LES LUMIÈRES DE NEW YORK
Sans qu'on sache pourquoi, il ne travaille plus dans le restaurant qu'il a ouvert avec son frère et en est réduit à livrer des repas en parcourant à toute vitesse les rues de la ville à bicyclette. Je me demande souvent dans quel état arrive ces repas livrés dans des sachets par des pauvres bougres qui pédalent à fond la caisse au mépris de tous les dangers : une réponse est apportée dans le film...
Lu se fait voler son vélo. Sans moyen de locomotion, son employeur sans le moindre scrupule le renvoie. C'est dans ces conditions que Lu doit retrouver dès le lendemain sa femme et sa fille qui arrivent de Chine. Il ne se sont vus qu'en appels vidéos depuis cinq ans et l'épouse comme l'enfant le trouvent très amaigri. Les retrouvailles sont aussi chaleureuses que peuvent être des retrouvailles entre chinois tellement pudiques en ce qui concerne les manifestations affectives et Lu qui a trouvé un appartement relativement décent mais au prix exorbitant ne leur annonce pas qu'il est sans emploi.
Le lendemain, la petite Yaya qui souhaite désormais porter un nom américain et se faire appeler Queenie insiste pour accompagner son père au travail. Elle se montre tellement insistante que son père accepte. Il va donc passer la journée, après avoir à son tour volé un vélo, à tenter de trouver de l'argent, se faire rembourser celui qu'il a prêté (hélas à des personnes encore plus précaires que lui), d'obtenir sans succès un prêt auprès d'un organisme d'aide aux émigrés. Tout en laissant parfois la petite à la garde de parfaits inconnus. Rien, absolument rien ne fonctionne pour Lu observé avec beaucoup de circonspection par la petite Yaya/Queenie qui tentera même de l'aider en volant une montre. Mais l'homme pas toujours regardant sur la droiture de ses procédés refusera que sa fille devienne malhonnête.
Je note à nouveau que les enfants acteurs extrême-orientaux sont vraiment impressionnants dans l'interprétation de rôles particulièrement difficiles. La petite qui doit avoir 6 ou 7 ans n'est pas sans rappeler la petite I-Jing souvent seule à errer dans les rues d'une autre grande ville, Taipeï, dans The left handed girl. Les scènes où Lu est avec sa fille sont les plus belles du film.
On ne peut contester une habilité et même un savoir faire impressionnant de la part du réalisateur dont c'est le premier film et qui filme la ville américaine, l'extrême pauvreté qui y règne par endroits, ses laissés pour compte comme si nous étions plongés en plein Pékin populaire. Mais on a du mal à suivre les objectifs et la façon de faire de son héros qui court beaucoup mais n'obtient ni ne propose rien. Le réalisateur abandonne par ailleurs une piste qui aurait pu être intéressante : lorsque Lu en train de voler un vélo se fait renverser par une voiture, le propriétaire du vélo lui remet le numéro d'immatriculation du chauffard. Il ne fait rien de cet acte dont on n'a plus de nouvelle...
Nul doute que cette misère humaine existe d'autant plus révoltante quand elle est située dans le pays et peut-être la ville parmi les plus riches du monde, mais j'ai trouvé ce film terriblement éprouvant et déprimant. J'ai lu de ci de là qu'une lueur d'espoir pointait à la toute fin. Je ne l'ai pas trouvée même si l'amour de sa femme et de sa fille sont un soutien précieux. Mais malgré tout l'espoir que je place (parfois) dans la magie du cinéma, je ne pense pas qu'admirer un lever de soleil, même avec la plus adorable petite fille du monde, peut résoudre à New York (ou ailleurs) les problèmes de personnes sans emploi avec un loyer de 1 500 dollars mensuels.

Commentaires
Un beau film, d'une douceur étonnante compte tenu du sujet.
Tu as raison : la petite fille est admirable. Pas de fausse note dans le reste du cast.
Douceur étonnante ? Je l'ai trouvé très âpre au contraire.
L'acteur principal joue TRÈS bien. Les autres sont très secondaires. Dommage d'ailleurs que sa très compréhensive et aimante épouse soit trop en retrait.
C'est vrai qu'à un moment donné, je trouvais qu'on voyait trop peu la mère.
J'ai parlé de douceur, parce qu'il n'y a presque pas de cris et jamais de pleurs.
Certes mais le désespoir n'a pas toujours besoin de cris.
Peut être un peu trop sombre pour moi...
Je ne sais si c'est trop sombre pour toi mais je n'ai guère vu les lumières du titre et j'en suis sortie déprimée.
Un petit goût de Souleymane à New York cette histoire dirait-on.
Ça n'a pas l'air si mal malgré le côté déprime.
J'ai lu pas mal de comparaisons à ce sujet. En effet ils font le même métier dégueulasse mais le traitement est différent. Et je trouve le "cas" de Souleymane encore plus désespérant car il est seul.
Eprouvant et déprimant, je préfère éviter.
Evitable oui, car les lumières du titre sont juste artificielles.
J'avais très envie de le voir mais les avis ne sont pas dingues. Je ne sais pas si je pourrai le rattraper car il y en a plein qui sortent, et ton avis ne pousse pas non plus à lui faire de la place à tout prix dans son agenda !
Je te recommande par contre Pile ou face... un océan de douceur face à la souffrance. Je n'en dis pas plus.
Assez déçu. Un réalisme et une sujet forcément touchant mais qui apporte surtout de la chaleur grâce à la petite. Mais au final le père reste aussi incapable qu'irresponsable : il attend le dernier moment pour acheter un logement qu'il se sait incapable d'assumer, par à travers Big Apple avec une fillette à qui son épouse comme lui accepte son caprice, la laisse seule dans une laverie (?!), n'a aucun scrupule à voler mais il en a pour une montre qui doit valoir plus que le vélo... etc.. Au final on a surtout mal pour la fillette, sans compter un mère sous-exploitée pour ne pas dire invisible
Je suis un peu d'accord avec tes arguments et moi aussi c'est pour la petite que j'ai souffert.
J'ai aussi eu du mal à comprendre pourquoi il trouvait ce logement en urgence et impossible à assumer financièrement juste la veille de l'arrivée de sa femme et sa fille...