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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 61

  • Les hauts murs de Christian Faure **

    Les Hauts murs

    Pour avoir fait plusieurs tentatives d’évasion dans un orphelinat, Yves, 14 ans est placé en Maison d’Éducation Surveillée. Il n’en sortira qu’à sa majorité s’il ne passe pas directement par la case bagne car c’est le seul avenir qu’on prédit à ces enfants « pupilles de la nation » considérés sans hésitation comme de la mauvaise graine.

    « Les hauts murs » commence comme se terminait « Les quatre cents coups » : un tout jeune homme émerveillé court sur la plage, il court même vers la mer… C’est lui, Yves, le héros de cette histoire vraie qui rêve de partir sur un bateau vers l’Amérique que l’on voit bien vite rattrapé par des policiers. Et dès les premières minutes, les brutalités commencent. Yves est conduit derrière ces hauts murs où l’on y découvre dans une bâtisse froide et austère des adolescents mal traités, considérés comme des coupables. La première grande force de ce film est de nous révéler la réalité de ces établissements et on est effaré d’apprendre qu’ils ont existé jusqu’en 1979… alors qu’aujourd’hui encore on entend parler de créer des endroits où l’on apprendrait à vivre aux ‘sauvageons’ qui ont la nocivité greffée dans l’ADN ?

    Derrière ces hauts murs, véritable univers carcéral, antichambre du bagne, les enfants étaient traités comme des malfaiteurs et quand ils n’étaient pas battus par les surveillants, matons insensibles et stupides, ils pouvaient être violés par les plus âgés des pensionnaires. Yves qui sera vite surnommé « Monte Cristo » pour ses velléités d’évasion choisit le rêve de son projet de voyage pour s’en sortir. Un autre, moins solide optera pour le suicide. Le quotidien de ces grands enfants rythmé par des coups de sifflet et qui ne reçoivent aucune éducation est une bien curieuse façon de traverser ce passage initiatique vers l’âge adulte. Ils subissent, survivent, mal nourris et se créent néanmoins de beaux et précieux moments d'amitié et de solidarité. Les rares tentatives de rebellions sont vite réprimées sous les coups d’un surveillant.

    Les adultes de cette histoire sont pratiquement tous au-delà de la caricature du sadique, du faible ou de l’inconscient et ne sont jamais, ou si peu, préoccupés par cette enfance qu’on martyrise sous leurs yeux.

    D’un classicisme vraiment bienvenu je trouve et sans effet tire-larmes (si ce n’est une musique très insistante dans les moments les plus lourds), ce film qui pourrait être la version très très sombre des « Choristes » est porté par l’ensemble de ses jeunes acteurs tous remarquables sans exception.

    Les Hauts murs - Emile Berling et Guillaume Gouix

  • Sharkwater (Les Seigneurs de la mer) de Rob Stewart **

    Les Seigneurs de la mer
    Les Seigneurs de la mer
    On nous affirme d’emblée que l’un des animal qui nous fait le plus peur est celui dont nous avons le plus besoin. Parfois la démonstration n’est ni claire ni évidente mais on ne peut que suivre avec passion et parfois révolte cet amoureux des requins qu’est Rob Stewart. Il se bat avec quelques allumés comme lui pour tenter de faire reconnaître le massacre des requins comme dangereux pour l’équilibre de la planète et les déclarer « espèce protégée ».

    L’océan est le poumon (l’autre c’est la forêt amazonienne…) de la planète terre et le requin en est le seigneur et celui qui permet l’équilibre de l’écosystème. Le requin n’est pas un mangeur d’hommes et Rob Stewart ne remercie ni le Capitaine Achab ni Steven Spielberg à l’origine de bien des idées reçues et forcément fausses sur ce grand animal timide et indécis...

    De toute façon, on ne peut que saluer et encourager ce genre d’initiatives, de combats (c’est parfois vraiment le far-west en pleine mer) qui visent à défendre des espèces menacées et dont l’extermination n’a pour seule utilité que d’encourager un snobisme évident. Mais le requin a un statut particulier puisqu’il est à la base d’un commerce juteux dont l’ampleur des profits ne peut rivaliser qu’avec le trafic de drogue. Paradoxalement il paraîtrait que l’aileron a un goût tout à fait insipide et de toute façon aucun gouvernement ne se mouille pour arrêter ces massacres tant les recettes sont colossales et soutenus par des mafias asiatiques.
    De scènes scandaleuses où la cruauté des hommes révulse (les ailerons des requins sont coupés sauvagement et les animaux rejetés à mer…) en scènes spectaculaires et féeriques des fonds marins, ce film écolo et passionné donne évidemment envie de s’engager pour sauver la planète…

    Je ne peux pour terminer m’empêcher de vous signaler le narcissisme assez réjouissant de Rob Stewart qui n’hésite à aucun moment à se filmer sous toutes les coutures, swimming with sharks, caressant des requins, souffrant sur son lit d’hôpital, doutant lors d’une arrestation etc… Il faut dire que le jeune homme est très agréable à  regarder !!!

    Les Seigneurs de la mer - Rob Stewart
  • Pénélope de Mark Palansky **

    Pénélope - Christina Ricci
    Pénélope - Christina Ricci

    Pénélope est la douce victime d’une malédiction familiale. Suite à la trahison d’un arrière, arrière, arrière aïeul, une sorcière l’a affublée d’un groin de cochon. Le sort ne pourra être levé que lorsqu’un prince charmant l’épousera. Les parents de Pénélope qui l’ont dissimulée aux yeux de tous depuis sa naissance s’acharnent à tenter de lui trouver un époux qui l’acceptera. Lasse de les voir détaler dès qu’ils aperçoivent son visage, la jeune fille va s’enfuir et découvrir la ville et surtout le monde.

    Cette comédie fantastico romantique est un véritable conte de fée tout à fait rafraîchissant avec une morale à la fois très naïve et très positive : il faut tenter de s’accepter tel qu’on est. Facile à dire ! Si l’on excepte la partie un peu longuette du défilé de prétendants qui se défenestrent à la vue de la « belle », ce film très charmant, parfois même réjouissant est une bouffée d’air pur. Il est difficile de ne pas évoquer Tim Burton tant l’esthétique baroque et onirique évoque « Big fish », mais « Pénélope » n’en reste pas moins un film personnel, original et atypique dans la production actuelle. Quant à Christina Ricci, véritable poupée vivante, elle est adorable, délicieuse, charmante, ravissante et parvient grâce à ses sublimes yeux et son lumineux sourire à faire oublier son horrible appendice !

  • Deux sœurs pour un roi de Justin Chadwick**

    Photos de 'Deux soeurs pour un roi'
    Photos de 'Deux soeurs pour un roi'
    Photos de 'Deux soeurs pour un roi'

    Le délicat roi Henri VIII d’Angleterre ne parvient pas à avoir un fils de la reine son épouse, Catherine d’Aragon. Le délicieux (entendez écoeurant d’arrivisme) papa Boleyn décide de mettre sa fille Marie dans son lit, puis son autre fille Anne, quand la première a cessé de plaire. D’intrigues en rivalité, les têtes vont tomber.

    C’est toujours un pur moment de rock’n’roll de revoir l’histoire d’Angleterre ou d’ailleurs revisitée par Hollywood. Ici il n’est question que des idylles de chambre et de savoir qui couche avec qui dans un sinistre tourbillon de trahisons et de magouilles tarabiscotées. Les décors sont nickel chrome et on pénètre dans le palais royal jusqu’à l’intimité du roi comme dans un moulin à vent. Le roi, c’est Eric Bana, aussi terrifiant que Dumbo avec ses grandes oreilles et aussi sexy et séduisant que l’incroyable Hulk. Son cerveau et tout ce qui pourrait lui faire office d’intelligence se tiennent dans ses culottes bouffantes et ses sentiments sont aussi ondoyants que les plis de ses manches ballons. Il est vraiment tordant.

    Kristin Scott Thomas est parfaite en mère des deux sœurs amies puis rivales, puisqu’elles vont se disputer les faveurs du roi. C’est elle qui soulève le fait que le rôle déplorable des femmes ne sert qu’à appuyer les rêves et les délires de grandeur des hommes. Mais évidemment, la grande (et seule ?) idée vraiment intéressante du film est d’y avoir réuni les deux princesses d’Hollywood actuelles Scarlett Johansson et Natalie Portman. La première est la douce, tendre et droite Marie Boleyn qui subira toutes les trahisons et les pardonnera toutes. Mais une fois encore c’est Natalie Portman qui dévoile toute l’étendue de son talent illimité. Tour à tour enfantine, séductrice, manipulatrice, intrigante, suffragette puis border line au bord de la folie, tremblante de peur et de dignité, elle est le tourbillon de ce film... à en faire perdre la tête !

  • Retour à Gorée de Pierre-Yves Borgeaud **

    Retour à Gorée - Youssou N'Dour
    Retour à Gorée
    Retour à Gorée - Youssou N'Dour

    Le voyage commence sur l’île de Gorée à l’endroit exact où les africains étaient victimes de la traite négrière. Après avoir franchi une cour, les futurs esclaves traversaient un étroit couloir qui les conduisait directement vers les bateaux qui les emmenaient vers les Amériques, du Nord ou du Sud. Les familles étaient systématiquement séparées… Ce road movie musical explore le périple de Youssou N’Dour à travers les Etats-Unis et l’Europe sur les traces des esclaves noirs et de leur musique. Le chanteur a souhaité partir du Sénégal et de cette île symbole, puis parcourir les Etats-Unis à la recherche de musiciens dont la musique est imprégnée de cette histoire. Avant le départ, il retrouve le pianiste de jazz Moncel Genoud (absolument fascinant) et ensemble, ils vont d’Atlanta à New-Orleans en passant par New-York, le Luxembourg et Dakar retrouver des musiciens exceptionnels qui vont les accompagner pour le voyage de retour vers Gorée. Tout au long du périple, on assiste aux concerts, aux répétitions et aux discussions autour du thème de l’esclavage.

    Le seul reproche que je ferai au film est qu’à aucun moment les chansons ne sont traduites ce qui réduit un tantinet le propos. Pour le reste si vous aimez la world music, la voix enivrante de Youssou N’Dour, partir à la découverte des origines du jazz, du gospel et « rencontrer » des musiciens exceptionnels, n’hésitez pas car le film fait la part belle à de longs intermèdes musicaux pleins de prestige et de magie.

  • Un cœur simple de Marion Laine **

    Photos de 'Un Coeur simple'

    Après une cruelle trahison amoureuse, Félicité entre au service de Mathilde Aubain, jeune veuve aigrie seule avec deux enfants. La vie des deux femmes que tout oppose et que tout va finir par rassembler va s’imbriquer l’une dans l’autre, jusqu’à se confondre.

    Félicité est ce cœur simple, ce cœur pur qui déborde d’un amour qu’elle offre sans condition et surtout, hélas sans retour ou si peu, tout au long d’une vie de labeur consacrée aux autres. Dit comme cela, ça fait peur, et c’est vrai que c’est absolument effrayant toute cette méchanceté, cette cruauté qui s’acharnent sur Félicité. Sa vie, son histoire ne sont qu’une succession de déceptions, de trahisons, de pertes, d’empêchements, d’abandons, de sacrifices, de tortures morales ou physiques que Félicité accueille avec rage parfois mais qui jamais ne l’empêcheront d’avancer. Tant d’acharnement concentré sur une aussi gentille personne,  ce misérabilisme exacerbé, cette cruauté incompréhensible finissent dans la dernière demi-heure par rendre le film intolérable avec une envie d’entrer dans l’écran et de l’aider à s’en sortir; à l'éloigner de tous ces gens affreux, bêtes et méchants... La vie de Félicité n’est qu’une accumulation de malheurs et de douleurs entrecoupés par quelques instants de joie vite effacés.

    Mais ce qui aide à supporter cette épreuve est le talent des deux actrices  époustouflantes pratiquement seules à l’écran. Marina Foïs est une nouvelle fois surprenante (bien que détestable) dans un rôle de femme sèche, jalouse, envieuse, qui refuse son amour à tous, préférant feindre de s’enfermer dans le souvenir d’un amour mort. Mais c’est Sandrine Bonnaire qui envahit l’écran de toute sa douleur et sa douceur, ses cris de rage, ses sourires lumineux et fait de son interprétation toute entière un crève-cœur.

    Un coeur simple - Marina Foïs et Sandrine Bonnaire
  • Il y a longtemps que je t’aime de Philippe Claudel **

    Il y a longtemps que je t'aime - Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein
    Il y a longtemps que je t'aime - Elsa Zylberstein et Kristin Scott Thomas

    Après avoir purgé 15 ans de prison Juliette est accueillie, (recueillie ?) par sa sœur Léa. Les deux femmes ne se sont pas vues pendant toutes ces années. La famille, honteuse, s’étant chargée de faire de Juliette une paria. Elles vont se reconquérir, se ré-apprivoiser !

    Un film d’amour qui parle de ce lien étrange et fascinant qui unit deux sœurs ne peut qu’être attirant, troublant et effrayant tant ce qui peut souder et désunir deux êtres liés par la même histoire, les mêmes origines est parfois ténu. Elsa Zylberstein la cadette et Kristin Scott Thomas l’aînée incarnent parfaitement et à la limite du morphing parfois les facettes de ces deux vies. Léa dont la « normalité » (beau métier, belle maison, beau mari, beaux enfants) impressionne, va énormément s’agiter pour tenter de redonner goût à la vie à sa sœur, sans la brusquer, sans l’interroger en étant là, parfois maladroitement mais toujours tendrement et sincèrement. Elle va multiplier les sorties, provoquer des rencontres, des réunions entre amis. Sur certaines scènes de groupe, parfois cruelles tant la personnalité et la présence même de Juliette intrigue ou d’autres scènes de « café » plane manifestement l’ombre de Sautet, et c’est toujours bon de découvrir une référence adorée chez un nouveau réalisateur.

    Juliette, d’abord mutique, emmurée dans le silence et la douleur, qui sursaute au moindre bruit, parfois violente et inattendue dans ses réactions va peu à peu refaire surface, difficilement, longuement, douloureusement. Sans pour autant reprendre goût à la vie, elle va réapprendre à aimer et à se laisser aimer. A un « prétendant » qui tente une approche elle dira : « je suis encore loin vous savez», mais à sa sœur qui décuple les preuves d’amour elle va dire « merci ». Les deux actrices sont fascinantes d’intensité et de complicité. A la froideur parfois déchirante de Kristin Scott Thomas répond la fragilité discrète et douloureuse d’Elza Sylberstein. Pour elles deux, le voyage vaut mieux que le détour.

    On pourra également noter la visite touristique de Nancy et l’insistance du réalisateur à présenter un peintre local que j’adore, Emile Friant, et MON Caméo.

    Par contre, je regrette que Philippe Claudel ait choisi de ne pas garder le mystère de Juliette jusqu’au bout en la présentant dans une toute dernière pirouette à prestation césarisable comme une victime et faisant de son film "un secret révélé". Je regrette que la plupart des personnages secondaires soient trop stéréotypés : le flic dépressif, le mari méfiant, l’employé des services sociaux (très) souriante et (très) compréhensive, l'ami compréhensif lui aussi, les collègues agressives… Les maladresses (de jeunesse) telles que l’évocation de la guerre en Irak, de la maladie d’Alzheimer présentée comme un refuge… m’ont paru au mieux naïves, au pire déplacées…

    Ces réserves faites, vous pouvez plonger dans le regard de Kristin Scott Thomas, être boulerversé par la déclaration d'amour réciproque de deux soeurs et savourer une version absolument splendide de « Dis, quand reviendras-tu » de Barbara par Jean-Louis Aubert.

    Il y a longtemps que je t'aime - Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein
    Il y a longtemps que je t'aime - Kristin Scott Thomas
  • Be kind rewind de Michel Gondry **

    Désolée le titre français… je ne peux vraiment pas.
    Soyez sympas rembobinez - Jack Black

    Mike travaille chez Monsieur Fletcher, un vieux bonhomme qui tient une boutique délabrée dans un quartier dont le conseil municipal rêve de faire une ville nouvelle. Le vieux bric à brac fait un peu tache dans le projet mais c’est aussi l’endroit où est né et où a vécu Fats Waller le génial pianiste de jazz ce qui devrait rendre l'endroit intouchable. Mike a un copain, Jerry, qui à la suite d’un incident devient « magnétique » et efface toutes les cassettes vidéo en location dans le magasin. Les deux copains vont décider de refilmer à la hâte les films qui sont des classiques ou des succès du cinéma ricain. Contre toute attente, les clients vont faire un triomphe aux deux potaches et à leurs films faits de bric et de broc. Parviendront-ils à renflouer suffisamment les caisses pour aider Monsieur Fletcher à ne pas être exproprié ?

    Encore un film, un de plus, un de trop dont j’attendais beaucoup et sans doute trop et qui m’a provoqué une déception inattendue. Depuis le renversant « Eternal sunshine of the spotless mind », je ne voulais plus que Michel Gondry me fasse dégringoler des sommets d’émotion qu’il m’avait provoquée. Malgré des fulgurances géniales mais fugaces, « Be kind rewind » est un gentil petit film parfois drôle mais pas toujours, pas assez et surtout pas hilarant comme je l’espérais, comme si Michel Gondry n'était pas allé au bout de la folie annoncée. Sans doute aurais-je été plus indulgente s’il ne s’agissait pas de lui. Bon j’en sais rien. Néanmoins, je dirai que la première partie est vraiment très très laborieuse et à la limite même, très mal jouée. Lorsque Jerry et Mike se mettent à revisiter les films avec deux bouts de ficelle de cheval et leur caméra vidéo, ça devient franchement loufoque, mais jamais assez. Le remake de « Ghostbuster » est sans doute le plus réussi, mais les scènes de nuit de « Rush hour 3 » filmées en plein jour (il faut voir pour le croire le stratagème employé) sont franchement hilarantes, l’hommage à « 2001 l’Odyssée de l’Espace" (un de mes films cultes que je décortiquerai jusqu’à mon dernier souffle…) m’a particulièrement touchée… On trouvera ensuite, et en vrac « Robocop », « Le Roi Lion » « King Kong »… et c’est là que ça finit par coincer. Au lieu de nous laisser continuer à jouer au quizz « c’est quel film ? C’est quel film ? »… Michel Gondry nous fait un catalogue qui défile clairement sur l’écran alors que derrière se jouent des scènes. On doit choisir entre lire les titres qui défilent et regarder ce qui se filme. On dirait qu’il casse son jouet et nous confisque le nôtre. Non, franchement pour une déclaration d’amour au cinéma, je m’attendais à plus, à mieux, à différent, plus loufoque, plus dément, plus débile. C’est bricolé oui et revendiqué comme tel, mais on a du mal à croire et à s’attacher aux personnages. Ça (me) gêne énormément. Jack Black est, comme on dit, en roue libre totalement, mais chaque fois qu'il apparaît il ne lui manque que le panneau : "Attention, je vais faire le con !". J’ai beaucoup de mal à me faire une opinion sur cette prestation qui il me semble manque de finesse (on s'en serait douté) et surtout (plus grave) de spontanéité. Les autres acteurs sont absents ou transparents, exceptée Mia Farrow désespérément irritante dans son niénième rôle de vieille petite fifille fofolle. Une chose est sûre, c’est pas l’interprétation qui attire dans ce film.

    Et pourtant, et pourtant… la toute dernière partie, la plus courte, la plus réussie me trotte encore dans la tête parce que j’y ai retrouvé des airs nostalgiques qui lorgnaient du côté de Lubitsch (« The shop around the corner ») et de Capra (« It’s a wonderful life ») et là, l’émotion est au rendez-vous, le véritable hommage au cinéma, c’est là que je l’ai trouvé ! L’humanité, l’espoir, la solidarité, la fraternité, la douceur me semblaient palpables… Ai-je rêvé ?

  • L’heure d’été d’Olivier Assayas **

    L'Heure d'été - Jérémie Renier et Charles Berling
    L'Heure d'été - Charles Berling et Juliette Binoche

    Hélène fête ses 75 ans entourée de Frédéric, Adrienne et Jérémie ses enfants ainsi que leurs conjoints et leurs enfants dans la maison familiale. Elle a consacré sa vie à l’œuvre de son oncle et sa maison ressemble aujourd’hui à un musée où en plus des œuvres du peintre, trônent des toiles ou du mobilier de Corot, Majorelle, Daum… Hélène meurt soudainement et ses enfants se réunissent à nouveau pour envisager ce qu’il faut faire de cet héritage ainsi que de la maison de leur enfance. L’aîné Frédéric est persuadé que la maison et les œuvres seront transmises de génération en génération or, son frère vit en Chine, sa sœur aux Etats-Unis, ils reviendront peu en France et ont besoin d’argent…

    Olivier Assayas revient enfin à un cinéma plus accessible, plus compréhensible et surtout hyper sensible et nous pose cette question : objets inanimés, avez-vous donc une âme ? La réponse est oui, et tout le film est subtile et raffiné non parce qu’il parle beaucoup d’art mais aussi et surtout, en ce qui me concerne de sentiments, de racine, de transmission, d’héritage… et du moment auquel on est absolument jamais préparé, celui où l’on doit vendre la maison de ses parents. Les relations des frères et sœur entre eux, ceux avec leur mère ne sont pas décortiqués au scalpel mais effleurés en quelques scènes avec infiniment de délicatesse. Et si à un moment Charles Berling (magnifique) pousse un cri libérateur très impressionnant, il n’y a pas d’un côté le gentil qui veut garder la maison et de l’autre les méchants qui veulent vendre. Avec beaucoup d’intelligence et de lucidité, chacun expose ses (bonnes) raisons. A aucun moment ils ne sont les uns contre les autres. Le trio de tête, la fratrie de cinéma Berling/Binoche/Régnier fonctionne à merveille et éblouissent une fois de plus par leur naturel. Les scènes entre Jérémie Régnier et Charles Berling sont tout particulièrment réussies. Edith Scob, la mère, est magnifique dans un rôle vraiment sensible. Dominique Reymond, Valerie Bonneton et Isabelle Sadoyan très discrètes mais essentielles dans des rôles secondaires sont épatantes.

    Dommage que l’épilogue qui donne la part belle à la jeunesse (les enfants de Charles Berling, des ados) soit, selon moi, complètement ratée car elle nous éloigne totalement pour ne plus jamais nous en rapprocher du coeur vibrant du film.

     

    L'Heure d'été - Le réalisateur Olivier Assayas, Juliette Binoche et Kyle Eastwood sur le tournage
    Devinez qui est le jeune homme à droite ???