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DANS UN RECOIN DE CE MONDE

de Sunao Katabuchi ***

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Synopsis : La jeune Suzu quitte Hiroshima en 1944, et s'installe dans la famille de son mari à Kure, un port militaire. La guerre rend le quotidien de plus en plus difficile, malgré cela, la jeune femme cultive la joie et l'art de vivre. Mais en 1945, un bombardement va éprouver son courage.

Le très beau titre et mon goût pour l'animation japonaise m'ont attirée dans le recoin de ce monde pas vraiment comme les autres puisqu'il s'agit d'Hiroshima. Voir ce film quelques semaines après Lumières d'été est parfaitement cohérent et replonge dans l'horreur au travers de personnages foncièrement positifs. J'ai même cru reconnaître dans ce film-ci la sœur adorée de Michiko du film de Jean-Gabriel Pérot. Katabuchi tire son film d'un manga qui évoque avec beaucoup de réalisme le quotidien des japonais à Hiroshima et ses alentours avant, pendant et après la bombe.

L'histoire commence dans les années 30. Suzu est alors une petite fille rêveuse et heureuse de vivre avec sa famille modeste mais chaleureuse. Elle aime dessiner et l'on distingue toujours très nettement au gré de ses déplacements et de ses dessins, le Dôme de Genbaku, seul édifice resté intact après le passage de la bombe ce sinistre 6 août 1945. Alors qu'elle a à peine 19 ans, ses parents la marient à un jeune homme qu'elle ne connaît pas. Apparemment la tradition veut que la jeune mariée aille vivre dans sa belle famille où elle n'est accueillie que pour servir de bonniche à tout le monde. Docile et empathique, Suzu se plie de bonnes grâces à sa nouvelle vie dans ce village isolé qui domine la baie d'Hiroshima. Son jeune époux conscient de leur situation (ils n'ont pas fait un mariage d'amour) se montre maladroit mais patient. Et c'est vraiment beau d'observer ces deux jeunes gens apprendre à s'aimer.

La guerre sévit mais les habitants de Kure l'observent de leur position en hauteur (ils ont une vue imprenable sur le port militaire) sans que cela change vraiment beaucoup de choses à leur quotidien. Malgré les privations, les tickets de rationnement, les bombardements de plus en plus nombreux, la vie continue. Suzu multiplie les exploits pour transformer quelques vivres en festin. Son acariâtre belle-soeur finit même par s'adoucir au contact de la jeune femme qui ne ménage jamais sa peine.

Nous spectateurs voyons le temps et les jours passer et savons ce qui attend Hiroshima. Cette avance sur les personnages les rend encore plus attachants et l'on ne peut que constater la fragilité de la vie, la vulnérabilité des êtres et à quel point on accorde d'importance aux détails, aux mesquineries alors que tout peut s'arrêter brutalement.

Lorsque la bombe est lâchée, il faut un temps difficile à déceler pour qu'ils comprennent ce qui s'est réellement passé. Le beau nuage, semblable à un énorme cumulonimbus que Suzu, toujours le nez au vent, admirait quelque temps auparavant, l'étrange clarté, la soudaine chaleur ne trouvent pas d'explication aux yeux des habitants du village. Et puis vient le temps de la découverte de l'horreur...

Le réalisateur refuse le spectaculaire et le misérabilisme. Les choses ne seront évidemment jamais plus comme avant mais les jeunes perdent leur insouciance, les survivants sont tourmentés par la culpabilité. Et peu à peu, un peuple traumatisé, anéanti aussi d'être le vaincu de cette guerre, se relève et panse ses plaies.

J'aime beaucoup la vision de Cécile Mury : "A la fois vaste et modeste, le film embrasse tout, de la limpidité d’une balade à marée basse à l’énergie d’une dispute ou d’une lessive au grand air, de la confusion d’une alerte à la bombe à la culpabilité absolue du deuil".

Une histoire individuelle puis collective racontée intelligemment et des dessins somptueux.

Commentaires

  • Je l'ai trouvé long mais très beau, aérien ,léger et positif. Il parle de l'avant quand Lumières d'été nous parlait de l'après.

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