Bled Number One de Rabah Ameur-Zaïmeche***

Kamel (surnommé Kamel-La France) rentre au pays après un séjour en prison dont on ne saura rien. Son bled ? Un trou. Mais il le filme avec force et tendresse. Kamel c’est Rabah Ameur-Zaïmeche lui-même, il est l’acteur réalisateur de ce film et il est beau comme Travis Bickle…
Entre douceur, nonchalance et tradition, la vie s’écoule.
Jusqu’à ce que Louisa rentre elle aussi au bled, chez sa mère, accompagnée de son petit garçon. Elle a quitté son mari, macho borné, qui l’empêche de vivre son rêve : chanter. Elle fait honte à sa famille, ça ne se fait pas de quitter son mari. Son frère la bat jusqu’au sang. Son fils lui est enlevé, pour toujours. Elle commence à avoir le regard vide et à s’emmurer dans le silence.
Jusqu’à ce qu’une bande d’intégristes (absolument pas stigmatisés : jeunes et glabres) viennent semer la terreur obligeant le village à s’armer !
La tension croît et la peur s’invite. Mais entre inquiétude et délicatesse, des scènes de toute beauté serrent le cœur : un bain de mer comme une purification où un homme et une femme se rapprochent momentanément. Et puis surtout, après une tentative de suicide, Louisa finit dans un hôpital psychiatrique où les femmes semblent libérer des contraintes et des entraves et où résonnent leurs cris mi-déchirure, mi-amusement : « les fous sont dehors ». Là enfin, Louisa réalise son rêve : chanter devant un public conquis. Le spectateur l’est aussi car l’actrice Meriem Serbah (qui ferait pâlir toutes les pseudo divas hurlantes) nous fait ce cadeau : interpréter « Don’t explain » de Billie Holliday et c’est modestement sublime.




A quoi ça tient qu’une comédie franco-française ne soit ni beauf ni franchouillarde ??? Difficile à dire. Le thème est simple : un rêve vire au cauchemar (il y a quelques scènes bien angoissantes quand même) et les protagonistes doivent se dépatouiller avec les quiproquos et malentendus qui filent un train d’enfer armés de dialogues poilants qui fusent à qui mieux-mieux. C’est très drôle parfois, drôle souvent et en tout cas, pour notre plus grand plaisir, jamais vulgaire ni lourdingue (je résiste à l’envie de citer les balourdises qui sévissent encore sur les écrans).


