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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 71

  • Kamikaze Girls de Tetsuya Nakashima **

    Frénétique, déjanté, libre et différent, il faut se laisser emporter par l’enthousiasme communicatif de ce film qui se déroule à 100 à l’heure. « Kamikaze girls » a perdu une étoile [*] en route car le réalisateur, sans doute désolé à l’idée de quitter ses deux héroïnes fêlées n’a pas réussi à s’arrêter à temps. Néanmoins, si ce n’est ce petit quart d’heure de trop, les idées abondent dans ce film maîtrisé à la vitalité communicative.

    Momoko est une poupée barbie nipponne et blonde indifférente absolument à tout sauf à son look qu’elle travaille consciencieusement. Elle a choisi sa voie : la voie Lolita… Momoko est une sorte de bibelot de porcelaine fascinée par le baroque rococo et son unique rêve aurait été de se goinfrer de chamallows avec Marie-Antoinette en s’extasiant sur leurs dentelles respectives. Allergique au travail et à toute forme de relation, elle fera pourtant la connaissance de Ichiko, amazone « trashos » et inquiétante, adepte du coup de boule et membre d’un gang de filles qui crachent et font de la moto en essayant de terroriser tout le monde.

    Malgré tout ce qui les sépare et les oppose Momoko et Ichiko vont s’aimer dans un feu d’artifice d’images (mangas, séquences animées, gags en pagaïe) et de sons (jusqu’à Richard Strauss).

    C’est franchement réjouissant et différent un film qui commence par ces mots : « ma bécane crache le feu »… surtout si c’est une poupée en organdi qui les prononce !

  • Bled Number One de Rabah Ameur-Zaïmeche***

    Kamel (surnommé Kamel-La France) rentre au pays après un séjour en prison dont on ne saura rien. Son bled ? Un trou. Mais il le filme avec force et tendresse. Kamel c’est Rabah Ameur-Zaïmeche lui-même, il est l’acteur réalisateur de ce film et il est beau comme Travis Bickle

    Entre douceur, nonchalance et tradition, la vie s’écoule.

    Jusqu’à ce que Louisa rentre elle aussi au bled, chez sa mère, accompagnée de son petit garçon. Elle a quitté son mari, macho borné, qui l’empêche de vivre son rêve : chanter. Elle fait honte à sa famille, ça ne se fait pas de quitter son mari. Son frère la bat jusqu’au sang. Son fils lui est enlevé, pour toujours. Elle commence à avoir le regard vide et à s’emmurer dans le silence.

    Jusqu’à ce qu’une bande d’intégristes (absolument pas stigmatisés : jeunes et glabres) viennent semer la terreur obligeant le village à s’armer !

    La tension croît et la peur s’invite. Mais entre inquiétude et délicatesse, des scènes de toute beauté serrent le cœur : un bain de mer comme une purification où un homme et une femme se rapprochent momentanément. Et puis surtout, après une tentative de suicide, Louisa finit dans un hôpital psychiatrique où les femmes semblent libérer des contraintes et des entraves et où résonnent leurs cris mi-déchirure, mi-amusement : « les fous sont dehors ». Là enfin, Louisa réalise son rêve : chanter devant un public conquis. Le spectateur l’est aussi car l’actrice Meriem Serbah (qui ferait pâlir toutes les pseudo divas hurlantes) nous fait ce cadeau : interpréter « Don’t explain » de Billie Holliday et c’est modestement sublime.

  • Conversation(s) avec une femme de Hans Canova***

    Les jamais et les toujours, ce sont des mots d’amour.

    Les histoires d’amour finissent mal en général et certaines ne peuvent jamais finir. Cette histoire-ci fait partie de la deuxième catégorie.

    Un homme et une femme (on ne connaîtra pas leurs prénoms) se retrouvent (est-ce par hasard ?) à un mariage et reprennent une conversation interrompue dix ans plus tôt. L’utilisation du « split-screen » (l’écran partagé en deux), absolument pas gênant, permet de ne pas les quitter des yeux un seul instant pour notre plus grand plaisir et de voir des bribes de leur vie lorsqu’ils étaient ados.

    C’est un huis-clos bavard, mais compte tenu du titre, on n’est pas trompé sur la marchandise. Au contraire, on souhaiterait qu’ils continuent à se parler encore et encore…

    C’est drôle, émouvant, ironique et le réalisateur réussit la prouesse de ne jamais sombrer dans le mélo et de concocter une fin loin d’être convenue. Cela tient à un texte adulte admirablement bien écrit et servi par deux acteurs (Helena Bonham Carter et Aaron Eckart) au charme ravageur qui semblent en harmonie permanente. Il se crée entre eux une sorte d’accord parfait tant leur musique est en adéquation. C’est romantique, mélancolique et jamais mièvre. C’est admirable, gai et triste à la fois ; ça parle des promesses qu’on n’a pas tenues, d’un monde dans lequel la quarantaine est pour une femme le commencement de la fin, et pour un homme le début de la séduction, ça parle d’amour, celui qui vous laisse en miettes en vous offrant les moments les plus intenses de votre vie et celui plus « raisonnable » qui dure…

     

  • La maison du bonheur de Dany Boon**

    A quoi ça tient qu’une comédie franco-française ne soit ni beauf ni franchouillarde ??? Difficile à dire. Le thème est simple : un rêve vire au cauchemar (il y a quelques scènes bien angoissantes quand même) et les protagonistes doivent se dépatouiller avec les quiproquos et malentendus qui filent un train d’enfer armés de dialogues poilants qui fusent à qui mieux-mieux. C’est très drôle parfois, drôle souvent et en tout cas, pour notre plus grand plaisir, jamais vulgaire ni lourdingue (je résiste à l’envie de citer les balourdises qui sévissent encore sur les écrans).
    Les acteurs ne sont évidemment pas pour rien dans cette réussite. Ils ont l’air de s’amuser et du coup, on s’amuse avec eux, ce n’est pas plus compliqué que ça.
    J’accorde une mention spéciale à Zinedine Soualem (il faut dire Zinnnndine et pas Zinédine… avec un tel prénom, pourquoi n’est-il pas encore star ?), chouchou de mon cœur depuis longtemps : il est ici irrésistible et à Daniel Prévost, toujours persifleur et ironique, il me ravit.
    En un mot cette comédie raisonne comme une exception dans le paysage parfois prétendument comique et cela fait un bien fou.

  • Lili et le Baobab de Chantal Richard**


    Voilà un joli film, sincère, discret, simple et sensible, tout en plans fixes et qui malgré la force de son sujet ne nous force ni aux larmes ni à la culpabilité et pourtant…
    Lili, jeune photographe sans vraiment d'attache est envoyée au Sénégal pour un reportage sur un village qui tente de survivre en cultivant des légumes. Le manque d'eau et d'argent est le problème vital.
    Ceux qui ont eu la chance d'aller en Afrique savent quel accueil est réservé à "l'étranger" là-bas et immédiatement Lili est accueillie dans les familles. Elle essaie d'entrer en communication avec Aminata, jeune femme touchante et solitaire qui ne parle pas le français et semble dissimuler un secret…
    La simplicité de la mise en scène, le naturel incroyable de tous les acteurs et la grâce de Romane Bohringer donnent à ce film, débarrassé de toute sensiblerie son charme et sa beauté. Romane Bohringer, à la fois forte et fragile, maternelle, amicale, bienveillante, douce et romantique capture la caméra.
    Il y a des actrices dont la beauté intérieure se voit à l’extérieur.

  • Volver de Pedro Almodovar***

    A force de me faire pleurer, un jour Pedro aura ma peau.

    Quand il mélange mélo, comédie, polar et fantastique, Pedro est à son mieux et laisse certains autres à leur pire… Le cinéaste des femmes a encore frappé cette année, et fort. Tout gravite autour de Raimunda (Penelope Cruz) forte femme fragile qui essaie de survivre matériellement dans un environnement hostile entre sa fille de 14 ans, sa sœur, ses amies et malgré le vent agressif qui souffle sur la Mancha et en a rendu fou plus d’un… Elle cache plusieurs secrets, graves et oppressants et reste énergique et déterminée. Parler de solidarité entre ces femmes est un faible mot, elles sont complices, au propre comme au figuré et elles veillent littéralement les unes sur les autres, sans faillir, jamais.

    Les hommes ? Ils sont monstrueux, inaptes, absents ou morts, ou les quatre à la fois...

    Et comme Pedro est cinéaste, il s’offre la chance et le bonheur de faire revenir sa maman d’entre les morts pour que les femmes se comprennent, se parlent, se pardonnent et se réconcilient. Il s'accorde le miracle de pouvoir se blottir encore une fois dans ses bras. Quel luxe ! si ça pouvait exister !!

    Quant à Penelope Cruz, quand elle cesse de jouer les bombas latino à hollywood, elle n’est rien moins qu’une bomba-actrice. Pour comparer, citons Sophia Loren ou Silvana Mangano.

    La toute dernière réplique de la toute dernière image : « maman, j’ai besoin de toi » laisse mélancolique et infiniment heureux. Comment fait-il ?

    Parler avec elle, encore et encore…

  • Bubble de Steven Soderbergh ***

    C'est un film de Soderbergh et on dirait du Lars Von Trier. Soderbergh est un type étonnant : capable de réaliser de grands films avec les plus grosses stars de la planète et de "petits" films avec des acteurs non professionnels, des amateurs surprenants.

    Bien qu'elle pourrait être sa mère, Martha (douce et gentille) et Kyle (timide et renfermé) sont amis et travaillent dans une usine qui fabrique des poupées. Cela se passe dans un trou perdu et l'environnement est oppressant, sans âme, sans avenir où chacun essaie de survivre. L'arrivée de Rose, jeune et jolie mère célibataire va remettre en cause cette routine...

    L'histoire commence comme une peinture sociale et se termine par une enquête policière, rondement menée... car il y aura un meurtre odieux dans ce train-train triste et minable. C'est inhabituel, cohérent, rapide (1 h 13 mn) et prodigieusement efficace.

    Soderbergh est grand.

  • Separate Lies de Julian Fellowes ***


    Plus on ment, plus la vie se complique.
    Dans l’aristocratique campagne londonienne, James et Anna vivent un bonheur pépère, tendre et courtois. L’arrivée de William, Ruppert Everet, irréprochable dans un (premier ?) rôle hétéro, séducteur mais toujours cynique va déjà commencer à faire vaciller les certitudes de ce couple sans histoire. La mort accidentelle d’un homme pas loin de leur maison de rêve va encore enfoncer le clou et obliger chacun (plus ou moins suspect) à révéler ses petits secrets et grandes fêlures.
    C’est raffiné comme un baise-main à l’heure du thé, cruel comme un roman d’Agatha Christie et d’une finesse psychologique rare au cinéma. C’est un premier film et il est beau, sans fioritures et pourtant très soigné. Les acteurs sont impeccables et notamment Tom Wilkinson, plus que convaincant, digne, intelligent et touchant dans le rôle de l’amoureux, éconduit et malheureux.
    Au final de cette analyse de l'adultère, de la responsabilité et du sentiment de culpabilité, chacun révèlera sa vraie nature.
    Delicious et so british.

  • QUATRE ETOILES de Christian Vincent ***

    Ce qu’il y a de bien avec certains acteurs,c’est qu’ils prennent tellement de plaisir, qu’ils semblent tellement s’amuser que le spectateur est obligé de les suivre. C’est le cas ici.
    Franssou gagne 50 000 €uros en héritage : c’est trop et trop peu et elle décide de les dilapider dans un palace à Cannes où elle rencontre un arnaqueur professionnel qui essaie de la filouter avant qu’elle ne l’arnaque elle-même.
    L’argument n’est pas le plus intéressant de ce film et c’est bien le duo (puis le trio) d’acteurs qui vaut le déplacement vers cette comédie virevoltante, légère et ensoleillée. Isabelle Carré (rousse flamboyante, n’en déplaise à ceux qui l’attendent blondinette..) est une véritable tornade, une sorte de lutin fougueux qui tourbillonne, séduit, ronchonne, éclate de rire, réclame de l’amour « à ce moment-là, vous n’avez pas eu un tout petit peu envie de m’embrasser ??? ». Ici la formule « lumineuse » prend tout son sens car elle est d’une beauté à tomber par terre, jouant à la perfection de son physique frêle mais élancé, de ses cheveux, de son allure. Elle est aidée en cela par une garde-robe minimaliste… pratiquement la même robe déclinée en une multitude de coloris quasiment cousue sur elle. Elle assume et elle assure : une bombe ana-tomique !
    José Garcia, après son détour vers des films dramatiques ou fantastiques revient à ses premières amours et en mufle escroc au dynamisme, à la séduction et à l’abattage incessant, il est parfait. Quant à François Cluzet (trop rare acteur), en ex champion de F1, plutôt couillon, bas du pare-brise, incapable de faire une phrase complète, il est extraordinaire. Evidemment les cœurs d’artichaut n’apprécient guère la cruauté avec laquelle il se fait pigeonner… mais bon, c’est une comédie !

    Et puis mention spéciale à Jean-Paul Bonnaire, acteur majuscule qui joue comme personne les tendres abrutis.

    Loin des farces franchouillo-lourdingues qui sévissent parfois, ici règnent l’escroquerie et l’amoralité qui vont bien au teint des tourtereaux… ne boudez pas ce plaisir.

    "Moi Jane... Toi, Tarzan !"