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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 62

  • Be kind rewind de Michel Gondry **

    Désolée le titre français… je ne peux vraiment pas.
    Soyez sympas rembobinez - Jack Black

    Mike travaille chez Monsieur Fletcher, un vieux bonhomme qui tient une boutique délabrée dans un quartier dont le conseil municipal rêve de faire une ville nouvelle. Le vieux bric à brac fait un peu tache dans le projet mais c’est aussi l’endroit où est né et où a vécu Fats Waller le génial pianiste de jazz ce qui devrait rendre l'endroit intouchable. Mike a un copain, Jerry, qui à la suite d’un incident devient « magnétique » et efface toutes les cassettes vidéo en location dans le magasin. Les deux copains vont décider de refilmer à la hâte les films qui sont des classiques ou des succès du cinéma ricain. Contre toute attente, les clients vont faire un triomphe aux deux potaches et à leurs films faits de bric et de broc. Parviendront-ils à renflouer suffisamment les caisses pour aider Monsieur Fletcher à ne pas être exproprié ?

    Encore un film, un de plus, un de trop dont j’attendais beaucoup et sans doute trop et qui m’a provoqué une déception inattendue. Depuis le renversant « Eternal sunshine of the spotless mind », je ne voulais plus que Michel Gondry me fasse dégringoler des sommets d’émotion qu’il m’avait provoquée. Malgré des fulgurances géniales mais fugaces, « Be kind rewind » est un gentil petit film parfois drôle mais pas toujours, pas assez et surtout pas hilarant comme je l’espérais, comme si Michel Gondry n'était pas allé au bout de la folie annoncée. Sans doute aurais-je été plus indulgente s’il ne s’agissait pas de lui. Bon j’en sais rien. Néanmoins, je dirai que la première partie est vraiment très très laborieuse et à la limite même, très mal jouée. Lorsque Jerry et Mike se mettent à revisiter les films avec deux bouts de ficelle de cheval et leur caméra vidéo, ça devient franchement loufoque, mais jamais assez. Le remake de « Ghostbuster » est sans doute le plus réussi, mais les scènes de nuit de « Rush hour 3 » filmées en plein jour (il faut voir pour le croire le stratagème employé) sont franchement hilarantes, l’hommage à « 2001 l’Odyssée de l’Espace" (un de mes films cultes que je décortiquerai jusqu’à mon dernier souffle…) m’a particulièrement touchée… On trouvera ensuite, et en vrac « Robocop », « Le Roi Lion » « King Kong »… et c’est là que ça finit par coincer. Au lieu de nous laisser continuer à jouer au quizz « c’est quel film ? C’est quel film ? »… Michel Gondry nous fait un catalogue qui défile clairement sur l’écran alors que derrière se jouent des scènes. On doit choisir entre lire les titres qui défilent et regarder ce qui se filme. On dirait qu’il casse son jouet et nous confisque le nôtre. Non, franchement pour une déclaration d’amour au cinéma, je m’attendais à plus, à mieux, à différent, plus loufoque, plus dément, plus débile. C’est bricolé oui et revendiqué comme tel, mais on a du mal à croire et à s’attacher aux personnages. Ça (me) gêne énormément. Jack Black est, comme on dit, en roue libre totalement, mais chaque fois qu'il apparaît il ne lui manque que le panneau : "Attention, je vais faire le con !". J’ai beaucoup de mal à me faire une opinion sur cette prestation qui il me semble manque de finesse (on s'en serait douté) et surtout (plus grave) de spontanéité. Les autres acteurs sont absents ou transparents, exceptée Mia Farrow désespérément irritante dans son niénième rôle de vieille petite fifille fofolle. Une chose est sûre, c’est pas l’interprétation qui attire dans ce film.

    Et pourtant, et pourtant… la toute dernière partie, la plus courte, la plus réussie me trotte encore dans la tête parce que j’y ai retrouvé des airs nostalgiques qui lorgnaient du côté de Lubitsch (« The shop around the corner ») et de Capra (« It’s a wonderful life ») et là, l’émotion est au rendez-vous, le véritable hommage au cinéma, c’est là que je l’ai trouvé ! L’humanité, l’espoir, la solidarité, la fraternité, la douceur me semblaient palpables… Ai-je rêvé ?

  • L’heure d’été d’Olivier Assayas **

    L'Heure d'été - Jérémie Renier et Charles Berling
    L'Heure d'été - Charles Berling et Juliette Binoche

    Hélène fête ses 75 ans entourée de Frédéric, Adrienne et Jérémie ses enfants ainsi que leurs conjoints et leurs enfants dans la maison familiale. Elle a consacré sa vie à l’œuvre de son oncle et sa maison ressemble aujourd’hui à un musée où en plus des œuvres du peintre, trônent des toiles ou du mobilier de Corot, Majorelle, Daum… Hélène meurt soudainement et ses enfants se réunissent à nouveau pour envisager ce qu’il faut faire de cet héritage ainsi que de la maison de leur enfance. L’aîné Frédéric est persuadé que la maison et les œuvres seront transmises de génération en génération or, son frère vit en Chine, sa sœur aux Etats-Unis, ils reviendront peu en France et ont besoin d’argent…

    Olivier Assayas revient enfin à un cinéma plus accessible, plus compréhensible et surtout hyper sensible et nous pose cette question : objets inanimés, avez-vous donc une âme ? La réponse est oui, et tout le film est subtile et raffiné non parce qu’il parle beaucoup d’art mais aussi et surtout, en ce qui me concerne de sentiments, de racine, de transmission, d’héritage… et du moment auquel on est absolument jamais préparé, celui où l’on doit vendre la maison de ses parents. Les relations des frères et sœur entre eux, ceux avec leur mère ne sont pas décortiqués au scalpel mais effleurés en quelques scènes avec infiniment de délicatesse. Et si à un moment Charles Berling (magnifique) pousse un cri libérateur très impressionnant, il n’y a pas d’un côté le gentil qui veut garder la maison et de l’autre les méchants qui veulent vendre. Avec beaucoup d’intelligence et de lucidité, chacun expose ses (bonnes) raisons. A aucun moment ils ne sont les uns contre les autres. Le trio de tête, la fratrie de cinéma Berling/Binoche/Régnier fonctionne à merveille et éblouissent une fois de plus par leur naturel. Les scènes entre Jérémie Régnier et Charles Berling sont tout particulièrment réussies. Edith Scob, la mère, est magnifique dans un rôle vraiment sensible. Dominique Reymond, Valerie Bonneton et Isabelle Sadoyan très discrètes mais essentielles dans des rôles secondaires sont épatantes.

    Dommage que l’épilogue qui donne la part belle à la jeunesse (les enfants de Charles Berling, des ados) soit, selon moi, complètement ratée car elle nous éloigne totalement pour ne plus jamais nous en rapprocher du coeur vibrant du film.

     

    L'Heure d'été - Le réalisateur Olivier Assayas, Juliette Binoche et Kyle Eastwood sur le tournage
    Devinez qui est le jeune homme à droite ???
  • Paris de Cédric Klapisch **

    Paris est la plus belle ville du monde, si si, et Klapisch donne envie d’y passer ses vacances, ce que je ferais volontiers tellement j’aime cette ville aussi, et tant il y a de choses et d’endroits à découvrir encore et encore. Paris c’est l’ombre et la lumière, les quartiers chics, les quartiers pauvres, les quartiers populaires et leurs marchés qui tentent de lui donner un air de village, les taxis qui râlent, les manifs qui embouteillent, les monuments qui s’illuminent quand la nuit tombe, les grands boulevards, les petites impasses pavées qui montent à la verticale, les terrasses bondées des cafés, les théâtres, le music-hall, le grand tralala, et Rungis... Paris c’est la pluie, puis le soleil, c’est la hâte et la flânerie, Paris brisé, Paris martyrisé… oups, pardon (tais-toi de Gaulle !)… Mais Paris, c’est aussi et c’est surtout des parisiens qui travaillent, qui s’aiment et se déchirent, qui se cherchent sans se trouver, se croisent sans se voir… Paris c’est plein de gens qui vivent en somme et c’est l’histoire de parisiens, de Paris ou d’ailleurs que Klapisch va nous faire partager le temps d’un film. La bande-annonce tourbillonnante, bouleversante, peuplée d’acteurs que j’aime m’avait placée dans une attente fébrile. Le résultat m’a vraiment fait vivre les montagnes russes, des sommets fulgurants et des dégringolades catastrophiques qui donnent au final un avis très mitigé et une déception très inattendue.

    Voici en gros, en vrac, à tort et à travers, les grands bonheurs et les grandes déceptions de ce film.

    Paris - Juliette Binoche et Romain Duris

    Pierre a tout pour lui, la jeunesse, la beauté, la vie devant lui. Il est danseur mais il est très malade. Son « cœur de Pierre » ne fonctionne plus. Il attend une transplantation dans son appartement haut perché (au-dessus d’un cimetière… là, tu pousses Cédric !) et observe les gens d’en bas et d’à côté qui s’agitent, qui ont la vie devant eux « putain ». Il met sa sœur au courant qu’il ne survivra peut-être pas : 40% de chance, ça fait 60% de risques… Elle s’installe chez lui avec ses trois enfants (pourquoi pas un, pourquoi pas 8… on sait pas) pour l’aider car même soulever une fourchette devient héroïque par moments. Du haut de son perchoir Pierre va donc observer ou inventer des vies à un historien chercheur et dépressif (Fabrice Lucchini qui nous offre les plus beaux, profonds, émouvants et drôles moments du film), un maraîcher amoureux (Albert Dupontel), un architecte trop normal (François Cluzet), une boulangère raciste et à la tête farcie de clichés (Karin Viard, dans son premier rôle de composition… enfin, j’espère !), une étudiante hésitante (Mélanie Laurent), un top-model sans cervelle (Audrey Marnay)… et d’autres encore qui gravitent pour trouver leur place, ou pas. Et ça fait trop, beaucoup trop, même si je comprends que multiplier les personnages c'était aussi multiplier toutes les possibilités, tous les destins auxquels s'identifier ou pas... Mais lorsqu’il se concentre sur la relation frère/sœur de Pierre et Elise ou celle frère/frère (Lucchini/Cluzet) de Roland et Philippe, là, Klapisch frappe très fort et très juste et offre à son film des sommets de tension, d’émotion et de vérité qu’on lui connaissait peu…

     

    Paris - Romain Duris et Juliette Binoche
    Paris - François Cluzet et Fabrice Luchini

    Mais commençons par le pire du pire, ce pour quoi je ne te pardonne pas Cédric, jusqu’à ce qu’on m’explique ET que je comprenne le pourquoi du comment de telles scènes qui tombent comme des veuchs sur la soupe. A un moment quatre tops models titubantes, bourrées des quatre fers après une soirée bien arrosée « ouais han, pourtant han, on avait bien dit han, qu’on boirait qu’une coupe han… hi hi hi hi hi hi hi !!! »… se rendent à Rungis comme on se rendrait au zoo pour voir des animaux exotiques. Là, les quatre sans cervelles observent en pouffant comme des sottes des hommes qui travaillent à l’heure où elles vont aller se coucher. Elles regardent médusées et l’une s’exclaffe « oh la la, ça se sont des mains de travailleurs !!! » ou encore « je fais mes courses par internet je ne savais pas qu’il y avait des endroits comme ça avec des vrais fruits et des vrais légumes !! » (et une tête avec un vrai cerveau dedans t’as déjà vu ???). Et comme les hommes ne sont que des hommes qui réfléchissent avec leur entrejambe (excusez l’empilement de clichés mais je n’invente rien !!!), ils emmènent les filles visiter les abattoirs car évidemment le rêve de la bourgeoise est de se faire sauter par un travailleur entre les carcasses de viandes à Rungis !!! Affligeant, consternant et plein de trucs en ant qui me font encore et toujours me poser la question : « comment des acteurs peuvent accepter ce genre de scènes ??? ». Fin de la parenthèse.

    Il y a encore plein de moments dans le film où l’attention baisse (les multiples scènes de marché… en fait la même répétée 10 fois… oui, je sais la vraie vie est faite de répétitions et d’instants monotones mais au cinéma une fois ça va… 10 fois…) mais passons plutôt au meilleur du meilleur et aux moments de pure magie qu’on doit surtout aux acteurs et à la merveilleuse direction d’acteurs qui va avec.

    Romain Duris est Pierre. Son réalisateur et ami (j’imagine puisqu’ils en sont à leur cinquième collaboration) est fou de lui et nous spectateurs, on est fous de Romain parce qu’il est magnifique. Qu’il danse, qu’il sourit, qu’il pleure, qu’il s’essouffle, qu’il s’énerve, on danse, sourit, pleure et s’essouffle avec lui. Comme toujours il ne joue pas, il incarne. Je trouve qu’il symbolise tout ce que j’aime chez un acteur : le naturel (même si parfois j’aime aussi le cabotinage, mais je n’en suis pas à une contradiction près). Jamais on a l’impression qu’il interprète, il EST, toujours entier, frais, vrai, à la fois physique et charnel, intense et profond, sombre et lumineux.

    La vie de Roland (Fabrice Lucchini) est autant mise en évidence que celle de Pierre qui est le « cœur » du film, sans doute parce qu’il est historien, spécialiste de Paris. Sa performance ici m’a littéralement sidérée, jamais je ne l’avais vu si touchant, si humain, pétri de contradictions, de délicatesse… d’humanité, je ne trouve pas d’autre mot. Evidemment, il nous fait aussi plusieurs grands numéros « à la Lucchini » qui donneront de l’urticaire à ceux qui ne l’aiment pas et raviront ses fans (dont je suis), mais il y a ici une dimension supplémentaire et si lors de ses one man shows, on a chaque fois envie que la scène ne s’arrête jamais (sa danse tordante devant une Mélanie Laurent hilare en est une), il est aussi époustouflant lorsqu’il a un autre être humain en face de lui. A ce titre, la scène chez le psy devrait s’inscrire dans les scènes d’anthologie. Face au psy (génial Maurice Bénichou), il nous la joue d’abord à la Lucchini « j’suis z’un pragmatique moâ ! », jusqu’à ce que le psy l’amène à faire une révélation, LA révélation… et là, on hésite (comme le psy) entre éclater de rire ou en sanglots. Bravo. Les scènes qui l'opposent ou le le rapprochent de son "frère" François Cluzet sont elles aussi empreintes de tension et d'émotion vraiment réalistes et troublantes. Chacune des apparitions de Lucchini est un enchantement car si on le voit en histrion cabotin et facétieux, il y a aussi toute une part d’ombre qui apparaît, une authentique fragilité palpable à l’écran. Un bel acteur et je rêve toujours pour lui du premier rôle à la hauteur de sa dé-mesure.

    Paris - Fabrice Luchini

    Alors pour Fabrice, Romain, Juliette… et Paris : OUI !

    ET PUIS N’OUBLIEZ SURTOUT PAS LA MERVEILLE CI-DESSOUS A VOIR AVEC VOS ENFANTS (OU SANS !).

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  • Les liens du sang de Jacques Maillot **

     

    Les Liens du sang - François Cluzet et Guillaume Canet
    Les Liens du sang - Guillaume Canet
    Les Liens du sang - François Cluzet

    François est flic et va tout tenter pour aider son frère Gabriel qui sort de prison après avoir purgé 10 ans pour meurtre et tente de se réinsérer. Hélas la trajectoire des deux hommes, leurs différences et leur singularité vont les faire s’opposer à nouveau malgré l’amour incontestable qui les unit.

    La complicité de Guillaume Canet et de François Cluzet est évidente et apparaît clairement à l’écran. Guillaume Canet tout en intériorité, parfait quand il souffre, apporte à son personnage une part d’ombre qu’on lui connaissait peu jusqu’ici. François Cluzet passe comme toujours du rire aux larmes, du calme à l’excitation avec une aisance déconcertante. La reconstitution des années 70 semble inattaquable, les rouflaquettes, les cheveux longs, les (horribles) moustaches, les 2 chevaux, les Renault 5, tout y est. On entend même en fond sonore le générique de la mythique émission « Les dossiers de l’écran » (elle me faisait peur cette musique, c’était celle du film « L’armée des ombres »). C’était aussi l’époque où tous les hommes avaient en permanence une « gitane » vissée au coin des lèvres. Les seconds rôles ont tous des tronches idéales comme s’ils étaient restés coincés en 1979, mention spéciale à Luc Thuillier et Marc Chapiteau (trop rares). Les femmes (Clotilde Hesme, Marie Denarnaud, Carole Franck) ont un vrai rôle à tenir, ce qui est rarement le cas dans un «policier » généralement centré sur les hommes. Elles occupent toutes sans exception une place centrale. Les rapports, les relations entre les deux frères et le reste de la famille, leurs enfants, la sœur, le père, les beaux-frères, les embrassades, les engueulades, les déceptions… tout semble criant de vérité comme si le réalisateur avait placé sa caméra dans une « vraie » famille. L’histoire réaliste, touchante, et pas banale se suit avec beaucoup d’intérêt et d’attention.

    Et pourtant il manque à ce film, un peu paresseux, un petit supplément d’âme pour le rendre définitivement captivant. Etrange et dommage !

  • Cortex de Nicolas Boukhrief **

    Cortex - André Dussollier
    Cortex - André Dussollier

    Charles Boyer est un flic à la retraite. Il intègre une clinique qui accueille des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer dont il souffre également. Les prétendues morts accidentelles qui perturbent l’établissement alertent Charles qui ne croit pas à la version expéditive et rassurante du personnel de l’hôpital. Muni de son cahier, il va mener sa propre enquête.

    Il s’agit un peu de la version (pas drôle) du récent et excellent « Vous êtes de la police ? » de Romuald Beugnon, où un pensionnaire (ex-flic) se chargeait également de résoudre l’énigme de morts suspectes. Ici, le lourd handicap de la perte de mémoire de l’enquêteur lui complique particulièrement la tâche.

    Je n’ai jamais vu de malades souffrant d’Alzheimer mais on a parfois davantage l’impression d’être dans un hôpital psychiatrique tant les pensionnaires ont l’air absent et drogué et, si ce n'est quelques accès de violence, agissent pour la plupart comme de « doux dingues »... Cette réserve étant faite, j’ai par contre trouvé que la description du personnel médical était en tout point conforme à ce que j’en connais : faussement bienveillant, blasé par la souffrance, infantilisant, rongé d’ambition et convoitant la place de l’autre…

    La plus grande réussite de ce film-enquête paranoïaque et anxyogène réside évidemment dans son casting. Quelques « malades » font « leur numéro » : Aurore Clément et Marthe Keller, douces, magnifiques et solaires mais c’est André Dussolier qu’on ne quitte pas d’une semelle qui est magnétique. Son regard inquiet, parfois inquiétant, d'autres fois affolé lorsque le piège commence à se refermer sur lui, son beau visage comme taillé à la serpe, son obstination, son désarroi valent le déplacement pour ce film qui curieusement manque un peu de mobile…

  • Death sentence de James Wan **

     

    Death Sentence - Kevin Bacon, Jordan Garrett, Kelly Preston et Stuart Lafferty  

    Ça commence par la description de l’american way of life, my dream come true et blablabla… il y a papa, maman, les deux garçons qui se chamaillent parfois à table, la belle maison, noël au balcon, pâques au tison, les matchs de hockey du grand, de football du petit… what else ?

    Le grand fils va se faire assassiner sous les yeux de papa par une bande de tatoués aux crânes aussi lisses que leurs cerveaux. Apprenant que le tueur ne passera pas le reste de ses jours en prison, papa se transforme en machine de guerre, puis en tueur, en zombie, en mort-vivant et déclare la guerre à lui tout seul, au gang de sauvages !

    Death Sentence - Kevin Bacon

    Vu comme ça, ça doit paraître complètement abruti et pourtant ça ne l’est pas (pas toujours) et surtout ça fonctionne, c’est efficace à 300 % et ne serait-ce que pour une scène de poursuite dans un parking, hallucinante, jubilatoire et anthologiesque, je vous dirai « foncez, pied au plancher ! ». Qu’on ne me fasse pas le coup du « débat » sur l’autodéfense et la loi du talion, même si ça fait toujours chic de révéler qu’on en connaît un rayon question morale !!! Ici, c’est du 36 000ème degré invraisemblable et de toute façon tout est dans l’excès et la surenchère :

    -          « ah ! t’as tué mon fils ? tiens, je tue ton frère !!! 

    -          ah ! t’as tué mon frère parce que j’avais tué ton fils ? Tiens, je tue ta femme !

    -          ah t’as tué ma femme parce que j’avais tué ton fils parce que t’avais tué mon frère… » etc, etc.. jusqu’à ce que le combat cesse faute de combattant !

    Evidemment, le réalisateur a un peu de mal à conclure mais c’est pas grave, la machine à killer c’est Kevin Bacon (bientôt 50 ans, il en paraît toujours 35… ça m’énerve, mais ça m’énerve !!!) et il assure comme une bête en se transformant de gratte-papier chemise cravate tout propre sur lui, en serial killer implacable tout couturé de partout, façon Rambo du Centre Ville. Lui, Kevin (+ la scène dans le parking !), c’est un spectacle ! Parole d’honneur.

    Death Sentence - Kevin Bacon
  • Survivre avec les loups de Véra Belmont **

    Survivre avec les loups - Mathilde Goffart
    Survivre avec les loups

    Un soir Misha rentre chez elle, ses parents juifs viennent d’être déportés. Ne sachant qu'une chose, "ils sont à l’est », équipée d’une boussole elle va traverser la Belgique, l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine seule à pieds et revenir. Son périple, sa descente aux enfers dureront trois ans.

    De mémoire de cinéphile, je n’ai jamais vu un(e) enfant souffrir autant au cinéma. Pendant deux heures, rien ne nous est épargné des souffrances, des blessures, de la peur et de la faim de Misha qui reprend confiance et courage chaque fois qu'elle croise des animaux. Ce qu’elle ingurgite est parfois à la limite du soutenable mais sa volonté, sa force, sa résistance, son instinct de survie sont absolument inouïs et forcent l'admiration. Sa cohabitation avec quelques loups devient pratiquement anecdotique tant c’est plutôt la compagnie des hommes (qui sont des loups pour les hommes comme chacun sait, et encore plus pour les enfants), qu’il faut qu’elle évite à tout prix. Les conditions extrêmes (entre autre météorologiques) et de dénuement de cette errance sont parfois insupportables. Mais comme ce film est porté par une petite fille en tout point exceptionnelle, seule à l'écran pendant les trois quarts du film, Mathilde Goffart dont c’est le premier rôle, je ne peux que vous le recommander, et comme moi, au bout d’un moment vous ne pourrez que trembler avec elle et espérer que sa maman la serre encore dans ses bras.

    Voici une nouvelle expérience au-delà des limites humaines, into the wild.

  • La clef de Guillaume Nicloux **

    La Clef - Guillaume Canet
    La Clef - Guillaume Canet

    Eric vit avec Audrey qui rêve d’un enfant. Eric fait la sourde oreille et prend ce désir avec dérision. Ça agace Audrey qui pleure et trépigne… L’ambiance ne va pas s’arranger après le coup de fil d’un certain Joseph qui prétend détenir les cendres du père d’Eric. Après avoir dit ne pas se sentir concerné par ce père qui ressurgit alors qu’il ne l'a jamais connu, Eric accepte de rencontrer Joseph et se retrouve avec une urne très embarrassante…

    Film d’une noirceur abyssale (à déconseiller définitivement aux femmes enceintes), d’une violence et d’une cruauté sans nom, « La clef » nous fait plonger avec son anti-héros dans une machination infernale où le suspens à tiroirs perd un peu le spectateur. Mais c’est avec délectation qu’on se laisse prendre aux multiples suppositions et égarer dans le labyrinthe du scénario. Hélas la fin réserve une conclusion malheureusement bâclée qui ne répond pas vraiment à la question « Un fils doit-il payer pour les crimes de son père ? ».

    Néanmoins, exceptée Marie Gillain qui hérite d’un rôle catastrophique qui laisse même son partenaire sans voix… ce polar noir noir noir bénéficie de deux atouts majeurs : son ambiance lugubre, sordide, sombrissime et son casting impeccable et souvent à contre-emploi avec en tête Guillaume Canet, victime consentante très très maso.

  • Cow-Boy de Benoît Mariage **

    Cowboy
    CowboyCowboy

    Coup de mou existentiel pour Bruno qui est mal dans sa vie, dans son travail, dans son couple. Journaliste pour la télévision, il se retrouve à s’humilier dans des clips pour la sécurité routière. Alors que sa femme, en plein désir d’enfant, le considère comme atteint du syndrome de Peter Pan, il décide de retrouver Sacchi, héros révolutionnaire de sa jeunesse qui avait pris les enfants d’un bus en otages pour protester contre le licenciement abusif de son père. L'obsession de Bruno devient de rassembler tous les acteurs de ce drame et d’en faire la reconstitution sous forme de documentaire. Il parvient à convaincre son patron qui l’associe pour ce projet à une équipe de bras cassés. Il va effectivement retrouver Sacchi qui a perdu tous ses idéaux en devenant un gigolo pathétique (ou l’inverse), ainsi que tous les otages et leur proposer un voyage de trois jours dans LE bus, jusqu’à la mer du Nord (ah la mer du Nord !!!).

    Nouveau festival Poelvoorde qui ne décevra pas ses fans dont je suis. Quoiqu’il fasse, quoiqu’il dise, il est bon, il est excellent et surprenant. Quand il doit convaincre, il trouve des arguments dont on a toujours l’impression qu’il les invente au fur et à mesure et qu’il parvient à se convaincre lui-même. Quand il affirme à son collègue terre à terre : « Le conflit c’est l’essence même du cinéma. Tu t’emmerdes s’il n’y a pas de conflit », on le croit, même si on n’y comprend rien et qu’on ne voit pas le rapport. Quand il rencontre dans un restaurant le « vrai » Olivier Gourmet et qu’il s’approche de sa table pour l’inviter à la sienne, il lui balance "ben alors les frères Dardenne vous ont laissé tomber" ou  « attention, la palme dort »… on rit, alors que dans la bouche de quelqu’un d’autre, ce serait limite très con. Mais Benoît a l’art et la manière. Il ne craint pas le ridicule et lorsque sa femme l’emmène dans des réunions de puériculture et qu’il se retrouve à faire du « portage de bébé », il est drôle et même touchant. Tout autre que lui aurait l’air d’un plouc, c’est ainsi.

    En dehors de la prestation très anxieuse, la plus belle à ce jour, de Benoît Poelvoorde, il y a le tournage du film dans le film (exercice que j’apprécie toujours) et la manipulation des images par ceux qui les créent. Bruno n’hésite pas, entre autre, à modifier les cadrages pour provoquer l’émotion du spectateur. Le tournage est un fiasco. Personne ne se prête réellement à ce jeu de dupe et Bruno sombre de plus en plus.

    Autour de l’acteur extraordinaire Poelvoorde, il y a Gilbert Melki qui se régale visiblement à jouer les gigolos, blasé, profiteur de toutes les situations mais avec aussi plusieurs fêlures qu’on découvre peu à peu, et ce formidable acteur belge qu’est François Damiens (déjà vu dans « OSS 117 »), à la fois naïf, attentif, sensible et généreux.

    Mais c’est pour Benoît (et la bonne idée du faux reportage sur le vif…) que le film mérite le voyage. Mieux et plus que jamais on sent ici le tourment et les angoisses du personnage et peut-être de l’homme, qui c’est certain, nous fera pleurer prochainement. Pour achever de vous convaincre, j’ajouterai qu’il faut le voir reprendre goût à la vie en chantant « Non, non rien à changer des Poppies »… Je ne vous en dis pas plus, mais son sourire…

  • 24 Mesures de Jalil Lespert **

    24 mesures - Benoît Magimel
    24 mesures - Berangere Allaux et Benoît Magimel

    C’est la belle nuit de Noël… sauf que pour quatre égarés elle sera tout sauf belle. Une prostituée essaie de récupérer la garde de son enfant. Un chauffeur de taxi fait un casse et va rendre une dernière visite à son père. Une jeune fille explique à sa mère qu’un jour il sera trop tard pour lui dire « je t’aime ». Un batteur de jazz règle aussi certains comptes. Les quatre sont en quête de leurs parents ou de leur enfant, ils vont se rencontrer cette nuit là par hasard où leur destin va basculer.

    La caméra hyper mobile qui ne lâchera pas les comédiens saisis constamment en très très gros plan et l’atmosphère nocturne donnent à ce film une ambiance asphyxiante qui ne se démentira jamais (et feront que la moitié des spectateurs quittera la salle afin sans doute d’éviter un suicide collectif). En effet, la façon dont les personnages sont révélés ou se rencontrent est d’une violence inouïe, la scène d’ouverture est à ce titre des plus oppressante (d'autant plus quand on comprend ce qui s'est passé et pourquoi Lubna Abaznal est dans cet état...). D’autres suivront, tout aussi cauchemardesques et  tout sera d’une noirceur et d’un pessimisme sans fond qu’aucune lumière (si ce n’est le sourire de Sami Bouajila et les impros jazz d’Archie Chepp) ne viendra éclairer.

    Jalil Lespert, magnifique acteur par ailleurs, est-il à ce point désespéré pour nous présenter un premier film en tant que réalisateur d’une telle noirceur ? En tout cas, on ne peut nier qu’un auteur soit né et que ce qu’il fait faire à ses acteurs très très concernés, est fabuleux. Si les filles sont un peu trop caricaturales et hystériques, les garçons sont mieux servis avec des rôles plus émouvants.

    Ce que fait Benoît Magimel ici est de l’ordre du surnaturel et du miraculeux, je ne vois pas d’autre explication…

    Un film aussi désespérément sans issue est rare…

    Voici l’explication du titre par Jalil Lespert lui-même :

    "A la base, je pensais que jazz et blues se jouaient en 24 mesures. Mais Archie Schepp m'a appris que c'était une erreur ! Une erreur intéressante dans la mesure où, sans être exacte, elle renvoyait quand même à quelque chose de musical, mais aussi à la date du 24 décembre qui est essentielle dans le film et à d'autres notions comme 24 images par seconde. De plus, je préférais la sonorité de 24 à celle de 12, qui est le bon nombre de mesures pour le blues, alors je l'ai gardé."