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PARASITE

de Bong Joon Ho ****(*)

parasite de bong joon ho

Avec Song Kang-Ho, Lee Sun-Kyun, Cho Yao-jeng

Synopsis : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira indemne...

Un parasite est un organisme vivant qui vit aux dépens d'un autre organisme dénommé l'hôte. En général l'hôte ne sait pas qu'il est "habité". Il finit par le découvrir à ses dépens. Le titre du film s'il est admirablement choisi, en est pourtant le premier "spoiler", c'est dommage et j'espère que ce n'est pas encore l'œuvre d'un traducteur fou qui aurait mis son grain de sel. En ne connaissant rien de l'histoire, on ne peut qu'être déconcerté par la première heure qui est un mystère total bien que finalement animé d'une certaine logique. Il faut reconnaître que le scénario mis au service de cette histoire relève d'une virtuosité à laquelle le réalisateur nous a habitués. Maîtrisant la forme en déroulant un scenario implacable, il n'en oublie pas le fond et la dénonciation des inégalités sociales en confrontant deux familles très inéquitablement servies par le sort. Maniant habilement thriller et comédie, il laisse aussi sa place aux sentiments. Parler de film parfait serait sans doute excessif mais on peut assurer qu'on tient une fois encore une grande Palme d'Or, certes populaire et accessible mais sans doute pas à mettre devant tous les yeux car la violence finira également par faire irruption. On l'attend de toute façon.

Comédie noire, comédie sociale, film catastrophe, film d'horreur, le film embrasse tout cela sans jamais perdre sa route.

Comme l'année dernière, la Palme d'Or est asiatique et aurait pu également s'appeler Une histoire de familleS, mais au pluriel. Contrairement au japonais Kore-Eda si justement primé en 2018, Bong Joon Ho ne se demande pas ce qu'est une famille, il le sait et le montre, ce sont des parents et des enfants. Et quel que soit l'environnement dans lequel ils évoluent, ils s'aiment et les parents font le maximum à leur façon pour que tout aille bien.

La famille Kim (les parents, un fils Ki-Woo et une fille Ki-Jung, 2 ados) vit dans le sous-sol d'un immeuble sombre et insalubre. Le soupirail donne sur la rue et leur offre comme seule vision les détritus et les ivrognes qui viennent faire leurs besoins. Mais leur plus grande inquiétude ou désolation est d'être privés de Wi-Fi. Les parents sont sans emploi et les enfants ne faisant pas, ou plus, ou pas encore d'études, ils gagnent un peu d'argent en pliant (mal) des boîtes à pizzas. La providence se présente en la personne d'un étudiant qui va offrir deux cadeaux à la famille Gi-Taek : une pierre magique censée apporter la prospérité à celui qui la détient et un poste de professeur d'anglais à son ami Ki-woo. Il lui propose de prendre sa place pour donner des cours à Da-Hye la fille de la riche famille Park. Ki-woo n'est pas étudiant mais, ça tombe bien, sa sœur est une faussaire hors pair et réussit à fabriquer un diplôme plus vrai que nature. C'est ainsi que Ki-woo pénètre relativement innocemment dans la famille Park. Je me garderai bien de vous révéler comment le reste de la famille va également s'introduire dans cette luxueuse maison, véritable bunker hyper moderne, qui va devenir un personnage à part entière.

Un twist de folie intervient en plein milieu et sera le grain de sable qui va enrayer la mécanique bien huilée. Dès lors la maison devient lieu d'enfermement et labyrinthe anxiogène. La caméra toujours idéalement placée observe les personnages se déplacer, se croiser sans se voir, disparaître dans le noir, ramper, glisser, fureter. C'est prodigieux. Souvent on retient son souffle tant les raisons d'inquiétude se multiplient.

Si la lutte des classes est évidente, le réalisateur ne se contente pas de placer les gentils prolos d'un côté et les vilains bourges de l'autre. Même si certains détails appuient le mépris de classe (la pauvreté a une odeur... lorsque des pluies torrentielles s'abattent sur la région, le quartier des Gi-Taek est dévasté, Madame Park dira soulagée : "ça a fait du bien cette averse"), les deux familles ont chacune leurs aspects détestables et aimables. L'une est animée par la jalousie et la convoitise, l'autre justifie tous ses actes par l'argent (lorsque M. Park fait porter des plumes d'indien à Gi-Taek qui rechigne mollement, sa justification cinglante "je vous paie" est sans appel. Néanmoins ce sont surtout les pères qui sont écornés ici. L'un est incapable de subvenir aux besoins de sa famille, l'autre, plutôt absent, ne participe au bien-être familial que par l'argent qu'il rapporte.

Comment tout cela va devenir incontrôlable donnant lieu à des scènes drôles, tragiques, cruelles, parfois gore, vous le saurez en vous précipitant en salle et en vous laissant manipuler  jusqu'au dernier rebondissement final par un grand réalisateur qui maîtrise le fond et la forme d'une mécanique imparable. Une Palme entièrement justifiée je le répète et je serais même allée plus loin (mais ce n'est pas possible et le Prix d'Interprétation masculine à Antonio Banderas reste une évidence) en accordant un Prix d'Interprétation collégial ou une mention spéciale aux acteurs, tant tous les protagonistes dont certains vraiment schizophrènes et offrant deux visages, deux attitudes, deux interprétations sont excellents. Un film complet donc.

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PARASITE de Bong Joon Ho

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Commentaires

  • VERTIGINEUX ! rien que ça...
    Depuis son Memories of murder, Bong Joon-Ho fait partie des réalisateurs que je suis...

  • Exceptionnel !

  • Si ce n'était pas en bien, ce serait moins voyant.

  • Excellente la série d'affiche avec les personnages; j'ai attrapé le film au vol le dernier jour à Cannes et je m'en suis bien trouvé, du coup j'ai vu la palme et j'ai trouvé ça excellent. J'ai hâte de vous lire même si je ne suis pas sûr d'arriver à quelque chose de mon côté.

  • Je crois que je vais avoir du mal aussi :-)
    Quelle chance de l'avoir vu " sur place".

    Et oui, super les affiches.

  • incontestablement l'un de mes réalisateurs préférés ! je suis tellement ravie qu'il ait eu la palme ! 15 ans que je dis qu'il est génial ! mon préféré reste memories of murder, mais Parasite est tellement jouissif, surtout le début ! J'ai eu la chance de le voir en projection presse en avp, mais comme toi, me faut du temps pour me remettre et écrire dessus (sans doute ce weekend)

  • C'est un merveilleux film. On est happé dès le début et ce twist en plein milieu...
    Ils repassent Memories of murder dans mon cinéma. Je vais essayer de le revoir.

  • Bonjour Pascale, l e film fait l'unanimité dans les louanges. J'ai trouvé la première partie vraiment réussie car tout est fluide. Sinon, le jeu de massacre lors la surprise partie m'a interpellée. En revanche, quand l'homme écrit "au sekour" en morse pour le petit garçon de la famille, cela ne donne rien. Je m'attendais à ce que cela aboutisse à quelque chose. D'ailleurs, on ne sait pas comment cet homme arrive à se sortir du bunker vu qu'il était bien saucissonné. Ce sont des détails qui m'ont frappée. Bonne journée.

  • Bonjour dasola. J'ai lu aussi que ce film ne servait à rien. Donc il ne fait peut-être pas l'unanimité. De toute façon tout le monde ne pourra le voir compte tenu de sa violence qui d'ailleurs ne m'a pas surprise.
    Il faudrait que je le revois (sans problème) pour noter s'il y a des ratés dans le scenario. Je pense que l'homme était "mal" saucissonné et personne n'aurait cru le petit garçon qui voit des fantômes. Over :-)
    La seule chose qui aurait pu me gêner est que l'étudiant du début disparaît. Mais finalement non. Il est parti à l'étranger donc c'est normal qu'on ne le revoit pas.
    Bonne journée.

  • Palme méritée sans l'ombre d'un doute (comme aurait dit Alfred). Tu rappelles à juste titre qu'un Parasite a besoin de son hôte (qui fait le lien avec le troisième film du réal, déjà un chef d'œuvre). Les Kim (et non Ki-taek, ça c'est le prénom du père) sont immédiatement associés à ces cafards que l'on enfume (scène au pathétique hilarant ou Ki-taek conservé sa contenance et sa dignité de plieur de boîtes à pizza). Uberisation de l'emploi, précarité sociale, mal logement, les cafards migrent vers un habitat plus luxueux. D'un monde à l'autre, la Corée est décidément un pays fort surprenant.

  • Et bien il faut une palme pour nous mettre d'accord. Merci Cannes. Mme Triet n'avait pas la moindre chance...
    Par contre, je ne l'ai pas trouvée hilarante la scène de l'enfumage, même si le père prend sur lui et se drape dans sa dignité.
    Ah les coréens et leurs noms !

  • Bonjour Pascale ! 100% d'accord avec toi sur cette palme, et je n'ai pas pu non plus m'empêcher de faire le lien avec celle de l'année dernière. Un film à voir !!

  • Bonjour Aurore, Difficile de ne pas y voir quelques rapprochements. C'est la misère mais on s'aime et on tient le coup... Bon après, ils font des choses... que la morale réprouve :-)

  • J'ai adoré de chez adoré, vraiment LE film que j'ai préféré cette année (et de loin), une belle Palme d'or (qui saura autant plaire aux "cinéphiles" qu'aux autres - ça fait peut-être depuis Pulp Fiction qu'on n'a pas eu une Palme qui parvenait à brasser un si large public). Il y a absolument tout, comme tu le dis si bien, un vrai mélange de tons (et c'est même émouvant) et de genre, la violence est sans cesse là et pas que d'un point de vue "visuel". Rien que ce truc autour des odeurs, j'ai trouvé ça subtilement violent. Une mise en scène absolument incroyable, un scénario bien foutu, des acteurs tous excellents. Wow.

  • Tu complètes bien ce que je raconte.
    La palme de l'année dernière m'avait aussi beaucoup plu.
    Oui les odeurs... c'est redit à plusieurs reprises et jamais lourd.

  • En effet, une palme d'or qui consacre un grand cinéaste. Je crois que je préfère toujours Memories of Murder et The Host, mais c'est néanmoins un film formidable avec un scénario assez prodigieux par l'équilibre qu'il trouve entre divertissement pur (on s'amuse beaucoup) et métaphores (on réfléchit tout autant). Et comme tu le dis très bien, le titre est admirablement choisi. A chacun son parasite, comme je le dis chez moi. Quant à la scène des escaliers dans la ville...

  • Oui on ne peut qu'applaudir ce choix du jury.
    Memories je peux comprendre mais The Host... il faudrait que je le revois.
    Mon préféré est sans hésitation celui ci.

    La scène des escaliers... j'en suis encore éblouie.

  • Ton analyse est brillante. J'estime que le film a mérité sa palme d'or tant par son histoire incroyable, son scénario impeccable, ses prises de vues soignées, ses acteurs formidables ...
    Farce diabolique et noire très bien construite du début jusque la fin.

  • Merci :-)
    C'est un film qui nous "suit" plusieurs jours après l'avoir vu.

  • Un film que j'ai trouvé assez magistral !
    Il me faut encore un peu de temps pour revenir de mes émotions...

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