12.09.2006

Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli ***

Que j’aime le cinéma !!! Peut-être ne vous l’avais-je jamais dit ? Mais là, c’est carrément du bonheur en barre : j’ai retrouvé un amour de jeunesse (silence dans les rangs, oui je sais, encore un !), mon Gégé, mon Gérard, mon Depar-Dieu.

Merci la vie, merci le cinéma, merci Monsieur Giannoli !

Que dire et comment le dire ? Un film dont on sort heureux, on en voit combien par an ??? De mémoire de fantôme des salles obscures, je ne me souviens pas qu’une salle comble soit restée assise jusqu’à la dernière ligne du générique et applaudisse un film.

C’est fait, je l’ai vu. C’était hier.

Gérard est Alain Moreau, chanteur pour balloches en province, ça tout le monde le sait. Il aime son métier et ne rêve pas plus haut que son talent et refusera même un soir la tentation d'un "Zénith"... Un soir il Voit Marion et tombe amoureux de cette fille triste et seule qui vit une situation personnelle délicate. C’est tout ? Oui, c’est tout. Comme on n’est pas à Hollywood et que 25 ans au moins séparent les deux tourtereaux, c’est pas gagné et je vous laisse découvrir. L’essentiel est ailleurs mais cette fois pas invisible pour les yeux.

Je m’étais promise de ne pas tomber dans la polémique du « depuis combien de temps n’avions-nous pas vu Depardieu ainsi ??? », mais c’est vrai que depuis « Sous le soleil de Satan » où il portait toute la misère et tous les péchés du monde sur ses épaules et « Cyrano » où il donnait toute la mesure de sa démesure, il ne nous avait pas comblé à ce point ?

Xavier Giannoli est un magicien qui a pu faire émaner toute cette bonté, cette douceur et cette fragilité de ce colosse qui atteint par ce rôle, son sommet, son Everest et son Himalaya ! Pas de cabotinage, ni grimace ni rictus : une présence imposante, mais pas seulement par la carrure, un charisme, un magnétisme absolus, sans chichi, sans un geste de trop, avec simplicité, humanité. Un choc, une évidence. Le bonheur de voir un Grand, très Grand acteur.

Marion et Alain sont deux êtres cabossés qui ont vécu et souffert, mais comment fait-il lorsqu’il la regarde pour nous donner le frisson et la sensation que ce solitaire fatigué et revenu de tout (sauf de son métier) tombe amoureux pour la première fois à plus de 50 ans ! Il la regarde et il a 15 ans, il est beau, il rajeunit, il fond, c’est un loukoum auréolé de douceur. On n’est jamais trop vieux ni trop perdu pour l’amour. Son regard et son sourire, il me semble ne les avoir jamais vus avec cette sincérité.

Au-delà de la performance idéale et parfaite (me suis-je bien faite comprendre ???) de Gérard Depardieu, où, régulièrement il éclipse ses partenaires, ici ce n’est pas le cas : ils sont tous en harmonie, il y a le film qui est un modèle de simplicité et d’humanité, drôle et cruel, sorte de modèle de cinéma qui parle de l’intimité avec pudeur et limpidité, de l'amour qui pulvérise tout et fait tout renaître sur des cendres parfois. Et puis comment mais comment Giannoli a-t-il réussi l’autre exploit de canaliser les natures volcaniques que sont Gérard Depardieu, Cécile de France (belle, craquante, idéale, fragile) et Mathieu Amalric (discret et de film en film, de plus en plus séducteur et séduisant) ? Ils sont en harmonie totale les uns avec les autres, sobres mais intenses, absolument extraordinaires et irréprochables.

Quant aux chansons… Gérard/Alain en chante plus d’une dizaine et c’est un régal permanent. Il le fait mieux que bien, sans imiter mais en se les accaparant. Mention spéciale à «l’Anamour » et « Quand j’étais chanteur »… mais toutes ces chansons ont accompagné un moment de notre vie, c’est troublant, réjouissant, nostalgique et bienvenu.

C'est merveilleux de sortir heureux d'une salle en fredonnant "j'comprends plus grand chose aujourd'hui/Mais j'entends quand même des choses que j'aime/Et ça distrait ma vie...", avec peut-être une petite larme à l’œil parce que comme dit Xavier Giannoli :

« et oui, ça fait toujours un vide quand il s’éloigne »…

Faites un triomphe à ce film indispensable.