20.11.2011

NUIT BLANCHE de Frédéric Jardin **(*)

Nuit blanche : photoNuit blanche : photoNuit blanche : photo

Lancé à toutes berzingues dans les rues encore ensommeillées de Paris un véhicule avec deux hommes cagoulés à bord en intercepte un autre. Les deux hommes cagoulés s'emparent d'un sac rempli de cocaïne ce qui ne plaît pas aux deux autres qui réagissent violemment. Un homme est tué et l'on découvre stupéfaits que les deux premiers Vincent et Manuel, sont de la famille "poulaga". Le sac appartient à un truand notoire Marciano, propriétaire d'une boîte de nuit, qui a promis la came à un autre margoulin répondant au doux nom de Feydek (Joey Starr) et accompagné d'un turc à l'estomac fragile (Birol Ülnel, impayable !). Tout ce joli monde ripou jusqu'au fond des yeux et chargé comme des mules se trouve donc super véner et Marciano, incapable de récupérer son bien, décide de commettre un méfait en tout point dégueulasse dont je ne vous laisse la surprise de la découverte !

Démarré sur les chapeaux de roues, ce film sera finalement un huis clos tourné pratiquement dans un endroit unique : la boîte de nuit.  Et l'on peut dire que le réalisateur n'a pas choisi la facilité car cette nuit blanche est à n'en pas douter un samedi soir et la boîte est pleine comme un oeuf. Le sac compromettant va passer d'un endroit à l'autre, truands et flics vont se croiser, tenter d'échapper les uns aux autres, tout cela sur un rythme trépidant qui va laisser peu de répit à Vincent (Tomer Sisley, parfait, increvable) et aux spectateurs éreintés.

Quelques morceaux de bravoure vont égayer cette chasse au trésor survitaminée dont notamment une bagarre entre Vincent/Tomer et Lacombe/Julien Boisselier (crispant, crispé, plus que parfait en méchant ripou jusqu'à l'os, prêt à tout, à vraiment tout !) dans les cuisines du restaurant de la boîte. Très peu d'humour, beaucoup d'action et de violence et des acteurs visiblement ravis de jouer à fond leur carte bad boy. Joey Starr repasse de l'autre côté de la force obscure en jouant un truand, mais là où il aurait pu en faire des tonnes, il se contente d'une sobriété vraiment bienvenue, convaincu comme nous que sa seule présence et son impressionnante carrure suffisent à provoquer l'inquiétude !

16.03.2011

JIMMY RIVIERE de Teddy Lussi-Modeste ****

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Jimmy est Gitan. Il vit dans son camion vaguement aménagé d'un lit, non loin des caravanes de sa mère et de sa "soeur d'amour" mariée sans amour. Par contre Jimmy aime d'amour sa Sonia musulmane qui le lui rend ardemment. Il est passionné de boxe Thaï. Sa conversion au pentecôtisme, une branche bien sectaire du protestantisme le contraint à renier ses deux passions, la boxe et Sonia. Car les pentecôtistes croient que le baptême par immersion totale et le désir ardent de marcher auprès de Jésus-Le-Sauveur-qui-pardonne rachètent les péchés passés. Pour devenir un homme meilleur, il faut renoncer à la violence, au désir, et gueuler comme un veau "amen, mon frère" en secouant la tête. Jimmy s'applique. Jimmy y croit mais il a un mal de chien à mettre en accord sa volonté et ses actes. Son entraîneuse (Béatrice Dalle, pas à l'aise dans le rôle mais intense comme toujours) ne cesse de lui rappeler qu'il aurait de beaux combats à mener. Son amoureuse le houspille, le relance, se jette à ses pieds, à son cou, ne comprend pas en quoi la foi doit le faire rompre avec tout ce qu'il a aimé. Elle n'a de toute façon pas l'intention de se laisser abandonner pour Jésus. Et le pasteur, personnage essentiel de la communauté le manipule, cherche à le culpabiliser. Même si Jimmy croit sincèrement que son salut passe par le renoncement, cela relève davantage du sacrifie pour lui, il n'est pas prêt. Alors Jimmy doute, Jimmy hésite, Jimmy boit, Jimmy a les nerfs ! Comment ne pas trahir les siens, sa foi, son intense et impatient désir d'être un homme meilleur ?

Après une étonnante et magnifique scène d'ouverture très "Gus Van-Santienne" où l'on découvre Jimmy de dos au ralenti sur une sublime musique planante qui chavire, on ne va plus le lâcher d'une semelle et ce sera bon. Teddy Lussi-Modeste, dont c'est le premier film (quelle maîtrise !!!) ne va pas tant nous parler de la communauté gitane que du parcours singulier d'un garçon qui pense qu'il suffit d'une cérémonie de purification pour se sentir un homme meilleur. Pourtant en une seule et édifiante courte scène qui sent le vécu il aborde les difficultés des "voyageurs" à s'intégrer et à toujours être considérés comme ceux qu'il faut craindre. 

La voie du salut n'est pas si aisée à emprunter et Jésus, son Père et tous les Saints Esprits ont parfois du mal à admettre en leur sein l'indécis. La Sainte Trinité ne se laisse pas approcher sans soufffrance et Jimmy parfois rongé, parfois illuminé se perdra un peu puis décidera, même si l'idéal d'un monde rêvé serait de pouvoir concilier foi et amour(s).

Le film est dédié à "tous les voyageurs" mais ils sont ici étrangement sédentaires et c'est évidemment au voyage intérieur de Jimmy auquel on assiste. Cela donne naissance à un film en tous points atypique, à la fois mystique et totalement ancré les pieds sur terre. On plane souvent, porté par la démarche chaloupée de Jimmy, le petit dur à cuire persuadé être touché par la grâce. Sa sincérité et sa volonté n'ont d'égales que ces incertitudes. Il faut dire qu'il est malmené Jimmy. Son amoureuse Hafsia Herzi, combattive, hargneuse, naturellement sauvage ou sauvagement naturelle, n'entend pas céder sa place. Cette fille a l'air de se foutre éperdument qu'il y ait une caméra, elle fonce, s'offre, exige. Toujours au bord de l'explosion, elle semble constamment réagir à chaud dans l'improvisation, elle invente des mots comme lorsque Jimmy lui explique qu'il ne pourra l'épouser car sa nouvelle religion impose que sa future soit vierge : "t'as la mémoire courte, c'est toi qui m'a déviergée !" rugit-elle. Il est vrai que les pauvres arguments de Jimmy font long feu devant cette fille amoureuse et pleine de bon sens qui ne comprend pas que du jour au lendemain elle soit repoussée. Et puis il y a le pasteur, imposant, charismatique, chaleureux, impressionnant voire inquiétant. Il faut dire que c'est le magnifique Serge Riaboukine qui lui prête sa carrure, sa carcasse, son regard qui poignarde et sa voix superbe, tantôt voluptueuse et la seconde suivante tonitruante.

Et Jimmy enfin ! Jimmy c'est Guillaume Gouix dont certaine prétend (et on ne peut lui donner tort) qu'il faut répéter son nom à l'envi comme un mantra. Il faut dire que cet acteur, abonné jusque là aux seconds rôles, offre ici une performance animale d'une grande subtilité. Il parvenait déjà dans le récent et formidable "Poupoupidou" et dans un second rôle de flic homosexuel (à des années lumière de ce rôle donc, preuve de son immense talent) à piquer imperceptiblement la vedette à tous ceux qu'il approchait. Il est heureux qu'enfin il ait un premier rôle qu'il endosse ici avec une présence somptueuse, brute et charnelle. Il est urgent qu'à présent tous les réalisateurs se l'arrachent et nous l'offrent en pâture, nous en ferons bon usage et il ne demande que ça. Depuis Tahar Rahim, il n'y avait pas eu de plus belle découverte...

Ecoutez, regardez... 

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