samedi, 19 décembre 2009
Le père de mes enfants de Mia Hansen-Love ****


Grégoire Canvel passe une grande partie de sa vie au téléphone, à répondre à tous partout où il se trouve, quand il marche, quand il mange, quand il conduit. Il est producteur de cinéma. Il a un sixième sens mais aussi une qualité inappréciable : il aime le cinéma passionnément et s’en fait une très haute opinion. Il reçoit les scénaristes, lit ce qu’ils ont écrit, se bat seul contre tous pour financer le film d’un réalisateur aux exigences astronomiques et caprices démesurés. Il console éventuellement un acteur qui se sent mal sur un tournage. Bref, en plus d’être un passionné, hyperactif et charismatique, c’est un type bien.
Chez lui, c’est la famille Ricorée, en mieux : une femme aimante, trois filles merveilleuses, une grande maison à la campagne, un superbe appartement à Paris. Il est un père attentif amoureux fou de ses filles, d’une complicité admirable avec sa femme qui l’écoute et le comprend.
Hélas, pour parvenir à faire aboutir des projets exigeants, différents, du « cinéma d’auteur » non formaté, Grégoire prend de gros risques financiers jusqu’à hypotéquer sa société, son « catalogue » de films, ses biens propres.
Lorsque les ennuis deviennent insurmontables, que les banquiers ne suivent plus, que l’Urssaf et les huissiers sont à ses portes, Grégoire perd totalement pied. Le mot « échec » résonne dans sa tête comme la pire honte. Le désespoir s’abat sur lui comme un cataclysme. Il se suicide.
Stupeur de l’entourage professionnel et familial qui n’a rien vu venir et qui va devoir assumer les dettes, tenter de sauver ce qu’il y a à sauver et se reconstruire.
Rarement on a l’occasion de voir à l’écran un acteur instantanément charismatique s’emparer aussi littéralement et de façon si convaincante d’un rôle et d’un film tout entier (car son absence ne cessera de hanter et de nous manquer). Louis Do de Lencquesaing est cet acteur magnétique au pouvoir de séduction XXL qui disparaît en plein milieu de l’histoire mais qui aura marqué à jamais les autres personnages et les spectateurs. Loin de l’image cliché du producteur à lunettes noires ou gros cigare derrière un bureau tape à l’œil, Grégoire est un passionné qui se bat pour le cinéma, à l’écart du glamour. Pour ce personnage, Mia Hansen-Love ne cache pas s’être largement inspiré d’Humbert Balsan, producteur français précieux qui s’est donné la mort en 2005 et qui est à l’origine de découvertes indispensables telles que « Y’aura-t-il de la neige à Noël ? » de Sandrine Veysset, « le Destin » de Youssef Chahine ou encore « Quand la mer monte » de Yolande Moreau. Raviver la mémoire de cet homme irremplaçable n’est pas le seul atout du doux, tendre et merveilleux film de la réalisatrice. Il permet de mettre en lumière un métier méconnu qui semble vraiment acrobatique et passionnant. Mais pas seulement.
Comme dans son premier film, l’admirable et délicat « Tout est pardonné », Mia Hansen-Love parle de la famille, de l’enfance, de ce qui construit, détruit ou aide à avancer. Elle pose des questions sans y répondre, sans pathos, sans agitation. Que sait-on des gens qu’on aime et qui partagent notre vie ? Comment peut-on passer à côté d’un tel désespoir sans le voir, alors qu'ici Grégoire sème de petits indices… ? Comment continuer à vivre sans ou avec la culpabilité ? Comment l’éviter ou la surmonter ?
Elle élude intelligemment les scènes à fort pouvoir lacrymal comme l’annonce de la mort ou l’enterrement. Elle se concentre sur le chagrin que chacun combat avec ses moyens, sur la vie qui continue malgré tout, les filles qui continuent à grandir pour se diriger vers leur vie d'adultes, malgré cette perte douloureuse, ce manque profond que rien ni personne ne comblera jamais.
Louis Do de Lencquesaing est Grégoire, convaincant, bouleversant, déchirant mais le reste du casting dans son ensemble, jusqu’aux trois petites filles, est idéal et formidable et prouve que Mia Hansen-Love, en plus de savoir raconter des histoires avec intelligence et profondeur est une exceptionnelle directrice d’acteurs.
09:56 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : le père de mes enfants, mia hansen-love, cinéma, louis do de lencquesaing
Commentaires
Dites à Mia que mes ancêtres sont viennois ( 15 ème siècle: Walter von wogelweide, le célèbre trouvère) et que Google peut la renseigner sur mes centres d'intérêts.
C'est bien la 1ère fois que je m'adresse ainsi directo à l'auteur en personne
Guy Vogelweith, de retour sur mon ordinateur dès le 5 janvier 2010;
P.S. Mon prochain livre lui sera consacré, tout comme j'ai déjà consacré plusieurs années à August Strindberg, notamment avec ma thèse de Doctorat d'Etat "Psychothéâtre de Strindberg" 1er Prix
annuel 1974 de la thèse consacrée à un dramaturge. Si Strindberg avait pu maîtriser un outil comme le cinéma, il serait devenu avant l'heure un autre BERGMAN.
Écrit par : vogelweith guy | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentaireBon, c'est Marie-Paule Belle que je vois mal avec une robe à paillettes.
C'est que la grenouille se transforme en MPB à paillettes qui risque pas d'arriver, d'abord parce qu'elle est pu jeune, et que j'embrasse pas les grenouilles !
Et pis mon com' il était compréhensible, z'avez qu'à réfléchir un peu.
Et arrête d'empêcher les gens de me vouloir comme princesse, ça me plait, moi, de plaire. Et ne me dit pas qu'elle parle d'une autre Ed, y'en a qu'une et c'est moi. Si qqun d'autre se fait passer pour Ed, faut le/la virer !!!
Écrit par : Ed | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentaireEd : tu pourrais être polie... Je ferme mes comms si je veux. Et c'est la première fois d'ailleurs.
Ton comm. c'était de la bouillie et je ne suis pas la seule à le dire.
Pour une fois que je faisais attention à l'ADTV, on m'y reprendra.
Écrit par : de Pascale @ vogelweith guy @ Ed | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentairecomment tu fais pour n'en fermer qu'un et pas les autres ?
quand est-ce qu'on mange ?
Écrit par : F | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentaireC'est la magie d'oéfor, tu gères à donf !
Moi aussi j'ai faim, et je souffre en silence !
Écrit par : de Pascale @ F. | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentairey a pas de gagnant ?!
mais
mais
QUELLE HORREUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUR !
j'retourne sur Pandora où la vie elle a plus de dimension (tout est direct DANS TA GUEULE !)
La 3D ça s'appelle
2 euros pour te louer une paire de lorgnons durant trois heures...
y a pas à dire... Cameron a la bosse du commerce à défaut d'avoir du goût !
Écrit par : F | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ F | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentairepfffft
on est plus servies moi j'dis
Écrit par : F | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentaireC'est que t'as coché "fermer les commentaires après... jours".
Chez moi, c'est tout le temps ouvert !
Écrit par : Ed | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentairec'est bien ce que je me disais pas plus tard qu'à l'instant
chez Ed c'est acceuillant c'est TOUJOURS ouvert
ok je sors
Écrit par : F | samedi, 19 décembre 2009
Répondre à ce commentaireEd : non j'ai pas coché "après.... jours", j'ai coché QUAND je l'ai voulu parce que j'avais dit que le jeu était closède à minuit et basta. Et SI, je dis bien SI une autre a été closède aussi c'est que c'était un jeu. Et si t'es si bien chez toi avec la porte ouverte, moi je la ferme, IL FAIT MOINS 15 jte ferai dire !!!!
F : oui et ferme la porte !
Écrit par : de Pascale @ F @ Ed | dimanche, 20 décembre 2009
Répondre à ce commentairepas d'prob
Écrit par : F | dimanche, 20 décembre 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Xeral | dimanche, 20 décembre 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Aifelle | dimanche, 20 décembre 2009
Répondre à ce commentaireXeral : oh que oui.
Aifelle : tu devrais aimer "Tout est pardonné" qui effectivement ressemble plus à la vie que toutes les visions idylliques kikoo lol mdr des ados entre autre. Oui Mia Hansen Love a une façon supra sensible d'aborder ces thèmes.
Quant à ce métier, c'est vraiment passionnant de le découvrir ainsi présenté.
Écrit par : de Pascale @ F @ Xeral @ Aifelle | lundi, 21 décembre 2009
Répondre à ce commentairePourquoi juste avant de se suicider, le père va-t-il à la Gare du Nord pour prendre un train qui le conduira en banlieue? Comment et par qui l'épouse a-t-elle été mise au courant du suicide?
Mia, accepterez- vous que j'assiste un peu au tournage de votre prochain film?
Guy Vogeleith
Écrit par : guy Vogelweith | vendredi, 02 avril 2010
Répondre à ce commentaireBonne chanca!
Guy Vogelweith
Écrit par : guy Vogelweith | mardi, 06 avril 2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : de Pascale @ Guy Vogelweith | mardi, 06 avril 2010
Répondre à ce commentaireAu cinéma, l’étendue gagne en élasticité et la durée en densité. Notre quotidien peut évidemment atteindre de tels sommets mais il y parvient rarement et par hasard. Je peux au contraire revoir à ma guise les films que j’aime.
Un déficit semble ronger l'être du cinéphile qui aimerait voir s'accélérer son rythme intérieur ou se contracter les distances à parcourir. Il serait affligé d’un défaut d’ancrage dans l’ordinaire qui nous entoure. Comme si, de leur côté, certaines drogues n’étaient pas là pour combler une absence de cet ordre ! Nés incomplets, nous tirons des manques de notre condition humaine un élan vers d’autres possibles.
Le temps et l’espace dont je recherche la métamorphose sur les écrans répondent à des qualités qui ne sont sans doute pas les mêmes pour tous les spectateurs. J’essayerai d’être moins flou en retenant une séquence d’un film de Melville : « L’Armée des ombres ».
Nous sommes au temps de Vichy avec un Lino Ventura engagé dans la Résistance. On l’envoie en mission à Londres pour établir des contacts avec un peuple qui n’a pas perdu sa liberté. Dans une rue de la capitale anglaise, un énième bombardement contraint le Français à chercher le premier abri venu. Il ouvre une porte et là, tout à coup, il se trouve plongé dans un autre univers qui annonce le temps à venir, celui de la Libération. L’acteur regarde incrédule, sidéré, subjugué. Ce qu’il voit dans cette cave : une vingtaine de couples de militaires qui, au mépris du vacarme des bombes, swinguent en silence sur des airs venus de New-York. C’est déjà demain ! La Victoire est là. Sans échapper au jour d’hui de la narration comme dans une science-fiction, sans plonger dans le passé fané d’un flash-back, cette scène nous relie au présent tout en faisant gagner du temps sur un futur en gestation .
GUY VOGELWEITH
Écrit par : Vogelweith Guy | mercredi, 09 novembre 2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : @Vogelweith Guy | mercredi, 09 novembre 2011
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