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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 35

  • LINCOLN de Steven Spielberg **

    Les 4 derniers mois de la vie d'Abraham Lincoln, 16ème Président des Etats-Unis et premier à avoir été assassiné. En 1865, il vient d'être réélu pour un second mandat. Il est confronté à la guerre de Sécession qui fait rage et déchire le pays depuis 4 ans et à laquelle il veut mettre un terme. Le Nord abolitionniste s'oppose au Sud conservateur notamment sur la question de l'esclavage des noirs. Lincoln va mettre toute son énergie et sa détermination pour faire accepter le XIIIème Amendement de la Consitution des Etats-Unis d'Amérique, abolir et interdir l'esclavage et toute servitude involontaire.

    Pour cette noble et légitime cause, Lincoln va faire preuve d'un courage et d'une fermeté sans faille. Il ira jusqu'à faire du porte à porte pour recueillir les dernières voix qui manquent et il semble que l'amendement ait été adopté avec une majorité de seulement deux votes ! Difficile d'entretenir un quelconque suspens avec un événement dont on connaît l'issue et à ce titre la scène du décompte des voix est assez ridicule. La musique de John Williams s'enfle jusqu'à l'explosion comme si le moindre doute subsistait. Spielberg sait-il que nous sommes en 2013 et qu'on sait que l'esclavage est aboli ?

    Néanmoins, ce film est parfait. Oui, parfait. Mais trop. Trop de tout. Trop long. Trop didactique. Trop répétitif. Les mêmes scènes se renouvellent tout au long de deux heures trente interminables où toute une ribambelle de personnages, de noms nous sont imposés sans qu'on comprenne toujours qui est qui et qui fait quoi. A ce titre Tommy Lee Jones (bravo pour la moumoute, il peut remercier le perruquier, c'est un marrant !) dans le rôle de Thaddeus Stevens (jamais entendu parler !) est très représentatif. Au début on est absolument persuadés qu'il est un opposant à Lincoln et ses aberrantes idées progessistes. Or, on découvre un peu plus tard qu'il est un ardent défenseur de l'abolition de l'esclavage à laquelle il travaille depuis trente ans ! Il faut dire que les nombreux dialogues et tirades ampoulées, pompeuses et théâtrales mériteraient la plupart du temps d'être réécoutées une seconde fois pour en saisir toute la finesse, ou au moins le sens. Car Lincoln est un film bavard, très très bavard. Et Lincoln le personnage est un homme bavard. Tout comme ses collaborateurs, on finit par se lasser de ses petites histoires métaphoriques et tortueuses dont il a le secret. Lincoln est incapable d'appeler un chat, un chat. Pour lui c'est un Felis silvestris catus, un mammifère carnivore de la famille des félidés. Et c'est fatigant tout ce verbiage grandiloquent souvent injustifié.

    Oui ce film est fatigant. Et très laid aussi. En 1865, il n'y avait pas l'électricité. Tout se passe donc dans une semi-obscurité, dans des teintes grisouilles et verdâtres donnant à l'ensemble une image très moche, boueuse, craspec comme la sale guerre qui fait rage. Il n'y avait pas le chauffage central non plus et on se les caille menu à la Maison Blanche.

    Lincoln est un type bien, un grand Président, un orateur hors pair, un stratège exceptionnel. Il était aimé, adulté, respecté. Mais Spielberg en fait un saint, une icône figée dans un seul et unique combat qui l'épuisera. Le général Grant, fin psychologue, lui dira d'ailleurs "je vous ai vu l'année dernière, vous avez pris dix ans". Il est vrai que Lincoln a une cinquantaine d'années et ressemble à un vieillard. Il faut dire que sa vie privée est pour le moins tumultueuse aussi et qu'il doit gérer son instable, cyclothymique et autoritaire femme Mary, inconsolable depuis la mort d'un de leur fils et se bagarrer pour que Robert leur fils aîné ne s'engage pas dans l'armée.

    Lincoln est donc un film qui se regarde être LE film politique ultime mais dont on sort en se disant "sitôt vu, sitôt oublié" avec néanmoins (je ne suis pas à une contradiction près) l'envie d'en savoir plus sur ce personnage, sa vie, son oeuvre ! Et puis il y a Daniel Day Lewis, acteur sublime dont chaque rôle est toujours un événement d'autant plus estimable qu'il est rare. L'humour, la douceur, l'humanité, l'intelligence, la fermeté de son personnage déferlent sur l'écran avec une évidence, il EST Lincoln. Pourquoi a t'il fallu qu'on lui ajoute numériquement des échasses pour le faire paraître immense (Lincoln atteignait presque les deux mètres), ses jambes ressemblent  du coup à deux bâtons et lui mettre une tonne de farine sur le visage pour le faire paraître fatigué ?

    Lincoln est un film bizarre, prétentieux, fatigant, à la fois trop grand et comme s'il n'était que le brouillon de ce qu'il aurait dû être.

    Pfiou, je vais dormir un peu...

  • RUE MANDAR de Idit Cebula **

    Rue Mandar : affiche

    Charles, Rosemonde et Emma se retrouvent pour assister aux funérailles de leur maman. La fratrie a des liens distendus et la vente de l'appartement familial du 13 rue Mandar à Paris sera l'occasion de révéler les non-dits, les rancoeurs mais aussi les tendres souvenirs.

    Comme pour certains romans, les réalisateurs ont parfois envie de raconter leur expérience personnelle de la famille. En général la "disparition" des parents est déterminante pour la survie d'une famille car c'est le premier jour du reste de la vie. Celui où les enfants même grands, même adultes, deviennent orphelins, sans plus personne sur qui se reposer ou faire peser le poids de leurs échecs, de leurs erreurs, de leurs hésitations ou de leurs réussites. La famille c'est ce grand barnum imposé où des personnes sans affinités particulières, n'ont parfois d'autres liens que ceux du sang et sont parfois obligées de cohabiter. Et même provisoirement, cela peut être l'enfer. Idit Cebula choisit de repeindre les murs de sa vie en rose bonbon. En une heure trente tout est résolu, les discordes, les critiques, les rancoeurs. Il y a toujours celui ou celle qui assure avoir plus de chagrin, celui ou celle qui s'est le plus occupé des parents alors que d'autres ont "fait leur vie", celui ou celle qui était le ou la préféré(e). Et c'est vrai, il y a tout cela dans une famille, et plus encore car ici la famille est juive et tout semble amplifié, plus démonstratif, plus exubérant. Et c'est sans doute ce qui fait le charme de ce gentil film où l'on rit pas mal.

    La réalisatrice n'élude pas le chagrin, et l'on sent bien qu'elle a vécu le drame de devoir vider la maison de ses parents. Le moment où l'on doit trier, éliminer, donner, garder devient celui où tout devient vital. Plonger le nez dans les vêtements, retrouver des saveurs, des senteurs, des moments oubliés, s'immerger une dernière fois dans l'enfance...

    Si Edit Cebula néglige un peu les conjoints réduits à de pauvres pantins compréhensifs que l'on écarte, les deux soeurs et le frère rivalisent de charme et de drôlerie. Il faut dire que Sandrine Kiberlain, grande bringue libre, bordélique, partie trouver ses racines en Israël, Emmanuelle Devos psychanalyste submergée par ses émotions et le départ de son fils du foyer et Richard Berry, grand frère qui retient son chagrin en se montrant agressif savent à la perfection alterner les instants comiques et ceux plus dramatiques de leurs personnages. 

  • ALCESTE À BICYCLETTE de Philippe Le Guay **

    Alceste à bicyclette : affiche

    Après une carrière faite de succès et à la suite d'une dépression, l'acteur Serge Tanneur vit désormais reclus sur l'île de Ré dans une maison délabrée. Il ne veut plus entendre parler du métier et passe son temps à peindre des croûtes. Gauthier Valence acteur d'une série médicale à succès est tenté de monter Le Misanthrope de Molière et vient proposer à Serge le rôle de Philinte. Serge refuse d'abord, puis se laisse tenter à condition qu'en tirant à pile ou face, les deux hommes alternent les deux rôles d'Alceste et de Philinte. A l'issue de quelques jours de répétition, Serge dira à Gauthier s'il accepte le contrat ou pas. Gauthier s'installe sur l'Île et les répétitions commencent !

    Et c'est savoureux, jubilatoire, enthousiasmant. Les deux personnages s'affrontent, s'aiment, se détestent, s'admirent. Et les deux comédiens rivalisent de charme et de talent pour scander les alexandrins du Maître. Cabotinage et opportunisme se heurtent aussi. Fabrice Luchini a le contrôle parfait du dépressif cultivé, passionné par la langue de Molière. Qui mieux que lui peut incarner Alceste ce misanthope dont le "dessein est de rompre en visière à tout le genre humain" ? Et Lambert Wilson, malgré un improbable brushing (appelez-moi la coiffeuse !), alterne habilement comédie et théâtralité, fascination et opportunisme. Quelques piques bien senties sont proférées sur les métiers du septième art, sa dureté, ses hypocrisies et sur les tarifs indédents de l'immobilier dans la région.

    Mais pourquoi le réalisateur ne s'est-il pas contenté de nous offrir ces joutes verbales, ces répétitions passionnées et passionnantes ? Le film n'a par ailleurs rien d'un théâtre filmé puisque régulièrement les deux hommes s'évadent à bicyclette dans cette île somptueuse désertée hors saison. "C'est ce foutu pont qui a tout gâché" s'agace Serge/Luchini. Pourquoi Philippe Le Guay s'est-il senti obligé de s'égarer en mettant sur la route des deux hommes une femme chargée de jouer les trouble-fêtes et les psychologues de bazar ? Ce rôle inutile et misogyne, la dame étant évidemment une grande emmerdeuse avec un grand TEU mais forcément irrésistible, gâche un peu la fête et coupé au montage, aurait laissé au film une durée suffisante.

    Cela dit, avoir envie de (re)lire les tirades d'Alceste ne peut décidément pas faire de mal.

    «Sur quelque préférence, une estime se fonde,

    Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur

    On ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur.

    J'entre en une humeur noire, et un chagrin profond,

    Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font;

    Je ne trouve partout que lâche flatterie,

    Qu'injustice, intérêt, trahison, fourberie;

    Je n'y puis plus tenir, j'enrage, et mon dessein

    Est de rompre en visière à tout le genre humain

    Et c'est n'estimer rien, qu'estimer tout le monde".

  • TOURISTES de Ben Weathley **

    Touristes : affiche

    Malgré ses 34 ans bien sonnés, Tina vit toujours avec sa mère, mégère possessive et abusive qui lui reproche régulièrement et ne lui pardonne pas la mort accidentelle de leur petit chien Popy ! On ne se méfie jamais assez des aiguilles à tricoter et des chiens idiots qui font les foufous ! La rencontre de Tina, vieille fille, grande sauterelle pas si mal mais fringuée comme l'as de pic et de Chris géant rouquin plein d'attentions va bouleverser le quotidien de ces deux laissés pour compte qui se trouveront vite foultitude de points communs. Et notamment une entente sexuelle effrénée, débridée, les deux loulous étant parfaitement disposés à toutes les divagations sur le sujet.

    Le départ en caravane pour des vacances ayant comme objectif la visite des musées les plus improbables d'Angleterre à travers la campagne a été méticuleusement préparé par Chris et l'itinéraire soigneusement déterminé. Le périple commence dans la joie et la bonne humeur, malgré la malédiction de la mère d'un tonitruant "je ne vous aime pas" à l'adresse de Chris. Tina et Chris n'en ont cure et après un démarrage prometteur, la véritable nature de ces deux bêtas plutôt bas de plafond va se faire jour.

    Un inconscient touriste va à deux reprises jeter un papier par terre sans le ramasser malgré les exhortations de Chris qui s'érige brusquement en écolo et voilà le malotru malencontreusement renversé et écrabouillé par la caravane ! Comme cela a tout l'air d'un accident, le couple peut reprendre son périple malgré la mort de la victime et la préméditation évidente. Ce qui perturbe le plus Tina et Chris est que leur véhicule soit taché de sang. Et voilà que tous ceux qui n'auront pas l'heur de plaire à Chris, auront simplement la malchance de se trouver sur le chemin de sa mauvaise humeur ou ne correspondront pas au schéma de ses théories à l'emporte-pièces passeront de vie à trépas sans autre forme de procès. Les méthodes du bonhomme seront de plus en plus gores, sauvages et spectaculaires. Si Tina ne sera au début qu'une spectatrice étonnée, elle deviendra rapidement instigatrice, allant jusqu'à éliminer un pauvre randonneur sans la moindre raison.

    Nul doute, ce film est drôle, violent, bête et méchant et les deux acteurs Alice Low et Steve Oram crétins jusqu'au bout des fringues (et également scénaristes) s'en donnent à coeur joie pour jouer les andouilles aussi stupides que gratuitement méchants. Il est dommage que le réalisateur (dont je vous recommande vivement le très dérangeant Kill List) n'ait pas réussi à rendre plus plausible la parfaite entente de Tina et Chris. On sent rapidement que l'imprévisible Chris peut aussi être très très agacé par sa compagne et du coup la fin devient prévisible.

    Il ne reste plus au spectateur qu'à faire les paris sur qui va zigouiller l'autre !

  • DE L'AUTRE CÔTÉ DU PÉRIPH' de David Charhon **

    De l'autre côté du périph : affiche

    Ce film est tordant et je vous le recommande.

    C'est un peu court ? Et alors ! Il y a  peu de cinéma ici et une intrigue dont on finit par se foutre royalement. Car ce qui compte c'est le tandem, le duo, l'affrontement des deux show-men pour qui le réalisateur a concocté des répliques aux petits oignons. Laurent Lafitte et Omar Sy sont beaux, drôles et n'ont pas peur du ridicule. Ils sont branchés sur 2 000 volts, sont complémentaires et pourtant réglés sur le même tempo implacable  dans lequel chacun laisse toute la place à l'autre, chacun dans son registre. Banlieue contre XVIème arrondissement. Le rythme ne faiblit pas, les répliques fusent sans mollir. Du pur divertissement haut de gamme. Ce serait dommage de ne pas se laisser emporter !

  • LE HOBBIT : UN VOYAGE INATTENDU de Peter Jacskon **

    LE HOBBIT : UN VOYAGE INATTENDU de Peter Jacskon, cinéma

    C'est encore à un hobbit qu'échoie la lourde tache de sauver la Terre du Milieu. Cette fois ce sont les nains qui ont gaffé. Le roi est devenu un être vénal après avoir découvert un joyau d'une valeur inestimable. Le trésor fut convoité par Smaug et sa bande de mochetés et la guerre fut d'une violence rare. Smaug a gagné et les Nains furent contraints d'errer désormais abandonnés par les Elfes qui ont refusé de prendre part au conflit. C'est à cette occasion que Bilbon Sacquet rencontre Gandalf le Gris qui le convainct de  partir en compagnie de 13 nains survivants vers le Mont Solitaire où ces derniers pourraient retrouver un logis. Si j'ai bien compris le but du trip.

    De la Comté verdoyante, ondulante où tous ne pensent qu'à boire, manger et planter ses légumes, la nouvelle communauté s'en va vers une foultitude d'aventures périlleuses et mouvementées en 96 images/seconde où chacun aura l'occasion de prouver sa bravoure.

    Et à partir de là, aïe aÏe aÏe, après un interminable prologue (les agapes des nains rôteurs) Peter Jackson ce petit malin reprend scène par scène le même scenario que pour la précieuse Communauté de l'Anneau. Je parie que si l'on mettait les deux films en simultané, les mêmes scènes de batailles puis de blabla arriveraient exactement aux mêmes moments. Tout est identique, les orques, les gobelins, les trolls, les décors... On retrouve Fondcombe, la Moria, la Comté évidemment, la grotte où survit Gollum... Sauf que contrairement à la première trilogie, aucun personnage ne capte l'attention et l'affection, aucun n'a de réelle profondeur. Pas de relation forte à l'instar de celle qui unissait Frodon et Sam, pas de preux chevaliers (Boromir mon héros, Aragorn), aucune histoire d'amitié improbable (Grimli, Legolas) ou d'amour (Aragorn, Arwen). Et surtout Bilbon interprété par le fadasse Martin Freeman n'a ni le charme ni la bravoure de Frodon (Elijah Wood que l'on retrouve néanmoins dans une courte scène).

    Le plus intéressant est de découvrir des aspects de ce qui n'était qu'évoqué dans la Communauté de l'Anneau : pourquoi la Moria est dans l'état où ils l'ont trouvée, quand, comment et pourquoi les trois trolls sur la colline se sont transformés en pierre, pourquoi les Elfes et les nains se détestent-ils ? La meilleure scène de toutes restant celle où Bilbon rencontre Gollum et comment le hobbit entre en possession du précieux sans savoir de quoi il s'agit...

    Mais l'humour un rien lourdingue de l'ensemble rend ce premier épisode moins "adulte" que toute la première trilogie et semble plutôt destiné à un plublic très jeune... mais pas trop. Etrange.

  • COGAN : KILLING THEM SOFTLY de Andrew Dominik **

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    Dans un moment d'euphorie alcoolisée, Markie raconte hilare comment il a braqué lui-même son propre tripot où des types à la mine patibulaire jouent au poker. Mais le jour où il est à nouveau dévalisé par une équipe de bras cassés, la mafia est persuadée qu'il est encore à l'origine du coup. Elle envoie donc son "nettoyeur" chargé de remettre de l'ordre dans tout le bazar. Corriger Markie, retrouver les coupables et tirer dans le tas. Sauf que Cogan est un tueur patraque, un exterminateur fatigué qui répugne à faire souffrir les gens. Tuer oui, y prendre du plaisir non et surtout le faire à distance. Mais le type a néanmoins plus de sensibilité que de morale.

    Dans ce polar languissant va donc se croiser toute une cohorte de personnages qui tentent d'échapper les uns aux autres. Ils vont surtout énormément parler sans qu'on comprenne forcément de quoi et de qui il s'agit. Impossible de nier qu'il y a du Coen et du Tarantino dans cette approche absurde et jacasseuse des agissements de petits truands pas reluisants. Tout est crado, poisseux et sombre. On visite les sous-sols, les arrière-cours, les rues désertées. Et cela se passe pendant la première campagne présidentielle d'Obama. Et alors que le futur Président, omniprésent en arrière plan dans les radios et télévisions rassure le monde sur l'espoir qu'il fait naître et martelle les ondes de ses "yes we can", on ne voit que misère et déliquescence.

    On est hélas bien loin du chef d'oeuvre que fut L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et plutôt face à un film impeccablement filmé certes mais qui se la pète grave et qui tourne un tantinet en rond et dont on se demande fréquemment quand il va enfin commencer. Les conversations interminables et absconses parfois finissent même par avoir par instants un léger effet soporifique.
    En outre, James Gandolfini, adipeux, libidineux, alcoolique est absolument insupportable et cabotine à outrances. Toutes les filles sont des putes et n'ont d'autre objet que de faire courir ce joli monde à sa perte.
    Dommage pour Ray Liotta, encore une fois sous employé.

    Par contre, LA star Brad Pitt, très classe derrière ses lunettes et dans son cuir noir, une des excellentes raisons de voir ce film inabouti, est sobre, ironique, faussement doucereux, las et désenchanté. Il grave une nouvelle fois dans le marbre la qualité d'une interprétation irréprochable. Sa toute dernière réplique "le monde dont nous parle ce type (Obama) n'est pas une communauté, c'est du business" donne une idée de l'atmosphère de plus en plus irrespirable d'un monde définitivement régi par l'argent.

  • LES TROIS MONDES de Catherine Corsini **

    Trois Mondes : affiche

    Le premier monde est celui de Al. Issu d'un milieu modeste, il va néanmoins d'ici quelques jours faire un « beau mariage » avec la fille de son patron, propriétaire d'un garage dont il reçoit la direction en cadeau de noces. Tout semble sourire à Al qui enterre sa vie de garçon avec ses deux meilleurs potes au cours d'une soirée follement gaie et fort arrosée.
    Le deuxième monde est celui de Juliette, étudiante en médecine, pétrie de doutes et enceinte d'un homme qu'elle n'est pas vraiment sûre d'aimer. On peut comprendre... ils sont aussi bien assortis que l'eau et le feu.
    Le troisième monde est celui de Vera, jeune sans papiers moldave qui partage sa vie avec son amoureux. Les deux jeunes gens galèrent à Paris depuis plusieurs années pour tenter de régulariser leur situation.
    Rien n'aurait dû faire se croiser ces trois mondes sauf que la nuit de la beuverie, Al au volant d'une grosse mercédès empruntée au garage de son futur beau-père renverse Adrian, l'amoureux de Vera. Juliette à sa fenêtre est témoin de la scène. Encouragé par ses deux amis, Al fuit, laisse Adrian inconscient sur la chaussée sans même lui porter secours. Le lendemain, rongé de culpabilité mais conscient que se dénoncer bousillera sa vie, son avenir si prometteur, il rend néanmoins visite à Adrian à l'hôpital où il croise Juliette qui le reconnaît...
    Parfois cousu de gros fils blancs très, trop visibles et qui manque vraiment de subtilité : la façon miraculeuse dont tous les personnages se retrouvent (notons au passage que le service de réanimation de l'hôpital est un moulin à vent, un hall de gare...), la soudaine amitié qui lie Vera et Juliette, les sentiments qui secouent instantanément Juliette et Al, le film de Catherine Corsini interroge néanmoins le citoyen et spectateur moyens sur une multitude de questions auxquelles il est difficile d'apporter une réponse. Quelles horreurs sommes-nous capables de commettre pour ne pas perturber le cours idéal de notre vie ? Est-ce que la vie d'un homme a un prix ? Et lequel ? La réalisatrice réussit par instants à installer un climat délétère, une image du monde où des gens "biens" sont capables des pires choses pour préserver leur petit confort. Al n'est pas un sale type jusqu'à ce qu'il se mette à prendre toutes les mauvaises décisions. C'est sa mauvaise conscience qui le travaille et l'empêche désormais de dormir plus que sa morale. Et Raphaël Personnaz, clone d'Alain Delon jeune, même regard bleu sombre, même crispation des mâchoires est parfait en jeune loup aux dents longues, stoppé net, brusquement brisé dans sa spirale de réussite.

    On a beaucoup plus de mal à s'identifier ou à comprendre le personnage de Juliette (Clotilde Hesme) qui s'acharne elle aussi, bien que totalement extérieure au drame, à se foutre dans un pétrin sans nom en tentant de régler les problèmes de tout le monde, de résoudre leurs cas de conscience, de les consoler, d'être leur intermédiaire... Les personnages aussi gentils, aussi altruistes, aussi parfaits ont quelque chose de très agaçant et totalement irréaliste.

    En outre, Catherine Corsini nous présente assez maladroitement toute une bande de moldaves plus inquiétants les uns que les autres et semble régler des comptes avec les garagistes qu'elle nous présente comme des magouilleurs de première, limite mafieux. Et ça c'est drôle... involontairement.

  • FRANKENWEENIE de Tim Burton **

    Frankenweenie : photoFrankenweenie : photo

    Victor est un petit garçon différent. Victor doit sans aucun doute être le double de Tim lui-même qui a dû proposer à ses parents incrédubles de visionner des petits films bidouillés dans sa chambre ou son grenier avec ses jouets. Victor pourrait être un petit loustic exclu s'il n'avait un ami à la vie à la mort en la personne de Sparky. Un chien affreux, mais plus fidèle qu'un chien. Le grenier de Victor c'est un peu le labo IV du savant fou et il utilise tout ce qui lui tombe sous la main, y compris les ustensiles de cuisine de maman, pour tenter des expériences inédites. Et ça tombe bien, le professeur de sciences de l'école propose un concours qui récompensera la meilleure expérience scientifique. Mais un drame survient. Paf... Sparky se fait renverser par une voiture. Il faut dire que ce nigaud avait une fâcheuse tendance à courir sans discernement après la première baballe lancée. Victor est effondré. Ses parents lui assènent des banalités telles que "Sparky sera toujours dans ton coeur !" et ça lui fait une fichue belle jambe de savoir que l'être qu'il a le plus adoré sera toujours dans son coeur. Ce qu'il veut c'est qu'il soit là, en chair et en poils. Et Victor est inconsolable mais mâlin comme il est, en combinant des bidouillages électriques, les éclairs des orages... il parvient à ramener Sparky à la vie. Il se rend rapidement compte qu'il doit tenir cette prouesse cachée mais ce ne sera pas possible bien longtemps. Des personnes mal intentionnées vont découvrir le secret de Victor et blablabla et blablabla...

    Je ne m'éterniserai pas pour vous dire qu'avec Tim je vais de déception en attente et en désillusion. Alors évidemment c'est sublimement beau à regarder. Les personnages sont magnifiques, du pur Tim, avec leurs grands yeux incroyables qui s'ouvrent sur un monde étonnant puis cruel. Bien sûr, Victor s'appelle Frankenstein, sa copine Van Helsing et c'est lolant. Bien sûr le héros a toujours un petit air de Johnny même si ce n'est pas lui qui double cette fois, Lydia est coiffée comme Wynona Rider dans Beetlejuice, le prof de chimie ressemble comme trois gouttes d'eau à Martin Landau et Christopher Lee. Mais une fois de plus, j'ai eu le sentiment que Tim recyclait du Burton, un peu d'Edward par ci, un peu de gothique par là. Et pour ceux qui ont une idée de ce que ça peut bien vouloir dire (moi le concept même m'échappe toujours), sans doute de la poésie et les sempiternels thèmes sur la vie, la mort, les êtres, les monstres, la différence, la cruauté d'un monde impitoyable... Mais je crois que j'en ai ma claque de les voir ressasser sans surprise.

    Alors bien sûr, il y a LA scène de la résurrection qui vaut plus que le détour, elle vaut le voyage, tant ici le bricolage fait place au génie. Mais ça dure 5 minutes. La mysoginie m'a sauté aux yeux comme jamais, la mère passe son temps dans sa cuisine, ou un aspirateur à la main et lit un roman à l'eau de rose qu'elle ne parvient pas à finir... Définitivement, je crois que ce que j'ai préféré dans ce film, c'est la musique de Danny Elfman...

    Une fois de plus, je cherche en vain le chef-d'oeuvre annoncé et je me retrouve comme Roxane face à Christian avec l'envie de dire à Tim Burton : "Délabyrinthez vos sentiments !...Allez rassembler votre éloquence en fuite !.. Vous m'offrez du brouet quand j'espérais des crèmes !"