09.03.2012

MARTHA MARCY MAY MARLENE de Sean Durkin **

Martha Marcy May Marlene : photo John Hawkes, Sean DurkinMartha Marcy May Marlene : photo Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sean DurkinMartha Marcy May Marlene : photo Sean Durkin

Martha s'échappe d'une ferme où elle vivait depuis deux ans dans une communauté aux gentilles allures hippies. Au premier abord tout le monde semble effectivement "heureux" et consentant à l'intérieur de cette ferme autogérée où tous les membres participent en alternance à tous les travaux. Il s'agit en fait d'une secte dont le leader Patrick, calme, tendre et charismatique asservit tous les locataires. Martha réussit à joindre sa soeur Lucy qui la recueille sans hésiter. La jeune femme fait des efforts considérables pour tenter de se réinsérer et se rétablir moralement mais ce qu'elle a vécu la hante et la perturbe de plus en plus.

Par bribes nous découvrirons la face cachée de ce Patrick et la façon dont il anéantit la personnalité des jeunes filles forcément fragiles qu'il accueille. Un repas par jour, l'obligation de passer par son lit, cette ordure leur écrit des chansons, leur assure que chacune est sa préférée et leur assène un discours sur l'amour et la tolérance à gerber. Il leur affirme que leur prénom ne leur convient pas. C'est ainsi que Martha devient Marcy May puis Marlène selon le bon vouloir de Patrick. Il les rend dépendantes au point qu'elles ne peuvent plus rien décider seules. Elles sont littéralement parquées la nuit dans une seule et même pièce ou elles partagent les matelas déposés à même le sol. Parfois les rares garçons de la secte viennent les rejoindre et Patrick assiste à leurs ébats. Ambiance.

Martha ne parvient pas à révéler à sa soeur ce qu'elle a vécu et s'enferme progressivement dans une paranoïa où elle ne distingue plus la réalité de ses cauchemars. Malgré sa bonne volonté, la soeur finit par ne plus pouvoir "gérer" Martha qui devient imprévisible, parfois agressive et incapable d'agir sans demander la permission. Le beau visage d'Elizabeth Olsen est un livre ouvert sur lequel passe toutes les émotions et sensations qu'un être humain peut ressentir jusqu'à la régression. De la confiance d'abord, au doute jusqu'à la terreur.

PS. : vous savez que je ne suis pas moqueuse pour deux sous mais par contre je suis très généreuse et c'est ainsi que je tiens absolument à vous faire partager un avis sur ce film qui me semble éclaircir bien des zones d'ombre. Si vous ne comprenez pas, hélas je n'ai pas la traduction. Mais vous pouvez trouver l'article entier ICI. Un régal.

"Petite coquetterie formelle d'autant plus fumeuse qu'elle est peureuse, "Martha Marcy May Marlene" semble finalement engoncé comme son couple dans un certain american way of filmmaking, maniérisme sundancien relevé à la sauce psychologisante."
Alors vous en dites quoi ? ça en jette non ?

12.04.2011

WINTER'S BONE de Debra Granik ***

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Au fin fond du Missouri, personne ne vous entend crier ! Mais ce n'est pas ce qui va faire reculer et céder Ree Dolly face à l'adversité. 17 printemps au compteur et chargée, contrainte et forcée de s'occuper de ses frère et soeur (12 et 6 ans) et de leur mère malade et aphasique depuis que le père est en prison, la jeune fille va devoir faire face à d'autres soucis et mener seule une véritable guerre contre un environnement humain et naturel plutôt hostile. Libéré, le père ne rejoint pas sa famille et Ree découvre que c'est la maison qui lui a servi de caution. Les autorités laissent une semaine à Ree pour trouver une solution : soit quitter la maison, soit prouver comme elle le suppose (puisqu'il n'est pas rentré) que son père est mort. Hélas, tous ceux qui ont vu l'homme pour la dernière fois mentent ou refusent de parler. Bien que s'appliquant à tenter de faire comprendre qu'elle ne cherche pas à connaître les secrets qui entourent cette disparition mais simplement à conserver un toit pour sa famille, tout le monde s'acharne contre Ree. Elle n'est pourtant pas très folichonne cette maison et froide en cet hiver glacial mais elle est le dernier rempart contre la misère absolue dans laquelle se débattent ces trois enfants et cette femme absente au monde.

La vie quotidienne de Ree est un enfer et rarement il nous a été donné de voir un personnage aussi démuni plonger dans une telle spirale d'épreuves toutes plus terrifiantes les unes que les autres, n'éveillant contre elle qu'animosité, hostilité et parfois violences. C'est d'autant plus insupportable à supporter qu'il s'agit d'une enfant. Malgré quelques gestes de générosité de la part d'une voisine bienveillante mais qui ne veut manifestement pas d'ennuis avec la police, on se demande régulièrement si un adulte va enfin venir au secours de cette petite. Lorsqu'après avoir été brutalisée, passée à tabac et jetée au fond d'une grange sinistre où chaque objet est menaçant, ses "bourreaux", 5 ou 6 hommes et autant de femmes aux mines patibulaires lui demandent : "que va t'on faire de toi ?", elle répond, et c'est à la fois audacieux, imprudent et bouleversant, "me tuer j'imagine ou m'aider... mais apparemment cette solution ne vous est jamais venue à l'idée !". La réalisatrice place, comme pour un conte, le cauchemar de ces enfants à l'orée d'un bois sinistre et inquiétant, sorte de no man's land où, à l'instar des personnages de "Délivrance" de Boorman les rares habitants semblent se reproduire entre eux. Il faut voir cette scène sidérante où au son d'un banjo... une famille de péquenauds à "trognes" fête l'anniversaire de la grand-mère et les voir tous à la fois entassés ou soudés les uns aux autres ! Un drapeau américain en mauvais état flotte au toit des maisons et c'est bien le seul indice qui nous permet de croire qu'on est aux Etats-Unis.

Dernier point qui rend ce film atypique particulièrement fort quoique très éprouvant, le choix d'avoir fait de Ree la combattante non pas une victime pitoyable et touchante, mais un petit soldat obstiné à la limite de l'inconscience et pas forcément sympathique malgré l'injustice des malheurs en cascade qui lui tombent dessus. La jeune actrice Jennifer Lawrence sans un sourire même lors des rares moments d'apaisement, sans une plainte non plus tient le film comme sa famille de cinéma sur ses frêles épaules accablées. Chapeau.