03/05/2013

UPSIDE DOWN de Juan Solanas °°°

Upside Down : Affiche Jim Sturgess, Kirsten Dunst

Je sais, je DOIS vous parler de Mud et vous pouvez d'ores et déjà vous précipiter pour le voir. Mais avant, comme je me sens parfois un peu responsable de votre argent de poche, je tiens à vous mettre en garde contre cet Up Side Down ! En effet, nous ne sommes qu'en mai et déjà je crois tenir MON navet de l'année. Je me demande comment il serait possible d'atteindre ce degré de nullitude et de mochitude. Par contre si vous êtes l'heureux  détenteur d'une quelconque carte illimitée vous pouvez toujours aller perdre deux heures de votre précieuse vie pour évaluer l'étendue de l'horreur !

Qu'en est-il donc ? Et bien la terre a été détruite, ou presque, encore. La guerre, le pétrole tout ça. Une voix off miello-dépressive nous explique qu'il y a désormais deux mondes : çui d'en bas (les pauvres, sales, puants qui travaillent), çui d'en haut (les riches, beaux, blonds, pleins aux as, qui... travaillent aussi !). Quand on passe d'un monde à l'autre, on voit pas la différence à l'oeil nu : c'est moche ! Un peu comme si la pelloche de 300 hou ha avait été repeinte en marron caca chiasseux. La voix off du début est tellement anémiée qu'on ne comprend rien du tout de toute façon. En bas, chez les moches qui puent vit un petit garçon orphelin Adam. Sa tata lui fait des crêpes volantes et rose. C'est moche et il aime ça. Sa tata est une fée. Mais moche. On est en bas.

Adam est comme il se doit un garçon solitaire astucieux et en levant la tête il aperçoit Eden (lol les prénoms non ? Pourtant les serpents c'est dans Mud qu'on les trouve)... Et leurs mutchachus Caïn et Abel tant qu'on y est... mais je vais trop vite, je m'emballe !). Ils se font coucou tête bêche (je déteste cette expression mais elle va bien avec le film) et par un astucieux système de cordages ils se retrouvent en haut de la montagne et quand ils sont ados, ils se roulent des pelles car l'up side down kiss c'est un peu la spécialité de Kirsten Dunst ! Mais un jour cette couille d'Adam lâche la corde et Eden tombe par terre, la faute à Voltaire et ya du sang qui coule.

10 ans passent.

Adam travaille dans un atelier pourrave avec un gros noir boîteux et un moche jeune et barbu. Il est en train d'inventer une crème anti-rides, redensifiante anti-âge qui repulpe et remodèle le visage. Il se fait embaucher par la très très grosse entreprise d'en haut (j'ai oublié le nom) mais garde la tête en bas quand même. A la télé il voit une belle fille avec une belle peau, des belles dents et une chevelure belle color blond lumière. C'est elle. Eden. Grâce au gros noir qui boîte il rejoint le monde d'en haut (interdit aux pauvres sinon c'est la pendaison direct) en mettant du plomb dans ses bottines mais au bout d'une heure ça chauffe et ses pieds crament, il doit vite redescendre... enfin, remonter mais à l'envers. Eden est devenue amnésique à cause de sa chute sur la tête. Pendant trente trois secondes, elle ne se souvient pas d'Adam et puis elle s'en souvient. C'est cool.

Et là, j'ai dû cligner des yeux parce que même pas ils couchent et elle attend des jumeaux qui vont sauver le monde... parce que dans le liquide amniotique les bébés ils flottent tous égaux entre eux non ? Simple.

Je ne m'éternise pas. C'est laid... mais d'une laideur peu commune. C'est bête, simplet, mal bidouillé avec une bonne idée de départ totalement dissoute dans une storiette d'amour dont on se fout comme de son premier patin, des personnages dont on n'a que faire. Mais le miracle c'est que Jim Sturgess (cte pauvre Adam !!!) parvient à ne pas être ridicule malgré la pauvreté de son rôle. Quant à Kirsten Dunst (cte pauvre Eden), elle n'a pas grand chose à faire que de jolis sourires Ultra Brite et boire des coups à l'envers ou danser le tango argentin... une parmi d'autres des étrangetés sans signification ni justification de ce film fatigant à regarder par sa laideur et le fait que la moitié des acteurs ont la tête en bas ! Et je ne vous parle pas de la BO new-âge volatile et éphémère ! Non, je ne vous en parle pas.

10/08/2011

MELANCHOLIA de Lars Von Trier *****

MELANCHOLIA de Lars Von Trier , charlotte gainsbourg, kirsten dunst, kieffer sutherland, dinémaMELANCHOLIA de Lars Von Trier , charlotte gainsbourg, kirsten dunst, kieffer sutherland, dinémaMELANCHOLIA de Lars Von Trier , charlotte gainsbourg, kirsten dunst, kieffer sutherland, dinéma

A cinq jours de la fin du monde, Justine et Michael se marient. Claire, la soeur de Justine, a organisé pour cette occasion une luxueuse et très solennelle réception dans la somptueuse demeure/chateau qu'elle partage avec son mari astronome et son fils Léo. Malgré le faste et l'ostentation, ce ne sont pas les bonnes manières et l'éducation qui étouffent les invités. Des comptes seront réglés et du linge sale lavé en famille. Entre autre, mais pas que... comme on dit. Claire en apparence solide, équilibrée, couve, materne et protège sa petite soeur la blonde, diaphane, douce et fragile Justine. Parfois néanmoins elle la secoue un peu, mais pas trop. Cependant, en ce jour programmé pour le bonheur, Justine fait des efforts démesurés pour sourire, s'amuser et afficher l'image idéale qu'on attend d'une mariée. Mais Justine est atteinte d'un mal sournois et invisible à l'oeil nu. Elle souffre d'une profonde dépression. On peut dire qu'elle est une maniaco-dépressive, une bipolaire... mais avant Freud, l'état de Justine portait un tout autre nom : la mélancolie. Et c'est justement la planète Melancholia qui s'approche à toute vitesse de la Terre et risque de la heurter. Alors que Claire si forte jusque là panique à l'idée de tout perdre et notamment la vie, Justine s'apaise progressivement...

Que dire et comment le dire ? Je crois qu'il faudra plusieurs visions de ce film qui est une splendeur visuelle, un émerveillement perpétuel, un gouffre d'angoisse, un paroxysme d'émotion, tant il est riche, complexe, évident. Les premières images le résument en quelque sorte. Un plan fixe sur un visage vide, ravagé de chagrin ou de néant, un cheval qui s'affaisse, une mariée freinée dans sa course par des liens qui l'entravent, une maman à bout de souffle qui porte son enfant... le tout au ralenti au son du Prélude de Tristan et Ysolde de Richard Wagner d'un romantisme fébrile, et les deux planètes qui se tournent autour. Je ne sais s'il a encore jamais été donné de voir au cinéma des images aussi belles, aussi pures, aussi parfaites. C'est renversant, c'est sublime. On est subjugué par tant de beauté, de couleurs, d'inventivité. L'ouverture du film se vit en apnée, tout comme la fin, apothéose d'émotion. Je pourrais m'arrêter là, je sais que déjà vous avez envie de vous précipiter pour voir cette féerie démentielle...

Comme parfois chez Lars Von Trier, le film est chapitré. Le premier est consacré au mariage de Justine qui après avoir fait face au monde, à l'agitation, après avoir un peu dansé, sombre à nouveau au plus profond de son spleen. Le réalisateur observe Justine et les invités, il passe de l'un à l'autre, saisit des répliques, balance les discours du père vieux séducteur irrécupérable, de la mère cynique et monstrueuse. Les deux parents accableront leur fille ; le premier en l'appelant Betty et pas Justine, la seconde en la laissant seule avec ses peurs. A ce titre John Hurt et Charlotte Rampling, pathétiques, se livrent à un grand numéro. Alors que sa fille la supplie de la réconforter, la mère dit : "tout le monde a peur, dégage", parle t'elle de la vie en général ou de la future collision ? On ne le sait pas. Est-ce l'imminence de la fin du monde qui fait que des choses sont dites ou faites ? La façon dont Justine va littéralement congédier son patron est également une scène admirable. C'est un peu le privilège des dépressifs qui ont perdu tout goût de vivre et n'ont plus rien à perdre de dire clairement ce qu'ils ressentent. Mais Justine est malade, profondément. Lorsque sa soeur la recueille alors qu'elle a atteint le point où même ouvrir une porte est devenu un obstacle infranchissable où les aliments ont tous un goût de terre, où se laver ne fait plus partie du quotidien, une scène déchirante serre le coeur dans un étau : Claire essaie d'aider Justine à entrer dans une baignoire. Elle la soutient, la porte presque. Mais l'épuisement de Justine est tel qu'elle ne peut même soulever une jambe. Alors Claire, persuadée d'avoir progressé en arrivant au moins à la salle de bains dit doucement : "ce n'est pas grave, on s'est entraînées pour demain". ça n'a l'air de rien écrit comme cela, à l'écran cela donne une scène affolante d'émotion. Jamais la dépression n'a sans doute été aussi bien représentée au cinéma je crois. Il y a cette attitude incompréhensible pour tous de la personne qui a "tout pour être heureuse" et qui s'enlise chaque jour un peu plus. Et autour d'elle, ceux qui renoncent et ceux qui comme Claire supportent au sens le plus noble. Et pourtant Claire parfois soupire en sourdine : "parfois je te déteste tellement !" Le réalisateur parvient à saisir toute la force, l'ambiguïté, l'alternance de concessions, de connivence mais aussi de rejet de cette relation étrange qui peut exister entre soeurs, comme si l'on ne pouvait être une qu'en étant deux.

Le second chapitre s'attarde sur Claire qui s'affole, s'angoisse et s'agite à l'idée de voir cette énorme planète lui prendre tout ce qu'elle a. Son fils surtout qui a inventé un astucieux instrument qui permet de voir à l'oeil nu, sans télescope si la planète progresse. Scènes admirables entre toutes également où Claire tente de se rassurer en utilisant cet appareil fait d'une tige de bois et d'un morceau de métal. Et puis, elle a son mari (Kieffer Sutherland très très très bien !), physicien ou astronome, scientifique en tout cas, qui la rassure "Melancholia va s'approcher c'est certain, mais va contourner la terre". Il protège, rassure, garde son calme pour finalement avoir le comportement le plus inattendu qui soit. Mais le moment tellement fort et apaisant où Claire regarde cette énorme planète s'approcher puis reculer et dit "elle a l'air... inoffensive" est une fois encore une trouvaille qui fait palpiter le coeur. A mesure que Claire s'inquiète, cherchant sur Internet des réponses à ses interrogations, des raisons de se rassurer, Justine devient de plus en plus sereine. Alors que Claire se lève la nuit assiégée par l'angoisse, Justine entre véritablement en communion avec la planète qui porte un si joli nom... Alors que l'une n'imagine pas de perdre la vie et que l'avenir de son petit garçon soit stoppé net, l'autre assure que le monde et l'homme sont mauvais, qu'ils peuvent disparaître.

Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst sont tellement formidables et admirables qu'elles sont indissociables !

La fin du monde chez Lars von Trier est grandiose, extraordinaire et merveilleuse. Elle est comme on ne l'a jamais vue dans aucun film. Nul homme ne viendra avec sa cape, ses super pouvoirs ou simplement sa bravoure sauver le monde. On peut dire que le réalisateur y met un point final, mais en beauté entre angoisse, frayeur et apaisement...

Un film comme un rêve ou un cauchemar, une attente ou une crainte. Qu'importe. Ce n'est pas seulement le meilleur et le plus beau de Lars Von Trier, c'est aussi un film inoubliable qui aurait cent mille fois mérité la Palme d'Or.