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SI BEALE STREET POUVAIT PARLER

de Barry Jenkins ***

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Avec Kiki Layne, Stephan James, Regina King

Synopsis : Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s'aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu'ils s'apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d'une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l'aide de sa famille, Tish s'engage dans un combat acharné pour prouver l'innocence de Fonny et le faire libérer… 

Une fois de plus un film qui traite de cette maladie qui semble incurable : le racisme.

A peine Tish (19 ans) et Fonny (22 ans) qui s'aiment et se connaissent depuis l'enfance, depuis qu'ils s'amusaient à se couvrir de mousse lorsqu'ils prenaient leurs bains ensemble, découvrent-ils que leur profonde amitié s'est muée en amour que Fonny est accusé à tort de viol. Mais les deux amoureux n'auront de cesse, même à travers la vitre du parloir de la prison, de se dire et se redire leur amour.

En flash-backs le réalisateur revient sur toutes les premières fois de ce beau couple idéal dont chaque regard semble être le premier, comme s'ils retombaient amoureux chaque fois qu'ils se retrouvent. Le couple formé par les deux jeunes acteurs magnifiques Kiki Layne et Stephan James, sont ensemble seuls au monde. Leurs regards, leurs sourires les isolent. Ils ont un rêve simple : être tous les deux, travailler et passer leur vie ensemble. Le bébé à venir, malgré leur jeunesse et la difficulté de la situation est une bonne nouvelle.

Malgré la dureté et l'injustice de l'accusation, Barry Jenkins traite l'histoire avec beaucoup de douceur. Quelques images réelles des infos montrent bien à quoi les noirs américains étaient confrontés à l'époque (...) mais il se focalise sur l'histoire familiale. La famille exemplaire et aimante de Tish est un modèle de générosité et d'humanité. La mère et les sœurs de Fonny saucissonnées dans une bigoterie délirante rejettent en bloc Tish et le bébé à venir. La longue scène, objet d'ailleurs d'un acte violent inattendu, où les deux familles se rencontrent pour "fêter" l'arrivée du bébé, en l'absence de Fonny bien sûr, est à l'image de toutes celles du film, longue et laissant toute la place au spectateur d'apprécier, d'envisager, d'appréhender...

Mais une fois encore, comme dans son très oscarisé Moonlight,  qui racontait la vie malmenée d'un jeune noir (et me donnait le plaisir de découvrir l'époustouflant et très charismatique Mashermala Ali que l'on peut voir actuellement dans GreenBook) Barry Jenkins semble retenir l'émotion et ne pas aller au bout ni du romantisme ni de la brutalité de l'histoire. Cela dit il est difficile de ne pas être touché par le sort réservé à ces deux amoureux qui se battent et se résignent et ne semblent voir du monde que le regard de l'autre.

La formidable, émouvante Kiki Layne m'était inconnue mais j'avais déjà eu le plaisir de découvrir Stephan James dans un film passé inaperçu je crois La couleur de la victoire où il était rien moins que Jesse Owens. Il est encore une fois ici épatant. Regina King, dans le rôle de la mère de Tish qui s'impose la difficile tache de rencontrer la victime du viol est formidable.

Nul n'ignore que le film est tiré du livre éponyme de James Baldwyn, figure incontournable et charismatique de la lutte contre le racisme anti-noir dans son pays. Je l'avais découvert tardivement grâce à l'extraordinaire documentaire de Raoul Peck I am not your negro. Le film, qui paraît-il ne rend pas hommage à la prose de Baldwyn donne néanmoins TRES envie de lire le livre.

Commentaires

  • ... et toi, tu donnes TRÈS envie de voir le film !
    Film qui ne passe pas chez moi, d'ailleurs. J'suis dég !

  • Ah c'est dommage un si beau film.

  • Encore un film sur notre liste qui s'allonge... Bonne soirée

  • Oui celui la est à placer en haut avec My beautiful boy... bouleversant.

  • Si le film a réussi quelque chose, c'est de me donner envie de lire le roman. Mais hélas, pour moi, il n'est pas à la hauteur de Moonligth :)
    Kiki Layne est une beauté.

  • Oui ça donne envie de lire.
    C'est bien différent de Moonlight.
    J'avais été un peu sévère... mais moi l'amour (au cinema)... Je résiste pas.
    Elle est sublime. Ce sourire !!!

  • Il me tentait déjà, ton billet en rajoute. Et moi aussi, il faut que je lise Baldwin. J'ai vu le même documentaire que toi : implacable !

  • Je n'ai pas encore eu l'occasion de lire Baldwyn, mais là encore tu donnes très envie...

  • Je pense qu'après l'avoir découvert en lecture, nous nous dirons : "mais comment ne l'ai-je pas découvert plus tôt" ?
    Extraits :
    "Albany n'est pas exactement un don de Dieu pour les noirs.
    Je dois ajouter qu'à mon avis l'Amérique n'est un don de Dieu pour personne. Ou sinon les jours de Dieu sont comptés. Ce Dieu que les gens prétendent servir a un sens de l'humour plutôt sinistre...
    Et si vous avez jamais aimé cette ville, votre amour est bien mort maintenant. Si un jour je m'en sors, si nous nous en sortons, je ne remettrai plus les pieds dans cette partie de New-York, je le jure.

    Peut-être l'aimais-je avant, il y a bien longtemps, quand papa nous y emmenait, ma sœur et moi; nous regardions les gens et les bâtiments et papa nous nommait les monuments et les endroits célèbres et nous allions parfois à Battery Park manger des hot dogs et une glace. C'étaient des journées merveilleuses qui nous remplissaient de bonheur - mais c'était à cause de notre père, pas de la ville. Parce que nous savions que notre père nous aimait. Maintenant, je peux dire parce que j'en ai acquis la certitude, que la ville ne nous aimait pas. Les gens nous regardaient comme si nous avions été des zèbres - or il se trouve que certains aiment les zèbres et d'autres pas. Mais on ne demande jamais son avis au zèbre.


    Je ne connais guère d'autres villes, c'est vrai, seulement Philadelphie et Albany, mais je suis sûre que New-York est la ville la plus laide et la plus sale du monde. On y trouve les bâtiments les plus laids et les gens les plus mesquins. Et les pires flics, à coup sûr. S'il existe un endroit plus horrible que New-York, il doit ressembler à l'enfer et empester la chair grillée. Et, justement, c'est exactement l'odeur de New-York en été."

    On ne retrouve pas vraiment cette atmosphère, cette espèce de dégoût de la ville dans le film.

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