21.10.2009

Au voleur de Sarah Leonor **

Au voleurAu voleur

Bruno s’invite dans des propriétés privées dans lesquelles il n’est pas convié (comme disent les flics…). Il vivote de ces cambriolages dans une banlieue grisâtre. Isabelle est prof d’allemand dans un lycée de cette même triste banlieue parce qu’il faut bien vivre. Tous les deux semblent résignés et c’est à peine s’ils osent rêver d’autre chose. Lorsqu’ils se rencontrent, ils s’aiment comme une évidence sans mots pour le dire. En voulant échapper à la police qui le recherche, Bruno entraîne Isabelle, plus que consentante, dans sa fuite. Les deux tourtereaux vont se laisser glisser au fil de l’eau dans une barque, comme deux Robinson, au cœur d’une nature tantôt accueillante, tantôt rassurante, tantôt inquiétante…

Ce premier film différent, atypique, singulier, audacieux par son atmosphère, sa bande-son originale est une curiosité parfois étourdissante qui lorgne du côté de Terrence Malick époque « Badlands ». Son gros défaut est de souffrir d’un scénario d’une maigreur décevante l’empêchant d’être le grand film qu’il aurait pu.

Cela dit, cette frustration est largement compensée par la présence affolante de deux acteurs qui forment un beau couple d’une crédibilité et d'une complicité criantes et incontestables : Florence Loiret-Caille et Guillaume Depardieu.

Evidemment il est commode de dire que Guillaume Depardieu d’une maigreur et d’une pâleur effrayantes semble déjà ailleurs. Mais son absence/présence à l’écran au-delà de toute composition d’acteur, sa douleur manifeste, sa démarche border line, sa douceur désespérée, sa nonchalance inquiète, son détachement nerveux donnent à ce film testamentaire une allure de document sur un bel acteur unique et irremplaçable qui ne ressemblait à aucun autre.

Un clin d’œil discret, un sourire apaisé… et évidemment comme Isabelle/Florence, à la fin, on pleure… 

17.10.2008

A Guillaume,

..."il était soucieux...

Mais quelque chose le rassura...

Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre il marchait décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement :

- Ah! tu es là…

Et il me prit par la main.

Mais il se tourmenta encore..."

14.10.2008

Une lettre oubliée…

 

Cher Guillaume,

Savoir que tu ne souffres plus n’est pas une consolation. Pour personne. Et ce matin, je pense à Gérard qui t’aimait, qui n’a jamais réussi à t’en convaincre, à Elisabeth si discrète, à Julie qui s’illuminait quand elle prononçait ces deux petits mots « mon frère ». Je pense à tes parents et à ta sœur, sans aucun doute terrassés.

Tu étais « programmé pour la guerre » disais-tu et au-delà de tout ce que tu lui as fait subir, alcool, drogue, prostitution, prison, accidents, multiples opérations… ton corps supplicié, couturé de partout criait sa souffrance, son désarroi et ses luttes. Et pourtant tu te relevais de tout, toujours. Aujourd’hui, on est un peu stupéfait d’apprendre qu’un jeune homme peut encore mourir d’une pneumonie… foudroyante.

Tu étais doué, surdoué pour la musique, le chant, tu composais aussi, tu allais réaliser ton premier film, tu avais écrit un opéra et chacune de tes apparitions au cinéma était un émerveillement. Mais pour la vie tu étais inadapté, mutilé à tout jamais. Tu ne sembles jamais avoir réussi à te relever vraiment de l’ombre du géant qui pesait sur tes larges épaules toujours un peu voûtées. Il émanait de toi beaucoup de rage, de colère et de fièvre mais aussi dans ta voix, dans ton regard une infinie douceur fascinante, ensorcelante. Beaucoup de tristesse aussi. Tu étais si beau, si ténébreux, si mystérieux.

Quand tu es apparu au cinéma, tu avais l’air d’un ange dans « Tous les matins du monde » à 20 ans. Tu as toujours gardé au-delà des épreuves, cet aspect et ce visage juvéniles et je t’ai toujours associé à l’image du Petit Prince.

Tu semblais pour mon plus grand bonheur, redonner un grand coup d’accélérateur à ta carrière cinématographique, et artistique en général ces derniers temps avec une foule de projets en cour. Tout s’interromp mais j’ai encore bien en tête l’un de tes derniers films que tu as littéralement embrasé de ta ténébreuse présence et pour lequel je t’avais « traité » d’acteur phénoménal, « Versailles » et ton rôle d’homme des bois solitaire. Douloureux toujours, mais vivant encore.

Mais non, savoir que tu ne souffres plus n’est pas une consolation, mais je te jure de ne jamais t’oublier.

13.10.2008

Le beau visage de Guillaume Depardieu

pour un jour où je reste réellement sans voix...

7 avril 1971 – 13 octobre 2008

15.08.2008

Versailles de Pierre Schoeller ***

Versailles

Nina est une « Fantine » du XXIème, sans travail, sans abri elle dort dehors avec son petit Enzo de cinq ans qu’elle couve littéralement. Elle sait que si elle fait intervenir les services sociaux on lui retirera son enfant. Une nuit elle trouve un lit dans un centre d’accueil à Versailles, le lendemain, elle rencontre Damien, SDF comme elle qui vit seul dans une cabane au fond des bois qui entourent le château. Ils passent la nuit ensemble et Nina disparaît, laissant l’enfant à Damien.

 Durant des mois et dans le dénuement le plus total l’homme solitaire, marginal va s’occuper du petit au milieu d’autres laissés pour compte.

Le film pointe du doigt une réalité terrifiante toujours d’actualité aujourd’hui et cela glace le sang. S’il parle de solidarité, d’entraide, de solitude, il évoque aussi d’autres points détails qui échappent parfois : lorsqu’on est dans la rue ou dans les bois, comment fait-on pour se laver, trouver à manger, ne pas crever tout simplement ? L’aspect documentaire très réussi du film relève quelques aberrations du système énoncées clairement. Comment relever tout simplement la tête quand on vous a traité et considéré comme une merde toute votre vie et qu’un employé vous annonce qu’il faut se réinsérer, reprendre des études, trouver un emploi… qu’un article de journal énonce : « il n’y a pas de chômage, ce sont les bonnes volontés qui manquent » etc… Et l’ombre du Château couvre et domine cette misère sans fond. C’est pourtant dans ce même château qu’Enzo trouvera du secours à un moment.

Le documentaire est fort mais la partie romanesque est tout aussi remarquable. Cela tient à un petit garçon merveilleux Enzo/Max Baissette de Malglaive et depuis « Ponette » on n’a jamais vu un enfant quasi muet aussi bien dirigé, aussi expressif et bouleversant. On n’est pas prêt d’oublier son regard tour à tour inquiet, apeuré puis rassuré.

Mais il faut reconnaître que celui qui possède littéralement ce film c’est un acteur, un des très grand. Désormais, Depardieu s’appelle Guillaume. Si on ne peut s’empêcher de comparer tant le timbre de voix et la démarche rappellent parfois le père… tout devient à l’avantage de Guillaume. Cela tient au fait qu’il n’y a rien de monstrueux chez Guillaume, pas d’esbroufe, d’épate et de cabotinage. Tout en justesse et en intériorité, sa force, sa puissance, sa douceur, sa profondeur, son intensité viennent de sa seule présence, sa beauté, son regard, sa voix et ses silences aussi, ses murmures... Il faut l’entendre et le voir lorsqu’on lui demande à un moment : « mais il a bien une mère cet enfant ? », répondre « sa mère, c’est moi ».

Les superlatifs manquent pour évoquer cette composition de génie.

Espérons que les réalisateurs s’arrachent cet acteur monumental !