31.03.2011

THE COMPANY MEN de John Wells *

the compagny men de john wells,ben affleck,tommy lee jones,kevin kostner,maria bello,cinémathe compagny men de john wells,ben affleck,tommy lee jones,kevin kostner,maria bello,cinémathe compagny men de john wells,ben affleck,tommy lee jones,kevin kostner,maria bello,cinémathe compagny men de john wells,ben affleck,tommy lee jones,kevin kostner,maria bello,cinéma

Qu'y a t'il de commun entre Bobby Walker, Phil Woodward et Gene McClary ? Ils sont fiers de leur belle et grande maison, de leur voiture, éventuellement de leurs enfants mais surtout de leur travail. Tous les trois sont employés à divers échelons de la grande entreprise GTX. En un mot, ils se félicitent de leur réussite. Trois expressions sur pattes, en chair et en os de l'american dream. A ces trois là rien ne peut arriver. Sauf que si. Dans l'univers impitoyable du travail de nos jours, rien ne tient, ni les amitiés de 30 ans, ni l'ancienneté... Drame chez nos trois cadres sûrs de leur avenir, de leur infaillibilité, de leurs avantages acquis jamais remis en question : le chômage. Faisant l'objet d'une restructuration, de chute des profits, de baisse des actions, la grande GTX doit dégraisser et n'y va pas avec le dos du licenciement sans préavis. En moins de temps qu'il n'en faut pour le croire Bobby, Phil et Gene se retrouvent sur le parking de l'entreprise avec le fameux carton toujours prêt à servir en cas d'urgence. Chacun va réagir à sa manière et rien ne manque des aléas et rebondissement que provoque un tel chamboulement des certitudes. Si le sacro-saint capitalisme se met à déboulonner ses nantis où va le pauvre monde ? Et bien au Pôle Emploi.

Donc tout est parfait ici, la démonstration, la quantité d'informations réalistes et documentées, l'interprétation, tout. Alors pourquoi n'ai-je pas accroché, mais alors pas du tout ? La seule explication que j'ai trouvée est qu'il y a peut-être trop de stars dans ce film pour qu'il ait l'air vrai. En effet, il m'a été difficile de ne pas voir Ben, Tommy Lee, Chris et Kevin au lieu de Bobby, Phil, Gene et Jack.

Bobby va sortir la tête de l'eau après avoir joué au fanfaron et affirmer qu'en quelques jours il aurait retrouvé un emploi. Plusieurs mois plus tard, il a dû dire adieu à sa porshe, à son abonnement au club de golf, son fils revend sa console de jeux vidéo pour aider, sa femme (drame !) reprend un travail (et pour une fois, saluons l'effort, elle n'est ni photographe ni propriétaire d'une galerie "en ville" mais infirmière). Un peu plus tard Bobby, femme et enfants doivent abandonner leur maison/château et retourner vivre entassés dans deux pièces chez les parents. Bobby se trouve par ailleurs contraint d'accepter un travail d'ouvrier sur les chantiers de son beau-frère qui possède une petite entreprise de travaux publics. C'est là que l'on découvre que le prolo n'a pas une jolie maison alors qu'il pourrait vu qu'il en construit pour les autres, qu'il mange et dort avec la truelle à la main, et qu'il lui arrive d'être en retard au boulot parce qu'il est bourré. Alors que le cadre à attaché-case se bourre la gueule, mais le soir, ce qui est beaucoup plus chic. Bon j'avoue que Kevin Kostner en prolo qui crache sa haine des patrons dans chaque phrase, je n'y ai pas cru une seconde.

Phil Woodward (Chris Cooper en mode dépressif) qui de son côté a commencé au bas de l'échelle pour finir dans les bureaux vit beaucoup plus mal son chômage et malgré les judicieux conseils de son 'conseiller' de se teindre les cheveux, lâchera prise plus rapidement que les autres, d'autant que sa charmante épouse lui demande de ne pas rentrer trop tôt à la maison pour ne pas éveiller les soupçons des voisins. Le chômage, c'est la honte, surtout pour l'entourage.

Quant à Gene MacLary (Tommy Lee Jones qui risque une cascade à un moment : une amorce de sourire !) après s'être aperçu qu'il ne servait à rien de coucher avec la DRH, que sa régulière qui réclame les jets privés de l'entreprise pour partir en vacances avec ses copines n'est vraiment pas une personne fréquentable, et qu'il ait expliqué à Bobby son protégé, que c'était mieux avant... va réagir positivement, vendre ses actions et créer une entreprise !

Voilà.

Ah oui, vous ai-je dit que Ben Affleck est très très bien ?

Non ?

Ben Affleck est très très bien.

15.04.2009

Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier ****

Dans la brume électrique - Tommy Lee Jones et Mary SteenburgenDans la brume électrique - Tommy Lee JonesDans la brume électrique - Tommy Lee Jones et Peter Sarsgaard Dans la brume électrique

Ancien flic reconverti, Dave Robicheaux aide la police locale de New Iberia en Louisiane à résoudre un crime sadique commis sur une jeune prostituée de 19 ans. Au cours de son enquête, il sympathise avec Elrod Sykes, star hollywoodienne alcoolique qui tourne un film dans la région produit par un mafieux local, Balboni. Par ailleurs, le squelette d’un homme noir enchaîné, mort 40 ans plus tôt refait surface suite à l’Ouragan Katrina et Robicheaux, marié, père d’une jeune fille qu’il a adoptée doit également faire face à ses démons personnels qui se manifestent sous forme de visions…

Le plus cinéphile de nos réalisateurs français (il est une encyclopédie à lui seul, jamais pédant ou donneur de leçon, un livre ouvert passionnant, passionné…) réalise son rêve américain, et il le réussit haut la main. Ce film sera placé très très haut dans mon palmarès 2009 tant il m’a procuré de bonheur et de sensations. C’est une réussite totale, un thriller haletant, filmé magistralement, avec à la fois nonchalance et efficacité et paré d’un casting en accord parfait avec le réalisateur et l’acteur principal qui domine (évidemment) sans pour autant écraser les autres.

Ce Dave Robicheaux est un ancien alcoolique qui ne cesse de lutter contre sa tentation de boire à nouveau et un souvenir lointain qui le hante, lui fait éprouver une profonde culpabilité dont il voudrait se débarrasser, s’en libérer en expiant. Cet homme préoccupé jusqu’à l’obsession est un idéaliste qui évolue dans un monde qui lui semble corrompu et qu’il voudrait délivrer de la pourriture ambiante. Les hallucinations dont il fait l’objet lui font apparaître un général de l’armée confédérée avec qui il discute de l’avenir du monde. La vision de certains endroits dévastés par l’ouragan, l’ambiance ouatée, brouillardeuse des bayous filmés à la fois comme un paradis d’une beauté envoûtante, et un enfer où des cadavres ressurgissent du passé, où ce sont les moustiques qui mangent les chauve-souris, où les lianes des arbres s’enchevêtrent jusqu’à provoquer le vertige, des blues râpeux, les vapeurs moites et parfois les accès de violence inattendue confèrent à ce film envoûtant, à cette histoire simple et complexe une mélancolie sombre et déchirante.

Homme tourmenté qui va s’impliquer encore davantage quand le serial killer va s’approcher de très (trop) près de sa famille, Dave Robicheaux est incarné, et c’est peu de le dire, par Tommy Lee Jones à la fois si prévisible et tellement déroutant. Et tant pis, si ce rôle fait plus qu’évoquer ceux qu’il tenait déjà dans « Trois enterrements » et « No country for old man », à aucun moment on ne pourrait imaginer un autre que lui. Et tant pis si on abandonne sans le résoudre le cas d’une pauvre fille dévorée par des crabes bleus. Tout ici est rassemblé pour offrir un grand film rare, baigné dans une ambiance moite et ténébreuse et une langueur étouffante. Le tout porté par cet acteur étonnant, immense, parfois drôle et troublant qu’est Tommy Lee Jones, par Mary Steenburgen qui obtient enfin un rôle digne d’elle, subtil, profond et délicat et qui prouve quelle belle présence elle a tout en sobriété, par Kelly Mac Donald touchante en amoureuse sacrifiée, par John Goodman pourri génial qui s’amuse à jouer les dépravés et par Peter Sarsgaard très convaincant en star blessée. Sans parler de l’apparition de Buddy Guy.

Ce film sublime, sombre et lumineux, baigné de brume électrique a obtenu récemment le Grand Prix du Premier Festival International du Film Policier de Beaune (qui prend le relais de l’ancien festival de Cognac) et c’est tant mieux. Il donne par ailleurs une envie irrésistible de s’intéresser de près à l’œuvre de l’écrivain James Lee Burke dont il est l’adaptation.