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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 69

  • Président de Lionel Delplanque **

     

    Voir un Président de la République propre sur lui et presque propre dans sa tête devenir un pourri de première, on connaît… on a ce qu’il faut sur le Trône de France depuis… je vous laisse remplir les points de suspension ! Par contre, ce qui est réjouissant c’est de voir les coulisses du pouvoir, le train de vie royal, les adultères, les compromissions, les disparitions suspectes et j’en passe. Ici, le bureau n’est pas ovale, il est rectangulaire mais les idées qui circulent sont quand même courbes.

    Au-delà de tout, c’est l’interprétation qui est impériale et emporte l’adhésion jusque dans les moindres seconds rôles de gardes du corps par exemple.

    Albert Dupontel, plus charismatique qu’on ne l’a jamais vu fait un excellent président, crédible, capable de faire un discours de rock star, de poser toutes dents dehors pour des magazines, aidé en cette mascarade par un maître ès communication (Jackie Berroyer, irrésistible). Jérémie Rénier excelle, film après film à jouer les arrivistes aux dents longues. Claude Rich, comme toujours, raide comme un piquet, se régale et nous régale à être le mentor, cynique, ambigu et séduisant.

    Lionel Delplanque enfonce le clou un peu profond avec une scène, très JFK où une tentative d’assassinat est récupérée aux fins de gagner des points dans l’opinion publique.

    Cet univers assez nauséabond est rendu de façon très contradictoire bien sympathique grâce à cette interprétation sans faille où tout le monde semble s’être bien amusé.

  • A scanner darkly de Richard Linklater ***

     

    2013 en Californie. Le flic Bob Arctor (Keanu Reeves) est chargé d’une mission d’infiltration auprès de junkies accros à une substance qui crée une dépendance inévitable et des dommages collatéraux irréversibles. Pour rendre sa mission plus crédible, il devient lui aussi dépendant…

    Avez-vous déjà vu un film d’animation avec de vrais acteurs animés ? Non. Alors courez voir celui-ci. Visuellement c’est magnifique et les acteurs (Keanu Reeves, Robert Downey Jr, Woody Harrelson) quoique stylisés, y sont remarquables. C’est paranoïaque, très bavard, souvent très drôle mais aussi inquiétant et vertigineux tant le héros se retrouve emmuré dans un piège inextricable.

    Le final, dérangeant et désespéré vous laisse complètement sonné.

    Jubilatoire sur le plan cinématographique, désespérément angoissant sur le plan intellectuel, ce film est une curiosité et une réussite.

  • Fair Play de Lionel Bailliu**

     Malgré un titre et une affiche loin d’être convaincants et attirants, voici un film hors du commun où, fait rarissime, pas un seul personnage n’est sympathique.

    Mettez cinq ordures ordinaires dans une entreprise (qu’on ne voit jamais… tout se passe à l’air libre et en dehors des heures de travail) et là tous les bas instincts se révèlent. Pour garder son travail, pour être promu, pour s’en sortir, tous les coups sont permis et surtout les plus méprisables. Soif de pouvoir, harcèlement (sexuel ou psychologique ou les deux), arrivisme, corruption, humiliation… à quelque niveau de la hiérarchie qu’ils se trouvent, rien n’arrête les personnages de cette histoire machiavélique. Le sport est vécu comme le lieu où chacun va se révéler et manifester ce dont il est capable. Même la plus innocente victime se transforme en pire bourreau. C’est à la fois réjouissant et écoeurant.

    Entre séances d’aviron, squash, parcours santé, golf, canyoning (les séquences les plus flippantes..), les acteurs (excellents) s’en donnent à cœur joie pour faire tomber les masques et les hommes… La partie de squash, assez longue, vaut à elle seule un court métrage et devrait être diffusée dans toutes les écoles de commerce.

    Bref, un film suffisamment différent et original (malgré ses faiblesses) pour ne pas le bouder 

  • Belle toujours de Manoel de Oliveira ***

     

    Standing ovation de cinq minutes pour ce film à la Mostra de Venise, vu dans la grande salle du Palais des Festivals en présence de Manoel de Oliveira. C’est touchant de voir ce petit homme bientôt centenaire, toujours aussi avide de cinéma. Jamais sans doute il ne lâchera sa caméra car il aime toujours le septième art et je l’ai déjà dit, les films de cinéphiles pour cinéphiles sont toujours une émotion grand format.

    Ici, Manoel De Oliveira décide de rendre hommage à un film sulfureux et pervers : « Belle de jour » de Luis Bunuel.

    Les deux personnages du film de Bunuel, Séverine et Monsieur Husson se retrouvent 38 ans après. Ce dernier promet de faire une révélation essentielle à Séverine, qui la libérerait de la honte de ses perversions sexuelles de jeunesse !

    Comment rendre compte d’une mise en scène parfaite avec plans fixes sidérants, lumière renversante, intermèdes musicaux et acteur grandissime ? Le film s’ouvre sur le plan d’un orchestre symphonique qui joue devant une salle comble. Parmi les spectateurs : Husson, (Michel Piccoli), plutôt distrait, aperçoit Séverine, pas revue depuis presque 40 ans. Pas un mot pendant 10 minutes au moins, mais le trouble, la nervosité du personnage sont palpables. Il faudra attendre plus de la moitié du film pour que Monsieur Husson et Séverine se retrouvent enfin devant un repas, filmé en temps réel, à la bougie et sans un mot. Entre les plages de silence de longues digressions sur la vie, l’amour, les êtres et surtout les femmes. C’est sublime !

    Michel Piccoli est gigantesque et prodigieux capable d’être à la fois sobre et démesuré : une présence.

    Un seul regret, le rôle de Séverine a été confié à Bulle Ogier (pas du tout à la hauteur). Si Catherine Deneuve (avec sa classe, sa fausse froideur, son débit inimitable et son incomparable façon de remettre les gens à leur place…) avait repris ce rôle qu’elle avait créé, on se surprend à rêver au chef d’œuvre qu’aurait été ce film !

  • La jeune fille de l’eau de M. Night Shyamalan ***

     Cleveland, bègue pathologique, est concierge d’un immeuble de Philadelphie avec piscine. En se consacrant aux diverses réparations des uns et des autres locataires il a enfoui et essaye d’exorciser un traumatisme. Une nuit, Story débarque chez lui du fond de la piscine, « ce sont des choses qui arrivent »... D’abord perplexe il comprend que cette nymphe aquatique est un personnage de conte, qu’elle a une mission sur terre (faire quelques révélations !) et que pour l’aider à repartir vers son Monde Bleu il doit lui aussi croire au conte et persuader quelques personnages. Pour que Story puisse rentrer chez elle, elle a besoin d’un guide, d’un traducteur, d’un hypnotiseur et autres jeunes filles. C’est à un véritable « casting » fait d’erreurs de jugement et d’appréciation auquel Cleveland doit se livrer. Par ailleurs, la belle est poursuivie par une bestiole malfaisante (sorte de Kraken des prairies…) qui veut la dévorer ! Sursauts garantis.

    Certains resteront sur le bord de la piscine. Il y a même des esprits chagrins qui voient dans ce film le rêve mégalomaniaque de Shyamalan de gouverner le monde et un règlement de comptes à destination des critiques de cinéma !!! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Bêtise ou naïveté de ma part, j’y ai plutôt vu le rêve d’un Peter Pan qui croit en la bonté, qui ne veut pas grandir et j’ai plongé pour de multiples raisons. Comme toujours chez le réalisateur, il y a de bons sentiments (et aussi quelques agaçantes "bondieuseries" mais... je passe) et quand ce n’est pas niais, c’est touchant. Il y a de l’entraide, de la douceur alors que tournent en boucle sur les écrans de télé les images de la guerre en Irak. C’est doux et féerique alors qu’il n’y a pas (ou peu) d’effets spéciaux et puis c’est sublimement filmé comme toujours.

    La nymphe, Narf plus exactement, c’est Bryce Dallas Howard, étrange fille de porcelaine qui pourrait jouer tous les elfes de la création sans maquillage ni oreilles pointues, tant son beau visage est insolite.

    Cleveland, c’est Paul Giamatti : absolument phénoménal !

    N’hésitez pas, plongez.

  • ADIEU CUBA d’Andy Garcia **

    adieu cuba -

     

    Le plus simple est de se laisser envoûter immédiatement par la musique car on danse et on chante d’un bout à l’autre de ce film et la Salsa et le Cha-cha ça met rapidement des fourmis dans les jambes !

     

    Andy Garcia (la coquetterie dans l’œil la plus sexy d’Hollywood…) nous parle amoureusement de son pays, la Havane et nous conte l’histoire d’une riche famille locale dont deux des frères prendront part aux évènements et l’autre pas. C’est lyrique, épique et sentimental et personne ne manque à l’appel : Batista, Fidel Castro, Ernesto « Che » et même Fangio. On sent toute l’implication du réalisateur à chaque plan et bien qu’on s’intéresse, on a du mal à s’émouvoir réellement.

     

    Andy Garcia a tourné avec les plus grands acteurs et réalisateurs et il semble qu’il les ait beaucoup observés. Il « robertdeniroise » et « alpacinise » son jeu, ce qui est loin d’être désagréable. Le plus étrange est qu’il semble plus admiratif quand il regarde Bill Murray que la sublime Inès Sastre. Bill Murray s’extravertit enfin de ses rôles nihilistes et nous régale de sa présence. Je décerne en outre la Palme d’Or, l’Oscar, le César, le Goya et l’Ours d’Or à son habilleuse…

     

    C’est le premier film d’Andy Garcia et il peine un peu à lâcher sa caméra ce qui fait que l’exil à New-York plombe un peu son film d’une demi-heure de trop.

     

    En résumé donc, un film pas révolutionnaire mais honnête et sincère ce qui est déjà beaucoup.

  • La science des rêves de Michel Gondry ***

    Stéphane, jeune mexicain, revient en France à la mort de son père pour rejoindre sa mère (Miou Miou) qui lui a trouvé un travail ingrat dans une fabrique de calendriers publicitaires. Inadapté à la vie réelle, Stéphane s’est inventé un univers parallèle où il filme sa vie rêvée avec des caméras en carton. Il rencontre et tombe amoureux de sa douce et tout aussi rêveuse voisine Stéphanie. Il n’est pas trop difficile pour lui de la trouver charmante puisqu’il s’agit de la délicieuse Charlotte Gainsbourg, craquante en permanence.

    L’univers de Michel Gondry est quitsch, inventif, enfantin et farfelu, peuplé de voitures en plastiques, de maisons en carton, de nuages en coton et de rivières en cellophane. Trouver un cinéma où il n’y a pas moins d’une idée par plan est tellement rare et exceptionnel qu’on a envie d’y plonger et de ne plus en sortir. Stéphane a parfois du mal à faire la différence entre sa vie sur terre et celle de ses rêves… nous aussi pour le plus grand des plaisirs. C’est visuellement magnifique et les comédiens sont suffisamment investis et convaincus dans l’histoire pour nous impliquer à notre tour.

    Gaël Garcia Bernal (surprenant et différent de film en film) a ce qu’il faut de fantaisie pour entrer de plain-pied dans l’univers magique et sentimental, dans l’imaginaire féérique de Michel Gondry.

    Que ce réalisateur de 40 ans reste un enfant, c’est tout ce qu’on a envie de lui demander ! Un bonheur !

  • Pirates des Caraïbes de Gore Verbinski **

    Oui je l'ai revu, non par masochisme (voir ma note du 3 août) mais par sacrifice pour accompagner quelqu'un qui souhaitait le voir !!! Je me suis dit "bah, pour Johnny, j'y vais". Contre toute attente, je me surprends aujourd'hui beaucoup moins sévère qu'il y a deux semaines. Evidemment le couple de bulots Keira Knightley et Orlando Bloom est toujours aussi fade et transparent mais il y a néanmoins une succession de scènes virtuoses qui m'avaient déjà beaucoup plu lors de la première vision et surtout, surtout, j'ai décidé cette fois de ne pas quitter Johnny/Jack des yeux une seconde. Ce n'est pas trop difficile il bouffe l'écran et vampirise le film d'un bout à l'autre. Il n'y a pas une de ses apparitions, pas une de ses répliques, pas une de ses mimiques qui ne déclenche l'hilarité. Il virevolte, tibube, caracole et pirouette d'une façon irrésistible et ce n'est jamais médiocre ni répétitif.

    Alors oui, pour ce one man show inimterrompu délirant, pour cet acteur génial hors du commun il faut voir ce film. Qu'il soit parfait, qu'il soit le plus beau, le plus sexy, le plus craquant, le plus charmant  ne l'empêche pas d'être un grand acteur comique, ce qui fait le plus grand bien.

    Il est par ailleurs délicieusement conseillé de savourer le dernier mot qu'il prononce et qui devrait faire chavirer les coeurs : alors que cette ****** de Lizzy lui joue le plus sale tour possible, il lui plante son regard trois bis et son sourire mi-triste/mi moqueur dans sa petite tête de fouine en lui disant :

    "P.I.R.A.T.E !",

    un délice, un bonheur, un enchantement.

  • Wolf Creek de Greg McLean **

    Je n’ai absolument aucune “expérience” de ce genre de film, aucune référence et donc aucun point de comparaison ! Je ne peux donc dire s’il est « plus » ou « moins » qu’un autre qui serait plus ou moins culte. En effet « Wolf Creek » est l’un des rares film de terreur-épouvante-gore que je vois et j’avoue qu’il se laisse voir parce qu’il est superbement filmé et que, bien que terrifiant voire traumatisant (adieu rêves de randonnée dans le désert australien !) il réserve des surprises et des frissons de bout en bout. Je reconnais avoir zappé (la tête dans les mains…) l’extraction de la moelle épinière par opinel… mais pour le reste, j’ai tenu bon !

    Le début est assez effrayant dans le sens où l’on voit une bande de « djeuns » hilares, au QI de bulot et au jeu plus qu’approximatif se torpiller en rotant et en se vautrant dans une piscine en hurlant… Rapidement deux garçons, une fille (trois possibilités…) s’extraient du groupe et partent au volant d’une guimbarde rapiécée traverser le désert australien à la recherche du cratère causé par une météorite. Arrivés à destination, à peine ont-ils le temps de s’extasier sur la beauté du site que tout fout le camp : les montres et le moteur tombent en panne. Un providentiel péquenaud sympa passe par là au volant de son pick-up et propose de les remorquer et de les dépanner. Le gentil autochtone se révèle rapidement être un psychopathe, sociopathe, sadique et sanguinaire qui n’aime pas les touristes et entend le leur faire savoir !

    C’est la nuit, la fête peut commencer !

    Âmes sensibles s’abstenir de toute urgence.

  • Stay de Marc Forster **

    Henry jeune homme dépressif annonce à son psy qu’il va se suicider dans trois jours…Cet aveu contraint ledit psy à essayer de ne pas le lâcher d’une semelle et à l’empêcher de passer à l’acte.

    Ce « petit » film au propos simple est une bonne surprise. Il lorgne un peu du côté de David Lynch en proposant un thriller alambiqué assez haletant au début mais qui subit une légère baisse de régime vers le milieu alors que les personnages se multiplient et que l’histoire se complique en prenant une foultitude de directions où l’on perd un peu son latin. La fin est inattendue et offre une vision plutôt réussie d’un moment unique et indescriptible, ultime expérience de conscience !

    Le physique toujours juvénile d’Ewan Mc Gregor le rend peu crédible en psy, même s’il porte des costumes en tweed avec des pantalons qui arrivent au cheville, quant à Naomi Watts, égale à elle-même : elle fait la gueule !

    Saluons par contre et largement l'impressionnante prestation border line et toute en finesse de Ryan Gosling, jeune acteur canadien (de la trempe d'un Tim Roth) au physique singulier et atypique, sorte de zombie maigre et pâle qui traverse le film avec une infinie douceur et tout autant de douleur. Sa toute dernière scène, les mots qu’il murmure, ses larmes sont déchirants ! Un bel acteur à suivre.