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Sur la Route du Cinéma - Page 574

  • Qui m’aime me suive de Benoît Cohen ***

     Ne commettez pas mon erreur : ne vous embarquez pas sans un bon kleenex bien absorbant car ce beau film joyeux et mélancolique est aussi très très triste !

    « Max est comme un Mustang au milieu d’un troupeau de poneys »… ce n’est pas moi qui le dis, c’est sa meilleure amie interprétée par la délicieuse Julie Depardieu. Toutes les filles sont raides dingues amoureuses de Max. Je les comprends, Max c’est Mathieu Demy (ah ses yeux, ah son sourire !) et quand il sourit le monde s’effondre alentour et quand il chante, c’est un mix entre Mathieu Bogaert et Mathieu Chedid (amenez-moi un Mathieu tout de suite !!!).

    Les femmes de la vie de Max ne s’appellent ni Josiane ni Bernadette non, les femmes de la vie de Max sont Anna, Maya, Chine ou Praline. Elles veulent toutes plaire à Max, elles font tout pour, elles y consacrent leur vie et ça les empêche un peu de vivre aussi. C’est très beau, très doux et très violent car Max ne veut faire de mal à personne donc, il en fait à tout le monde... Max, ça le fait beaucoup pleurer parfois. Ah, les yeux de Mathieu Demy qui pleurent des rivières sont très beaux et on a envie de le consoler. Max et Mathieu Demy sont irrésistibles et ça suffirait presque à faire un film mais il y a quand même une véritable histoire.

    Max est chef de clinique dans un grand hôpital. Il n’a pas choisi sa vie et comme il a l’impression d’avoir trahi tous ses rêves, à 35 ans il décide de tout plaquer pour reconstituer le groupe de rock de ses 15 ans. Sa femme (Romane Bohringer : sublime et pimbêche pour la première fois) le chasse, elle a aimé et épousé un médecin, pas un saltimbanque puis décide d’essayer de le soutenir pour ne pas le perdre. Dans le nouveau groupe, il y a une fille, Chine (Eléonore Pourriat une secousse sismique à elle toute seule) qui sera le catalyseur du nouvel envol de max. Et puis, il y a l’ombre de Maya, l’absente, et Praline (Julie Depardieu) l’amie de et pour toujours, amoureuse éconduite mais chacune de ses scènes (notamment son accouchement) sont de pures merveilles, des trouvailles touchantes et burlesques comme Julie Depardieu. Il y a les amis aussi et chaque second rôle est comme une espèce d’idéal d’interprétation.

    Alors, n’hésitez pas, suivez la route de Max, il saccage tout et surtout bouleverse tout le monde sur son passage mais personne ne peut lui en vouloir : normal c’est Mathieu Demy (fils d’un magicien et enchanteur lui-même).

    Snif !

  • SLEVIN de Paul MC Guigan *

    slevin -

    C’est toujours l’été et certains films se consomment frais (même s’ils ne le sont pas) et entrent directement dans la catégorie « sitôt vus, sitôt oubliés». Un réalisateur qui aurait été perfusé à la Tarantinade , se serait shooté à « Seven » et aurait été bercé à grands coups de « Mort aux trousses » pourrait commettre « Slevin » et malgré les références ne pas faire un chef d’œuvre !

     

    Vous suivez ???

     

    Moi, non plus.

     

    Si Brad Pitt n’est pas libre (pour cause de « marmaillage ») prenez Josh Hartnett (trop « cute »), Morgan Freeman et Sir Ben Kingsley (pour les pointures, mais pris quand même ici en flagrant délit de cabotinage en phase terminale s’ils ne se ressaisissent pas un jour…), Bruce Willis (pour le rôle du gars qui ne bouge pas une oreille même quand ça canarde à tout va) et Lucy Liu (œil de biche et gamineries : insupportable !) et hop, emballez c’est pesé.

     

    L’histoire : accrochez-vous au pinceau j’retire l’échelle.

     

    Slevin (Josh donc) est un type qui n’a pas la baracca du tout, le même jour il perd son boulot, se fait piquer sa nana (dans une sublime scène toute en délicatesse… je vous laisse découvrir) et se fait péter le nez en arrivant à New-York où il décide de venir se mettre au vert chez son pote Nick. Un quart d’heure plus tard, deux types patibulaires (mais presque) entrent brutalement et lui re-pètent le nez en lui disant «Eh, Nick, le Boss t’attend». Mais je ne suis pas Nick et je connais pas le Boss qu’il dit. Oui, mais Le Boss te connaît, qu’ils répondent. Il n’a pas le temps de s’habiller et il se rend chez le Boss tout nu (ou presque) en plein hiver et il a froid. Comme Josh n’est pas huilé comme Brad, je passe sur les détails anatomiques et les commentaires de Lucy Liu qui passait par là et qui voit son zizi. Nous, on ne le voit pas il est de dos !!! Slevin rencontre le Boss qui lui dit « vu que tu me dois 96 000 dollars Nick (tout le monde le prend pour Nick) j’annule ta dette si tu tues Yakov, le fils du Rabbin ». Bon d’accord qu’il dit. Slevin, c’est pas le genre de gars à chercher des poux dans la tête du Boss.

     

    En sortant de là, deux sbires l’interceptent, lui pètent le nez et lui disent « le Rabbin veut te voir Nick ». Mais je m’appelle pas Nick et je connais pas le Rabbin qu’il répond. Ouais mais le Rabbin il te connaît Nick. Pas fier et pas contrariant, Slevin suit les deux gars et le Rabbin lui dit « Salut, Nick, vu que tu me dois 30 000 dollars, faudrait peut-être penser à me les rendre. Je te donne trois jours ». Slevin qui n’est vraiment pas d’humeur à contrarier qui que se soit dit : ok Rabbin mais donnez-moi 7 jours. Là, on se dit, il est con, il va finir par se faire péter le nez. Et puis non, le Rabbin, c’est un mec cool.

     

    A partir de là, y’a des morts, y’a du sang, parfois y’a Bruce Willis qui passe dire bonjour et on voit bien qu’il est pas net-net mais qu’il ne ferait jamais de mal à un enfant. Lucy Liu, elle roule des billes en minaudant, elle est là pour ça, mission accomplie.

     

    Slevin, dans son malheur, il a un vache d’avantage : il est atteint d’ataraxie en conséquence de quoi il est indifférent à tout. Exemple : si un mec lui dit : « je te préviens Nick (ne pas oublier que tout le monde le prend pour Nick… c’est essentiel) si tu continues à me les briser menu, je vais te tuer »… Au bout d’un moment on sent bien que de lui péter le nez, ça ne fait plus kiffer personne. Et bien Slevin (nous on sait que c’est pas lui Nick !) il répond : « tu ne pourras me tuer qu’une fois ». C’est pas cool ça ???

     

    A un moment je me suis quand même dit que le comique involontaire de ce film avait quelque chose de savoureux. Par ailleurs si l’Oscar des plus laids décors et costumes jamais vus est créé un jour, ce film l’obtiendra même rétroactivement. C’est d’une laideur à hurler.

     

    Et puis, un quart d’heure avant la fin, alors que mes douleurs intercostales devenaient à la limite du supportable (rire autant c’est pas humain), apparaît Robert Forster (déjà génial dans « Jackie Brown » entre autre) et tout s’accélère et, je ne sais si j’ai loupé un épisode ou si j’ai dormi entre deux O.K. mais Monsieur Mc Guigan nous concocte une fin du tonnerre que j’avais pas vu venir, et là surprise totale, le final est inattendu, épatant et surprenant. Alors ? Merci qui ?

     

    Et voilà comment un film se retrouve propulsé direct dans ma catégorie : « bof, mais pourquoi pas ».

    "Slevin" : le film où Josh Hartnett se fait péter le nez !!!

  • Le voyage en Arménie de Robert Guédiguian ***

    Guédiguian quitte Marseille et l’Estaque pour se rendre en Arménie, pays de ses ancêtres et c’est très beau.
    Anna (Ariane Ascaride), cardiologue est pétrie de certitudes et a l’habitude de tout régenter autoritairement autour d’elle. Lorsqu’elle découvre que son père est cardiaque, elle n’hésite pas : elle prend rendez-vous avec un chirurgien et lui annonce « l’opération est pour tel jour ». Le père refuse, s’enfuit en Arménie et sème des pistes pour que sa fille, qui n’y a jamais mis les pieds, le retrouve.
    C’est un véritable voyage initiatique qu’Anna va entreprendre. D’abord en colère et agacée par tout ce qui l’entoure, elle va finir par se sentir arménienne, elle va douter et se découvrir.
    Guédiguian n’y va pas de main morte dans l’émotion mais aussi dans l’invraisemblable et le démesuré mais il signe là un véritable film d’aventures auquel il ne nous avait pas habitués jusqu’à présent. A Erevan, Anna va faire de providentielles rencontres : un guide (photo), un ancien général (marseillais qui a fui, Gérard Meylan, épatant, suscite toujours ce mélange de douceur et d’inquiétude), une jeune coiffeuse en danger et adorable et qui rêve de partir en France, un médecin humanitaire (Jalil Lespert, toujours parfait), un militaire (Serge Avédikan, ex « Pull-Over rouge"), un mafieux (Simon Abkarian, formidable). Tous vont tomber à point nommé et sous le charme d’Anna et vont l’aider.

    Les grosses ficelles scénaristiques (comment imaginer qu’on puisse arriver dans ce pays pas facile et y être accueillie et protégée aussi aisément ?) importent peu. Guédiguian, toujours amoureux fou de son interprète apparemment, ne la quitte pas d’une semelle (choix étrange d’ailleurs de talons aiguilles pour parcourir l’Arménie, pays des cailloux) et elle, en bon petit soldat va jusqu’à prendre les armes pour arriver au bout de son chemin.
    C’est captivant, très très émouvant, merveilleusement interprété, l’Arménie est un pays somptueux avec en toile de fond le Mont Ararat qui semble vous observer de partout, l’Arménien est une langue superbe, la leçon d’histoire est passionnante… Embarquez-vous pour ce voyage inédit, savoureux et poignant !

  • Meurtrières de Patrick Grandperret***

     

    Le premier quart d’heure sonne faux : situations, dialogues et personnages sont à la fois obscurs et insignifiants. Et puis tout s’arrange lorsqu’au bout de ce quart d’heure lourdingue Nina et Lizzy (équipées des mêmes désillusions) se rencontrent à l’hôpital psychiatrique où elles cherchent à sécher leurs larmes et d’où elles s’échappent.

    Elles se rencontrent parce qu’elles se « reconnaissent » alors qu’elles sont à la fois si différentes et si complémentaires. Ce sont avant tout deux actrices Hande Kodja et Céline Sallette, deux beautés, deux tempéraments, deux révélations qui portent et élèvent le film vers des sommets d’authenticité et d’émotivité. Elles ont une vivacité, une énergie, une fougue et une vitalité qui explosent à chaque instant. Elles ne sont pas forcément sympathiques mais on les aime d’emblée car dans leur cavale improvisée, sans argent, par une accumulation de poisse inconcevable, toutes les portes vont une à une se claquer violemment devant elles. On ressent leur faim, leur désillusion et on perçoit la tension qui évolue en rage et qui vont les conduire au pire. Dès la scène d’ouverture, on sait qu’il y a meurtre, puisque le film est un long flash-back, mais on ne sait lequel des personnages rencontrés en route les y conduira. La victime sera leur bourreau aussi.

    Il n’y a ni justification, ni plaidoyer en faveur de leur acte, juste sans doute l’évocation que nous sommes dans un monde où les filles ont toujours à se justifier d’être libres et jolies et qu’elles doivent constamment en payer le prix en n’étant, encore et toujours, qu’objets de désir et d’assouvissement de ce désir. Effrayant, pitoyable et écoeurant.

    Soudées, unies, inséparables, leurs silhouettes menues et énergiques s’éloignent dans la nuit, elles n’ont toujours pas mangé et ça crève le cœur.

  • Le soleil d’Alexander Sokourov****

     

    Ce film est une œuvre d’art, inclassable, incasable et hors du commun.

    Il s’agit du troisième volet d’une trilogie consacrée aux dictateurs du XXème siècle. Après Hitler et Staline, voici Hiro Hito, Empereur du Japon pendant la seconde guerre mondiale. Hiroshima et Nagasaki ont été atomisées et l’Empereur vit cloîtré dans une espèce de bunker où règne une ambiance mortifère à l’opposé de l’effervescence et de l’hystérie qui régnaient autour d’Hitler dans son souterrain. Hiro Hito marmonne et s’apprête à la reddition, honte suprême, et à la renonciation à son ascendance divine, cette part d’ombre du monstre.

    Gloire à Ogata Issey, acteur stupéfiant qui compose ici une partition habitée, hallucinée et hallucinante ! A la fois profondément émouvant et parfaitement irritant, il est comme un pantin disloqué, une sorte de marionnette ventriloque ébahie. C’est le crépuscule d’un Dieu, la fin d’un monde. L’acteur et le film évoquent Dick Bogarde, pathétique et attendrissant et « Mort à Venise » dans sa torpeur inquiétante et sa beauté oppressante.

    Contre toute attente, l’humour n’est pas absent de ce film magnifique, notamment lorsque l’Orient rencontre l’Occident et que le Général Mac Arthur (Robert Dawson) stupéfié et courtois vient arrêter le monstre. L’homme divinisé ne peut pas être approché à plus de trois mètres et la séance photos offerte aux journalistes américains venus rencontrer le phénomène est purement burlesque. L’Empereur s'y livre à une véritable représentation en prenant des poses absurdes. Le découvrant ridiculement petit et vêtu d’un costume et d’un chapeau, un des journalistes s’écrit : « on dirait Charlie Chaplin ». Il se trouve que quelques instants avant nous l’avons vu feuilleter un album photos rempli de stars hollywoodiennes avec Charlot en vedette. Et l’Empereur de s’inquiéter avec fierté : « Je ressemble vraiment à cet acteur américain ? ». Pathétique mais drôle !

    Alors qu’un être et un monde s’effondrent, le film est comme incendié par des images somptueuses. Rarement tant de beauté a envahi un écran !

  • Minuit dans le jardin du bien et du mal de Clint Eastwood ***

    Un film de Clint sans Clint demeure quand même un voyage. Ici tout n’est que prétexte et nous sommes embarqués dans une flânerie colorée au cœur de Savannah, ville sudiste moite où tout devient rapidement romanesque.

    John Kelso (John Cusak, bouche bée) jeune journaliste new-yorkais est envoyé à Savannah pour « couvrir » la réception annuelle de Jim Williams (Kevin Spacey, séduisant et dandy) riche collectionneur d’art. C’est donc dans les quartiers riches que nous nous trouvons.

    Dès le lendemain, l’évènement mondain tourne au fait divers et Jim Williams est accusé du meurtre de son amant Billy (Jude Law, bad boy). Le journaliste, emballé, flaire le scandale et décide de s’installer en ville pour suivre le déroulement du procès. Il convainc sa rédaction par un : « c’est génial ici, on dirait Autant en emporte le vent sous mescaline ! ».

    A partir de là, ce sont plus les à côtés pittoresques que l’enquête elle-même qui importent. Tout ici n’est qu’apparences, simulacres et futilités. C’est vain et c’est délicieux.

    Voilà un bien curieux polar, nonchalant et passionnant où les morts, les vivants, les pouvoirs occultes s’embrouillent harmonieusement et où des personnages hauts en couleur assurent le spectacle, notamment l’extravagante Lady Chablis (autochtone dans son propre rôle) exquise et loufoque.

    C’est magnifique, irrésistible et somptueux.