15.05.2011
MA SEMAINE AU CINEMA
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LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS de Saverio Costanzo ****






Quatre époques significatives dans la vie de Mattia et Alice dont l'enfance est détruite par un événement effroyable qui va influer sur le cours de toute leur existence. 1984, Mattia et Alice sont des enfants. Ils ne se connaissent pas mais sur chacun d'eux pèsent des responsabilités et des obligations disproportionnées à leur âge qui leur sont imposées par des parents inconscients, démissionnaires ou vaniteux. 1991, Mattia et Alice sont adolescents, ils se croisent, se "reconnaissent" ou plus précisément perçoivent en l'autre cette différence qui les rend étrangers aux autres. 1998 les jeunes adultes qu'ils sont devenus peinent considérablement à trouver comment exprimer l'amour qui les unit presque malgré eux. 2007, épilogue foudroyant...
Que de force, de chagrin et de douleur dans ce film et chez ces deux êtres fracassés très tôt contre les murs d'une vie que leurs parents leur ont imposée ou ont rêvée pour eux, à leur place ! Ils n'auront de cesse de résister en se refusant au bonheur qui parfois s'offrait à eux. Dans l'enfance Mattia surdoué en mathématiques a quasiment la charge de sa petite soeur jumelle, sorte d'autiste douce et docile qui brusquement se met à pousser de déchirants hurlements que seul Mattia peut calmer. Il aime et protège sa soeur mais rêve d'anniversaires et de chahuts plus adaptés à son âge. Être comme tous les autres. Un clown sinistre et terrifiant le ramènera brutalement vers "sa" réalité. La mère monstr(ues)e incarnée par Isabella Rossellini capable de proférer que la naissance de ses enfants lui a gaché la vie et que son fils lui fait peur est une scène choc, définitivement traumatisante pour Mattia. Quant à Alice, elle doit se débrouiller entre l'idéal de gloire que son père a rêvé à sa place et une mère-enfant qui observe, comprend mais laisse faire le carnage.
L'adolescence, époque de toutes les douleurs et de l'infinie cruauté de leurs semblables ne sera pas plus joyeuse pour Alice et Mattia qui prendront néanmoins conscience de leur différence et de ce lien indéfectible et comme irrépressible qui les rapproche. Mais la culpabilité les accable, les isole et les enferme encore davantage. Ils sont incapables physiquement de dépasser cette certitude que le bonheur n'est pas pour eux. Il est rare de voir deux êtres aussi tristes et malheureux tenter de se dépatouiller de la tyrannie des démons qui les possèdent. Et ce qu'ils font subir à leur corps toute leur vie aurait pu donner lieu à un film fantastique voire d'horreur. Mais le réalisateur a la bonne idée de se "contenter" de ne faire voir que le résultat de que Mattia et Alice se font subir et jamais comment ils y parviennent.
Tant mieux, cela donne un film d'une tristesse insondable mais d'une force incroyable et totalement bouleversant. Il faut dire que les 6 acteurs qui donnent "corps" à Alice et Mattia aux différents âges de leur vie sont tous et sans exception époustouflants. Quant à Luca Marinelli et Alba Rochwacher qui les incarnent adultes, on peut dire qu'ils ont poussé leur interprétation au-delà de ce que les limites d'un rôle imposent habituellement. Outre leurs beaux visages fascinants et leur intensité dramatique, ils ont cédé aux exigences du réalisateur Saverio Costanzo qui considère que l'acteur doit s'impliquer physiquement : "J’ai d’abord demandé à Luca Marinelli et Alba Rochwacher, mais aussi aux autres interprètes, de faire un travail spécifique sur le corps pour deux raisons. La première est d’ordre politico-philosophique : le corps est aujourd’hui, je crois, un élément politique important, et sa « destruction » est une révolution que l’on est capable d’accomplir à l’intérieur de soi, un moyen personnel de s’opposer. La seconde est purement concrète car restituer de façon crédible le passage du temps à l’écran demandait un changement corporel."
12:29 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : la solitude des nombres premiers de saverio costanzo, luca marinelli, alba rochwacher, cinéma






