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Sur la Route du Cinéma - Page 388

  • SAMEDI 4 OCTOBRE 2014 - 4 mois

    C'est compliqué, ou c'est moi ???

    A ceux qui me demandent : "comment tu vas ?", je ne sais jamais s'il s'agit de la formule toute faite, toute prête ou s'ils veulent vraiment la version longue. Alors je dis "ça va."


    Et puis l'autre jour je suis restée au téléphone pendant 1 h 12 mn (c'est mon interlocuteur qui me l'a signalé à la fin et s'il passe par ici il se reconnaîtra)... et je peux vous assurer que c'est un exploit et que ça ne m'arrive qu'exceptionnellement. Je n'aime pas le téléphone. Je suis bavarde et à l'issue de la conversation, j'ai l'impression d'avoir perdu mon temps. Que ce n'est pas un véritable échange. Bref, quelque temps après m'être souvenu de cette heure 12 mn passée au téléphone, je me suis aperçue que j'avais passé 1 h 12 au téléphone sans que mon interlocuteur ne me demande une seule fois comment je vais ! Et avec le recul, j'en suis quand même un peu choquée, déçue...


    Donc vous voyez c'est compliqué. Pour tout le monde.

     

    J'ai parfaitement conscience, et je pense l'avoir déjà dit, que le fait d'être veuve... (ça me fait rire ce mot... le concept aussi !), d'être sans Mouche ne me donne aucun droit sur qui que ce soit et surtout pas le monopole de la souffrance. Tout de même, ça me choque un peu. Et puis il y a ceux qui me disent "ah ben oui, ça ne fait que 4 mois, c'est tout récent". Et je me dis que d'ici peu... 1 mois, 6 mois ??? il faudra que je fasse encore davantage attention à ne plus être trop triste quand je ne serai pas seule. Toute seule, je laisse libre court à ma tristesse. A l'heure où je vous parle, je viens de passer un loooong moment à pleurer. Je recherchais une note dans ce blog et j'ai parcouru (sans les lire) quelques textes de ces trois ans et demi de maladie... et je me dis que finalement, ça a été un putain de parcours, qu'il a souffert comme c'est pas possible et que pourtant je n'ai pas eu l'impression qu'on était moins heureux. Quels efforts il a dû fournir ! Il me suffit de lire le titre de certaines notes pour voir qu'il a eu peu de répit. Que de souffrances !!! Et en ce qui le concerne je pense qu'il était plutôt rare qu'on lui demande "comment tu vas ?" car il a toujours, sauf à de rares exceptions montré un visage souriant et une attitude agréable. Je revois nos promenades à 2 à l'heure, les soirées avec les "ptits" et Bibi, les spectacles avec Salomé. Ses efforts, son courage, un exemple !


    Et je me dis que si je vais si bien... c'est que peut-être j'ai profité et que je bénéficie aujourd'hui de ce courage, de cette volonté. Qu'il me les a transmis. Qu'à force de l'observer je me suis imprégnée de sa force moi qu'on pensait et qui pensais être si fragile. Que ces trois années de lutte, de cauchemar, de terreur m'ont endurcie ou préparée alors qu'en même temps je ne comprends toujours pas. Evidemment, je n'ai pas à lutter contre une maladie mortelle, douloureuse, éprouvante, inhumaine. Je suis là, je suis vivante. Je n'ai plus peur de choses telles que la solitude ou la mort. Mais plus que jamais de la maladie.

     

    Je pense que la force et la vitalité de nos souvenirs m'empêchent de sombrer dans la mélancolie, de sombrer tout court. Que j'ai la chance d'avoir des dérivatifs qui me maintiennent à distance de l'abattement : le cinéma "mieux que la réalité" (comme dit Xavier Dolan), ce monde qui m'appartient où le mal n'existe pas (quoi que...). Et puis ma frénésie de travaux pas pour m'occuper comme certains le pensent mais pour que cette maison soit différente tout en restant celle de nos 22 années d'amour, celle que je ne pourrais pas quitter alors que le lendemain de sa mort j'ai dit et j'ai pensé : "je ne vais pas pouvoir rester ici". Car il est partout. J'ai TOUT viré de ce que j'appelais "la chambre des souffrances"... Plus aucune trace de ces longues journées que Mouche passait sans pouvoir sortir du lit. Et puis il y a la lecture, même si j'ai parfois du mal à me concentrer. L'écriture du blog. Et puis les indispensables copines/amies et Baptiste, Amélie, Salomé, Anaël, Bibi, Amaury...

     

    Mais quoique je fasse, où que je sois, Mouche m'accompagne et ce ne sont pas que des mots. C'est la réalité. Il me manque constamment à chaque instant. Je cherche son avis, son approbation, son aide, nos conversations, nos fourires, cette complicité exceptionnelle que je n'atteindrai plus jamais, que je n'aurai plus jamais avec personne, qui a fait qu'on s'était inventé notre propre langage. ça me manque. Il déformait tout, les mots, les expressions et c'était tordant. Il me comprenait, il comprenait mon humour, ma façon d'agir, de "fonctionner" comme nous disions. Et c'est terrible de se sentir à ce point étrangère au monde parfois parce que je n'ai plus personne pour partager cela. Quand on donne tout à quelqu'un, qu'on en reçoit tout, qu'on en attend tout... il faudrait aussi s'entraîner à envisager le pire.

     

    Je me souviens lorsque nous évoquions la mort, je disais : "je t'interdis de "partir" avant moi. Qu'est-ce que je deviendrais sans toi ?", il répondait : "mais tu vivrais !".
    Il avait raison, je suis vivante. 

     

    Le temps de l'innocence insouciance ! 

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  • DIMANCHE 28 SEPTEMBRE 2014 - MOUCHE, CAROLE, LES AUTRES, et la cuisine...

    Si je reprends tous vos messages (toujours indispensables) laissés sur ce blog depuis la mort de Mouche (le 4 juin), c'est sans conteste Carole qui me donne des frissons chaque fois qu'elle parle de lui. Manifestement ma Mouche lui a fait fort impression mais surtout elle l'a bien compris, cerné et ils ont partagé une passion commune : la cuisine. Et je dois dire que pendant leurs conversations au cours desquelles ils partageaient leurs secrets de fabrication, je bâillais et je m'échappais !

     

    Chez Carole il n'y a AUCUNE photo sur les murs, sauf celle de Mouche ! C'est très fort.


    C'est celle-ci je crois ou presque (7.10.2013, quelques jours avant l'ultime rechute).

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    On voit bien que quand il parle, elle écoute !

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    Un autre soir, en mai 2013 (5 mois après la greffe) Carole a fait une des plus belles photos de nous deux je trouve.

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    Ils se sont peu connus en termes de durée, mais ils se sont "bien" connus en termes d'intensité. Et je comprends le manque, le vide et l'impression d'inachevé qu'il a provoqués en elle. Elle est l'une des rares à l'avoir vu décliner puisqu'elle est venue le voir pendant sa longue hospitalisation d'avril/mai derniers et qu'elle a passé deux jours à la maison lors de son retour de l'hôpital fin mai. Elle voulait venir le voir à la Maison Funéraire où il est resté 6 jours, je lui ai déconseillé cette contemplation morbide et je pense qu'elle a bien fait de m'écouter, même si elle doit quand même conserver de sinistres images de son déclin, incapable de se lever et de se déplacer correctement. Carole passait  chaque fois tout le chemin du retour vers chez elle à pleurer. Et une grande cheminée d'1m 85 ça pleure beaucoup j'imagine !

     

    Ils se sont connus ce jour là ! Et je dis merci à cette pintade de Sonia d'être à l'origine de ces belles rencontres. C'est aussi elle qui nous a présenté Dieu et initié au millefeuille, et comme Mouche avait la flemme de se le faire c'est moi qui le papouillais. Jusqu'à la fin de sa vie... je l'ai millefeuillé. Il adorait. Mais elle m'avait déjà initiée un an auparavant au Mojito Salade SANS ALCOOL (je cherche l'équivalent depuis et n'ai connu que des erzatz) et est aussi responsable d'une autre plus belle photo de Mouche et moi même ou surtout si je suis floue... Que ne donnerais-je pour me pendre encore une fois à son cou !

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    Les belles rencontres de filles sont donc :

     

    La Crotte : que nous avons "adoptée" et qui appelle Mouche papa et qui aura donc passé le dernier réveillon de St Sylvestre de la vie de Mouche avec nous. Il en était tout surpris : "c'est fou qu'une jeune comme ça vienne passer le réveillon avec deux vieux ? Elle doit bien nous aimer !"

     

    Smahane (dite Gounjou) : qui voulait se faire adopter mais elle aime finalement trop ses parents. Elle a néanmoins fait 6 heures de train le 11 juin pour venir aux obsèques et s'est acheté une robe de princesse blanche pour respecter le dress-code imposé.

    Véronique (dite Poclain parce que quand elle était jeune elle roulait des pelles...) qui a compris que Mouche était un garçon exceptionnel.

    Sarah de chez Ménard : et je me marre parce qu'en relisant la note je me souviens que Mouche l'appelait Picachu parce qu'elle est japonaise, ça pourrait paraître méprisant aux esprits chagrins, venant de Mouche ça ne l'est évidemment pas.

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    Carole, Crotte, Poclain

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    Mouche et Crotte (31.12.2013...) 

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    Gounjou, Crotte, Mouche et sa petite tête fatiguée (23.02.2013)

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    Mouche, Crotte (5.02.2013 anniversaire de Mouche) 

    Bon, tout ça pour vous dire que mes plus belles rencontres, je les dois aux blogs. Et j'ai toujours présenté tout le monde à Mouche et tout le monde l'a aimé. Et j'en suis heureuse car j'étais tellement fière de lui. Je SUIS tellement fière de lui.

    Je sais que tout le monde (ou presque) s'est dit à un moment : "cette chieuse ne doit pas être si mauvaise puisqu'elle est depuis plus de 20 ans avec cet être de lumière qui l'aime comme un fou !" ou aussi "ça fout un peu les pounches de rencontrer son mec s'il est aussi ....... (choisissez le qualificatif) qu'elle !" C'est notre Dada (autre rencontre indispensable bloguesque mais qui date et dure depuis plus longtemps, 2006) qui me l'a "avoué" récemment.

    Entre Carole et moi ça avait pourtant mal commencé... Elle trouvait que j'avais pollué le Beauty Seminar en parlant trop et moi je trouvais qu'elle était orange, maquillée comme une voiture volée. Et de toute façon quand on est l'une à côté de l'autre... avec nos 25 cms d'écart, on a l'air de deux freaks ! Et puis ça s'est arrangé et bien au-delà... parce que la Carole est accrocheuse et puis pour approcher mon Homme elle n'avait pas d'autre choix que de me vamper.

    On s'est revus rapidement, c'était réussi, Mouche allait bien mais Carole ne savait pas qu'il était malade. Qui aurait pu le savoir puisqu'il n'en parlait jamais, qu'il ne le montrait pas et puis le 25 juin 2012, il se croyait guéri... et moi aussi, mais moins que lui. Je me disais toujours que tant qu'on aurait pas passé la barre des cinq années de rémission... Puis Carole a découvert mon blog et la maladie fulgurante de Ma Mouche, l'auto-greffe tout ça... Et comme c'est une éponge, elle en était bien bouleversée, car dans la grande cheminée se cache un être humain trop sensible !

    Bref, depuis on se voit le plus souvent possible. Je suis contente que Mouche l'ait rencontrée et autant appréciée.

    Les derniers commentaires de Carole si vous ne les lisez pas se trouvent en fin de cette note (après "lire la suite") et à l'initiative de Gounjou, zapette et Carole... il semblerait qu'on s'achemine vers la création d'une rubrique avec "tutos" des recettes de Mouche.

    Evidemment j'y connais rien mais Carole était une élève attentive et douée et apparemment connaîtrait quelques secrets Mouchesques.

    Donc si vous voulez participer à l'expérience collective, c'est open...

    Nous cherchons un nom à la rubrique car le Mouchebouffethon proposé ne me plaît pas du tout...

    Je propose Master Mouche ! Puisqu'il avait une superbe veste de Cuisinier.

    la vie est une putegreffe

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  • DIMANCHE 21 SEPTEMBRE 2014

    Parfois en fin de journée (mais ça peut tout aussi bien être en début de journée, je ne suis pas regardante), le vide, le manque, le chagrin s'abattent sur moi.

     

    Ton absence injuste, incompréhensible, insensée, intolérable se déchaîne tout autour de moi et en moi. L'impression que ma peau frémit au bout de mes doigts, que mon cœur inutile lutte pour reprendre un rythme raisonnable.

     

    L'étonnement de croiser des gens qui me disent "alors ça va tu t'occupes ?"... comme si le fait de m'occuper pouvait calmer ma peine. La contradiction de penser que "les gens" feraient mieux de se taire et d'être à la fois stupéfaite, déçue surtout qu'on puisse me parler, passer du temps avec moi sans même t'évoquer un instant.

     

    L'application que je me mets à ne pas encombrer de mon chagrin, à être "normale", naturelle et avoir envie de supplier : "parlez-moi de Lui, je vous en supplie, parlez-moi de Lui. Ne faites pas comme s'il n'avait jamais existé". Mais la vie continue. On est rien. On ne laisse rien, pas de traces ou quelques-unes. Rien.

     

    Alors je me retrouve chez nous, seule avec toi et je me plonge dans ma nouvelle découverte... Un Benjamin encore... saisissant, bouleversant (désolée pour la pub supra merdique avant cet être sublime), en harmonie avec mon chagrin, ma douleur inconsolables ! Et il chante "Condolence"...

     

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    "Le silence de la mer n'effacera jamais le bruit de tes pas..."

    Deauville septembre 2014.

  • JEUDI 4 SEPTEMBRE 2014 - 3 MOIS...

    Le 7 juin 2011, après 8 mois de chimios en secteur stérile, on imaginait que c'était la fin de l'horreur, on y a cru. Alors que c'était le commencement de la fin qui surviendrait pratiquement 3 ans plus tard jour pour jour.


    Mais que tu étais beau ! Que j'aime ta voix, et ton sourire et ta douceur, et ton calme, et ta classe
    ...

     

     

    Tu me manques à un point inconcevable. Je sombre parfois dans une tristesse proche du désespoir. Et puis je me concentre sur nos années ensemble. Et sur tout ce qui a fait que l'on s'est rencontrés. Tous ces hasards et coïncidences qui nous ont mené l'un vers l'autre alors que nous vivions si loin l'un de l'autre. Tous mes ratages, mes mauvais choix surtout professionnels... je me dis que c'était pour me mener jusqu'à toi, et putain, ça valait le coup, et si c'était à refaire, je précipiterais les choses pour qu'elles arrivent plus vite, pour te connaître plus tôt et passer vingt ans de plus avec toi.

     

  • MARDI 26 AOÛT 2014 - AILLEURS...

    Le 5 juin, je me suis réveillée hagarde et terrifiée. J'ai bien compris qu'il s'agissait du "premier jour du reste de ma vie", pour toujours

     

    Que la vie, ma vie ne serait plus jamais la même.

     

    Et c'est bien l'une des rares occasions où je peux employer les mots jamais et toujours sans risque de me tromper et de trouver moi-même que j'exagère.

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  • LUNDI 4 AOÛT 2014 - DEUX MOIS...

    Tout à l'heure, je parlais avec Marlène (ma voisine). Elle a voulu voir mes "œuvres"... Oui, je bricole beaucoup depuis quelques semaines. Moi qui n'avais jamais tenu un pinceau et un marteau, qui n'avais jamais mis les pieds sauf contrainte et forcée chez Leroy Merlin ou Brico Dépôt... je peins, je couds, je découpe, je colle et je maroufle.

    Exemple : j'ai refait l'entrée qui était moche, crade et sombre. Elle est belle (en tout cas elle me plaît), propre et claire :-)

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    Et je ne vais pas en rester là...

     

    Et puis évidemment, nous avons parlé de Mouche. Parler de Mouche, c'est ce que je préfère faire sur la terre aujourd'hui ! Il y a des gens avec qui c'est facile et c'est bon. Avec d'autres, on ne l'évoque même pas. Et ça me fait mal. Lorsque des personnes qui l'ont connu, apprécié ne m'en parlent pas, ne prononcent même pas son nom, je suis déçue voire choquée. C'est terrible.

     

    Jamais nous n'avions été séparés aussi longtemps. Deux mois. Huit semaines. Les hospitalisations n'avaient jamais dépassé sept semaines. Alors voilà, nous avons dépassé notre limite de séparation. Sauf qu'à l'hôpital, j'y allais chaque jour.

     

    Le matin, les tous premiers temps, je me réveillais et j'étais obligée de refaire la mise au point sur les événements... au bout d'un petit laps de temps je pensais : "ah oui, c'est vrai, c'est fini. Cette fois, il ne reviendra plus". Jamais. Aujourd'hui déjà, après si peu de temps ou après tout ce temps, je sais dès que je me réveille qu'il n'est pas là. Que sa place est à jamais vide. Je dis "Mouche" chaque jour en me réveillant. J'ai besoin de prononcer son nom... enfin, son pseudo, de caresser son beau visage sur la photo et de lui sourire en retour. De l'implorer de m'envoyer sa force parce que ce vide, son absence, son silence assourdissant sont parfois insupportables. C'est une douleur mystérieuse, qui m'était jusqu'alors inconnue. Une sensation d'oppression au niveau de la poitrine.

     

    Certains s'inquiètent j'imagine. Se demandent si je m'ennuie ! Non jamais. Je ne m'ennuie jamais. A aucun moment je n'ai ressenti l'ennui et le désoeuvrement. C'est bien autre chose, une impression effroyable : le manque. Encore bien différente du besoin.

     

    Le manque.

     

    Ne plus le voir, ne plus le toucher, ne plus le sentir, ne plus l'entendre. C'est comme une entaille profonde dans ma chair. Une plaie qui ne cicatrise pas.

     

    Je n'ai pas de mode d'emploi. Je ne sais pas comment je dois me comporter ni comment les "autres" doivent se comporter. Je vais à l'aveuglette, au jour le jour. Je sais simplement que certains comportements, certaines attitudes me choquent et me blessent. Que certains, des voisins, des soi-disant amis ou connaissances ne se soient même pas donnés la peine de me manifester leur sympathie me choque. Que certains m'inquiètent et m'importunent avec des faits bassement matériels sans respecter cette période de chagrin intense me choque.

     

    Je comprends à quel point il doit être difficile de parler à quelqu'un qui comme moi vit un tel choc, une telle tragédie. Mais je crois que je préfère toutes les maladresses au silence. Chacun fait ce qu'il peut, comme il le peut. Je n'en veux à personne finalement. Je constate plus que jamais à quel point la sélection des personnes dont je dois m'entourer se fait naturellement. Avec certaines personnes chères qui ne savaient plus comment m'approcher sans craindre de me déranger ou de m'offenser les choses ont été mises au point simplement. Et je sais sur qui je peux compter désormais. J'ai constaté que certains dont je n'attendais rien se montrent délicats et attentionnés et d'autres dont je pensais qu'ils seraient présents disparaissent... C'est ainsi, c'est le moment où jamais. De toute façon, rien ne peut me faire autant de mal que la mort de Mouche.

     

    Pour mes relations "virtuelles" que j'entretiens depuis des années parfois, elles me sont toujours aussi précieuses comme toutes celles qui sont ou sont devenues réelles. Chacune se reconnaîtra.

     

    J'ai de longs, très longs moments de solitude comme je n'en avais sans doute jamais connus auparavant, ou je les ai oubliés. Des journées entières à ne voir personne, à ne pas ouvrir la bouche pour parler à quiconque. C'est sans gravité même si je m'interroge sur la nécessité de cette vie parfois. Même si je me demande comment je parviens à continuer à vivre alors que Mouche n'est plus là et qu'il a tant souffert. Et puis égoïstement je m'imagine malade à mon tour... puis mourante. Le seul "avantage", s'il est possible d'en trouver un... est que je n'ai plus peur de la mort alors qu'elle me terrifiait. Mais de la maladie, plus que jamais... Et Mouche est mort dans mes bras. Et je me demande qui me tiendra la main le moment venu, qui m'"accompagnera" et recueillera mon dernier souffle et ces pensées me terrorisent...

     

    Hier j'ai appris la mort de son "copain de greffe" Joseph... juste un mois et demi après lui, de la même saloperie de bactérie pulmonaire. Le même âge. Ils étaient devenus amis. J'étais effondrée.

     

    Les moments les plus terribles surgissent sans être invités. J'aimerais effacer le souvenir des derniers jours, voire des dernières semaines, si éprouvant. Le revoir ne plus pouvoir marcher, ne plus pouvoir se lever, ne plus pouvoir lever le bras sauf au prix d'un effort surhumain, et son pauvre visage émacié, son corps décharné quand il n'était plus lui-même. Et son agonie... Comment faire pour échapper à ça ? Pourquoi la mémoire impose t'elle parfois de revivre toute cette souffrance ?

     

    Je pensais ne pas pouvoir le revoir à l'hôpital et puis je suis tombée sur cette vidéo. Et j'ai ri. Le voir, l'entendre. Je pensais que ce ne serait pas supportable. Et ça l'est. C'est même un plaisir. C'était l'année dernière, il venait d'être greffé et il riait.

     

    D'ailleurs à propos de rire... ça me manque énormément de ne plus rire. C'est la personne la plus drôle que j'ai connue je vous l'ai déjà dit. Dès le réveil, il me faisait rire. C'est incroyable ce que tout le monde me semble fade, sans humour. Il n'avait pas le sens du ridicule, il se fichait de l'être, il aimait que je ris, que j'aille bien. Il voulait mon bonheur. Et moi je l'aime, j'aime son rire qui n'explosait jamais et son sourire, merveilleux, unique ! Jamais je n'ai vu un tel sourire chez personne. Cette lumière était le reflet exact de ce qu'il est. Un homme magnifique dont je suis tellement fière...

     

  • MERCREDI 11 JUIN 2014 - JE RESPIRE, JE SUIS VIVANTE...

    Et pourtant le "premier jour du reste de ma vie" commence aujourd'hui. Je n'ai toujours pas de mots pour exprimer ce qui vient de se passer. Mon amour est mort.

     

    Pendant ces six derniers jours, je l'ai accompagné, sa main inerte a peu lâché la mienne mais je suis parvenue à la réchauffer. Je lui ai beaucoup parlé à lui qui est déjà loin à jamais. Je l'ai imploré de m'envoyer SA force pour continuer le chemin sans lui, Mon amour.

     

    Je me répète : "je respire, je suis vivante..." ça me tient...

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