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4 ** POURQUOI PAS ? - Page 37

  • THE DARK KNIGHT de Christopher Nolan **

    The Dark Knight Rises : photo Christian Bale, Morgan Freeman

    The Dark Knight Rises : photo Christian Bale

    The Dark Knight Rises : photo Tom Hardy

    Bruce Wayne et Batman qui ne font qu'un (j'espère ne choquer personne !) ne vont pas fort. Le chevalier noir est en pièces détachées. Souffreteux et boitillant il vit reclus dans son immense domaine aux bons soins du brave Alfred. Son dernier combat avec le Jocker l'a laissé KO. Par ailleurs, souvenez-vous, pour laisser aux habitants de Gotham une bonne image de leur héros et procureur Harvey Dent (alors que c'était un vilain) le Bat s'est accusé de son meurtre. Depuis huit ans il ne met plus le nez dehors, ne sort plus sa batmobile, ne se rend plus aux pince-fesses en ville entouré de potiches et vit dans le remords et le souvenir de sa fiancée qu'il n'a pu sauver. La bonne nouvelle c'est que le crime a été totalement éradiqué et que les flics de la ville en sont pratiquement réduits à aider les vieilles dames à traverser dans les passages piétons ! Jusqu'au jour où une grande fille longue et fine habillée en chatte s'introduit jusqu'au coffre fort de Bruce pour lui subtiliser le collier de perles de maman mais surtout lui piquer ses empreintes digitales et les vendre à un vilain. Ce dernier s'adjoint les services d'un terroriste bien fêlé du bocal, Bane pour vous servir, qui manie la bombe atomique comme un gadget et a la charge qui le réjouit fort, d'assujetir New-Y... euh, Gotham ou de tout faire péter, ou les deux... On ne comprend pas tout. Si on est par ailleurs bien peu convaincus par la partie écologique de l'affaire, on comprend fort bien qu'en quelques clics bien placés Monsieur Wayne se retrouve ruiné ! Du coup le Bat se sent obligé de reprendre du service, mais mal en point comme il est, c'est pas gagné. Il va falloir soulever de la fonte !

    ATTENTION, ça va SPOILER, et pas qu'un peu, enfin je crois.

    Donc il y a du bon, et du moins bon, mais pour faire vite, c'est une déception. Le sublime (rare) côtoie le banal et le porte nawak. Et contrairement à ce que j'ai lu et entendu très doctement dire, Christopher ne parvient pas à conclure sa trilogie, bien au contraire. J'ai donc adoré la première fin qui aurait été très triste mais audacieuse sauf que Monsieur Nolan n'a pas de couilles. J'ai détesté la deuxième fin, bêtasse et hollywoodienne comme pas possible. Et j'ai finalement soupiré d'agacement à la troisième fin finale qui laisse envisager tous les possibles dans un futur proche. J'espère donc que JGL aura la force, le courage et le talent de dire non, Non et reNON.

    Les moins :

    - lorsqu'une bombe atomique explose à quelques miles des côtes terriennes, on ne fait pas dire à un personnage : "ouf, on l'a échappé belle, on ne risque rien". Gros risque involontaire de fourire,

    - on ne trimballe pas tous azimuts une bombe atomique en la secouant comme un prunier, ça ne se fait pas et ça n'est pas crédible,

    - lorsque l'on multiplie les intrigues et les sous-intrigues écologiques, industrielles, commerciales, économiques, sécuritaires, financières et gadgétiques, on s'arrange un minimum pour que les dialogues soient à la portée du commun des mortels,

    - lorsque l'on a l'une des rolls des acteurs actuels, Tom Hardy, on ne le dissimule pas sous un masque (baptisé "L'ouvre boîte" par mon Jules...) ridicule. D'autant qu'il suffit de voir la bande-annonce une seule fois pour ne pas même avoir l'once d'une surprise. Le visage de furieux que peut avoir Tom Hardy est bien plus expressif et flippant que ce machin en toc. Grosse, grosse erreur donc ! Depuis le sac en toile de jute de Cillian Murphy on n'a pas fait plus con.

    - on ne balance pas 2 h 42 mn de musique tonitruante et inceptionienne sur un film qui en comporte 2 h 44 mn sous prétexte de combler du vide...

    Les plus : 

    - le désossage en plein vol d'un avion ; ça ne sert à rien mais Christopher Nolan aime casser ses jouets et il le fait bien,

    - l'humour et l'énergie de Anne Hataway qui s'amuse comme une chatte. Même s'il est urgent qu'elle se débarrasse de ce rouge à lèvres carmin qui coule,

    - le rassemblement et l'ensevelissement en une seule étape de TOUTE la police de New... Gotham,

    - le fait que le destin de Gotham city soit entre les mains d'un flic novice fan de Batman, et d'un autre mal en point et hospitalisé,

    - la réplique de Cillian Murphy chargé de rendre les verdicts d'un tribunal fantoche. A Gary Oldman condamné à l'éxil ou à la mort et qui dit "je ne choisirai évidemment pas l'éxil" (il faut voir la tête de l'éxil :-)), il répond : "très bien, donc, la mort... par l'éxil",

    - la noirceur du personnage de Batman/Bruce qui n'en peut plus de vivre (Christian Bale très humain et touchant),

    - le casting glamourissime.

    Mais Heath peut continuer de reposer en paix, ce Rises n'arrive pas à la cheville du précédent Dark Kgnight dont il était le monstrueux héros bouleversant.

  • JANE EYRE de Cary Fukanaga **

    Jane Eyre : photoJane Eyre : photo Mia Wasikowska	Jane Eyre : photo

    Pour les quelques rares qui n'auraient pas lu le Roman de Charlotte Brontë, jetez-vous dessus, c'est magnifique et follement romantique. Je rappelle que Jane Eyre est une riche héritière (qui l'ignore) orpheline recueillie par une tante qui la déteste et la martyrise moralement et un cousin qui la déteste et la martyrise physiquement. Entre deux coups sur la tête et des enfermements dans une chambre rouge prétendûment hantée, Janette n'est pas à la fête pendant son enfance. Convaincue qu'elle est une mauvaise personne, la tata l'a fait enfermer dans un institut pour jeunes filles non désirées. Et les sévices continuent. Mais Jane y acquiert intelligence et éducation. Elle est ainsi engagée par Mrs Fairfax au domaine d'Eward Rochester pour éduquer la pupille de ce dernier. Le garçon est taciturne et plutôt mal embouché et dans son immense demeure il se passe de drôles de choses dont personne ne peut parler. Jane la parfaite, se fait admettre, désirer, aimer mais boude, persuadée (entre autre) que sa condition prolétaire ne peut convenir à l'aristocratique Edward ! Elle s'échappe, manque mourir, est recueillie par Saint John et ses soeurs et Edward dans tout ça ?

    Well. Comment dire ? C'est beau, c'est bien fait, follement classique, tout à fait pris au pied de la moindre lettre du roman dont les fans pourront applaudir la fidélité. Et puis un film qui donne envie de (re)lire ne peut être tout à fait mauvais.

    Mais ce qui ne va pas mais alors pas du tout c'est l'erreur monumentale et impardonnable de casting dont le film ne se libère jamais. Et oui, Mia parvient à être Jane lorsqu'elle est seule à l'écran mais en présence de Rochester campé ici avec beaucoup de prestance et de cynisme, comme le personnage l'exige par l'impeccable Michaël Fassbender qui a bien du mérite, on n'y croit pas, mais alors pas du tout. En effet, et c'est incompréhensible que ça n'ait pas sauté aux yeux du réalisateur... le couple Mia-Jane/Michaël-Rochester ne fonctionne à aucun moment. L'actrice, charmante au demeurant est ici amochie à un point incompréhensible. Elle est d'une fadeur voire d'une transparence impressionnante. Mais ce ne serait rien si la différence d'âge (réelle dans le roman) ne donnait constamment l'impression d'une petite fille face à son père. Et l'inceste n'est pas d'actualité dans le roman de Charlotte Brontë que je sâche. Mia Wasikowska a certes 23 ans mais elle en paraît 10 de moins et Michaël Fassbender qui n'a que 35 ans IRL en paraît 10 de plus. ça ne passe jamais à l'écran. En outre, Mia/Jane manque furieusement du feu de la passion qui anime Jane, et voir Michaël/Edward se consumer devant cette petite fille finit par devenir risible. Lorsqu'elle se trouve face à Saint John (Jamie Bell, très bien) qui lui aussi tombe amoureux d'elle... là encore, on n'y croit pas. De petite fille, elle se transforme en petite soeur ! Par ailleurs, le réalisateur oublie complètement de montrer comment Jane et Edward finissent par se comprendre et s'aimer. Comment leur complicité se joue de tous les obstacles.

    Néanmoins, la fidélité au roman que j'ai tant aimé m'a fait passer un moment littéraire mais pas cinéphile ! Dommage.

  • JE ME SUIS FAIT TOUT PETIT de Cécilia Rouaud **

    Je me suis fait tout petit : photo Denis Ménochet, Vanessa ParadisJe me suis fait tout petit : photo Denis Ménochet

    Yvan vit une période difficile qui s'éternise. Lorsque sa femme l'a quitté 5 ans plus tôt pour suivre un nouvel amour en Thaïlande, elle lui a laissé leurs deux filles. Les deux adolescentes ont préféré vivre chez Ariane, la soeur d'Yvan, une jeune femme dévouée mais perturbée par des TOC (Léa Drucker) et protégée par un mari attentif (Laurent Lucas). Malgré ses maigres et maladroits efforts pour reconquérir ses filles, Yvan ne parvient à rien et décide d'aller enseigner le français et l'attribut du sujet dans sa Bretagne natale où l'attend une maison familiale isolée. C'est alors que débarque dans sa vie Léo, le petit garçon de 5 ans de son ex qui décidément s'y entend pour pondre et abandonner la couvée ensuite, et que lui tombe dans les bras Emmanuelle, une jeune femme farfelue qui ne tient pas bien sur ses pattes arrière, mère également de deux enfants.

    Recomposer tout ce bazar sans faire trop de dégâts ne va pas être de tout repos pour Yvan qui ne s'y entend pas trop mal pour ne pas prendre les bonnes décisions.

    Ce film aurait pu être un drame épouvantable tant les situations vécues par les enfants sont révoltantes. En particulier celle du petit Léo trimballé, délaissé, pas désiré. Complètement mutique, soudé à sa poupée Arlette, la situation du petit garçon est un véritable crève-coeur qui atteindra son apogée lors de son anniversaire au cours duquel sa mère (qu'on aurait envie d'aller chercher à coups de triques, mais le film se garde bien de porter ce genre de jugement !) se manifestera d'une bien cruelle façon. Les deux ados ne sont pas en reste et l'une d'elles fera d'ailleurs justement remarquer qu'avec de tels parents, elles assureront la survie de quelques psy pour pas mal de temps !

    Pour être quotidiennnement au contact de familles composées, décomposées, surcomposées je peux affirmer que ces situations abracadabrantesques ne sont pas spécialement cinématographiques mais bien réelles. Le reproche que je ferai donc au film est de ne pas avoir choisi entre comédie sentimentale et familiale épanouissante et réflexions sur les ravages causés par des événements et comportements à haute teneur traumatisante. On surfe donc constamment entre les considérations à propos du rôle des parents et les dégâts collatéraux provoqués sur les enfants, et la résolution des problèmes sentimentaux d'Yvan qui donne au film une direction beaucoup plus légère.

    Ce qu'il faut reconnaître par contre c'est que les deux acteurs principaux s'adaptent admirablement au style un peu bancal du film et qu'ils lui offrent tout l'humour, la fantaisie et le charme qui en font un plaisant divertissement. Vanessa Paradis et Denis Ménochet sont très drôles. Elle est adorable et lui craquant en papa maladroit qui se découvre, et en amoureux d'une poupée qui voudrait lui dire non...

    Denis me disait hier (oui messieurs dames, mais ce serait trop long à vous expliquer et cela ne vous regarde pas) de ne pas me gêner s'il avait le "charisme d'une huître" (je le cite) dans un film, de le signaler. Donc, je ne me gênerai pas. Promis. Mais dans ce film Denis, tu es aussi charmant et adorable que Vanessa !

  • INSIDE de Andrès Baiz **

    Inside : photoInside : photoInside : photoInside : photo

    Adrian est nommé à Bogota à la tête de l'Orchestre Philarmonique. A sa demande son amie Belèn quitte l'Espagne pour s'installer avec lui en Colombie. Ils emménagent dans une splendide demeure où pourraient tenir 10 pianos à queue et le Philamornique au complet...

    Mais le jeune homme est volage et s'approche d'un peu près d'une accorte violoniste qui n'est pas insensible non plus. Belèn jalouse disparaît. Adrian noie sont chagrin dans des whisky et se console très rapidement entre les bras de Fabiana, superbe serveuse de bar très compatissante, qui n'aime pas voir les garçons pleurer. Mais des bruits suspects se font entendre dans les tuyauteries, les plombs sautent un peu trop régulièrement et la jeune femme n'est plus très rassurée.

    N'étant pas adepte des films-qui-font-peur et encore moins de ceux dont le seul ressort dramatique consiste à faire sursauter le spectateur à coups de cymbales et de portes qui claquent, je suis allée voir cet Inside avec une légère appréhension. Les maisons envoûtées où sur lesquelles pèsent une malédiction, très peu pour moi. Heureusement, je n'avais rien lu (ou à peine) car j'ai découvert après vision que les critiques encartés spoilent éhontément ce qui constitue une des premières surprises du film. En ce qui me concerne, pendant la première demi-heure, je me suis surprise à penser "qu'est-ce que c'est que ce roman photo pour magazine ?". Je craignais également qu'un galimatias ésotérique finisse par prendre le dessus. Que des esprits frappeurs ou vengeurs investissent la robinetterie et que Fabiana, qui prend énormément de bains, s'en vienne à dire "je vois des gens morts". Et puis non, pas du tout. C'est un peu, beaucoup, plus prosaïque que cela, mais j'ai néanmoins été cueillie dès le premier rebondissement. Et peu à peu, les flash-backs, certains plans étranges voire complètement cons, les scènes revues sous un autre angle et du point de vue d'un autre personnage... tout prend forme, tout s'explique et j'ai réellement et sans doute naïvement été bluffée.

    Et n'ai même pas eu peur !

    En outre, la beauté folle des trois jeunes personnages principaux rend le tout très plaisant à l'oeil.

     
  • ADIEU BERTHE OU L'ENTERREMENT DE MÉMÉ de Bruno Podalydès **

    Adieu Berthe ou l'enterrement de mémé : photoAdieu Berthe ou l'enterrement de mémé : photo Bruno Podalydès, Pierre Arditi

    Adieu Berthe ou l'enterrement de mémé : photo

    Armand apprend par un SMS que sa grand-mère vient de mourir. Il est presque surpris de découvrir que la vieille dame distraitement oubliée dans une maison de retraite n'était pas encore morte. Il faut cependant organiser les obsèques et il entend bien se charger de cette tache. Mais la vie d'Armand est déjà très compliquée. Il se dépatouille difficilement d'une vie qu'il emberlificote à souhait, incapable de prendre la moindre décision et navigue à vue entre une femme et une maîtresse qu'il aime (presque) autant l'une que l'autre, une belle-mère qui le déteste, un ado de fils qui le méprise.

    En brassant profond et ratissant large, Bruno Podalydès effleure mille thèmes et finalement n'en traite aucun véritablement, c'est dommage mais on ne peut nier et bouder ce plaisir rare de rire souvent, sourire beaucoup et parfois se laisser emporter par l'émotion .Et puis dans la vraie vie aussi il arrive que l'on ait mille choses à "gérer" simultanément. C'est souvent à l'occasion d'un enterrement que certains secrets familiaux font surface. D'autant que Berthe semblait être une grand-mère très discrète qui avait une malle des Indes pour dissimuler des souvenirs dont personne n'avait eu vent... Les frères Poda déploient ici encore toute la fantaisie et l'originalité dont on les sait capables aidés par un casting qui ne ménage pas sa peine pour laisser s'exprimer ses penchants de doux dingos.

    Le choix des pompes funèbres réserve de bien bons moments. Les Pompes Funèbres "Définitif" dont le slogan parle pour elles "Avec Définitif c'est définitif", offrent des prestations all-included aux thèmes divers et variés, "Twilight" ou "Arc en ciel" avec grandes orgues, son et lumière et mines de circonstance. Michel Vuillermoz assure en croque-mort. Quant aux Pompes Funèbres "ObséCool", elles proposent également des cérémonies adaptées au style et au budget des organisateurs, avec mise en bière au son d'une chanson de Georges Moustaki, guitare comprise, par exemple.

    Les indécisions chroniques d'Armand face à ses deux femmes également aimables, son incapacité à grandir pourraient lasser mais Denis Podalydès excelle dans le rôle de Pierrot lunaire à qui l'on pardonne tout. Cela dit, évoquer la mort, l'abandon des personnes âgées, celle qui s'inscruste et régente la vie de ses enfants, l'alzheimer d'une autre, les ados qui jugent sans communiquer, le couple qui s'use, les bévues que font commettre l'abus de SMS... c'est beaucoup pour un seul film qui laisse en plan certains personnages...!

  • TRISHNA de Michael Winterbottom **

      Trishna : photoTrishna : photo

    Trishna : photo

    Trishna ne ménage pas sa peine pour aider sa famille défavorisée de la campagne du Rajasthan. Le jour elle trime comme une bête de somme dans les champs avec son père, le soir elle danse dans un hôtel pour touristes anglophones. Jay, un jeune homme fortuné, vaguement dilettante et flemmard la remarque et lui offre une place de serveuse dans l'hôtel de luxe qu'il dirige pour le compte de son père. Le salaire proposé permettra à toute la famille de vivre plus décemment, de rembourser les dettes, d'envoyer ses petits frère et soeurs à l'école. Trishna quitte donc sa cambrousse pour rejoindre Jay qui tente de ne la considérer que comme une employée mais l'attraction exercée par la jeune fille est trop forte. Elle se laisse séduire, en éprouve de la honte, quitte l'hôtel pour retourner dans sa famille qui ne comprend pas son acte (et j'en passe des événements dramatiques...). Son père l'expédie donc cette fois pour travailler dans l'usine de son oncle. Jay retrouve Trishna, l'embarque illico pour Bombay où les jeunes gens vivent une idylle de courte durée avant que ne s'enchaînent à nouveau les catas...

    Si je n'avais lu qu'il s'agissait de l'adaptation du roman de Thomas Hardy Tess d'Uberville, je ne l'aurais pas deviné tant on est loin de l'oeuvre initiale et de l'adaptation que Roman Polanski en avait fait avec Nastassia Kinsky dans le rôle-titre : Tess. Le chef d'oeuvre lyrique et follement romanesque ayant été accompli par Roman, le très prolifique Winterbottom a préféré détourner l'histoire de l'Angleterre du XIXème siècle à l'Inde contemporaine. Soit.

    Je crois le dire à chaque fois, mais dès que sort un film de Winterbottom je me précipite car il est un de mes réalisateurs préférés. Et pourtant j'oublie toujours de le citer tant sa filmo est éclectique et disparate. Il n'est pas de ces réalisateurs dont on peut dire qu'il a un style car il semble en changer à chaque réalisation. C'est d'ailleurs dès Jude (tiré également d'un roman de Thomas Hardy, l'un des plus tristes que j'ai jamais lu) que je suis devenue inconditionnelle.

    Ici son héroïne, comme la Sue de Jude d'ailleurs semble se complaire et s'engloutir inexorablement dans la tragédie et le malheur. Dépendante et soumise à son père, puis à son oncle et enfin à son "amour", elle ne réagit et ne se révolte jamais. Tout juste ose t'elle un "je ne veux plus partir" lorsque sa mère lui annonce ce qui a été décidé pour elle. Dépendante et esclave consentante pour éviter à ses jeunes frère et soeurs de subir le même sort, elle ne cesse de leur répéter d'aller à l'école, son unique leitmotiv, elle sera tour à tour dépucelée (contre son gré ?), avortée, ballotée d'un bout à l'autre du pays, sans réaction et toujours contrainte de travailler. Trishna accepte TOUT et croyant sans doute son cauchemar terminé lorsque Jay s'installe avec elle dans un appartement avec vue sur la mer, elle deviendra finalement son esclave sexuelle. L'épilogue, d'une violence sans nom surgit brutalement mais Trishna garde néanmoins son impassibilité. Avant cela, nous aurons eu une carte postale de l'Inde et l'efferversence de Bombay entre tradition et modernité, quelques scènes bollywoodiennes colorées, chantées, dansées et au final un sentiment mitigé de réussite et donc de ratage.

    Riz Ahmed dans le rôle de Jay est surprenant d'ambiguité. On ne sait jamais réellement s'il aime Trishna, s'il en a honte, s'il se fait à honte lui-même d'être attiré par une fille du peuple et le lui fait payer. Quant à Freida Pinto, belle comme une danseuse de kathak est l'image même de la soumission et de la souffrance.

  • BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR de Rupers Sanders **

    Blanche-Neige et le chasseur : photo Charlize Theron, Rupert SandersBlanche-Neige et le chasseur : photo Chris Hemsworth, Rupert SandersBlanche-Neige et le chasseur : photo Kristen Stewart, Rupert Sanders

    Une jeune et jolie Reine fragile des bronches rêvait d'avoir une fille aux lèvres rouge comme le sang, aux cheveux noir comme les ailes d'un corbeau et à la peau blanche comme la neige et patatra elle enfanta Kirsten Stewart. Son voeu le plus cher se réalisa et ainsi vint au monde Blanche-Neige. Hélas, la reine ne survécut pas à un hiver rigoureux. Le père fut inconsolable et partit guerroyer contre une armée d'étranges chevaliers  noirs et revint avec dans sa musette une reine captive dont il tomba raide dingue amoureux et qu'il plaça illico sur le trône. La nuit même des noces, la cruelle et paranoïaque Ravenna planta sa dague dans le coeur de son époux qui roucoulait dans son cou et elle s'empara du royaume. Elle jeta Blanche-Neige au fond d'un cachot et le royaume ne fut plus que l'ombre de son ombre, au point que la nature finit par s'en prendre à elle-même. Tout n'était que ruine, désolation et misère noire. Et les choses se compliquèrent davantage lorsque le miroir magique que Ravenna consulte régulièrement pour savoir qui est la plus belle, lui annonce que Blanche-Neige est devenue une bombe anatomique ! Courroux de l'usurpatrice. Elle fait mander la donzelle afin de lui signifier son fait mais le tendron réussit à s'échapper... On connaît la suite mais à partir de là, hollywood n'en fait qu'à sa tête.

    Après une nuit de cauchemar dans la sombre forêt, la Blanche se voit coursée par un chasseur sans peur et sans reproche (veuf et alcoolique) à qui la Reine a promis une récompense. Mais le fufute découvrant qu'il s'est fait berner par la cruelle s'allie à la fugitive et ensemble ils vont rencontrer un troll des forêts droit sorti du Seigneur. Alors que Thor... le chasseur est dans les vaps, Blanche démontre qu'elle peut gueuler aussi fort qu'un troll, puis elle lui parle à l'oreille. Le troll se fend d'un étrange sourire et s'en retourne tout confus chez lui. Capturés et pendus par les pieds par 7 nains bandits des forêts, le chasseur et Neige parviennent à convaincre les rase-mottes qu'ils devraient s'unir pour la bonne cause. Ils deviennent copains comme cochons. Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais, ils vont lever une armée, Blanche se transforme en Jeanne d'Arc et s'en va bouter les forces du mal hors de Tabor avec ses nouveaux amis. Le royaume reconquis trouve une nouvelle Reine en la personne de Blanche-Neige qui cherche du regard  humide dans la foule son chasseur et là... on comprend qu'on est pas au bout de nos peines et que la suite ne devrait tarder à arriver car ils n'ont pas eu le temps de consommer dans cet épisode. Forcément, Blanche se croit amoureuse de son copain d'enfance alors que nous, de l'autre côté de la forêt on voit bien à l'oeil nu qu'il s'agit de la nouvelle endive d'Hollywood dont nous tairons le nom par respect pour la famille, et que le chasseur ne va pas pleurer indéfiniment sa moitié trépassée.

    Vu comme ça, je vous vois arriver. Vous allez me dire ? Pourquoi ** ? J'en sais rien. Je ne me suis pas ennuyée et je ne peux décemment mettre moins d'** à cet opus qu'à celui de Tarsem Singh qui jouait résolument la carte de la farce alors que celui-ce se prend très très au sérieux.

    Question Blanche-Neige, on n'est pas mieux servi qu'avec la fille de... car ici nous avons Kristen Stewart la boudeuse qui de film en film me convainc de moins en moins. Bouche perpétuellement retournée en une mimique de dégoût, elle entrouve parfois légèrement les lèvres pour laisser entrevoir deux dents de lapin et parfois se fend d'un étrange sourire douloureux qui se transforme rapidement en rictus de souffrance ! Finalement la voir tant souffrir à chaque film doit satisfaire mes penchants sadiques !

  • 21 JUMP SREET de Phil Lord et Chris Miller **

     21 Jump Street : photo21 Jump Street : photo

    21 Jump Street : photo
    • Ça commence au lycée où Jenko le beau gosse avec des muscles et pas trop de cerveau s'amuse beaucoup à humilier Schmidt le ptit gros gentil comme tout qui se prend pour Eminem et des rateaux par des filles jolies mais plus salopes mufles qu'un wagon de mecs à la troisième mi-temps. Ils se retrouvent à l'école de Police, 7 ans plus tard à la fin de leurs études. Ils deviennent copains comme cochons, d'abord par intérêt et complémentarité puis par réelle amitié. Leur déception est grande d'être au départ des flics à vélo chargés de surveiller les jardins publics. A la suite d'une opération qui foire, leur chef, conscient qu'ils ont conservé un physique et une cervelle d'ados leur confie une mission d'infiltration au sein d'un lycée afin d'intercepter un traffic de drogues. Les voilà donc intégrés dans l'équipe du colérique capitaine Dickson au 21 Jump Street dont les bureaux siègent dans une église au Jésus coréen... Ils reprennent le chemin du lycée. Jenko sûr de redevenir le coq de basse-cour qu'il était et Schmidt convaincu d'être à nouveau un souffre douleurs. Sauf que les codes des ados changent régulièrement et que les deux baltringues vont voir leurs rôles complètement inversés !

      D'abord, sachez que je viens seulement de découvrir qu'il y avait eu 103 épisodes de 21 Jump Street la série en plusieurs saisons et que je n'en ai pas vu UN SEUL ! Oui. C'est possible. Moi Johnny Depp je l'ai découvert dans Crying Baby et ce fut le choc, et en souvenir de cette époque, je souhaiterais qu'à présent il se ressaisisse !

      Bon, ce film ne sert strictement à rien sauf à bien se poiler. Et je ne m'en suis pas privée, malgré les baisses de rythme régulière et une fin qui n'en finit plus de finir. Mais tant pis. Il n'y avait ni punks, ni filles maltraitées et ça fait du bien de rire bêtement. Alors sachez que c'est totalement pipi caca bite couilles vomi... mais cette fois ci, c'est bien passé. Une autre fois je pourrais dire qu'un film pipi caca bite couilles vomi c'est insupportable, mais pas aujourd'hui. C'est comme ça.

      Bizarrement Jonah Hill est un peu en service minimum, mais il est agréable de constater que Tatum Channing est capable de jouer autre chose que l'endive dans des bluettes à l'eau de rose

       

      ATTENTION CA VA SPOILER 

    •  Passer la souris ci-dessous si vous souhaitez lire.

    • J'aurais aimé ne pas le savoir mais hélas je le savais. Johnny Depp apparaît pour une scène dans ce film. En fait il apparaît plusieurs fois mais on ne peut le savoir qu'à la fin... Et c'est une bonne nouvelle, il est beau, il vieillit bien, il est drôle... et il JOUE LA COMEDIE... Et ça c'est une grande nouvelle. Il peut encore faire autre chose que rouler les yeux et tituber. Il est donc absolument urgent que ce garçon abandonne pour quelque temps (je ne dis pas qu'il faut renier ses amitiés quand on en a, mais qu'il oublie un peu) TIM BURTON et les Pirates. Merci.

  • UNE ÉDUCATION NORVÉGIENNE de Jens Lien **

    Une éducation norvégienne : photoUne éducation norvégienne : photo

    • Une éducation norvégienne : photoNikolaj a 14 ans et une chance inouïe. Il vit en Norvège (ça ce serait plutôt pas de bol !) dans une banlieue acidulée avec son petit frère et ses parents hyppies. Le garçon a bien conscience en cette année 1979 de ne pas vivre de façon conventionnelle et il en semble absolument ravi, plein d'admiration pour ces parents qui considèrent le Coca comme le sang noir du capitalisme, organisent un réveillon de Noël sur le thème unique de la banane et au cours duquel ils chantent l'Internationale. Mais un drame épouvantable vient frapper la famille de doux dingues et alors que le père se met en état d'hypothermie dépressive, le fils fait la connaissance d'un punk. Délaissé par son père, Nikolaj va essayer de surmonter son immense chagrin en découvrant l'album des Sex Pistols Never mind the bollocks, adopter l'idéologie nihiliste, le mode de vie no future punk et scander le credo si t'es d'la merde tu craches. Puis le père va progressivement sortir de sa léthargie, délaisser le rock, perdre son emploi, construire une moto, sortir son fils de l'école, l'embarquer en vacances chez les nudistes, devenir plus punk que punk etc...
    • Une succession de saynètes zarbis, choquantes et ou inutiles ne font pas vraiment un film qui témoigne ou qui dénonce... mais sans juger... oh non surtout pas, juger c'est LE mal. Néanmoins l'ensemble est souvent plaisant, drôle sans être hilarant et parfois flippant (voir un enfant perdre tous ces repères, sombrer dans le porte nawak et la drogue, puis devenir tout à coup suicidaire est rarement réjouissant). Le réalisateur a donc choisi de traiter de thèmes dramatiques sur le ton de la plaisanterie sans tomber jamais dans le pathos malgré certaines situations risquées à haute teneur lacrymale. Tant mieux même si finalement on ne sait pas trop bien où il voulait en venir.
  • ALMANYA de Yasemin Samdereli **

    Almanya : photo Yasemin ŞamdereliAlmanya : photo Yasemin Şamdereli

    Almanya : photo Yasemin Şamdereli

    Cent a six ans. Il est allemand mais son grand-père est arrivé de Turquie à la fin des années 60 lorsque le gouvernement de l'Allemagne Fédérale a appelé à la rescousse des travailleurs d'Italie, d'Espagne... et de Turquie. L'institutrice place sur une carte un petit drapeau correspondant à l'origine de chaque enfant de la classe. Mais quand Cent annonce qu'il est allemand originaire d'Anatolie... la maîtresse lâche : "oups, je n'ai qu'une carte d'Europe" et isole le drapeau du petit garçon sur le tableau noir. Lors du match de foot dans la cour de récré, allemands contre turcs, Cent n'a donc pas d'équipe. Il rentre chez lui dépité après avoir fichu une rouste à ceux qui l'excluaient. Sa cousine Canan se charge alors de lui raconter l'histoire de la famille qu'elle tient de son grand-père.

    Tous les thèmes qui peuvent fâcher sont abordés et comme c'est une jeune fille qui raconte à un enfant cela prend des allures de conte idéal. On se retrouve donc en porte-à-faux devant l'optimisme et la légèreté du ton qui vire parfois un peu trop à l'angélisme. Quelles que soient les situations, et il y en a de bien graves et douloureuses, tous les membres de cette famille sur trois générations affichent un sourire et une philosophie à la limite de la béatitude. Du coup au lieu de se réjouir de ne pas être face à un nouveau film qui évoque le racisme, l'intégration, la désintégration, le rapprochement des familles, l'exil... avec une noirceur sans fond, on suit avec le même sourire bienheureux les tribulations des membres de cette famille que le grand-père embarque finalement en Anatolie à bord d'un bus à la recherche de leurs racines !

     "Nous avons appelé des ouvriers, nous avons reçu des hommes". Même l'intervention des politiciens de l'époque se teinte d'angélisme. On en rêve, c'est sûr mais la réalité est toute autre et en Allemagne comme ici, il me semble que toutes les "communautés" (désolée j'emploie ce terme, mais je crois qu'il "parle" à tout le monde) issues de l'immigration soient désignées comme porteuses de tous les maux actuels de l'Europe.

    Nonobstant cette réserve, il reste un film charmant, tendre et drôle... chaleureux même, avec des acteurs tous absolument formidables et des trouvailles burlesques qui en font son originalité. Lorsque le grand-père obtient son passeport allemand (ce qui finalement pourrait l'empêcher d'être enterré en Turquie...), le fonctionnaire qui le lui remet lui annonce qu'il va devoir à présent manger du porc et passer ses vacances aux Baléares, c'est très drôle et la réalisatrice jalonne l'histoire de cette famille d'une multitude de scènes de cette nature et le rendent ainsi singulier.