Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

LES FANTÔMES D'ISMAËL

d'Arnaud Desplechin ****

268297_jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Avec Marion Cotillard, Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Louis Garrel, Alba Rohrwacher, Hippolyte Girardot,  Laszlo Szabo         

Synopsis : À la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu…

Le temps de reprendre mes esprits et je reviens vous parler de ce film qui m'a pas mal secouée.

Aussi dérangeant qu'exaspérant parfois, il est aussi et surtout fascinant...

ce qui n'est guère surprenant de la part du réalisateur d'Un Conte de Noël et Trois souvenirs de ma jeunesse pour ne citer que les films les plus récents (je préfère oublier Jimmy P., l'erreur dans un parcours sans faute...).

Le Festival démarre en trombe !

...........................................................................

Le lendemain...

Ce film est bien plus et bien différent que ce que la bande-annonce laisse supposer ou deviner. Bien sûr, il y a la réapparition, la renaissance d'un amour disparu, mort depuis plus de 20 ans. Et Ismaël a beau dire et répéter à son tout nouvel amour Sylvia qu'elle a tort d'être jalouse d'une morte et qu'il ne veut plus en entendre parler, lorsque Carlotta réapparaît, il peut dire précisément à quand remonte sa disparition en nombre d'années, de mois, de jours.

Mais le film est tellement multiple, pluriel et changeant qu'il me semble bien difficile d'en parler sans s'égarer. Alors tant pis, je vous livre mes impressions comme elles me viennent.

C'est donc un film qui m'a semblé infiniment dérangeant. Ce que vivent les personnages n'est pas facile mais le traitement qu'en donne Desplechin est tellement anxiogène qu'il semble difficile de ne pas parfois être au bord de la crise d'angoisse, du malaise. Il est aussi infiniment sombre au propre comme au figuré. Même en plein soleil au bord de la mer, même auprès d'une fenêtre par temps clair, j'ai toujours eu la sensation qu'il manquait de lumière partout et tout le temps.

Il est aussi exaspérant, et cela tient sans doute à l'interprétation chevrotante de Mathieu Amalric qui devient difficilement supportable selon moi et dont j'ai l'impression qu'il a définitivement atteint les limites de son jeu tourmenté. Cela ne me touche plus, je n'y crois plus. Lorqu'Amalric joue un réalisateur, un homme proche de sombrer dans la folie, on voit un fou ! Vous me direz que l'interprétation doit être exemplaire ! Et bien non. Je vois Amalric fou jouer un fou et la "performance" se voit. Trop. Etrangement cela ne nuit pas au film même si j'ai aussi du mal à comprendre cette fascination que le personnage exerce sur les femmes en général et sur cette femme cultivée, intelligente et astrophysicienne. Mais l'explication tient sans doute au fait que certaines femmes aiment les bad guys. Elles vont souffrir, elles le savent et elles y vont quand même... Lorsqu'Ismaël demande à Sylvia pourquoi elle l'aime, elle répond : "parce que tu as l'air d'un clochard". Bien vu. Et pourtant elle veut lui arracher son masque et faire de lui un Prince. Et là, y'a du boulot !

L'autre agacement vient de la façon dont les gens se parlent parfois ici. J'ai entendu Desplechin sur France Inter, il ne parle pas comme ses personnages. Pourtant Ismaël/Amalric est bien son double non ? Le réalisateur parle de lui, de ses doutes, de ses rêves si j'ai bien compris. Il revient même à Roubaix pour quelques scènes, là où il est né. Et j'ai même eu l'impression de retrouver la maison utilisée pour Un conte de Noël. Peu importe.  Néanmoins personne ne parle ainsi  dans la vraie vie, de cette façon peu naturelle, ampoulée même si c'est littéraire dans un langage la plupart du temps très châtié.

Bref je ne suis pas à une contradiction près concernant ce film abondant, car je le trouve en tout point fascinant bien que perturbant, déstabilisant. Un film de cette sorte pourrait finalement être mauvais et détestable. Il n'en est rien. J'ai la conviction d'avoir vu un grand film qui m'habite encore, qui me hante, comme un fantôme donc. Pari gagné pour le réalisateur ?

Que dire encore, que dire surtout ? Carlotta débarque tranquillement pour récupérer son homme. Ben voyons ! Même si elle est brune et ne porte pas de chignon, pour tout cinéphile qui se respecte, un personnage qui s'appelle Carlotta renvoie illico à Sueurs Froides/Vertigo du maestro Hitchcock et à cette femme abandonnée, morte d'amour, désespérée. Et pour enfoncer le clou, il y a un portrait géant de Carlotta dans l'appartement d'Ismaël. Et sur ce portrait Carlotta ressemble à s'y méprendre à... Sylvia. Les mêmes hommes aiment les mêmes femmes c'est bien connu. Oui, je sais, c'est compliqué, mais ça ne l'est pas. Vous comprendrez en voyant.

Finalement, pendant qu'Ismaël, réalisateur/scénariste travaille sur son film, les deux femmes passent quelques jours ensemble. Elles se parlent, s'observent. Pas de haine, pas de colère sauf en une scène où Sylvia reproche à Carlotta de vouloir tout détruire, d'être laide mais on ressent plutôt de la bienveillance malgré la méfiance. Lorsque Sylvia regarde Carlotta danser, on sent de l'admiration, de l'émotion. Elle est touchée par cette femme à la fois fatale et enfantine. Et Sylvia renonce. Et Carlotta fait n'importe quoi, raconte son histoire abracadabrantesque. On a parfois du mal à la croire. En fait, je crois que cette fille est incapable d'être seule et elle retombe sur Ismaël sans réellement l'aimer juste parce qu'elle le sait être une proie facile. J'ai envie de dire : lui ou un autre ! Ou pas. Peu importe.

Voir ces trois là se tourner autour, se renifler, souffrir, fait mal. J'ai dit ce que je pensais de l'interprétation de Mathieu Amalric... Il en va tout autrement de Charlotte et Marion, aussi belle l'une que l'autre, aussi touchante et lumineuse, elles sont tour à tour l'âme amoureuse du film.

Mais le film est drôle aussi. Et vlan, voilà un autre paradoxe, voire une autre invraisemblance. Il y a un film dans le film puisqu'Ismaël réalise un film d'espionnage à propos d'un mystérieux diplomate français. On ne comprend pas tout ce qui se passe d'autant que Louis Garrel dans une forme éblouissante, donne à son personnage un comportement burlesque vraiment réjouissant. Accentué par Alba Rohrwacher, un poil déjantée également, compagne du personnage du film dans le film ! Vous suivez toujours ? Il n'est d'ailleurs pas impossible, tant le réalisateur est à l'ouest, que les acteurs du film dans le film ne comprennent pas tout à fait ce qu'ils ont à jouer.

Autre surprise, l'irruption inattendue d'Hippolyte Girardot, surmonté d'une improbable coiffure. En tant que producteur exécutif sur le film d'Ismaël, il a toutes les raisons de s'arracher la moumoute. Leurs scènes communes sont un régal notamment celle où... je ne dis rien. Girardot a en lui des réserves de bizarrerie et de drôlerie hélas totalement inexploitées au cinéma.

Je vous avais prévenus que ce serait décousu et incompréhensible. Le film ne l'est pas même s'il ressemble à un bric à brac, il ne l'est en rien. Le fouillis et l'abondance semblent parfaitement maîtrisés. Emotion, angoisse, comique... et une réflexion sur la fin de vie lorsqu'un vieil homme à l'hôpital s'étonne (je cite de mémoire) : "pourquoi toute cette agitation autour de moi comme si j'étais une urgence. J'ai 83 ans, je ne suis plus une urgence, il faut laisser faire les choses".

Beau, grand, troublant !

Commentaires

  • Je parle des films qui sortent et que je vois... s'il y en a qui sont au festival tant pis :-)
    Festival ou pas Desplechin je ne rate pas.

  • Ah mince, j'avais adoré Jimmy P qui m'a fait connaitre ce réalisateur ! Mais c'est vrai qu'il est différent :) Je suis allée voir son dernier opus hier !

  • Jimmy P. fut d'un ennui mortel pour moi :-) à la limite du ridicule.

  • J'en sors... Je ne dirai pas qu'il est indispensable... D'ailleurs le cinéma de Desplechin, je ne connais pas vraiment. Moi, mon truc, c'est Mathieu Amalric !
    Avec en plus Charlotte Gainsbourg, j'avais envie...
    Et puis Louis Garrel ne gâche rien au plaisir.

    Bon moment, un film dans le film, la rencontre de Marion et de Charlotte... bonne séance. Au plaisir, et plaisir du spectateur...

  • Je te recommande grandement un Conte de Noël dans lequel ton Amalric ne chevrotait pas encore et aussi Trois souvenirs de ma jeunesse qui m'avait transportée.
    Mais finalement tu as aimé. Et oui Charlotte, Louis sont incroyables.

  • oui finalement, j'ai aimé, mais avec Matthieu et Charlotte, je n'avais pas trop de doute, même si j'ai dû un peu moins aimé que toi...

  • Bonsoir Pascale, la bande-annonce m'a suffi. Je ne suis tentée du tout par ce film. Il faut dire que la présence de Charlotte Gainsbourg, c'est assez rédhibitoire en ce qui me concerne. Bonne soirée.

  • Bonjour Dasola. Ah c'est dommage. C'est un film labyrinthique et jubilatoire.
    Et Charlotte est très bien. Je n'aime pas quand elle enchaîne les rôles dépressifs. Elle ne l'est pas ici.

  • J'aime bien desplechin mais je n'aime pas cotillard... En plus, par rapport à ses précédents films, ce film présente certains tics. PS : J'ai beaucoup aimé Jimmy P !

  • Jimmy P. j'ai dû passer à côté... mais je ne me sens pas de taille de le revoir tant je m'étais ennuyée je crois.

Écrire un commentaire

Optionnel