cahier de textes pour vous enjoindre à fuir ce film urgemment, c'est une arnaque. Il est mauvais, abscons et ridicule.

    Jason Bourne et surtout Matt Damon peuvent continuer à dormir sur leurs quatre'z'oreilles, cet héritage ne leur arrive pas au talon d'Achille. D'ailleurs, puisqu'il semblerait que la mort de Jason Bourne ne soit pas avérée (comme ils disent dans le poste), il n'est pas impossible que Matt/Jason refasse surface dans le prochain épisode. Va savoir Charles. Non mais parce que Jeremy Renner, à la base, j'ai juste envie de dire un truc :

    AU S'COURS !!!

    Il est bien gentil le garçon, et bravo d'avoir poussé de la fonte pour renforcer les pectos, les deltos et surtout les grands obliques qui rendent les filles choses... mais non, définitivement non, ça le fait pas. Il exprime rien le garçon... Et en plus il a abusé de l'auto-bronzant, ça le rend orange. Bon, c'est pas le tout de savoir piquer un cent mètres, il faut aussi avoir un truc dans l'oeil, dans le regard ou dans le sourire... quelque chose quoi, qui fait que ! Et là, non, rien, que dalle, nada, nikto !

    Bon alors le truc c'est que Aaron Cross (Jerem' donc) est tout seul en Alaska avec son barda et il se fait subir des épreuves tout seul. Il franchit les collines d'un bon, il affronte des loups, il saute dans les arbres, il se fait cuire un oeuf, tout ça dans le vent et la froidure neigeuse. Régulièrement, il prend ses comprimés, un vert pour la forme, un bleu pour l'intellect (lol). Sauf que bon... il perd sa boîte à pilules : le drame ! De l'autre côté des glaciers, vers les Etats-Unis d'Amérique, un complot est ourdi par un journaleux qui veut révéler au monde des trucs qu'il faut pas. Pas grave, il est dégommé. Mais bon, on sait jamais, le gouvernement décide d'éliminer tous les gus génétiquement modifiés dans le genre d'Aaron. Sauf que sans le savoir, il rate Aaron, il zigouille un loup. Mais personne le sait. Alors vlà notre Aaron qui trouve un avion (la facilité de ce mec à trouver des véhicules est juste h.a.l.l.u.c.i.n.a.n.t.e) et s'en revient aux states avec un objectif ! Se venger ??? Macache ! Il veut ses comprimés. Il faut dire qu'il a un peu chaud aux fesses car figurez-vous qu'avant d'être Numéro 5 (je vous passe les détails) Aaron était un pauvre gars à qui il manquait 12 points de QI pour être trouffion dis donc. Faut le faire (et là, j'avoue j'ai ri !) ! Mais un sergent chef-oui-chef a bidouillé les tests et notre Aaron qui en fait s'appelait Ken ou Frank (j'ai oublié) intègre l'armée. Mais il était tellement con que même tirer avec une kalach, il savait pas faire. Alors il est revenu d'Irak en pièces détachées et c'est là qu'il a pris son abonnement au Waouh Fitness Club pour faire du muscle avec la barbaque.

    Donc, il revient, mais au début personne sait qu'il revient puisque tout le monde croit qu'il est mort alors que c'est le loup. Pendant ce temps dans le labo où travaille Rachel Weisz qui a son diplôme en bio-chimie moléculaire génétique des pilules vertes et bleues, un type qui a le badge rouge (celui qui te fait entrer dans la salle où y'a que ceux qui ont les badges rouges qui peuvent entrer) a respiré trop fort les vapeurs de ses fioles à pilules et du coup, il prend un flingue et déboulonne tous ses collèges. Sauf Rachel Weisz, la tronche en pilules. Trauma pour la Rachel qui rentre chez elle. Et là, alors que le gouvernement qui n'en est pas à un meurtre près s'apprête à la désouder, Aaron déboule, la sauve et lui dit "t'as pris ta pilule ?".  On se dit : chouette, va y avoir du sexe, sortez les moutards. Sauf que non, il veut SES pilules à lui cet égoïste, la verte ET la bleue. Et la Rachel lui dit :

    "c'que tu peux être couille mon Aaron, tu savais pas que t'étais sevré de la bleue ???"

    "Gné, je suis sevré de la bleue" qu'il dit ? "Et tu pourrais pas me sevrer de la verte aussi" ? qu'il demande. 

    "Oui, qu'elle répond, mais, c'est rapport à ton QI, ça craint, j'ai peur que tu redeviennes un légume tu comprends... et moi ce que j'aime, ce sont les pilons de poulet".

    "Bon alors, tant pis, c'est pas grave qu'il dit, et si on allait en vacances à Manille ?"

    Fin.

  • KILLER JOE de William Friedkin ***

    Killer Joe : photo Matthew McConaugheyKiller Joe : photo Emile Hirsch, Matthew McConaughey

    Dans la famille Smith, on ne fait pas d'étincelles avec le cerveau. De ce côté de l'Atlantique nous dirions que ce sont des beaufs. Mais des bien gratinés aux petits oignons. Les Groseille au moins ne s'entre zigouillaient pas ! Il y a Chris 22 ans qui a un don inné pour se mettre dans de sales draps de combines foireuses. Le père, pas bien futé, pochtron et remarié à une poupée vulgaire et peu farouche. Et la petite soeur Dottie, Lolita vierge un peu hallucinée, somnambule à ses heures, molle et alanguie sur son lit. On est au Texas dans une banlieue pas reluisante de Dallas et cette bande de déficients mentaux va se mettre dans une situation de plus en plus inextricable "grâce" à Chris qui doit rapidement rembourser une dette de 6 000 dollars. L'idée lumineuse d'assassiner sa mère et d'empocher le montant de l'assurance-vie dont Dottie est la bénéficiaire, germe dans son cerveau débile. Pour se charger du sale boulot, il s'adresse à Joe, shérif réputé pour arrondir ses fins de mois difficiles de fonctionnaire en accomplissant ce genre de basses besognes. Toute la famille approuve le deal. Mais Killer Joe aime se faire payer d'avance ce qui est impossible en l'occurrence. Qu'à cela ne tienne, la jeune Dottie lui a tapé dans l'oeil, elle lui est donc offerte en guise de caution. Mais Joe, en plus d'être très sentimental (il tombe amoureux de Dottie) est du genre qui finit tout travail commencé. Donc, lorsque Chris, sans doute aussi vaguement amoureux de sa soeur... décide de faire marche arrière, il est déjà trop tard !

    On pourrait, pour faire genre court, évoquer les Coen voire Tarantino mais finalement ce film a sa dimension propre et le vétéran William Friedkin démontre à nouveau qu'il n'a pas son pareil pour mettre le spectateur mal à l'aise. Evidemment ce Killer Joe ne filera pas des semaines de cauchemars comme l'Exorciste en son temps, mais l'absence totale de morale de tous les personnages, leur bêtise crasse, l'outrance des situations, la violence latente qui finit toujours par se déchaîner  en font un divertissement à la fois malsain mais finalement réjouissant. Car Friedkin ne se refuse aucun excès et la sacro-sainte famille (américaine) est présentée comme l'endroit et l'entité les plus nocifs, insalubres et pernicieux qui soient. On se dit que non, le père et son fils ne vont pas offrir Dottie à ce psychopathe ! Tout comme on supposait un peu plus tôt que ce petit ange de Dottie s'opposerait à ce qu'on zigouille sa mère ! Mais non, le réalisateur y va à fond les manettes dans l'horreur. C'est tout juste s'il ne nous dit pas que cette mère (qu'on entr'apercevra à peine...) ivrogne, qui a voulu étouffer sa fille non désirée quand elle était bébé, qui se fait sans doute tabasser par son idiot de fils, ne mérite pas ce qui va lui arriver.

    Pourquoi, au lieu de crier au scandale, peut-on se réjouir du spectacle des agissements de cette famille de déséquilibrés ? Parce que c'est tellement bien fait, excessif que ça en devient tordant, que l'énergie jubilatoire qui parcourt le film est contagieuse et aussi, et surtout, que les acteurs sont entrés sans condition dans cet univers délétère. Emile Hirsch encaisse les coups avec beaucoup d'humilité et de courage, et s'emploie avec maladresse à rectifier le tir de ses erreurs. Juno Temple, ambiguë à souhait, allie la provocation involontaire d'une Lolita trash à l'innocence d'une ado vierge qui ignorerait tout de son pouvoir de séduction. Gina Gershon incarne à la perfection la femme plus tout à fait jeune, lasse et vulgaire. Elle a néanmoins l'honneur et le privilège d'être la seule à sembler posséder un cerveau en état de marche. Thomas Hayden Church incarne le père et c'est avec une virtuosité certaine qu'il a l'air parfaitement abruti qui convient.

    Mais le tueur sans émotion, froid comme un reptile, l'ange exterminateur au "regard qui blesse" qui glace le sang dès qu'il apparaît, qui ôte ses gants mieux que Rita Hayworth dans Gilda, qui aime le pilon de poulet... c'est Matthew McConaughey. Enfin, grâce à ce film (et aussi à sa prestation hilarante dans le récent Magic Mike) il semble être reconnu et non plus moqué comme le piège à minettes qu'il a été. Bien sûr, il a souvent sombré dans des rôles faciles et des bluettes sentimentales oubliables. En ce qui me concerne, évoquer Matthew McConaughey et c'est Lone Star qui me vient en tête, film qui commence certes à prendre de la bouteille mais sans rien perdre de sa perfection. Je suis donc d'autant plus ravie de constater que Matthew soit reconnu et fêté. Que fait-il ici ? Il se prend très au sérieux. Il le fait avec tellement de génie que ce rôle sera sans doute LE ou un des grands rôles de sa carrière. Qu'il ôte ses gants, qu'il fasse cliqueter son zippo, qu'il retire son chapeau pour se lisser les cheveux... chacun de ses mouvements semble être la démonstration du second degré. Mais pas seulement, la scène où il raconte, comme s'il s'agissait d'un conte de Noël, à une Juno Temple fascinée ou effrayée que pour se punir de l'adultère de sa femme un type s'est brûlé les couilles est stupéfiante et du même tonneau que celle où Christopher Walken expliquait le trajet de la montre de son père dans Pulp Fiction. Et ce texan pure jus, bon père, bon mari, qui ne parle que famille, enfants et ranch dans ses interviews devra renoncer éternellement à montrer ce film à ses enfants. La scène du pilon de poulet... flippante, hilarante, absolument inconcevable sera sans doute un des grands moments de sa carrière (et de celle de la pauvre actrice...).

    Dottie/Juno Temple prévient dans le film sans qu'on y prenne garde "je vais bien si on ne m'énerve pas". Et vers la fin Dottie le prouve : "je commence à m'énerver là"... Friedkin déchaîne les enfers et nous cloue au fauteuil.

    Merci.

    Oui, j'aimerais être clouée à un fauteuil de cinéma.

  • PREMIUM RUSH de David Koepp ** - LE GUETTEUR de Michele Placido **

    Avant de passer aux choses sérieuses, voici les deux films "intéressants" de ma série.

    LE GUETTEUR de Michele Placido **

    le-guetteur-affiche.jpg

    Le commissaire Mattei (oui vous avez bien lu, Mattei, il faut oser non ?) est face à un tireur d'élite dans une petite salle grisâtre où sont interrogés les vilains. Ce sniper a dégommé quelques-uns des "hommes" de Mattei lors d'un flag' sur le braquage d'une banque. Ce tireur embusqué a donc permis au reste de l'équipe, les complices, de prendre la fuite. Mattei est colère mais reste calme. Le sniper est calme mais on décèle plein d'ironie dans le léger sourire goguenard qui ne quitte pas ses lèvres. Il refuse de parler et réclame SON avocat. La routine entre les flics et les voyous... Flash-back ! Comment en est-on arrivé là ? Quel lien obscur et enfoui relie Matei et son tireur d'élite ? Et brusquement en plein polar, surgit un sexual-serial-killer qui aime torturer et dépecer ses jolies et blondes victimes !

    En multipliant les intrigues et les énigmes, Michele Placido (revoir plutôt le GRAND Romanzo Criminale) se perd et nous égare un peu. J'avoue avoir parfois eu du mal à faire le lien entre les tenants et les aboutissants. Le réalisateur aurait eu plus d'inspiration à rester concentré sur le face à face amorcé dans la première séquence. Soit. Il n'en reste pas moins une machine noire efficace qui se prend très au sérieux et se regarde comme une enquête dans laquelle on espère trouver des réponses. Trop proche du cinéma d'Olivier Marchal pas toujours inspiré... ce film manque un peu de personnalité pour être grand. Dommage parce que la première scène du braquage vu du point de vue des flics embusqués laissait envisager ou plutôt donnait l'espoir d'un film vif et déroutant. Certes, il reste les acteurs. Daniel Auteuil, homme blessé, mâchoires serrées, fait le minimum syndical. Olivier Gourmet que j'ai toujours un mal de chien à "cerner", passe sans transition et sans plier les genoux du type sûr de lui, inquiétant, hautain au plus lâche et pleurnichard énergumène, prêt à tout pour sauver sa peau.

    Mais c'est mon Mathieu Kassovitz avec son beau regard triste qui tire le mieux son épingle de ce jeu mortel en tueur froid et implacable.

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    PREMIUM RUSH de David Koepp **

    570_570_53efc70fe84b1d196ae70a67a172d79e-1345809416.jpgPremium Rush : photo Joseph Gordon-Levitt

    Wilee est le roi de la pédale. Sur son vieux biclou à  pignon fixe, à une seule vitesse et sans frein, il est le coursier à vélo le plus rapide de New-York. Il s'amuse comme un petit fou à déjouer toutes les embûches au milieu des taxis et des voitures, mais aussi des piétons de la grosse pomme. En fait tout ce qui circule dans cette ville survoltée est l'ennemi du coursier à vélo. Mais Wilee n'a encore rien vu. Il a un peu plus d'une heure pour remettre un pli mystérieux qui lui est confié par une jeune personne  très inquiète. Mais dès qu'il entre en possession de cette enveloppe au contenu  d'abord inconnu, Wilee se retrouve pris au piège d'une course poursuite infernale, d'un contre la montre insensé dans lequel il est la cible d'un type très énervé par des dettes de jeu à rembourser et poursuivi par un flic un peu bas de plafond !

    Difficile d'imaginer le gracile mais craquantissime Joseph Gordon-Levit dans un rôle aussi physique. Erreur ! Il est épatant en coursier athlétique à l'oeil bionique. Capable de calculer simultanément trois trajectoires  différentes pour éviter les chutes et de se faufiler dans la circulation grouillante et désorganisée. Michael Shannon est plus "attendu"  (mais pas mal quand même) dans son rôle bien rodé de psychopathe, violent, excité et imprévisible. Mais peu importe l'intrigue et les personnages annexes, on n'a d'yeux que pour le charmant J.G-L, son regard qui frise et ses cascades qui lui valurent d'ailleurs un paquet de points de suture. Un film dynamique et nerveux qui file la pèche !