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Sur la Route du Cinéma - Page 422

  • BULLETIN N° 1 - Lundi 11 octobre 2010

    Des nouvelles de Mon Chéri d'amour.

    En gros. Je vais essayer de faire court car je deviens incollable sur la leucémie.

    Il y a une foultitude de sortes de leucémies, des vertes et aussi des pas mûres. Il y a surtout les chroniques qui se développent très très lentement, c’est ainsi que l’on peut rencontrer des personnes très gaillardes qui leucémisent depuis 10, 20 ans ou plus si vraiment affinités ! Et puis il y a les saletés qui virulent rapidement… en quelques jours.

    Donc, je ne peux pas vous dire que mon Chéri d’Amour avait ci ou ça… il pétait la forme, jusqu’à ce qu’il ne pète plus… et ça, ça ne lui ressemble pas ! Quand un gaillard se repose trois heures après avoir été debout un quart d’heure… on n’hésite pas longtemps à l’envoyer consulter, même s’il rechigne quand même pendant un jour ou deux en répétant « ça va passer » avant d’y aller. Quand on a l’aubaine d’avoir un toubib pas trop con qui, devant la mine et le teint décomposés de la bestiole l’envoie dare dare faire une analyse de sang longue comme un jour sans ciné et que le lendemain il vous appelle en vous disant « j’ai une chose pas sympathique à vous annoncer et je ne peux le faire au téléphone… », vous savez que ça va pas être du gâteau. C’est donc ainsi que l’on se retrouve sans plier les genoux au 7ème ciel étage d’un hôpital qui en comporte 11, au rayon des chauves au teint cireux !

    Les LAM (Leucémie Aiguë Myéloblastique ou Myéloïde…) sont au nombre de 7. Chacune porte un numéro. La 3 est la plus gentille. Hélas ce n’est pas celle là… C’est la seule certitude que l’on ait actuellement et les certitudes, c’est bon.

     

    J’ai dit que j’essaierais de faire court… Donc, les leucocytes ou globules blancs, on en a entre 1000 et 3500. Chéri en avait 12 000 vendredi, 16 000 samedi, 27 000 dimanche. Ça craint.

    Mais c’est « normal » (ils sont drôles les blouses blanches) c’est la maladie qui progresse.

    Le taux normal des plaquettes est de 150 000 à 400 000 par mm3, Chéri en est à 25 000 et contrairement aux leucos, c’est pas assez, faut pas avoir fait math sup.

    Autant dire qu’il est hémophile et que c’est pas le quart d’heure qu’il se coupe l’oreille.

    Aujourd’hui il a subi une ponction de moelle (c’est pas rigolo de se faire défoncer le buffet à coup de seringue !) en plus des trois ou quatre prises de sang par jour, et des diverses perfusions (antibios, glucose et machin pour laver son dedans…) qui lui font un joli entrelacs de fils divers.

    Avec un premier résultat de cette ponction, nous connaîtrons le numéro gagnant de la LAM. En attendant, ils ont commencé une chimio orale pour tenter de stabiliser les leucocytes qui étaient redescendues à 19 000 aujourd’hui. Halleluyah me direz-vous ? Pas du tout ! Il ne faut pas que ça se mette à descendre trop bas.

    Sinon, la tension était à 9 et des broutilles ce matin, elle est remontée à 10.7 en fin de journée. La température qui était de 38.5 hier est redescendue à 37.2 le matin (une vraie gonzesse).

    Ensuite, il faut attendre un autre résultat qui va se faire attendre au moins 10 jours !!! qui déterminera s’il y a ou non des anomalies chromosomiques. Plus il y en a, plus c’est grave !

    Euh pardon, moins il y en a, mieux c’est !

    Sauf cas d’urgence, la « grosse » chimio intensive débutera dès que ce résultat sera connu. Là, Hervé sera en chambre stérile pendant environ quatre semaines. La chimio durera une semaine. Tous les compteurs seront remis à zéro. C'est-à-dire que leucocytes et tout le tremblement seront au nombre de… zéro. C’est époustouflant mais on n’arrête pas le progrès.

    Les deux semaines suivantes laisseront place aux effets secondaires, autrement appelés « dommages collatéraux » qui feront que Chéri D’Amour va s’affaiblir, se faire la boulazed, avoir des nausées et peut-être vomir s’il se laisse aller. Puis, petit à petit les cellules, les globules et tous les machins vont se reconstituer tout seuls comme des grands. Il FAUT qu’ils soient en bonne santé et pas tout pourris comme actuellement, sinon, ça craindra derechef.

    Vous dire qu’Hervé est confiant n’étonnera pas ceux qui le connaissent. Il se sent rassuré par Monsieur le Professeur Feugier et par certains internes vraiment très ouverts, à l’écoute et surtout qui répondent franchement et sans détour à nos questions. Une interne lui a même « promis » qu’il sortirait de l’hôpital. Demain, je lui fais signer un papier à celle-là ! Il est très surveillé et, contrairement à moi, prend les choses au jour le jour. J’imagine que pour le personnel soignant, il doit être le genre de patient idéal, tellement il se comporte dans cette chambre comme dans la vraie vie : adorable, charmant, calme, drôle. Hervé quoi...

    L’option « humour » n’étant pas prévue dans le cursus médical manifestement, il prend parfois de gros rateaux avec son humour « alacon » mais ça nous permet de bien nous fendre la bobine par moments.

    A d’autres moments, on ne fait rien, on se repose, on joue à la bataille navale en se disant que ce jeu est vraiment con, au scrabble et dès que ça coince ou qu’on a les « grosses » lettres, on envoie tout balader, on regarde des photos parce qu’on adore regarder des photos, et on dit qu’on s’aime depuis toujours et pour toujours, et que franchement c’est pas juste, vu qu’on fait pas chier le monde pourquoi il faut qu’on soit si malheureux.

     

    Voilà.

    Je vous tiendrai au jus.

    Hervé vous remercie pour vos gentils messages qui l’ont beaucoup ému.

     

    Des bises.

    P.

  • TU CROYAIS QU’UN JOUR LA VIE ÇA DEVIENDRAIT ÇA ?

    Je me souviens de Meryl Streep posant (approximativement) cette question à Robert de Niro dans "Voyage au bout de l'enfer". Et bien j'en suis arrivée à ce jour précisément. Celui où il est impossible de cesser d'espérer que ce cauchemar éveillé prenne fin ! Un jour presque comme les autres s'achève brutalement comme l'un des pires jamais vécus.

     

    J'ai hésité à vous en parler et puis j'ai décidé que si, je le fais. Tant pis pour ceux que ça ne regarde pas, pour ceux que ça ne concerne pas, pour cette impudeur totale, moi qui jusque là étais stupéfaite de lire des blogs où l'on raconte sa vie, pour cette espèce d'obscénité un rien vulgaire, tant pis pour tout. Je sais aussi que je ne dois rien à personne, que je pourrais ne rien dire, ou faire comme si, ou faire de cette route une impasse. Je sais tout ça mais je ne sais rien encore, je n'ai pas décidé. Je n'arrive à rien décider. Je veux juste par ces quelques mots vous le dire une fois pour toutes à tous que je connais de plus ou moins loin et pour ne pas avoir à le répéter...

     

    Je pense que même si rien ne sera plus comme avant à partir de maintenant et pour un certain temps, je vais quand même tenter de continuer à aller voir des films et tenter aussi de vous en parler. J'essaierai...

     

    Depuis deux jours notre vie s'est brusquement accélérée ou ralentie, en tout cas elle a bizarrement basculé et notre vocabulaire s'est curieusement alourdi de ces mots entrés par effraction : urgence, cancer, hématologie, leucocytes, plaquettes, chimiothérapie… !

     

    Certains parmi vous ont la chance de connaître mon double, ma moitié, mon alter ego… et bien, une cochonnerie, Leucémie aiguë myéloblastique au nom bien prétentieux l’a terrassé jeudi et un marathon de six semaines d’hospitalisation en service confiné pour venir à bout de cette saleté a démarré hier !

    .....................................

     

    Finalement, en réunion avec moi-même au réveil, je décide d'ouvrir les commentaires que j'avais fermés par "réflexe". Simplement je vous demande :

     

    - de ne pas me donner d'exemples de "cas" que vous connaissez ou dont vous avez entendu parler ça va me faire chier et il n'y a que celui d'Hervé qui m'intéresse car chaque cas est différent,

     

    - de ne pas vous sentir obligés de me faire rire MAIS,

     

    - de ne pas me faire pleurer, les vannes sont wide open.

     

    Je transmettrai vos commentaires à Hervé (sans obligation de votre part à en laisser évidemment, ce n'est pas un concours) et je verrai comment il réagit.

     

    .....................................

     

    Mardi 12.

    Je publierai des nouvelles dans la rubrique élégamment intitulée Leucémie Aiguë Myéloïde (ne soyez pas surpris de la date, je place la note en fin... ou plutôt en début de blog), ici en haut à droite.

     

    24 heures sans pleurer... Je me paie même le luxe de vous offrir le message qui m'a le plus amusée jusqu'ici. Il émane de Jordane et il vaut son pesant de globules blancs je trouve :

     

    "Eh bah voilà, à pas nous écouter quand on te dit de regarder des séries américaines, tu vas rien comprendre à leur charabia, ma grande ! parce que dans la saison 3 de Grey's Anatomy, au niveau 13 ou 14, y'a une fille, elle a une leucémie... à moins que ce ne soit dans la saison 7 d'Urgence, épisode 4 avec Georges en gentil docteur...  ouais bah je sais pas, t'as qu'à tous te les faire, tu trouveras bien ;)"

  • MA SEMAINE AU CINEMA

    Pour retrouver mes avis, cliquez sur le titre des films.

    YOU WILL MEET A TALL DARK STRANGER de Woody Allen ****

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    LAISSE MOI ENTRER de Matt Reeves **

    (pas eu le temps et le courage de faire l'article mais c'est pas mal du tout...)

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    SANS QUEUE NI TÊTE de Jeanne Labrune **

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    TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT de Lisa Chodolenko *

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    AO, LE DERNIER NEANDERTAL de Jacques Malaterre °°

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    MES COUPS DE COEUR

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  • TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT de Lisa Chodolenko *

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    Nic, Jules, Joni et Laser (kiffez àdonf les prénoms, merci !) formeraient presque une famille Ricorée ordinaire avec soleil dès le petit déjeuner si les deux enfants de 18 et 15 ans n’avaient pour parents, non pas une, mais deux mamans. Imaginez un instant le cauchemar et revenons en au fait : Nic et Jules sont deux femmes qui s’aiment depuis 20 ans et ont eu deux enfants, une fille et garçon, par insémination artificielle. La semence provenant du même donneur. Il semble qu’avec l’avis du papa-bio, même 18 ans plus tard quand les moutards sont en âge de le faire, l’identité du mystérieux et généreux donateur puisse être révélée. C’est donc ce qui se passe lorsque Joni et Laser retrouvent donc sans difficulté la trace de leur « papa » qui accepte de les rencontrer. Le courant passe illico entre les trois avec plus ou moins de nuances et d'affinités. Les enfants vont avouer à leurs mamans cette cachotterie et elles vont à contre cœur accepter de recevoir l’éprouvette en se promettant de tout mettre en œuvre pour la faire fuir. Hélas (ou pas… on ne peut réellement se prononcer après avoir vu le film) les choses ne vont pas se passer tout à fait comme prévu et le papa va venir mettre une sacrée pagaïe dans le bon ordonnancement des choses.

    Tout cela est bien mignon mais je crois que le film qui parlerait d’une famille homoparentale, quel que soit le sexe des parents, reste à faire. Ici, les efforts sont louables pour nous prouver qu’un couple formé de deux personnes du même sexe ont exactement les mêmes attitudes, problèmes, façons de s’appeler «mon chou», «chérie» ou autres noms d’oiseaux, de se dire «c’est moi !!!» quand une d’entre elles entre, de veiller aux bonnes fréquentations des moutards, à la réussite des études etc… Mais pourquoi une famille fondée par deux personnes, filles ou garçons, du même sexe n’aurait-elle pas le « droit » d’être différente ou plutôt devrait absolument être identique aux autres ? Je n’ai pas compris cet acharnement.

    L’interprétation est certes nickel et pourtant je n’ai jamais été surprise, encore moins émue. Les enfants sont sages comme des images. L’homme de l’histoire, Mark Ruffalo, est macho juste ce qu’il faut mais pas trop, et se découvre une providentielle fibre paternelle. Julianne Moore est parfaite. Annette Bening est la seule à en faire des tonnes dans le registre lesbienne masculine (j’ai d’ailleurs toujours vu une actrice hétéro qui s’applique à jouer une homo). Et c’est finalement au garçon que revient la réplique la plus charmante et rigolote. A son « fils » qui lui demande pourquoi il a donné son sperme, il répond :

    « parce que c’est plus agréable que de donner son sang ! »

    Quant à la réalisatrice, elle ne sait comment se débarrasser de ce gêneur et achève son histoire à la fois dans la guimauve et la cruauté. Strange.

  • LAISSE MOI ENTRER de Matt Reeves **

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    Synopsis : Abby, une mystérieuse fille de 12 ans, vient d'emménager dans l'appartement à côté de celui où vit Owen. Lui est marginal, il vit seul avec sa mère, et est constamment martyrisé par les garçons de sa classe. Dans son isolement, il s'attache à sa nouvelle voisine qu'il trouve si différente des autres personnes qu'il connaît. Alors que l'arrivée d'Abby dans le quartier coïncide avec une série de meurtres inexplicables et de disparitions mystérieuses, Owen comprend que l'innocente jeune fille est un vampire.

  • YOU WILL MEET A TALL DARK STRANGER de Woody Allen ****

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    C'est à Londres que se situent les aventures à la fois quotidiennes, ordinaires et extraordinaires de 8 personnages dont les destinées vont se croiser,  converger ou s'éloigner. Un septuagénaire se réveille un matin terrifié à l’idée de mourir bientôt. Il quitte sa femme vieillissante pour une bimbo blonde et sans cervelle alors qu’une « cartomancienne » prédit à la délaissée qu’elle va rencontrer un sombre et bel inconnu… La fille de ce vieux couple perd les pédales, amoureuse de son patron qui ne la remarque pas, alors que son mari, écrivain raté se met à lorgner sur la fenêtre de l’appartement d’en face où une jolie fille en rouge, pas loin de convoler, joue de la guitare… 

    Des histoires de couples, d'amour, de sexe, de désir, d'ambition, de déceptions... des erreurs, des quiproquos, des malentendus, des infidélités, des injustices. Beaucoup d'incertitudes, de tergiversations, de lâcheté, de cruauté. Le tout enrobé, pimenté, entortillé, noyé dans un flot de paroles fiévreuses mais toujours d'une justesse et d'une utilité incontestables. Oui, les personnages de Woody parlent beaucoup. Ils s'expliquent, se justifient. C'est rythmé, nerveux, vigoureux, pétillant avec toujours, au bord de l'éclat de rire, cette inquiétude propre au petit bonhomme assez génial qu'est ce grand réalisateur. Dans cette frénésie de dialogues, de rebondissements en tout genre dont un ABSOLUMENT GENIAL, véritable pirouette inattendue qui concerne Josh Brolin l'écrivain et un de ses amis victime d'un accident... et cet autre où un mari (Josh Brolin encore) emménage chez une splendeur (la sublime Freida Pinto) qu'il a longuement observée depuis la fenêtre de son appartement et qui se retrouve à observer la femme qu'il a quittée (Naomi Watts) depuis son nouvel appartement. En un plan vraiment astucieux et magistral, sans effet ni parole cette fois, il nous démontre la bêtise des hommes (en tant qu'humanité) qui s'obstinent toujours à imaginer, que l’herbe verte ou la vraie vie est ailleurs... 

    Ce film lumineux, plein de drames, de folie, de douceur et d'humour est un grand grand cru qui m'a rappelé l'époque bénie des "Annie Hall" et "Manhattan", pas moins. C'est totalement euphorisant de voir qu'un réalisateur de cette trempe et de cet âge puisse encore innover tout en imprimant son incontestable et tellement reconnaissable virtuosité. Et beaucoup d'allégresse aussi, de délicatesse pour démasquer les failles et fêlures humaines et nous démontrer la vanité, la fragilité des illusions, des apparences. 

    Quant à la direction d'acteurs, elle est à l'image du reste, virtuose et irréprochable. Woody tire le meilleur de cette toute nouvelle troupe d'acteurs qui se montrent tous à la hauteur de l'honneur et du bonheur de travailler avec lui. L'inconnue Lucy Punch, véritable fantasme ambulant, tout en jambes, en cheveux, en minceur qui a comme son nom l'indique beaucoup de vigueur et de vitalité est LA révélation irrésistible de cette histoire pleine de bruit et de fureur, "much ado about nothing", "très dramatique et très comique", (comme nous le disait Woody en personne et en français en juillet dernier où il a fait l’ouverture du Festival Paris Cinéma) où il est également question de réincarnation et de vies antérieures... Mais grâce soit encore rendue à Woody de permettre à Anthony Hopkins de redevenir le merveilleux acteur qu'il a su être, sans excès ni cabotinage. 

    La musique qui accompagne, dès le générique, est comme toujours un régal permanent...

    Mon seul regret est que Woody s'estime désormais trop vieux pour s'accorder des rôles dans ses propres films. Mais sinon, bravo, bravo et encore bravo et une standing ovation !

     

    Si vous ne l'aviez pas vue en juillet, voici la petite vidéo que j'avait faite de Woody à la soirée.

  • SANS QUEUE NI TÊTE de Jeanne Labrune **

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    Xavier est psychanalyste, ses patients s’allongent, il les reçoit dans un temps limité, il se fait payer en liquide de préférence et se lave les mains entre chaque rendez-vous. Alice est prostituée, ses clients s’allongent, elle les reçoit chez elle dans un temps imparti, elle se fait payer en liquide exclusivement et prend une douche après chaque visite. Voilà le postulat de départ et tout ce qui commence par psy (chiatre, chologe et chanalyste) doit être ravi de voir son art comparer au « plus vieux métier du monde ». Mais je trouve que c’est davantage la pute qui fait office de psy que l’inverse. Cela dit, Alice et Xavier vont mal tous les deux et sont lassés de voir défiler chez eux une faune mal dans sa peau ou mal embouchée ! Lui quitte sa femme fatiguée de ne plus comprendre son mari jadis "si gentil" et elle souhaite entamer une analyse qui devrait selon elle lui permettre d’abandonner son métier.

    Bonne nouvelle, surtout pour moi, Isabelle Huppert en deux films est remontée dans mon estime car elle est formidable et une fois de plus c’est elle qui tient tout le film. L’excellent Bouli Lanners, certes déprimé comme son rôle l’exige est ici particulièrement éteint et laisse ainsi toute la place à sa partenaire, qu’elle occupe avec panache. Il faut le reconnaître, à Isabelle tout lui va et elle s’adapte avec assurance et conviction à chacun des styles que ses clients pervers ou un peu dérangés lui imposent. Qu’elle soit en fillette qui aime les sucettes (même si elle reconnaît elle-même en se regardant dans le miroir affublée de son costume d’écolière que « ça commence à être limite »), en ménagère des années cinquante à bigoudis, en chienne SM ou en bourgeoise élégante, elle est incontestable.

    C’est donc pour elle et rien qu’elle que ce film vaut le déplacement. Car il faut reconnaître que la réalisatrice n’exploite pas du tout sa bonne idée de départ et que la rencontre des deux n’a jamais vraiment lieu. Dans le cabinet du psy nous ne verrons que des caricatures de « malades », un dépressif mal rasé qui se réjouit que son psy aille mal et un travesti un rien provoc' ! Et puis de quel droit le psy se permet-il de juger la prostituée ?

    Quant à la résolution finale miraculeusement idyllique, elle laisse vraiment un arrière goût de bâclage.

    Pour Isabelle donc, de pratiquement tous les plans et à son meilleur !

  • PEAU D'ÂME de Benoît Gautier

    ce très prolifique garçon qui se cache mal derrière sa main

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    a écrit et mis en scène ce "conte pour adulte influencé par Charles Perrault". Si vous, chanceux parisiens n'êtes pas intrigués, je ne peux rien pour vous.

     

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    affiche créée par Gilbert Zalc.

    Arrivé au seuil du royaume de la nuit, le Garçon doré doit raconter sa vie parce que c’est la règle avant de mourir. Après un séjour de 15 mois dans le ventre de sa mère où il découvre et dévore les contes de fées, le héros arrive au monde dans un milieu hostile où il n’est pas aimé. Pour échapper à la réalité, il s’invente un univers où les personnages des contes se mêlent aux figures de son entourage…

    Cette pièce sera jouée les 18 et 19 octobre à 19 h et le 20 octobre à 17 et 19 h au

    CENTRE CULTUREL CANADIEN

    5 rue de Constantine

    75007 PARIS

    Précipitez-vous donc pour réserver au 09 52 66 19 59  ou sur bafduska@free.fr

    et venez me raconter ensuite car je ne pourrai y être.

    Et pour achever de vous donner envie, lisez ceci :

    "Mieux vaut rêver sa vie que ne pas vivre du tout.  Comment accepter la vie lorsqu’elle ne correspond pas à ses rêves ? Comment ne pas être tenté de réinventer son existence pour ne pas sombrer ? N’est-ce pas là la seule solution pour survivre ? Pour sauver sa peau et son âme ?… Avec un humour noir et rouge sang, Peau d’âMe évoque ce mal de vivre à travers le miroir déformant de la mémoire, le trauma des psychodrames enfouis dans les souvenirs. Cette lecture spectacle à deux voix en franco-québécois s’empare de certaines figures de l’univers de Charles Perrault, transferts féeriques auxquels s’accrochent le personnage du Garçon Doré pour échapper à une réalité trop hostile, trop rude. Dans ce conte destiné aux adolescents et aux adultes, le héros tue psychanalytiquement les siens en se prenant pour le Petit Poucet, la peau de l’âne dépecé, le Chaperon Rouge devenue Madame Claude, le grand méchant loup travesti ou encore la dernière victime de Barbe-Bleue le psychopathe. 

    Cette histoire jouée par Sylvain Savard et Nadine Girard fait appel à notre cœur d’enfant. Souvenez-vous… Ne battait-il pas plus fort à l’heure de l’histoire que vous racontait un aîné avant la plongée dans l’inconnu du sommeil, véritable « petite mort » ? Un décor aux allures de séance de spiritisme s’est imposé à mes yeux pour abriter ce texte qui se raconte comme une longue confidence. Un éclairage bleu nuit et rouge sang, deux tables incandescentes, une forêt de flammes et de grands yeux peints en turquoise sur les paupières des comédiens plongent le spectateur dans le dédale d’un labyrinthe mystérieux plein de rebondissements. Ce récit doit beaucoup au cinéma. Il rend hommage à Jean Cocteau, Jacques Prévert, François Truffaut. Rappelle dans sa forme déstructurée La Ronde et Lola Montes de Max Ophuls. Fait un clin d’œil aux rêves mêlés à la réalité dans Juliette des Esprits de Federico Fellini. Quant à l’interprétation éclatée des contes de fées, elle sourit bien sûr à Jacques Demy. Enfin, Peau d’âMe est ponctué de plages musicales classico-popélectro qui amplifie l’étrange et le romanesque des situations grâce à Danny Elfman, Michel Legrand, Angelo Badalamenti, Craig Amstrong, Tom Waits, Lewis Furey, Alex Beaupain, Journeyman… Tous composent, au propre comme au figuré, une bande des plus originales."

    Benoit Gautier 

    Cette pièce est interprétée par Nadine Girard et Sylvain Savard.

  • AO LE DERNIER NEANDERTAL de Jacques Malaterre °°

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    Il y a très très très longtemps l'homme de Néandertal notre père à tous, coulait des jours heureux avec sa tribu de mochtrons vêtus de peaux de bêtes. Ils se reproduisaient dans la joie et la bonne humeur et accouchaient en poussant des cris zarbis. De temps en temps, un ours blanc venait les taquiner, leur arrachait un oeil mais ce n'était rien en comparaison de ce dont étaient capables les sapiens qui tuaient pour le plaisir. Ils zigouillaient même des presque semblables à eux je vous ferai dire !

    Il faut que je vous conte l'histoire d'Ao, l'affreux aux grosses arcades et au nez démesuré, moche comme un poux. Ao avait un frère jumeau (tout pareil à lui mais en brun, car Ao a la dreadlok blonde). Oa (bravo les parents) il s'appellait le frangin. Mais en ces temps difficiles et frileux, la vie était difficile et frileuse. Et du coup, les néandertaliens entre eux s'échangeaient de la bectance ou des trucs qui servent à rien comme les enfants. La paire de deux fut donc séparée et en fut fort chagrine.

    Ao vivait dans une autre tribu qui s'est fait zigouiller par on ne sait pas qui alors il est parti sur les chemins, de bon matin, décidé à traverser les grandes étendues neigeuses de Sibérie pour rejoindre les grottes de Lascaux. Et il l'a fait. Et tout ça, à pinceaux ! Chapeau bas. Pendant tout le film (une interminable heure et 24 minutes...) il poussera des grognements et criera Oa, Oa (ça veut dire "reviens mon frère, je suis trop triste sans toi... surtout qu'on m'a tué ma femme, mon bébé et tout le reste de ma bande !") en jouant de la flûte de pan, tandit qu'Oa (le frère d'Ao) lui apparaîtra en visions, en train de taper sur des bambous parce qu'il est numéro un.

    En route, il croise un groupe d'indiens décorés, très fins, avec des plumes dans les cheveux qui en fait est une espèce pleine de barbarie. Ils sont très jolis mais sanguinaires et ils tuent comme ça pour rigouler ! Ao est fait prisonnier mais arrive à s'échapper en balançant un essaim d'abeilles sur la tribu. Une autre prisonnière enceinte jusqu'aux dents du fond le suit et quand elle accouche, Ao est persuadé qu'il s'agit de son bébé assassiné qui est revenu (l'est un peu con l'Ao !) et il arrête pas de vouloir le piquer à la fille qui s'appelle... qui s'appelle... zut, j'ai oublié comment elle s'appelle. Elle trouve qu'Ao est vraiment moche et il lui fait peur. Elle se dit "mais comment qu'on peut être aussi moche ?". Franchement elle s'est pas vue avec ses pustules sur le front et dans le dos ???  Mais quand Ao attrape la fièvre, elle le soigne avec du caca qu'elle lui met sur le front et il arrête de saigner du nez. Du coup, quand il arrête de faire la fièvre délirante il veut la remercier en lui en mettant un ptit coup comme ça en passant. Elle veut pas la fille. Elle veut pas se mélanger avec un mochtron comme lui. Alors il se vexe et il lui dit "crève, t'as qu'à te débrouiller toute seule, m'en fous, na, tiens, je me la mets sur l'oreille, je la fumerai plus tard, non mais qu'est-ce qu'elle croit celle là qu'elle est la seule sur terre !!! Ah oui, merde c'est vrai, on est plus que nous deux, poursuivis par des méchants indiens, mais que fait la cavalerie... ah ben oui j'ai jeté ma flûte, je peux pas sonner la charge de la brigade légère, tant pis, je me casse... OA OA OA qu'il dit".

    Mais la fille finalement, elle s'ennuie sans Ao, il était fendard quand même comme cheum. Alors elle va le rechercher, lui donne une épée, lui dit qu'elle veut bien partager son babe avec lui et quand il pleut ils se mélangent en disant "oui oui oui... non... oh si... comme ça... oui oui oui...!!!". Et du coup, elle a un gros ventre.

    Bon, le film d'un coup se termine et on nous dit qu'Ao a disparu de la circulation par un beau matin neigeux mais personne ne sait comment ! Et là, franchement, tu te dis "ça me fait une belle jambe !!!".

    Non, mais c'est quoi ce machin ??? Non seulement le réalisateur se prend très très au sérieux (faut entendre le ton docte de la voix off !!!)... mais en plus, il prend le spectateur pour un cro-magnon et explique en voix off tout ce qui se passe sur l'écran. Et encore faut voir comment. Moi quand j'entends des phrases telle que "mais pourquoi me repoussent-ils ? Ils ne savent pas qu'il faut accepter les différences chez l'autre ???". J'ai envie d'hurler. Mais j'ai décidé de rigoler dans mon dedans et d'attendre la fin sagement, patiemment ! Et tout est du même tonneau ! Les moches sont en fait des gentils écolos, qui ne tuent que pour manger et communient avec la nature... Tandis que les jolis sont des intolérants belliqueux.

    Bon d'accord, c'était ma première comédie sentimentale préhistorique... Peut-être que j'ai pas encore bien l'habitude mais les étendues désertiques neigeuses ressemblaient à la piste noire de la Bresse dans les Vosges et pour les scènes de forêt d'été, je suis sûre que ça a été tourné dans le Parcours d'Erstein dans la forêt du Krittwald. Il ne manque que les panneaux indicateurs : à votre gauche vous pouvez admirer un magnifique Chêne pédonculé ou quercus peduncalata (celui dont le gland a un pédoncule)... Quant aux maquillages, alors là, non mais MDR, scusez Monsieur Malaterre, c'est pas que je veux me moquer... d'ailleurs je ne dirai rien sur les maquillages, il suffit de regarder les photos. Quant au charmant coiffé/décoiffé de madame Sapiens, là, respect, d'ailleurs c'est pas dur, je veux le même pour Noël.