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Sur la Route du Cinéma - Page 572

  • INDIGENES de Rachid Bouchareb ****

     

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    - « Ne les appelez pas les indigènes, mon capitaine !

    - Ben, les musulmans alors ?

    - Non, ils n’aiment pas non plus.

    - On doit les appeler comment alors ?

    - Les Hommes mon capitaine !!! ».

    Il y a toujours des scènes ou des répliques chocs dans les films. Ce film est un choc à lui tout seul. Des « africains » se sont engagés pour libérer la France, ici, Rachid Bouchareb s’intéresse aux algériens et aux marocains qui viennent pour la première fois fouler le sol de la « mère patrie », chanter « La Marseillaise » et libérer la France du nazisme. Le périple commence en Italie, se poursuit en Provence pour se terminer dans les Vosges puis en Alsace où quatre hommes résistent en attendant l’arrivée de la troupe… Quatre hommes dans la tourmente, transformés en « chair à canon » destinés à monter à l’assaut en première ligne ! Des hommes qu’on a utilisés, à qui on a menti et qu’on a oubliés.

    Vive la France !

    Rachid Bouchareb souhaite simplement que justice leur soit rendue en leur donnant une place dans les livres d’histoire, c’est peu, c’est énorme. Rendons dès à présent au moins hommage à son très très beau film, vibrant et bouleversant, qui alterne les scènes de bravoure militaire et les moments intimes. Mais ici, une fois encore, les soldats ne meurent pas dans des ralentis esthétisants et déplacés. Les hommes même s’ils sont solidaires et fraternels ne sont pas en colonie de vacances, comme parfois dans certains films, où entre deux combats, ils semblent être dans une fête entre potes. La guerre pue, les hommes crèvent de trouille, le temps s’étire, les injustices pleuvent (permissions pour les « métropolitains » et pas pour les « indigènes » par exemple…). Pratiquement deux ans à libérer un pays qui les ignorera, les rejettera, alors qu’ils se demandent parfois : « qu’est-ce qu’on fout ici mon capitaine ? ».

    Le film est beau, intense, puissant et la dernière demi-heure, beaucoup plus romanesque et spectaculaire est déchirante et bouleversante. Le tout dernier plan, douloureux et poignant vous laisse effondré dans votre fauteuil. Une fois encore, le public ne s’y trompe pas, qui ne peut manifester son adhésion qu’en applaudissant.

    Que dire des interprètes, sinon que Wong Kar Wai et son jury ne se sont pas trompés non plus à Cannes, même si Sami Bouajila me semble dominer cette interprétation sans faille. Il faut dire que son rôle est magnifique, et il est époustouflant d’énergie et d’obstination tranquilles ! De Samy Nacéri se dégage une force intérieure inouïe, une rage contenue impressionnante. Roschdy Zem, à la fois calme et tendu est une sorte de colosse tendre et fragile. Jamel Debbouze fait parler ses yeux comme jamais, prêt à tout pour être aimé et reconnu. Bernard Blancan, déchiré, à la fois brusque et humain est parfait.

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    Une histoire oubliée, voire méconnue, racontée par des acteurs impliqués, concernés, véritablement « habités »…

    faites-leur un triomphe car le film est magnifique !

  • 12 and holding de Michaël Cuerta ***

    Jacob, Malee et Léonard, sont amis. Ils ont douze ans et vont quitter l’enfance, chacun à leur façon en fonction des événements qui vont bouleverser leur existence.

    Jacob, frêle petit garçon au visage barré d’une tache de naissance, perd son frère jumeau dans un incendie à la fois criminel et accidentel et se retrouve animé d’un désir de vengeance. Malee, ado précoce et délaissée, use de tous les moyens pour séduire un homme sous le charme duquel elle est tombée. Léonard, garçon obèse dans une famille d’obèses cherche à se sauver et à sauver sa famille (contre son gré) de leur « infirmité ». Autour de ces enfants blessés, les adultes, les parents, ni pires, ni meilleurs que d’autres, déroutés par les circonstances, font ce qu’ils peuvent, et peuvent souvent peu et mal !

    A une aberration scénaristique près, le parcours des trois amis est filmé avec beaucoup d’intelligence et il se dégage de ce film, entre drame et comédie, énormément d’émotions et de douleurs. Les trois enfants, à des années lumières des pestes qui trépignent pour un match de base-ball ou un anniversaire…, sont absolument formidables, justes, touchants et étonnants.

  • Président de Lionel Delplanque **

     

    Voir un Président de la République propre sur lui et presque propre dans sa tête devenir un pourri de première, on connaît… on a ce qu’il faut sur le Trône de France depuis… je vous laisse remplir les points de suspension ! Par contre, ce qui est réjouissant c’est de voir les coulisses du pouvoir, le train de vie royal, les adultères, les compromissions, les disparitions suspectes et j’en passe. Ici, le bureau n’est pas ovale, il est rectangulaire mais les idées qui circulent sont quand même courbes.

    Au-delà de tout, c’est l’interprétation qui est impériale et emporte l’adhésion jusque dans les moindres seconds rôles de gardes du corps par exemple.

    Albert Dupontel, plus charismatique qu’on ne l’a jamais vu fait un excellent président, crédible, capable de faire un discours de rock star, de poser toutes dents dehors pour des magazines, aidé en cette mascarade par un maître ès communication (Jackie Berroyer, irrésistible). Jérémie Rénier excelle, film après film à jouer les arrivistes aux dents longues. Claude Rich, comme toujours, raide comme un piquet, se régale et nous régale à être le mentor, cynique, ambigu et séduisant.

    Lionel Delplanque enfonce le clou un peu profond avec une scène, très JFK où une tentative d’assassinat est récupérée aux fins de gagner des points dans l’opinion publique.

    Cet univers assez nauséabond est rendu de façon très contradictoire bien sympathique grâce à cette interprétation sans faille où tout le monde semble s’être bien amusé.

  • REMY BELVAUX

    novembre 1967 - septembre 2006

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    Il n'était pas seulement le frère de l'indispensable Lucas Belvaux, il était aussi le réalisateur du cultissime "C'est arrivé près de chez vous" dans lequel il révélait Benoît Poelvoorde. Ce bijou d'humour noir, réalisé en noir et blanc avait des allures de faux reportage ce qui le rendait encore plus terrifiant. Une équipe de télé dont l'interviewer était Rémy Belvaux lui-même, suivait les pas d'un serial killer bavard qui commentait ses actes. Le film avait fait sensation à la Semaine de la Critique à Cannes en 1992 et était devenu une oeuvre culte.

    Qui a oublié la recette du "Petit Gregory" ? C'était d'un mauvais goût douteux parfaitement assumé.

    Un petit rappel ici  : http://cinema.fluctuat.net/blog/8783-ca-n-039-arrivera-plus-pres-de-chez-vous.html (le chevelu qui pouffe, c'est Rémy).

  • World Trade Center d’Oliver Stone °

    Les hommes sont capables du pire comme du meilleur. Les événements de cette journée en sont la preuve…

    L’une des question réellement terrifiante est : comment des hommes réussissent-ils à entrer consciemment et volontairement dans une tour en flammes en train de s’effondrer ? La réponse est en tout point admirable : le courage, la bravoure, le dévouement, la solidarité, l’abnégation… Cet aspect des choses laisse sans voix et force un respect et une admiration sans limite.

    Cette journée du 11 septembre 2001 commençait bien. Il faisait chaud, c’était encore l’été, tout le monde avait des projets ou se laissait bercer par la routine. Un premier avion percute une tour et Oliver Stone nous épargne les images inouïes tant vues et tant revues. Qu’il en soit remercié, elles sont toujours présentes dans la mémoire de chacun. Les secours se mettent en place instantanément et Oliver Stone choisit de nous raconter la survie miraculeuse de deux policiers ensevelis sous la carcasse d’acier et de béton. Bien.

    Hélas, le film en hommage aux victimes et aux sauveteurs reste à faire, me semble t’il. Dès qu’on se retrouve en enfer, six pieds sous terre à avaler des cailloux en compagnie de Nicolas Cage et Michaël Pena, enterrés vivants, incapables de bouger mais parfaitement conscients… on est du même coup plongés dans un mélo hollywoodien aux dialogues d’une pauvreté et d’une bêtise à pleurer. Entre flash-backs longs et rarement intéressants, ralentis insupportables et musique d’ascenseur, le supplice est copieux. Ajoutons à cela des tirades telles que : « On dirait que le tout puissant a déroulé un rideau de sang afin de nous montrer ce qu’on n’est pas prêt à voir… » !!! Doit-on rire ou pleurer ? Les américains parlent-ils réellement comme ça ? Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

    Voir Jésus s’avancer dans un halo de lumière avec une bouteille d’eau en plastique à la main (les victimes sont assoiffées)… est aussi un moment où le rire et l’agacement deviennent involontaires et incontrôlables !!!

    Subir les pleurnicheries d’un gosse de 12 ans dont la seule préoccupation est de savoir si sa fête d’anniversaire aura bien lieu.

    Supporter un marine’s reconverti en prédicateur pentecôtiste revenir à ses premières amours et aller « réparer cela »… en Irak, cela suffit, et l’agacement se transforme en exaspération, définitivement.

  • A scanner darkly de Richard Linklater ***

     

    2013 en Californie. Le flic Bob Arctor (Keanu Reeves) est chargé d’une mission d’infiltration auprès de junkies accros à une substance qui crée une dépendance inévitable et des dommages collatéraux irréversibles. Pour rendre sa mission plus crédible, il devient lui aussi dépendant…

    Avez-vous déjà vu un film d’animation avec de vrais acteurs animés ? Non. Alors courez voir celui-ci. Visuellement c’est magnifique et les acteurs (Keanu Reeves, Robert Downey Jr, Woody Harrelson) quoique stylisés, y sont remarquables. C’est paranoïaque, très bavard, souvent très drôle mais aussi inquiétant et vertigineux tant le héros se retrouve emmuré dans un piège inextricable.

    Le final, dérangeant et désespéré vous laisse complètement sonné.

    Jubilatoire sur le plan cinématographique, désespérément angoissant sur le plan intellectuel, ce film est une curiosité et une réussite.

  • Cavale de Lucas Belvaux***

     

    Deuxième volet de sa trilogie exemplaire "Un couple épatant", "Cavale", "Après la vie", cette cavale est fascinante et semble être l'esquisse (déjà très aboutie) du formidable "La raison du plus fort" sorti récemment. Quel acteur et quel réalisateur que ce Lucas Belvaux !

    Bruno s'évade de prison et souhaite se venger de ceux qui l'ont trahi et reprendre contact avec ses anciens compagnons de lutte (il prône la révolution prolétarienne). Mais les temps et les gens ont changé et il ne trouve plus écho nulle part à son idéal. Pas même chez Jeanne (merveilleuse Catherine Frot) qui partageait la lutte avec lui et semble l'avoir aimé. Elle l'aidera néanmoins dans sa cavale solitaire, car curieusement ce sont les femmes (superbes, étonnantes) qui sont "fraternelles" dans cette histoire, avec un sens de l'honneur au sommet.

    La course folle de Bruno pour échapper à la police est fascinante, passionnante et bouleversante. C'est violent, romantique, tendu et mélancolique. Lucas Belvaux n'explique pas, n'excuse rien. Il montre, et bien. C'est magnifique. C'est enragé, désespéré, à la limite de la perfection.

    Un acteur et un réalisateur rares, uniques, essentiels.

  • Thank you for smoking de Jason Reitman*

     Nick Naylor, orateur né, met son talent au service de la société Big Tabacco pour déjouer une campagne de publicité anti-tabac.

    Je cherche en vain le brûlot impertinent annoncé... On dirait que le réalisateur nous montre une esquisse de ce qu'aurait pu être un film franchement corrosif et vraiment politiquement incorrect s'il avait osé. Or, il n'a pas osé et tout cela reste gentillet même si on y voit (quelle audace !!!) le cow-boy Marlboro en phase terminale de cancer du poumon ! C'est rapidement ennuyeux et répétitif et la morale de l'histoire c'est qu'on peut accepter n'importe quel boulot même s'il vous dégoûte car "on a tous un crédit à rembourser".

    Il faut ajouter à cela une histoire de divorce mal réglé avec fistounet qui cherche un héros en son père. Le fils est typiquement le genre de gosse tête à claques d'Hollywood... celui qu'on voit partout et qui semble ne jamais grandir, le genre qui vous fait une dissertation de fin de thèse alors qu'il a 10 ans, le genre qu'on a envie de vider avec l'eau du bain.

    Le seul atout de ce film est Aaron Eckart, séduisant, charmeur, très à l'aise dans son rôle de pourri au sourire irrésistible qui se sort avec un certain génie de toutes les situations embarrassantes.

    Allez, on va s'en griller une ! C'est facile, pour commencer, il suffit d'un peu de volonté ! :-))

  • Quelques jours en septembre de Santiago Amigorena °

     

    Ça commence le 5 septembre 2001, mais ça fait le même effet que si je vous dis il est 14 h 24 ou 23 h 42 !!! Mais bon, 6 jours plus tard c’est le 11 septembre de la même année quand même ! Irène (Juliette Binoche, mystérieuse comme un flan) va chercher Orlando (Sarah Forestier… ah ah ah Orlando c’est une fille, mais elle n’a plus de shampoing) qui élève des oies dans la campagne (et ne dites pas des canards, ça la déprime). Irène dit : « Eliott revient, il veut te voir ». Orlando fait la gueule, elle la fera pendant deux heures d’ailleurs sauf quand elle couchera avec son frère parce que « le sexe c’est bon, mais l’inceste c’est mieux ». Les voilà parties toutes les deux et puis David arrive (Tom Riley, tarte) et Irène lui dit : « tiens, je te présente ta sœur »… A partir de ce moment, ils vont s’envoyer des coussins dans la figure parce que c’est rigolo. Ils iront acheter du poisson et ils rouleront dans les bras l’un de l’autre dans l’escalier. Ah oui, j’oubliais, on est à Paris et William (John Turturro, torturé) est à leurs trousses, il veut dégommer tout le monde. Eliott ne vient pas au rendez-vous donc Machin (aaaah Mathieu Demy) vient leur dire : « Eliott ne sera pas au rendez-vous ». Donc il faut aller à Venise. Si vous avez rendez-vous avec quelqu’un à Paris et qu’il ne vient pas, allez voir à Venise il y sera peut-être ! A Venise (ça doit être une autre Venise que celle que j’ai arpentée car là, c’est moche et ça pue), Truc vient leur dire : « Eliott sera là dans trois jours »… ça tombe bien comme ça le film avance un peu et on se rapproche du 11 septembre du coup. A Venise, comme c’est moche et que ça pue, il faut vous saouler la gueule du petit déj jusqu’au dîner car il n’y a vraiment rien d’autre à faire… Truc et Machin rappliquent et disent : « Ah Eliott va arriver ! » et il arrive et dans l’ombre on voit Nick Nolte et là on se dit alleluya, les cloches sonnent, les anges chantent en faisant une farandole, un acteur !!! ça dure 2 mn 12 avant qu’il baigne dans son sang à cause de ce psychopathe de Turturro qui a complètement raté sa psychanalyse lacanienne et quand on lui dit « il faut tuer le père », il comprend tuer n’importe quel père, ça fera l’affaire. (J'ai oublié de vous dire qu'Eliott est le père des deux bulots. Ce n'est pas une révélation, on nous le dit dans les cinq premières minutes). Turturro, il me fait bien rire quand même.

    Et puis brusquement, y’a deux avions qui percutent des twins.

    FIN.

    Bon sinon, qu’est-ce que je peux vous dire aussi ??? Ah oui. Dans ce… !!! film ??? les français parlent amerlocains et les étasuniens parlent yaourt français. Juliette Binoche porte des lunettes et quand elle les enlève, elle ne voit plus ses pieds du coup l’écran est flou parce qu’il ne faut jamais se désolidariser de Juliette Binoche, ça ne se fait pas. En résumé, si vous voulez voir Juliette Binoche masculine au possible, fumer le cigare sans l’ôter de la bouche (la classe), éclater de rire comme une sorcière, voir Sarah Forestier et ses cheveux sales, voir Turturro zigouiller tout ce qui bouge, Nick Nolte se noyer dans son sang : ce film est pour vous !

    Moi, je suis très en colère !