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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 63

  • L’heure zéro de Pascal Thomas **

    L'Heure zéro - Melvil Poupaud

    L’heure zéro c’est l’heure du crime et tout est mis en place dans cette adaptation d’Agatha Christie pour que sonne cette heure après que tous les protagonistes nous aient été présentés ! Camilla Tressilian richissime vieille dame indigne et opiomane (Danielle Darrieux, délicieuse) réunit pendant l’été dans sa splendide demeure bretonne quelques personnages qui se détestent plus ou moins cordialement. Guillaume Neuville (Melvil Poupaud, très beau, mince, chic et classe comme Cary Grant), star perdante du tennis et sa femme Caroline (Laura Smet, hystérique, vulgaire… son premier rôle ???), l’ex femme de Guillaume, la discrète Aude (Chiara Mastroiani, impériale comme… non…) ainsi que d’autres invités dont la présence est plus ou moins désirée par les uns et les autres, plus le personnel de maison.
    Deux meurtres plus tard, intervient le commissaire sous les traits de François Morel (décalé et savoureux qui chantonne : « Maigret, Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Colombo… ») pour mener l’enquête. Chacun de ces personnages dont aucun n’est réellement sympathique va révéler sa vraie nature comme on s’y attend.

    La partie de Cluedo peut commencer.
    La maison est agathachristienne, la musique hitchcockienne et le film s’achemine pépère vers un dénouement et des révélations que les plus malins (dont je ne suis pas) découvriront peut-être. Rien d’inoubliable mais plutôt l’occasion pour tous les acteurs de faire leur petit numéro. Plaisant !

  • Deux vies plus une d’Idit Cebula **

    Deux vies plus une - Jocelyn Quivrin, Emmanuelle Devos et Gérard Darmon

    Eliane est instit, elle a un mari qui l’aime, une fille (le genre ado qui me donne envie de lui coller la tête dans un seau d’eau glacée jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de bulles…Voyez « Tout est pardonné » pour découvrir une ado ENFIN « normale »…) qui veut un appart à elle (normal, au lycée on est autonome !), une famille juive bruyante et omniprésente et une mère sénile et envahissante. Eliane étouffe, elle court tout le temps, alors du coup elle veut devenir écrivain. Normal… on a tous des carnets de gribouillages, collages, pattes de mouche, bavardages qui traînent dans un coin ! Sauf que là, un éditeur sexy et craquant (normal c’est Jocelyn Quivrin) va les trouver absolument délicieux et les publier. On croit rêver. Bon, moi j’ai jamais rien compris à l’art contemporain et abstrait. Donnez moi du Van Gogh et du Zola, je risque de m’extasier mais devant ces barbouillages je ne suis que consternée.

    Et oui, hélas, d'abord je n'ai pas compris le titre et j’ai l’impression d’avoir vu cela mille fois déjà et devant le manque de rythme et d’originalité ici, j’étais un peu triste et déçue pour ce premier film plein de bonnes intentions. Les plus jolis moments étant ceux qu’Eliane passe en « compagnie » de son père au cimetière, là où elle va puiser un peu de réconfort et d’énergie. Les morts sont rarement contrariants… quoique ! Sinon, il m’est arrivé une chose comme rarement au cinéma, une sensation d’étouffement, de claustrophobie car tout se passe dans des endroits étriqués (ah les apparts bordéliques et encombrés !!!) qui manquent d’électricité. Tout est filmé dans la pénombre et la réalisatrice a le don (il paraît que c’est génial) de réussir à caser 10 personnes en gros plan dans la même scène qui donne le tournis.

    Bon, cessons de tirer sur l’ambulance, Idit Cebula peut dire un grand merci à son casting formidable très impliqué. Les garçons sont parfaits, Yvon Back en collègue pot de colle et faussement compréhensif, Jocelyn Quivrin (vivement un grand premier rôle à lui tout seul… il peut le faire !) irrésistible. Et bien sûr, Gérard Darmon en mari border line, dépassé par les velléités de sa chérie. Il faut le voir dire « je ne suis pas un homme moderne moi, je ne veux pas évoluer » et se confier à sa fille en pleurnichant (le cauchemar d’une fille, sachez-le, jeunes papas qui me lisez, ne confiez JAMAIS vos peines de cœur à votre grande fille… fin de la parenthèse).

    Mais évidemment la grande réussite de ce film c’est la tornade Emmanuelle Devos toujours juste et jamais ridicule quelles que soient les situations : elle tombe de sa chaise lors d’un repas trop arrosée, elle dégringole d’un canapé après avoir fumé un joint, elle se casse la figure dans l’escalier avec ses courses… Elle est belle, drôle, émouvante. Pour elle donc.

  • King of California de Michaël Cahill**

    King of California - Michael Douglas

    Charlie sort de l’hôpital psychiatrique. Il est attendu par sa fille de 17 ans Miranda qui a vécu seule pendant ces années. Charlie n’est pas tout à fait guéri et s’est mis en tête, pour offrir une vie meilleure à sa fille, de déterrer un trésor enfoui depuis le XVIIIème siècle. Le trésor se trouve sous le supermarché et la chasse peut commencer !

    Ce film vaut surtout pour la relation père fille tout en douceur, en tendresse et où les rôles sont inversés… le père ayant quelque peu perdu les pédales en court de route. Michaël Douglas assure en papa atteint de folie douce. Hirsute, barbu, le regard perdu il s’en donne à cœur joie dans un emploi aux antipodes de ses rôles à costume cravate et nous fait un plaisir fou en s’amusant.

  • La vie d’artiste de Marc Fitoussi **

    La Vie d'artiste - Sandrine Kiberlain

    Alice est actrice mais gagne sa vie en étant « doublure voix » d’une héroïne de manga, Bertrand est prof de français mais se rêve auteur, Cora est chanteuse mais ne trouve que des petits boulots humiliants… Autant dire qu’ils sont tous insatisfaits, parfois aigris, mal dans leur peau et que leur désir commun est : la reconnaissance !  Alice ne cesse de dire : « je veux qu’on me voit… je veux me voir sur un écran »… Bertrand fantasme sur les prix littéraires et Cora ne s’abaisse pas à participer à certains castings… Il est d’ailleurs dommage justement que ces trois personnages qui ont des difficultés insurmontables à exercer le métier qu’ils aiment semblent plus animés par le désir de gloire…

    A une époque où le slogan incontournable est « vu à la télé », ce film parfois drôle et plutôt vachard démontre que ce ne sont pas forcément ceux qui ont du talent qui réussissent et réciproquement, que réussir à vivre de sa passion est parfois un véritable chemin de croix semé d’embûches et de déceptions et aussi qu’on n'est pas tous égaux devant la chance, paramètre essentiel de la réussite dans ces milieux.

    Le casting est éblouissant avec en tête Sandrine Kiberlain, remarquable dans ce rôle de bougon obstinée. A noter également la lumineuse présence de Grégoire Leprince Ringuet qui, lorsqu’on sait les ravages qu’il fait chez les jeunes gens de son âge, a la réplique la plus drôle du film : « je suis le type le plus impopulaire de ce lycée » !

    Ce film a reçu le Prix Michel d’Ornano 2007 qui récompense un premier film.

     

  • La maison de Manuel Poirier **(*)

     

    La Maison - Bruno Salomone et Sergi Lopez

    Malo tourne en rond. Il écoute des chansons tristes en fumant des cigarettes et en buvant des verres de vin d’Anjou tout seul dans son appartement. En instance de divorce, ses enfants lui manquent. Au retour d’une soirée chez des amis il visite une maison de campagne aux volets bleus mise en vente par adjudication dans laquelle il trouve la lettre d’une petite fille adressée à son père. Il va rencontrer les deux sœurs qui vivent la vente de cette maison comme un crève cœur.

    Comme toujours Manuel Poirier s’attache et nous attache aux êtres, aux amis, aux lieux et laisse une place considérable aux enfants. C’est incroyable, on dirait que Manuel Poirier est un réalisateur qui a une « vraie » vie comme les « vrais » gens ! Pour évoquer cette histoire triste et banale il s’entoure de Bérénice Béjo et Barbara Schultz plus sœurs, sensibles et adorables que jamais et de Sergi Lopez. Qu’il soit triste, gai, qu’il titube, qu’il pleure, qu’il hurle de colère, qu’il éclate de rire… cet acteur est constamment juste et crédible.

    Ceux qui ont connu ce déchirement de devoir se séparer un jour de la maison de leur enfance entreront sans difficulté dans l’intimité de ces cœurs brisés…

    Les autres pinailleront… tant pis pour eux ! 

     

    La Maison - Sergi Lopez
  • Caramel de Nadine Labaki **

     

    Caramel

    Le quotidien de quelques femmes à Beyrouth qui travaillent ensemble ou se croisent dans un salon de beauté. Elles se parlent, se confient, s’écoutent, s’entraident.

    On quitte à peine le salon et le quartier où ces Vénus beauté tentent de vivre et surtout d’aimer. On ne voit pas les séquelles des guerres et les contextes politiques et religieux sont à peine évoqués. Les hommes, même s’il est beaucoup question d’eux, sont pratiquement absents. C’est le regard d’une jeune femme d’aujourd’hui sur des femmes d'aujourd'hui, une histoire banale et extraordinaire comme le quotidien. Plein de douceur, de bienveillance, malgré quelques stéréotypes, parfois drôle et émouvant, ce film est évidemment une sucrerie.

  • Le fille coupée en deux de Claude Chabrol **

    La Fille coupée en deux - Benoît Magimel

    Gabrielle présente la météo à la télé. Elle rencontre Charles, écrivain à succès, très séducteur et très marié, de plus de 30 ans son aîné, et Paul, jeune oisif très perturbé, rentier de la fortune familiale. Elle va tomber amoureuse de Charles qui le lui rendra (peut-être !) un temps, et repousser Paul qui lui, est fou d’elle. Elle l’épousera, par dépit et tout se compliquera.

    L’évocation de ce fait divers réel est pour Chabrol l’occasion de dépeindre et d’épingler une nouvelle fois les travers de la bourgeoisie, d’y ajouter une petite prolo partie de rien pour arriver pas bien haut (quoique… la télé tout de même !!!). C’est brillant forcément, plein de mensonges, de faux-semblants, de tromperies et d’apparences. On y visite de grandes et improbables demeures, des voitures sans prix, des restaurants incroyables (le bourgeois a plein de sous et souhaite que ça se voit), des pince fesses mondains et puants, des boîtes à partouzes qui se donnent l’illusion d’être chics (le bourgeois est libidineux, érotomanes et pervers). Le bourgeois est aussi méprisant mais frétille quand il apprend que Marc Lavoine participera à une soirée de bienfaisance… C’est donc drôle, pathétique et écoeurant à la fois. Si l’ensemble n’est pas passionnant, il se regarde néanmoins sans ennui et vaut surtout pour son défilé d’acteurs, dont certains sont vraiment trop rares sur les écrans.

    Ludivine Sagnier dodeline gentiment sa jolie petite tête (c’est léger-léger…). Mais, Berléand endosse le rôle de l’écrivain à qui tout réussit mais qui redoute la vieillesse avec élégance. Mathilda May, Caroline Sihol, Jean-Marie Winling, Etienne Chicot et Marie Bunel (ce sont eux, les trop rares) sont parfaits. Mais le plus surprenant est bien Benoît Magimel, encore une fois et singulièrement incroyable dans un rôle plutôt antipathique schizophrène et imprévisible jusque dans ses tenues et ses coiffures… C’est lui le véritable et seul mystère du film !

     

    La Fille coupée en deux - Benoît Magimel
  • Tel père, telle fille d’Olivier de Plas **

    Tel père, telle fille - Daisy Broom et Vincent Elbaz
    Tel père, telle fille - Vincent Elbaz et Daisy Broom

    Dans les années 90, Bruno était chanteur d’un groupe de rock à « grosses guitares » et à paroles subversives (anti-social bla bla bla…) à peine audibles hurlées dans un micro devant des foules en transe. 15 ans plus tard, séparé de son groupe, Bruno est toujours un « adulescent » qui rejette la société mais il est devenu un véritable parasite, squattant chez ses ami(e)s, vivant à leurs crochets, avec (évidemment) des rêves d’écriture… Une ex surgit du passé et annonce à Bruno qu’ils ont eu un enfant dont elle a aujourd’hui (face à la crise d’adolescence) bien du mal à s’occuper. Comment un prétendu adulte pas sorti de l’enfance peut-il prendre en charge une petite fille de 13 ans ?

    Bonne surprise que cette entreprise de démolition de l’immaturité des garçons trentenaires qui doivent faire face à leurs responsabilités (et y prendre goût ?). Les filles du film sont épatantes : Léa Drucker en maman seule et dépressive, Elodie Bouchez en meilleure amie fidèle et gamine et la petite Daisy Broom, tornade effrontée et attachante (depuis la famille Birkin-Gainsbourg-Doillon… on n’a pas vu mieux). Quant aux dialogues ils sont percutants et souvent très drôles. Mais la grande surprise vient de Vincent Elbaz qui excelle comme jamais et nous offre un plan séducteur/loser vraiment réjouissant et nous fait découvrir la technique du "café basket"... Il est un mix curieux entre Johnny Depp (version titubante du pirate) et Patrick Dewaere. Drôle et impressionnant.

  • Les fantômes de Goya de Milos Forman **(*)

     

    1792 en Espagne, troublée par les œuvres de Francisco Goya qui mettent en scène des mœurs très libérées, l’Eglise décide de reprendre la nauséeuse Inquisition avec à leur tête l’impitoyable Frère Lorenzo, chargé de traquer tout ce qui n’est pas catholique à ses yeux ! Accusée à tort d’hérésie, la jeune Inès, jeune fille sage et muse du peintre, est torturée (scène assez insoutenable), violée et emprisonnée à vie… Sa famille et Goya mettent tout en œuvre pour tenter de la sortir de prison.

    Oscillant constamment entre fresque historique, biographie du peintre, dénonciation de l'Inquisition et mélo familial, Forman multiplie à l’infini les pistes et les rebondissements conduisant le spectateur de surprise en surprise. Comme c’est magnifiquement filmé et interprété, l’intérêt n’est jamais défaillant mais au final on ne sait plus très bien quel film on a vu. Le scénario est chaotique, la réalisation impeccable mais il y a un moment inoubliable dans ce film : la scène où le père et la famille d’Inès lors d’un repas très guindé où tout le monde rit jaune, séquestrent puis torturent le Frère Lorenzo pour lui faire avouer qu’il est un singe, prouvant ainsi que soumis à la torture, n’importe qui avoue n’importe quoi et que Dieu n’intervient à aucun moment pour faire supporter la souffrance.

    Le plus gênant est qu’au fin fond de l’Espagne tout le monde parle un anglais irréprochable mais le plus extraordinaire est l’interprétation sans faille car Milos Forman s’est entouré d’un casting en grande forme. Stellan Skarsgard, géant charismatique, doux et obstiné, Javier Forman autre géant fascinant, cruel, fourbe et opportuniste, et surtout Natalie Portman toujours meilleure de film en film à qui est confié un (double) rôle difficile à transformation, qu’elle porte avec beaucoup d’intensité.

  • Transformers de Michaël Bay **

     

    Transformers - Megan Fox et Shia LaBeouf

    Des machins en ferraille ont perdu un bidule cubique sur la terre il y a des milliers d’années. Le truc pourrait permettre aux méchants robots extraterrestres (les Decepti-cons) de détruire la terre, l’univers et tout le toutim. Sauf que les gentils (les Autobots) vont les en empêcher aidés par un jeune terrien Sam, dont l’arrière arrière pépé a (le con) réactivé par mégarde le bazar. Comme Sam a des vrais problèmes d’ado (américain) : S’OFFRIR UNE VOITURE et comme de ce côté de l’Atlantique on semble vénérer sa bagnole autant que son chihuahua, ça tombe bien… Sam va s’offrir (à son insu) LA caisse d’un autre monde !

    Exceptée la devise de la famille de Sam « sans sacrifice, point de victoire » ou « aimez votre voiture comme vous-même »… il ne me semble pas avoir vu flotter de drapeau américain ni recevoir de leçon de morale sur le bien le mal la vie l’amour les vaches. Evidemment les gentils robots sont colorés, les méchants tout noirs mais le président ricain est un con (à une hôtesse d’Air Force One il lance : « vas-y poupée fais péter un roulé au chocolat »), il y a donc du réalisme dans l’entreprise ! Evidemment Michaël tente l’esthétique : hélicoptères qui font tacatacata devant le soleil couchant (je vous jure, manquait que la Chevauchée des Vaches qui rient), marines sur-courageux qui combattent au ralenti en prononçant des phrases définitives « ouah mais qu’est-ce que c’est que ce machin ??? » ou « yo man, t’es un soldat ! »… Michaël Bay bourrine avec sa caméra tronçonneuse et pousse le son au maximum avec une musique qui altère les cellules… MAIS… il y a un, et même plusieurs MAIS.

    Je ne me souviens pas avoir autant ri, je ne me souviens pas avoir jamais ri à un film de Michaël Bay qui s’est toujours beaucoup pris au sérieux. Ici, il s’amuse comme un petit foufou et du coup, nous aussi, on s’amuse. Il casse ses jouets dans un joyeux vacarme sans oublier de faire exister quelques personnages et notamment le fameux Sam (Shia LaBeouf.. je n’ose même pas imaginer comment ça se prononce), espèce de tornade pubère, sosie définitif d’Olivier Besancenot (c’est troublant, je vous assure) à l’humour dévastateur, très Marx Brothers. Il se démène, se déchaîne, fait des gaffes et sauve le monde avec un second degré réjouissant. Il n’est jamais ridicule, donneur de leçon ou bêtement intrépide. Il est époustouflant et m’a fait mourir de rire. Et c’est vrai que dès qu’il quitte l’écran, il manque ! Il est aidé dans son entreprise par Mikaëla (Megan Fox, sosie de Jennifer Connely, je n’y suis pour rien !) qui est beaucoup moins bien servie que lui question dialogue, mais elle fait beaucoup plus et mieux que jouer les jolies potiches godiches.

    Deux jeunes à suivre de très très près !

    Par ailleurs, il y a John Turturro… et là… que dire ? J’espère qu’un jour cet acteur (aux dessous très improbables…) aura un boulevard à son nom à Hollywood !

    Transformers - Megan Fox et Shia LaBeouf