13.04.2012
TWIXT de Francis Ford Coppola ***(*)



Hall Baltimore débarque à Swann Valley petite ville paumée des Etats-Unis pour une séance de dédicaces de son dernier roman. Le centre ville peu dynamique ne compte que quelques commerces et la librairie se trouve à l'intérieur de la quincaillerie. Personne ne connaît l'écrivain qui s'apprête à remballer, lorsqu'il fait la connaissance de l'étrange shérif du coin aux velléités d'écrivain, Bobby LaGrange. Il l'emmène à la morgue où repose le cadavre d'une jeune fille, un pieu planté dans le coeur. Ce n'est pas la seule singularité de l'endroit que Hall va découvrir. Un hôtel à l'abandon en pleins bois et où aurait séjourné Edgar Allan Poe a été le lieu d'un massacre d'enfants, des jeunes gens à l'allure gothique campent au bord d'un étang proche à la grande désapprobation des habitants, un beffroi et son horloge aux sept cadrans qui s'obstinent à proposer 7 heures différentes... C'est inespéré pour un écrivain en panne d'inspiration. Cette nuit là, Hall s'endort comme toujours dans les vapeurs de whisky qu'il consomme en grande quantité et fait un rêve qui va le poursuivre jusque dans ses moments de veille. Il y rencontre V., mystérieuse jeune fille à l'étrange dentition, ainsi que l'écrivain Edgar Poe. Tous deux vont l'aider à y voir plus clair dans les meurtres perpétrés dans le passé et celui d'aujourd'hui, et lui donner la matière à l'écriture d'un nouveau roman. Il va aussi ressasser le sentiment de culpabilité qui le ronge depuis la mort de sa fille qu'il se reproche de n'avoir pas sauvée...
Et tout ce bazar foutraque et fourre-tout mais finalement justifié donne l'occasion à Francis Ford Coppola de laisser libre court à son imagination et à sa création. Quoi de mieux, de plus idéal qu'un rêve pour s'échapper sans mesure dans l'imaginaire, le merveilleux, le surnaturel ? Comment faire se côtoyer un écrivain accablé d'un deuil impossible, Edgar Allan Poe, une petite vampire, un tueur d'enfants perdus, une communauté de motards dont le charismatique chef (le charismatique Alden Ehrenreich) récite du Baudelaire en VO dans le texte ? Un rêve devient l'écrin radical d'une fantasmagorie qui prend racine dans le réel et permet au réalisateur de pleurer son enfant mort. Mais pour retomber sur ses pattes à la fin sans décevoir, il faut sans doute s'appeler Francis Ford Coppola. Il semble que le réalisateur n'ait plus rien à faire qu'à donner des leçons de cinéma. Ici encore le sublime côtoie le parfait. Ce film est d'une beauté formelle insensée. On aimerait s'arrêter sur chaque plan pour le savourer suffisamment avant de passer au suivant, se rassasier de chaque image pour ne plus l'oublier, apprécier ce noir et blanc superbe éclairé de quelques lumières, flotter avec les personnages dans les brumes insaisissables de la forêt, admirer le ciel étoilé traversé par la flèche du beffroi, profiter des acteurs qui s'abandonnent au rêve parce que c'est celui de Coppola.
J'avais aimé Tetro, adoré sans retenue l'injustement boudé Homme sans âge, je crois que j'aime Francis Ford Coppola. Point.
08:00 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : twixt de francis ford coppola, val kilmer, bruce dern, elle fanning
07.01.2011
SOMEWHERE de Sofia Coppola ****




Une voiture tourne à vive allure sur un circuit désert. Au bout de quatre tours un homme sort de la voiture, hirsute, mal sapé, mal rasé et c'est ainsi que l'on fait connaissance avec Johnny Marco, acteur star qui tourne en rond, se repose ou s'ennuie à l'hôtel du Château Marmont à Los Angeles. L'endroit, construit sur le modèle du chateau français d'Amboise date de 1929 et la déco semble ne pas avoir connu de rafraîchissement depuis l'origine tant tout semble décrépi et vieillot. L'hôtel est cependant devenu mythique car il continue d'accueillir et ce, depuis des décennies des générations de stars qui marquent leur passage de leurs frasques.
Johnny Marco vient de terminer un tournage. Il ne fait qu'attendre et suit à la lettre les instructions que lui donne son agent au jour le jour pour la promotion du film. Toujours une bouteille de bière ou un verre d'alcool à la main il trompe son ennui et son désoeuvrement en participant à des beuveries, des pseudo fêtes où le vin est triste et la chair pas mieux. Au cours d'une de ces soirées, il se casse le poignet, banal événement. Il alterne les réjouissances entre conquêtes faciles de filles aussi désoeuvrées que lui dont il oublie le prénom même en pleine action... qui s'offrent puis disparaissent et séances de lap-dance pathétiques devant lesquelles il s'endort parfois. Il est convoqué à une conférence de presse lamentable au cours de laquelle il ne trouve rien à dire et ne comprend même pas les questions.
Il faut un grand talent pour parler de l'ennui, le rendre palpable et le faire partager sans endormir ou rebuter. C'est ce que réussit Sofia Coppola en nous dévoilant le quotidien d'un homme qui selon l'épouvantable formule "a tout" mais qui en réalité n'a rien. Se réveiller chaque matin plus seul que la veille, faire semblant, faire des sourires, briller sous les flashes voilà un peu l'envers du décor et la face cachée des dorures hollywoodiennes. De longs plans fixes en scènes en temps réel, la réalisatrice capture le vide et s'empare du temps et du coup propose un cinéma aux antipodes des productions actuelles où la frénésie des images devient la norme. Prendre son temps, vivre au rythme du personnage principal, l'observer, lambiner et s'abandonner avec lui à ce tempo singulièrement lent est l'un des attraits et atouts majeurs de ce film mais pas uniquement. Alors qu'on hésite à décider si le personnage de Johnny Marco qui semble dénuer d'enthousiasme et d'intérêt pour quoi que ce soit est dépressif, mauvais acteur qui prend conscience de sa médiocrité ou simplement un sale gosse trop gâté, un événement inattendu va survenir.
Un matin une petite poulette de 11 ans débarque. C'est Cleo sa fille qui est confiée pour quelques jours à Johnny par son ex femme. Lors d'une scène MAGNIFIQUE, il emmène la petite à son entraînement de patinage artistique. D'abord plus préoccupé à répondre aux SMS qui lui arrivent, il commence peu à peu à relever la tête et découvre entre autre que sa fille est une virtuose sur la piste mais aussi qu'il a oublié de s'intéresser à elle et que finalement peut-être il "possède" quelque chose d'insoupçonnable, d'inespéré. Dès lors, le film bascule vers la chronique douce et rayonnante d'un père et d'une fille encore petite qui font enfin connaissance. Et sans même chercher à savoir ou décrypter la part autobiographique de l'histoire, c'est simplement beau, bouleversant, extrêment délicat. Quelque chose comme la sincérité, l'abandon, le naturel, l'innocence voire la pureté se met à plâner sur le film et dès lors l'émotion l'emporte. Le coeur palpite tout comme il se met à battre à l'unisson entre le père et la fille, complices, complémentaires, en harmonie. Les regards qu'ils portent l'un sur l'autre sont suffisamment éloquents pour éviter tout commentaire et d'ailleurs les dialogues sont réduits au minimum. Être sur la même longueur d'ondes se passe de discours.
Au-delà des personnages, l'osmose et la complicité des deux acteurs achèvent le petit miracle qui se produit à l'écran. Elle Fanning aurait pu n'être qu'une petite peste hollywoodienne quand on la voit bouger les cheveux, marcher dans l'aéroport ou éviter les regards sur tapis rouge. Mais ses attitudes de future star évanescente collent parfaitement au personnage de fille de star qu'elle est dans le film. Les traces d'enfance, d'insouciance qui demeurent chez elle et son irrésistible sourire la rendent absolument craquante. Quant à Stephen Dorff, acteur jusque là transparent, il imprime l'indolence et la lassitude qui conviennent parfaitement à ce Johnny Marco, star chouchoutée, habitué à être dorloté, materné, qui semble ne plus rien avoir à désirer, qui peut emmener sa fille en colo à bord d'un hélicoptère, qui peut faire un aller retour Los Angeles/Milan sans avoir jamais rien à organiser. Il aurait pu être également un personnage tête à claques tant il vit sur une autre planète loin de toute contrainte mais son visage encore juvénile et son look très Kurt Cobain font qu'on ne doute à aucun moment qu'il soit rester un grand enfant gâté. Par ailleurs, autre prouesse, la douceur et la sensibilité de l'acteur ne le rendent à aucun moment antipathique. La cohabitation avec "sa fille" va t'elle le faire évoluer vers l'âge adulte ? ou pire...
La dernière scène, la toute dernière image, si elle n'est pas du niveau chavirant de celle de "Lost in translation" (mais pas loin...) laisse néanmoins le spectateur complètement sur le carreau...
13:55 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : somewhere, sofia coppola, elle fanning, stephen dorff, cinéma
