LE CHAT DE MME MOSKOWITZ *** de Jorge Gurvich
Festival International du Premier Film d'Annonay
Film en compétition - Israël

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Film en compétition - Israël

Festival International du Premier Film d'Annonay
Film en compétition - Turquie

Dans une maison de retraite une femme écrit une lettre qu'elle adresse à ses enfants et à son mari. Elle la termine par ces mots : "si vous ne m'avez jamais aimée, moi je vous ai toujours aimés". Elle quitte la maison et se rend seule sur la route en chemise de nuit. Le lendemain matin, elle est retrouvée morte, noyée. La fille aînée Neslihan va chercher son frère Mazhar à l'aéroport qui vit en France depuis plus de 10 ans où il s'est d'ailleurs fait naturaliser. Après des funérailles sinistres, le frère et la soeur décident de rendre visite à leur père pour leur annoncer la nouvelle. Ils ne l'ont pas vu depuis plusieurs années car il vit sur une île isolée au large d'Istanbul.
Un film d'une évidente et indiscutable beauté formelle, aux images et aux plans absolument magnifiques, mais d'une telle austérité et sous une telle influence bergmanienne qu'il en devient parfois hermétique. Beaucoup d'application pour des retrouvailles non désirées qui d'ailleurs n'en seront pas. Tout est douloureux, teinté de regrets et de reproches des uns et des autres puis l'apparition de la mère qui vient "régler ses comptes" et hanter la mémoire et renforcer la culpabilité de chacun m'ont un peu laissée à l'extérieur voire lassée...
Cela dit, la rencontre avec les réalisateurs complètement habités par leur passion du cinéma et leur histoire fusionnelle avec Bergman à propos de qui ils réalisent un documentaire, leur façon d'en parler avec humour et adoration était l'un des moments les plus forts de la rencontre de ce matin, surtout lorsque l'un des deux a dit : "Bergman et nous, c'est du sérieux".
Alors voici pour votre petit déjeuner,
le mien (et je peux vous assurer qu'on n'en laisse pas une miette) :


Comme chaque année, et c'est l'une des nombreuses singularités de ce festival, le jury est constitué de 8 cinéphiles sélectionnés sur candidature dans toute la France, sous la Présidence d'un réalisateur. Vous savez que j'ai participé à cette inoubliable expérience en 2005 et que depuis je "squatte" Annonay pendant au minimum quatre jours. Y être toute une semaine cette année est encore bien plus exaltant. J'ai déjà vu 11 films, et si tout se passe bien j'en verrai encore 3 ou 4. Evidemment je ne comptabilise pas et je ne souhaite pas entrer dans les records (j'entends d'ailleurs que certaines personnes en voient 4 ou 5 par jour) car ici tout se fait tranquillement au rythme des séances. Même si jusqu'ici le grand vertige provient de "Nothing Personal" (avant même que je rencontre sa prodigieuse actrice), tous ces premiers films ont quelque chose en plus que les autres n'ont pas.
Lors de la 1ère rencontre entre les réalisateurs présents et le public qui a eu lieu ce matin (la seconde se tiendra dimanche matin) et dont je vous parlerai demain sans doute, Henri Bernardet (le réalisateur québecois) a dit cette chose que j'ai trouvée particulièrement profonde et sensée : "les festivals sont une véritable "vitrine" pour les films d'auteur et les cinéphiles peuvent y voir autre chose que les films qu'on leur impose".
J'en reviens aux membres du jury. Les voici, regardez comme ils sont beaux :
Cette année, la Présidente est la cinéaste Aurélia Georges qui est accompagnée par :
- Saleha ("Intégrité" en arabe) qui a 50 ans et vient de Montauban. Elle est éducatrice en pédiatrie néo-natale.
Festival International du Premier Film d'Annonay
Film en compétition - Espagne

Cette histoire est vraie. En 1994 le jeune Andrès Rabadan est condamné à 20 ans de prison : à 19 ans, dans un accès de folie, il fait dérailler trois trains puis tue son père avec une arbalète. Diagnostiqué schizophrène, c'est en hôpital psychiatrique qu'il purge sa peine. Le film démarre 11 ans plus tard. Andrès est toujours dans ce même hôpital, bien qu'il n'ait plus aucun traitement depuis 7 ans...
Comme bien souvent c'est dans les traumas d'une enfance blessée qu'il faut chercher l'explication ou la signification d'actes parfois irrémédiables. Et c'est subtilement par d'incessants aller/retours entre le passé et le présent que le réalisateur nous donne accès à l'inconscient et aux souvenirs de l'énigmatique et impénétrable Andrès. Le détenu baptisé "fou à l'arbalète" semble à la fois résigné et parfaitement lucide quant à son sort. Son attitude détachée et désinvolte déplaît au personnel comme aux médecins.
Le très charismatique très beau et très impressionnant Alex Brendemühl dans le rôle d'Andrès donne à ce personnage mystérieux et impénétrable une étonnante épaisseur le rendant à la fois attirant et inquiétant. Habilement et avec beaucoup de fluidité la réalisation de Ventura Durall nous rapproche encore davantage de ce coupable/innocent pour nous aider à comprendre par quelles horreurs on peut en arriver à en commettre et devenir un assassin.
Les moments "d'évasion" d'Andrès constituent une véritable plongée poétique dans son imagination voire son imaginaire. Une fenêtre est ouverte sur l'extérieur qui lui permet de "s'évader" et apporte de l'air, de la couleur et de la lumière dans un quotidien immuable. Sa rencontre avec une infirmière particulièrement sensible à la différence, à l'intelligence et au charme d'Andrès est aussi admirablement et pudiquement développée. Entre faute, secret, résignation et espoir, ce beau film magistralement interprété rend impatient de retrouver les prochains films de son réalisateur.
Voici quelques clichés du coin :


Film en compétition - Nouvelle Zélande
Festival International du Premier Film d'Annonay


Melody et son frère Kimi sont soudés comme les deux jumeaux qu'ils sont. Elle est fantasque, intrépide et extravertie alors que Kimi est plus réservé et pétochard. Taï un jeune homme, vagabond s'installe dans une vieille maison abandonnée désignée comme "la maison interdite". La famille des deux enfants accueillent Taï qui fascine Melody. Alors que la petite fille se promène seule avec le jeune homme, ils sont menacés et attaqués par un chien. En tentant de protéger Melody, il se trouve indirectement impliqué dans sa mort. Alors que toute la famille de la petite fille est effondrée, Kimi continue de se comporter comme si sa soeur était toujours là et vit avec son fantôme qui l'accompagne sans rien changer à ses habitudes.
Avec une économie de mots et sans démonstrations excessives la réalisatrice explore le fameux travail de deuil qu'un enfant doit accomplir et qui se trouve d'autant plus douloureux que la disparue était son double, son alter ego et une partie indissociable de lui-même. C'est en isolant des autres, en s'enfermant provisoirement avec l'être aimé par dessus tout que Kimi va apprendre à admettre qu'il ne la reverra plus jamais et la laisser "partir" définitivement.
A la périphérie de cette histoire d'amour fraternel, la réalisatrice nous parle d'un pays tellement éloigné qu"il nous est étranger et de la civilisation maori, ses traditions, ses coutumes, ses croyances, encore plus inconnue. Elle évoque également la peur de la différence et de l'inconnu au travers du personnage de Taï, jeune homme d'autant plus étrange qu'il est étranger et qui devient par sa différence un coupable idéal.
Porté par des acteurs non professionnels et notamment les deux enfants magnifiques qui semblent totalement ignorer la caméra, ce film bénéficie également d'une image, d'une photographie sublimes et de paysages du bout du monde suffocants de beauté.
Film en compétition - France
Festival International du Premier Film d'Annonay

Elsa est très fragile. Elle ne voit plus qu'épisodiquement son fils de 10 ans dont elle ne pourra recupérer la garde que si elle trouve un emploi stable. Hélas, les petits boulots qui l'aident tout juste à survivre ne lui permettent pas de conserver son logement dont elle est expulsée. Devenue aussi marginale que son voisin Mathieu qui n'a d'autre solution que de s'installer dans la forêt, elle dort la nuit dans sa voiture et imagine diverses combines pour pouvoir manger, se laver et se présenter aux entretiens d'embauche qu'elle rate systématiquement par manque d'énergie, de conviction, de confiance en elle...
Suivre le parcours de ces deux paumés poétiques nous plonge au coeur même d'un sujet de société très actuel : comment se réinsérer quand on a tout perdu. Et on ne rêve que d'une chose, que ces deux là s'en sortent tant ils sont attachants. Mais le réalisateur ne nous donne pas à vivre le combat de deux battants acharnés à refaire surface mais de deux êtres délicats et rêveurs, doux et lymphatiques par vraiment armés pour affronter l'adversité.
Voir et entendre Denis Podalydès aborder un entretien et faire l'éloge du doute, justifier les quatre années d'interruption dans son curriculum par son besoin de prendre du recul afin de s'assurer au travers de ses nombreuses lectures si le travail est vraiment indispensable, et d'ajouter qu'au jour de cet entretien il n'est pas encore tout à fait certain qu'il le soit est d'un comique quasi surréaliste. Il faut dire que Podalydès est une nouvelle fois au top de son attitude lunaire et de son interprétation décalée.
Quant à Julie Gayet elle compose avec beaucoup de douceur et de fantaisie une partition de fille perdue, rêveuse, absente, contemplative qu'on ne lui connaissait pas. Victime tantôt lucide tantôt inconsciente, ses quelques larmes de désespoir et d'abattement crèvent le coeur. Elle est aussi capable de se montrer inquiétante et menaçante lors d'une scène impressionnante où en jouant avec son fils sur une plage, elle flirte avec la folie. Une très grande interprétation qui la rend particulièrement exquise, charmante et aimable.
Cependant en oscillant trop entre le burlesque désopilant de la première partie et l'aspect beaucoup plus dramatique de la seconde, le réalisateur nous laisse un peu désorientés. Ceci dit résolu à se comporter de façon franchement optimiste, il semble nous dire qu'il est possible de se retrouver 7 fois par terre et 8 fois debout... même si ses deux "héros" ne semblent pas trés bien barrés et qu'il n'y a pas de quoi en rire et c'est ce qui est gênant !
Film en compétition - Irlande
Festival International du Premier Film d'Annonay

Eamon a 6 ans et il est très amoureux de sa maman. Comme tous les petits garçons de cet âge pensez-vous ! Sauf que pour Eamon cet attachement est exclusif, maladif au point de chasser chaque nuit son père du lit. Tout le monde s'accomode de cette improbable situation, même si le père rêve en solitaire de reprendre des relations sexuelles avec sa femme alors qu'elle est tellement centrée sur elle-même qu'elle se moque éperdument du reste. Ce sont les vacances scolaires, Grâce qui angoisse d'avoir son fils en permanence avec elle tente de le confier à sa propre mère qui refuse (on la comprend et on approuve).
- Grace la mère : je vais partir en vacances avec Eamon au bord de la mer ?
- Daniel le père : et comment tu vas y aller ?
- ben, tu vas nous y conduire !!!
- je travaille j'te signale !
- ben t'as qu'à dire que t'y vas pas.
- bon d'accord !"
Et voilà notre immature trio sur la côte irlandaise pour des vacances fauchées au cours desquelles le fils colle sa mère qui ne pense qu'à bronzer alors que le père lorgne sur ses courbes généreuses en essayant de se débarrasser de l'encombrant gamin.
Devant des scènes douteuses, ni tragiques ni comiques, on reste au mieux déconcerté, au pire irrité par l'évolution et la tournure des événements qui surviennent. Pour abréger les souffrances de ces trois personnages malheureux, inadaptés à ce qui leur arrive, antipathiques et calamiteux, on a qu'une envie : les noyer.
L'invraisemblable fin ne relève pas le niveau de cette chose dont on peine à apprécier le but et l'intérêt si ce n'est que la vie d'un insupportable enfant maltraité et de désolants parents incompétents peut être vraiment morose.
Heureusement, il y a l'Irlande, la mer...
à l'hôtel... qui n'est pas en plein centre ville :
