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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 65

  • GOOD BYE BAFANA de Bille August **

    goodbye bafana -

     

    Les mémoires de James Gregory gardien de prison sud-africain (blanc) qui fut le geôlier de Nelson Mandela pendant ses 25 années d’incarcération et avec qui il a entretenu des relations privilégiées de confident.

     

    Intéressant sans être passionnant, on sort de la projection sans s'être ennuyé mais en se disant que le film sur Mandela et l’apartheid reste à faire. Il semble que ce prisonnier hors norme ait passé 25 ans debout dans sa cellule à contempler ses barreaux... Les échanges entre les deux hommes sont un peu creux et manquent de consistance même si le geôlier se donne la peine de lire le manifeste de l’ANC et d’être tout surpris qu’il n’est en rien à un appel à la guerre mais à la paix.

     

    La forte, profonde, atypique, charismatique… personnalité de Nelson Mandela, prisonnier politique le plus populaire au monde n’est qu’effleurée et la période si sombre et troublée de l’histoire de l’Afrique du Sud avec un parti raciste au pouvoir est survolée.

     

    Dommage car les deux acteurs Joseph Fiennes et Dennis Haysbert apportent une profondeur sincère à leurs personnages.

  • Hellphone de James Huth**

    La seule façon pour Sid, fan de skate et d’ACDC, de séduire la fille de ses rêves Angie, est de posséder un téléphone portable ! Avec ses 30 €uros il fait l’acquisition d’un téléphone diabolique qui s’anime tout seul et semble avoir les super pouvoirs de régler tous les problèmes d’un lycéen !

    Après « Brice de Nice » (« cassante » apparition de Jean Dujardin d’ailleurs…) James Huth surfe sur la vague « djeunz » et nous offre un teen-movie horrifique survitaminé. Si ce n’est une baisse de régime vers le milieu et une grosse difficulté à conclure, c’est potache, branchouille, juvénile, bruyant, survolté et ponctué aussi de quelques éclats de rire. Ça se termine en porte nawak assumé en hommage sans doute aux films d’horreur des années 80.

    La jeune Jennifer Decker (Angie) est assez agaçante (beaucoup de grimaces). On fait dire à Jean-Baptiste Maunier qui a beaucoup beaucoup grandi : "je ne chantais pas assez bien !!!", ce qui est drôle non ? L'ex choriste nous laisse également entrevoir des qualités (inégales mais réelles) d’interprétation. Cependant c’est surtout Benjamin Jungers dans le rôle du meilleur ami faire-valoir qui est le plus impressionnant et intéressant.

  • La tête de maman de Carine Tardieu **

    « Le premier qui m’appelle Lucille je lui éclate la tronche. J’m’appelle Lulu. Point barre » !

    Ainsi parle Lulu donc, ado boudeuse et rageuse de 15 ans dont la maman dépressive chronique souffre de maux de ventre depuis des années. Lulu rêve d’une mère idéale aimante et compréhensive qui serait Jane Birkin… mais elle va tout tenter pour rendre à sa vraie mère son amour de jeunesse qui a disparu de sa vie en emportant son sourire.

    Du drame à la comédie, de la comédie au drame, ce joli film aux trouvailles oniriques bienvenues oscille et offre aux comédiens une belle partition douce amère. La jeune Chloé Coulloud (Lulu) tour à tour butée, masculine et soudain pleine de charme et de douceur féminins habite ce rôle avec détermination. Les belles apparitions de Jane Birkin en fée maternelle idéale sonnent juste. Karin Viard perdue et amoureuse découvre avec grâce la maternité. Pascal Elbé assure avec beaucoup de séduction son rôle de papa et de mari aimants. Quant à Kad Merad, de film en film on ne cesse de découvrir quel acteur il est ! Capable d’imposer avec sa dégaine nonchalante et un physique ordinaire la figure masculine fantasmée. Chapeau.

    Amateurs de happy end prévisible s’abstenir !

  • Ensemble, c’est tout de Claude Berry **

    Camille jeune anorexique en manque de famille est technicienne de surface, Franck tout dévoué à sa grand-mère et à son métier est cuisinier, Paulette, vieille dame fragile est cette grand-mère qui craint de ne plus vivre chez elle et Philibert aristocrate bègue et émotif rêve d’amour et de théâtre. Ces quatre solitudes résignées vont se rencontrer, s'amadouer, s’aimer, vivre ensemble.

    Rien de révolutionnaire et après un début peu convaincant, on finit par s’attacher aux personnages car ils sont « vrais » avec leurs doutes, leurs angoisses, leurs désinvolture, leur insouciance. Fraîcheur, bons sentiments et altruisme sont au rendez-vous mais les thèmes du corps qui décline et de la mort qui rôde ne sont pas occultés. On y croit, grâce aux acteurs. Guillaume Canet et Audrey Tautou sont parfaits et convaincants comme toujours, mais la révélation vient de Laurent Stocker, extraordinaire.

    Un film généreux, pur, sensible comme le livre, tout simplement !

     

  • Freedom writers de Richard LaGravenese **

    Tirée de l’histoire vraie d’Erin, jeune enseignante idéaliste qui choisit pour son premier poste un collège difficile de Long Beach. A la suite du passage à tabac par des policiers et de la mort de Rodney King (frappé 56 fois en deux minutes) qui donnèrent lieu à des émeutes (et plus d’une centaine de morts) en 1992, les collèges reçurent l’obligation d’ « intégrer » toutes les populations d’américains (afro, hispano, sino…) dans les classes.

    Les élèves de la très jeune prof l’ignorent complètement et continuent en classe la guerre raciale des gangs qui sévit partout dans la ville. C’est la seule façon d’exister qu’ils connaissent. D’abord perdue, choquée puis interpellée par cette attitude, Erin va réussir à se faire accepter et donner à ses élèves le goût de la littérature en leur proposant des œuvres qui parlent d’eux. Elle cherche à les connaître, à comprendre leur histoire et découvre que ces enfants vivent dans un monde aberrant où hors de l’école, leur principale voire unique mission est de survivre.

    Comment avec un sujet aussi fort et intense, un tel personnage, sorte de Mère Teresa des ghettos, un casting en béton armé (Hilary Swank et tous ses élèves sont impliqués à 200 %) peut-on faire un film aussi dégoulinant ? Dommage que le réalisateur ne fasse pas plus confiance à son sujet et à ses spectateurs car un peu plus de pudeur et de retenue auraient été les bienvenues. Pourquoi se sent-il obligé de convoquer l’orchestre symphonique et les violons pour nous expliquer et nous intimer l’ordre de nous émouvoir… alors que le sort, le courage et l’avenir de ces jeunes sont tout simplement bouleversants ? Pourquoi ajouter le personnage secondaire et à côté de la plaque du mari qui regrette que sa Jeanne d’Arc de femme ne s’occupe pas assez de lui ?

    Pour l’histoire, pour les acteurs : oui. Côté cinéma : c’est le vide ! On connaît pourtant Richard LaGravenese plus inspiré puisqu’il est scénariste de… « Sur la route de Madison ».

    P.S. : le titre français est débile « Ecrire pour exister ».

     

  • Par effraction d’Anthony Minghella ***

     

     

    Le couple que Will forme avec sa compagne Liv traverse une grave crise conjugale. Ils sont confrontés au lourd problème de leur fille de 13 ans, autiste, anorexique, acrobate surdouée. Par ailleurs, les tout nouveaux bureaux de Will situés dans un quartier délicat de Londres sont cambriolés plusieurs fois. Will parvient à pister l’un des jeunes cambrioleurs, Miro, qui vit avec sa mère Amira, réfugiée bosniaque. Entre tous ces personnages qui vivent dans des mondes opposés, des liens inattendus vont se tisser.

    Si Anthony Minghella peine un peu à décrire une réalité sociale où se côtoient nantis et défavorisés et si sa morale est d’une naïveté confondante (tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil), il s’en sort beaucoup mieux avec la complexité des sentiments et les drames qui jalonnent la vraie vie des vraies gens. Il est aidé en cela par son éblouissant casting. Evidemment Robin Wright Penn est (comme toujours) dépressive et torturée… mais elle le fait si bien ! Juliette Binoche en bosniaque musulmane prête à tout pour aider son fils délinquant est magnifique, subtile, vraiment impressionnante et d’un naturel toujours aussi singulier. Quant à Jude Law, tantôt indécis, tantôt convaincant, tellement amoureux, en quête de l’amour plus précisément qu’on lui refuse (sont-elles folles ???), il exprime comme jamais, avec beaucoup de retenue et une émotion palpable la confusion des sentiments et cela lui va à merveille.

    Un beau film nonchalant et poignant.

     

  • LE COME BACK

     de Marc Lawrence**

    le come-back -

    Alex a fait partie d’un groupe « pop » dans les années 80. Aujourd’hui, has-been très lucide sur sa condition, il se produit dans les centres commerciaux et les parcs de loisirs, continuant à affoler les ménagères de moins de 50 ans par son célèbre déhanchement.

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  • Mon fils à moi de Martial Fougeron **

     

    Un pavillon bourgeois de province, un couple, deux enfants… Tout semble être calme et paisible, sans histoire mais le film commence alors qu’une ambulance est garée devant la maison. En un long flash-back, nous allons découvrir quel drame s’est joué ici. Le père est prof d’université, la mère « femme au foyer », l’aînée en fac va bientôt prendre une chambre en ville et le fils, Julien 12 ans, entre le collège, son piano, sa grand-mère et son amie Alice… doit faire face à sa mère envahissante qui l’aime et le déteste au-delà de toute mesure.

    Ce premier film sec, dense et brutal nous parle de l’enfance maltraitée ou comment un amour excessif peut devenir destructeur. Les violences physiques succèdent aux violences psychologiques et l’on est horrifié d’assister à cette entreprise de dévastation d’un enfant. La grand-mère aimante ne parvient pas à canaliser la folie naissante de sa propre fille. On n’aura pas d’explication sur la descente progressive de cette femme vers la démence… juste une piste lorsque la grand-mère lui crie à travers une porte qui ne s’ouvrira pas : « tu as toujours été folle ma pauvre fille ! ». La grande sœur, inquiète essaie d’alerter le père : « Julien pleure encore dans sa chambreil va pas bien ». Mais le père, absent, distrait, inapte est plus préoccupé par son travail et la tendresse que sa femme ne lui porte plus que par son enfant : « c’est un ado, c’est dur pour tout le monde à cet âge là ».

    Voir cet enfant prostré, recroquevillé, pleurer dans un coin de chambre ou sous un lavabo est un crève-cœur. On dirait qu’il cherche à disparaître et en même temps il fait tout pour continuer à plaire à cette mère qu’il aime. Elle lui jettera à la figure les chocolats qu’il lui offre, s’évanouira presque lorsqu’elle s’aperçoit qu’il se rase. Elle refuse de le voir grandir, qu’il lui échappe. Elle l’aime et n’a aucune conscience de ses débordements nocifs et castrateurs. C’est sombre et violent, et la maison, la chambre de plus en plus dépouillée de cet enfant deviennent les témoins d’un huis clos étouffant.

    Nathalie Baye, à la fois vampire, autoritaire, cruelle et vulnérable est époustouflante d’ambiguïté dans ce rôle où elle joue, sur le fil du rasoir, la folie naissante et un amour disproportionné et interdit... Le jeune Julien, incarné par Victor Sévaux dont c’est le premier rôle, hyper sensible, hyper touchant est remarquable.

     

  • Michou d’Auber de Thomas Gilou **

    Messaoud, petit parisien de 9 ans est « placé » par la DDASS chez Gisèle et Georges (qui n’ont pu avoir d’enfant) en plein cœur du Berry. Les parents « nourriciers » de Messaoud sont pleins de tendresse pour l’enfant mais cela se passe en 1960, à la campagne. Les parents de Messaoud sont algériens, Georges est un ancien militaire qui « a fait » l’Algérie et la récente télévision qui occupe les foyers ou les bistrots est envahie par les discours du Général... Gisèle décide de teindre Messaoud en blond et de l’appeler Michou !

    Au-delà des retrouvailles savoureuses de Nathalie Baye et de Gérard Depardieu et de la découverte d’un petit acteur incroyablement juste, Samy Seghir, ce gentil film qui marche sur des œufs pour parler d’une époque troublée se laisse voir avec beaucoup de plaisir. Même bourrée de clichés et de bons sentiments, l’entreprise semble sincère donc pleine de justesse et d’émotion. C’est à la fois drôle et grave sans jamais tomber dans la niaiserie. Par ailleurs, retrouver, comme des points de repères…, tous les détails qui faisaient l’ambiance des années soixante est un régal.

    Gérard Depardieu (plein de rage et de douceur) confirme, film après film, qu’il redevient le grand acteur sans fard et sans tic qu’il est. Quant à Nathalie Baye, comme toujours, elle continue de transformer le moindre rôle en pépite d’interprétation. Toute en grâce, en distinction et en élégance, elle peut dire à Mathieu Amalric (aaaaah !) « Me regardez pas comme ça, je suis une fille de la campagne moi ! » et être crédible. Belle femme et belle actrice !!!

     

  • Au nom de la liberté de Philip Noyce **

    Ce film retrace les débuts de l’engagement de Patrick Chamusso en Afrique du Sud jusqu’à son emprisonnement à Robben Island (+ de 10 ans..) comme prisonnier politique, là où Nelson Mandela a été incarcéré pendant plus de 20 ans. C’est l’histoire vraie d’un homme qui mène une vie tranquille avec sa femme et ses deux enfants et qui, à la suite d’une erreur se fait arrêter. Pour cacher son alibi qui lui ferait perdre sa femme, il avoue ce qu’il n’a pas commis. Finalement relâché, il prend conscience qu’il peut lutter contre l’apartheid et s’engage dans l’ANC (African National Congress), ce parti déclaré hors la loi.

    Ce film démontre avant tout comment à partir d’erreurs, d’aveuglement, de mensonges et d’injustices on fait d’un homme ordinaire et pacifiste un terroriste. L’acharnement et la paranoïa des tortionnaires qui voient des terroristes partout créent un climat de tension permanente : en gros, tout le monde est suspecté. 20 millions de blancs contre 3 millions de noirs dans ce pays, quelque chose cloche car ce sont les blancs qui se sentent agressés.

    Le duo d’acteurs est tout simplement remarquable. Derek Luke/Patrick Chamusso, impliqué sans réserve démontre avec calme et détermination qu’il y a une limite à l’absurdité à ne pas franchir. Quant à Tim Robbins/Nic Vos le policier, il donne tout ce que ce personnage a d’ambigu. Sorte de nazi appliqué à la tâche, père aimant et protecteur, il pousse le sadisme jusqu’à accorder une trêve à son prisonnier le dimanche (jour du Seigneur !!!), interrompre les séances de torture et l’inviter à la table familiale. D’autant plus sidérant que ce film est un film sur le pardon et qu'évidemment c'est la victime qui finit par pardonner, même si le bourreau semble rongé de remords...

    « Patrick Chamusso est un homme remarquable, une source d'inspiration pour nous tous. Il est allé au-delà du drame, au-delà de la haine pour apprendre à pardonner.", raconte le réalisateur.