15.01.2011

MÊME LA PLUIE de Icíar Bollaín ***(*)

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Ce film j'ai eu l'impression de le prendre en route, comme s'il était déjà commencé lorsqu'il a démarré. C'est difficile à expliquer et j'ai du mal à placer des mots sur ce que j'ai vu alors que ça m'a vraiment emballée. Il faut que je vous en parle (brièvement) avant la fin du week end au cas où vous hésiteriez entre plusieurs films. Alors je dirai qu'il y a celui-ci impérativement et Poupoupidou absolument... et aussi Cabeza de Vaca pour les plus téméraires...

Sebastian, jeune réalisateur et son producteur Costa doivent choisir quelques figurants pour le tournage de certaines scènes du film qu'ils tournent en Bolivie. Ils sont espagnols mais le choix du pays s'est imposé pour des questions de restrictions budgétaires. La main-d'oeuvre locale peut travailler à moindre coût. Sebastian et Costa sont stupéfaits par la file d'attente et le nombre de candidats qui se présentent au casting : environ deux cents personnes alors qu'ils n'en ont besoin que de quatre. En choisissant Daniel pour interpréter un des personnages "indigènes" principaux, ils savent que ce ne sera pas de tout repos et ils ne se trompent pas. En effet, Daniel devient rapidement le chef de file d'une révolte locale contre le gouvernement qui entend privatiser l'eau jusque là disponible à tous.

Dans le même temps le film qui est en train de se tourner relate la façon dont se sont conduits Christoph Colomb et ses hommes envers les "indiens" lors de la découverte du Nouveau Monde ! L'exploitation, l'esclavagisme, les représailles, les mutilations étaient le lot quotidien de la population brutalement assujettie aux colons résolus à s'enrichir grâce aux mines d'or. La révolte et la résistance des indiens du XVIème siècle font donc écho à celles du peuple bolivien face au pouvoir en place. Mais la réalisatrice propose encore un troisième axe en mettant le réalisateur et le producteur face à un dilemme, à leur engagement et à leurs convictions. Comment peuvent-ils réaliser un film qui parle de l'exploitation de l'homme par l'homme, de révolte, d'insurrection et ignorer le combat pour la vie qui se joue sous leurs yeux ? Dans un premier temps, c'est le film que Sebastian et Costa vont défendre coûte que coûte. Peu à peu la protestation du peuple va se faire de plus en plus extrême et violente compromettant chaque jour un peu plus le tournage du film. Et ce n'est pas celui qu'on imaginait qui s'impliquera finalement le plus dans la lutte, jusqu'à risquer sa vie auprès des boliviens.

Le tournage et l'histoire du film dans le film sont aussi passionnants que la lutte contemporaine qui s'amplifie. Une population qui ne possède déjà rien se voit confisquer son dernier bien précieux et vital : l'eau. C'est magnifique et aucun pathos ne vient encombrer ou dénturer la misère, la dignité et le courage éloquents qui se révèlent sous nos yeux. Un film fort, à la fois engagé et grand public, souvent tendu à l'extrême, des paysages somptueux, grandioses et trois acteurs admirables Gael Garcia Bernal, Luis Tosar et Carlos Aduviri : DU CINEMA.

P.S. : l'étoile (*) est justifiée par la fin étrangement bâclée en 10 minutes comme si la réalisatrice avait brusquement manqué de bobines...

15.08.2010

MA SEMAINE AU CINEMA

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THE KILLER INSIDE ME de Michaël Winterbottom **** 

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L'ARBRE de Julie Bertucelli ***

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CELLULE 211 de Daniel Monzon ***

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LE CAFE DU PONT de Manuel Poirier **

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MES COUPS DE COEUR
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11.08.2010

CELLULE 211 de Daniel Monzon ***

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A la veille de commencer son nouveau travail de "maton", le jeune Juan Oliver se rend à la prison de haute sécurité pour la visiter et faire bonne figure devant ses futurs employeurs. Mal lui en prend car dans le même temps, le truand Malamadre bien que placé en isolement a réussi à fomenter une émeute qui ne va cesser d'évoluer au fil des jours. Lors de sa visite Juan se blesse légèrement. Ses collègues l'allongent inconscient dans la Cellule 211. Lorsqu'il se réveille ses collègues ont disparu et le voilà au milieu de ce QHS où sont regroupés les guguss parmi les plus dangereux du pays. En un quart de seconde de réflexion il n'a d'autre choix que de se faire passer pour un prisonnier fraîchement arrivé.  
La tension est constante et même croissante dans ce thriller carcéral, genre cinématographique où les réalisateurs semblent s'amuser à taquiner jouissivement nos nerfs délicats. Distillant de façon quasi égale ultra-violence et profonde humanité Daniel Monzon complique encore l'affaire en insérant des intrigues dans l'intrigue. Même si elle sera déterminante, la prise d'otages de membres de l'ETA (qui s'estiment étrangers aux revendications) à l'intérieur de la prison par les prisonniers eux-mêmes est la partie la moins intéressante. Elle va être le déclencheur d'une situation qui va rapidement dépasser les mutins et le seul cadre de leur prison.
La grande question demeure néanmoins : est-ce que Juan Oliver va réussir à se sortir de ce pétrin, obligé d'une part de fraterniser avec les prisonniers, dont certains très méfiants à son égard, et notamment avec leur chef dont il va devenir, grâce à ses idées lumineuses, une sorte d'alter ego, de relayer leurs revendications, et d'autre part de tenter de calmer les ardeurs des plus belliqueux ?
Les rebondissements et péripéties ne vont cesser de se succéder intégrant également des drames plus personnels. Les caméras de surveillance à l'intérieur des bâtiments, les informations parvenant aux détenus par l'intermédiaire de la télé ajoutent encore aux tensions, au malaise et apportent une densité aux événements comme aux personnalités.
Il faut dire que le réalisateur y va franco en nous démontrant grâce à des personnages forts et convaincants que les sauvages ne sont pas forcément du côté qu'on croit. Un homme incarcéré à vie au physique et au tempérament de machine à tuer peut faire preuve de plus d'humanité, de compréhension et de sensibilité qu'un maton n'accordant aucune circonstance atténuante ni même de considération aux prisonniers.
Vif, nerveux, rythmé, sans temps morts l'action est constamment réamorcée grâce à de multiples péripéties, plus ou moins crédibles mais peu importe. Le constat est quand même que la prison semble être  un endroit "idéal" pour révéler la sauvagerie qui sommeille en chacun.
Quand je vous aurai dit que ce film a raflé une flopée de Goya (équivalent spingouins de nos Cesar) que Luis Tosar est épatant en Malamadre mais surtout, surtout que le très convaincant et injustement incarcéré Alberto Amman ne se contente pas d'avoir une présence et un physique très très agréables... vous vous ruerez sans attendre sur ce film captivant !