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A LA TELEVISION - Page 3

  • Alain Souchon ****

    Pour comprendre un peu d’où la peine d’Alain Souchon vient, il faut écouter son dernier album petite merveille plus « souchonienne » et mélancolique que jamais, mais il fallait aussi regarder l’excellent documentaire tout à fait inédit de Laurent Thessier diffusé sur France 3 : « Alain Souchon, le chanteur d’à côté ». « La Souche » s’y livre comme jamais et ce portrait très très intime qui fouille au plus profond des secrets enfouis et jamais révélés mais toujours évoqués dans ses chansons, révèle et confirme ce que je pense de lui depuis plusieurs décennies : au-delà des chansons qui bercent ou accompagnent le quotidien depuis longtemps c’est un type bien. Mais les fêlures qu’il confesse sont plus profondes et tenaces qu’on ne pouvait l’imaginer. D’une enfance étrange d’abord protégée auprès d’un homme qu’il appelle papa en toute sincérité, il se retrouvera à 7 ans rapproché de son « vrai » père qu’on lui avait toujours caché. Etrange façon dans une époque très « doltoïste » de traiter un enfant. Ce père il le perdra quelques années plus tard dans un violent accident de voiture ce qui le rendra « absent, ça m’a duré toute ma vie ». Et soudain des textes tel que « 18 ans que je t’ai à l’œil… t’es à Bagneux sous les feuilles… J’vais jamais t’voir, j’aime pas ça, mais j’te joue d’'lharmonicatu m’as manqué bien des fois, mais aujour’hui y’a chez moi, une petite boule blonde qui s’appelle comme toi ». Cette boule blonde, c’est Pierre, l’un des fils qu’on rencontre avec son frère Charles, tous deux en admiration devant leur père surdoué. Car c’est un surdoué Souchon. Il a un don, il écrit parfois en quelques minutes des textes que tout le monde connaît et où la « foule sentimentale » se reconnaît et entonne ces paroles lors des concerts où chacun est en harmonie avec cet homme charmant, charmeur, qui parle de toi, de moi, entre dans les maisons pour parler du quotidien.

    Mais aujourd’hui « Abandonné… le rêve de Martin Luther King, le monde a sorti ses revolvers et tout le vieux matériel de guerre » et c’est ce qui fait entre autre, pleurer Alain Souchon. Mais pas seulement, le temps qui passe, trop vite, les rides venues, la fatigue, le manque d’énergie « La vie est-ce que c’est con ou lourd » la vie qui va et la mort qui se rapproche toujours inéluctable, ça fait peur à Souchon. Mais il continue, solitaire, à marcher pendant des heures à la montagne cherchant ce qui peut se cacher derrière un sommet, parfois rien, ou au bord de la mer à Belle Isle où de jolies filles se baignent l’été et de vieux pêcheurs grognent de froid l’hiver, ou dans les bois à réfléchir aux mots et aux phrases qui lui viennent comme ça : « je n’ai pas mérité de savoir faire ça, je sais le faire ».

    Dans ce documentaire on voit ses fils, sa femme depuis toujours et parfois aussi il met la larme à l’oeil de le voir lui, si triste, si lucide, si inconscient, si spontanément et simplement surpris de son succès. Un homme sincère, cultivé et infinimement drôle même lorsqu’il parle de la pluie et du beau temps. Un homme qui nous ressemble et nous comprend.

    Mais les grands moments d’une intensité et d’une émotion sans pareil c’est Laurent Voulzy qui les procure ou plutôt cette relation qui les rapproche, les lie, les font fusionner, cette connivence, cette complicité au-delà des sentiments et de l’admiration, quelque chose d’énigmatique, d’insaisissable qui n’appartient qu’à eux. Plus qu’amis, plus que frères, une sorte d’union, un sentiment rare qu'ils ont inventés, qui n'appartiennent qu'à eux seuls, qui les élèvent l’un et l’autre, l’un avec l’autre et ces moments uniques et beaux étaient un épisode de télévision incomparable. 

  • Sydney…

    De son exaspérante voix miel et sirop la dame d’Arte annonce la Thema de ce soir « Sydney Pollack et Robert Redford, deux amis à Hollywood »… et trois heures plus tard je comprends mieux ce désagréable pincement au cœur ressenti le 26 mai dernier à l’annonce de la mort de Sydney Pollack. Plus jamais donc, je ne verrai de films de cet incorrigible romantique angoissé qui n’avait pas confiance en lui. Il reste donc une vingtaine de films à voir ou à revoir et même à redécouvrir, comme ce fut mon cas en cette première partie de soirée avec « Jeremiah Johnson » que j’avais vu distraitement en son temps. Sans doute trop jeune pour en capter toute l’essence, j’étais passée à côté d’un authentique chef-d’œuvre, je n’ai pas peur du mot tant ce film et cette histoire m’ont cueillie et terrassée. Western hors norme et écolo, hymne à la beauté et à la violence de la nature, ode à l’homme contraint à la dompter pour survivre, l’aventure et l’errance de Jeremiah Johnson renvoient (parce que je n’ai pu m’empêcher d’y penser…) « Into the wild » à ses chères études (malgré mon amour inconditionnel pour Sean et mon admiration sans borne devant la prestation d’Emile Hirsch… ceux qui ont aimé ce film devraient voir « Jeremiah Johnson »…).

    Jeremiah Johnson est un jeune homme qui, incapable de s’adapter à sa fureur, quitte la civilisation en cette fin de XIXème siècle où la grande Amérique se cherche encore. C’est dans les montagnes rocheuses, sauvages et implacables à plus d’un titre qu’il entreprend son voyage, sa quête, son apprentissage, sa fuite… Mais la nature si merveilleusement attirante et époustouflante de beauté ne se laisse pas facilement apprivoiser et la présence de multiples tribus indiennes plus ou moins bienveillantes ou belliqueuses qui n’ont pas encore toutes été exterminées multiplient les embûches sur le parcours solitaire du jeune homme. Quelques rencontres pittoresques, édifiantes ou terrifiantes, une parenthèse enchantée avec un enfant perdu et une indienne « offerte » en cadeau, quelques instants de pur bonheur entrecoupés d’inconsolables chagrins font de ce merveilleux film, un passionnant voyage au cœur de l’homme et de la nature. Avec une économie maximum de dialogues mais avec un acteur (et un personnage) exceptionnel qui parvient en peu de mots à exprimer l’étendue des sensations et sentiments qui le traversent, aux prises avec un environnement naturel indomptable démontrant aussi que l’homme, souvent cruel, sauvage (au sens barbare du terme) est « un loup pour l’homme », Sydney Pollack réussit néanmoins à conclure cette leçon de modestie par une image splendide qui révèle la foi qu’il portait en l’humanité !

    Un très grand film !

    La seconde partie est un documentaire datant de 2003 où Sydney Pollack parle et se « confesse », et rien n’est jamais plus intéressant que d’entendre un réalisateur évoquer lui-même son travail et ses films. Et à l’écouter, plusieurs décennies de cinéphilie défilent, assez impressionnantes de variété et d’émotions multiples. « On achève bien les chevaux », d’une noirceur abyssale, fut un véritable choc il fut suivi d’une collaboration de 7 films avec son alter ego Robert Redford. Ces deux là se comprenaient au-delà des mots et ont toujours réussi à maintenir intacte leur amitié. « Les trois jours du Condor » est étrangement prémonitoire de l’arrogance tasunienne. « Le cavalier électrique », gentille comédie est une bouffée d’air pur. « Tootsie » devient, grâce à l’intelligence du réalisateur, non plus un homme qui se déguise en femme, mais un homme qui progresse et évolue après avoir été une femme pendant quelques temps… Tous les films de Pollack ont quelque chose en plus que les autres n’ont pas et cela tient sans aucun doute à son incomparable direction d’acteurs, certainement due au fait qu’il fut acteur lui-même et à ses incroyables goût et sens du romanesque. Pourquoi « Out of Africa » dont l’argument tient sur un ticket de métro (une femme va planter du café en Afrique et revient…) est-il un film magique ? Il suffit de regarder Meryl Streep et Robert Redford, qui pourtant n’aimait pas particulièrement ce rôle assez stéréotypé et figé. Malgré tout, lorsque Sydney évoque sa filmographie, c’est « Bobby Deerfield », éreinté par la critique de l’époque sans doute parce qu’il avait osé faire d’Al Pacino un type ordinaire et fade, qu’il place en tête de son palmarès de coeur.

    Les interventions de Robert Redford, sobre, intelligent, admiratif et la présence gaie, rêveuse et romanesque de Sydney Pollack rendent ce documentaire qui parle d’amitié et de cinéma particulièrement exaltant et émouvant. Il s’achève sur une note singulièrement poignante : un regret. Sydney regrettant assez douloureusement de n’avoir pas tourné de comédie avec Robert Redford.

  • Le Pianiste de Roman Polanski ****

    Le Pianiste - Adrien Brody 

    C’est le moment où jamais, (n’est-ce pas TOI ?) Si vous n’avez jamais pu voir ce film, Palme d’Or à Cannes en 2002, n’hésitez plus, ce soir à 20 h 55, branchez-vous devant France 2. Et voyez comment Wladyslaw Szpilman pianiste juif polonais ne monte pas dans le train qui emporte toute sa famille dans les camps, comment il survit plusieurs années, plus seul et abandonné qu’un chien dans le Ghetto de Varsovie en ruines porté par un instinct de survie et un amour de la musique inconcevables. Découvrez ou redécouvrez le regard d’enfant affolé d’Adrien Brody (Oscar et César du meilleur acteur pour ce film) et puis (comme moi peut-être qui me la suis repassée en boucle…) soyez pétrifiés par cette scène de l’arrivée de l’officier nazi qui commence par un gros plan sur les bottes pour remonter lentement jusqu’au visage de Thomas Kretschmann (fascinant) et écoutez les notes qui sortent d’un piano orphelin !!!

    Le Pianiste
  • Arizona dream d’Emir Kusturica ***

    Arizona Dream - Johnny Depp
     

    Parfois il faut le reconnaître je suis bien obligée de vous parler de la télé car ce soir Arte à 21 heures propose cette pépite de Kusturica. Si vous ne l’avez pas vu précipitez-vous et si l’univers foutraque et totalement barré de l’ensemble vous rebute, tenez bon jusqu’à la performance d’anthologie de Vincent Gallo, fou furieux suicidaire, malade de cinéma (ça existe ???), qui réalise le mime (incompris) d’une scène non moins d’anthologie d’un film d’Hitchcok… inoubliable, fabuleuse, zarbi et époustouflante ! Sinon, laissez vous embarquer comme Emir qui à l’époque rêvait d’Amérique comme ses personnages rêvaient d’un ailleurs différent où ils pourraient décoller dans de drôles de machines volantes.

    Je crois que c’est le premier film de Kusturica que j’ai vu. Je suis entrée sans difficulté et avec ravissement dans cet univers fantasque où des personnages décalés désespérément poétiques nous faisaient croire à la liberté. Plus tard, je me suis offert toutes les séances de rattrapage possible de cet auteur qui délire et nous fait trépigner de joie avec lui.

    Pourtant, ici, les personnages ne sont pas simples, ils sont même souvent suicidaires et parfaitement désenchantés. Ils se relèvent et rechutent. Lily Taylor (adorablement timbrée) avec son accordéon et ses tortues, éperdue d’amour pour Axel qui l’ignore, lâche cette réplique, mine de rien : « deux perdus font pas un trouvé » et c’est ce qui se passe dans ce délire protéiforme, les personnages se cherchent, se trouvent, se trompent. J’ai le souvenir d’un film brillant, bruyant, survolté et d’une tristesse infinie, d’un énigmatique poisson qui le traverse, de Faye Dunaway folle à lier, de Jerry Lewis doux dingue, tous deux follement pathétiques et refusant de vieillir, de Lily Taylor douce et douloureuse, de Vincent Gallo marginal, désorienté et cinéphile (il imite Robert De Niro, récite par coeur des passages entiers de films...) et de Johnny Depp (encore tout jeune acteur) blessé et plein d’espoir qui prouvait déjà qu’il serait un acteur différent !

    Je n’oublie pas non plus qu’à l’époque Emir Kusturica et Goran Bregovic s’aimaient encore et qu’il nous offrait une partition insensée, exaltée et mémorable. Depuis, aux concerts de Goran, des salles combles de fans énamourés entonnent doucement :

    « A howling wind is whistling in the night

    My dog is growling in the dark

    Something's pulling me outside

    To ride around in circles

    I know that you have got the time

    Coz anything I want, you do

    You'll take a ride through the strangers

    Who don't understand how to feel

    In the deathcar, we're alive

    In the deathcar, we're alive”

    Ceci vous donnera une bonne idée de la loufoquerie de l'ensemble

  • La 33ème cérémonie des César

    aura lieu le vendredi 22 février 2008 (en direct sur Canal Plus à partir de 20h 30).

    Comme souvent un ou deux films se détachent ce qui n’est pas une certitude qu’ils remportent des prix pour autant. Cependant je doute que La Môme (11 nominations) qui a tant bouleversé les foules et qui fut pour moi une épreuve et l’un des plus mauvais films que j’ai vu en 2007, reparte bredouille. Par contre, bonne nouvelle pour le bouleversant Un secret (11 nominations) même si je regrette que Patrick Bruel, exceptionnel dans ce film, ne soit pas nommé.

    Les outsiders sont Persépolis (6 nominations), La Graine et le mulet (5 nominations) et Le Scaphandre et le papillon (7 nominations) qui sont aussi de bien bonnes surprises.

    Cela dit que des films tels que J’attends quelqu’un de Jérôme Bonnel, Ne touchez pas la hâche de Jacques Rivette, Cartouches Gauloises de Mehdi Charef, Ceux qui restent d’Anne le Ny, La face cachée de Bernard Campan et Vous êtes de la Police de Romuald Beugnon soient totalement écartés me paraît fou et illogique… mais les voix de l’Académie sont impénétrables…

    Je ne me risquerai pas à des pronostics, je vous fais simplement part de mes choix.

    - Meilleur film

    La Môme

    Un secret

    Le Scaphandre et le papillon

    La graine et le mulet

    Persépolis

     

      - Meilleur réalisateur

    Olivier Dahan (La Môme) 

    Abdellatif Kechiche (La Graine et le mulet)

    Claude Miller (Un secret)

    André Téchiné (Les témoins) 

    Julian Schnabel (Le scaphandre et le papillon) 

    - Meilleure actrice

    Isabelle Carré  (Anna M.)

    Marion Cotillard (La Môme) 

    Cécile de France (Un secret)

    Marina Foïs  (Darling) 

    Catherine Frot (Odette Toulemonde) 

    - Meilleur acteur

    Mathieu Amalric (Le Scaphandre et le papillon) 

    Michel Blanc (Les Témoins)

    Jean-Pierre Darroussin (Dialogue avec mon jardinier)

    Vincent Lindon (Ceux qui restent) 

    Jean-Pierre Marielle (Faut que ça danse !) 

    - Meilleur second rôle féminin

    Julie Depardieu (Un secret)

    Noémie Lvovsky(Actrices)

    Bulle ogier (Faut que ça danse !)

    Ludivine Sagnier (Un secret)

    Sylvie Testud (La Môme)  

     

     - Meilleur second rôle masculin

    Fabrice Luchini (Molière)

    Laurent Stocker (Ensemble c'est tout) 

    Michael Lonsdale (La question humaine) 

    Pascal Greggory (La Môme)

    Sami Bouajila (Les témoins)

     

    - Meilleur espoir masculin

    Nicolas Cazalé (Le fils de l'Epicier)

    Grégoire Leprince-Ringuet (Les chansons d'amour)

    Johan Libéreau (Les témoins)

    Jocelyn Quivrin (99 Francs)

    Laurent Stocker (Ensemble c'est tout) 

    Je sais... mais impossible de les départager...

    - Meilleur espoir féminin

    Louise Blachère (Naissance des pieuvres)

    Adèle Henel (Naissance des pieuvres)

    Hafsia Herzi (La Graine et le mulet)

    Clotilde Hesme (Les chansons d'amour)

    Audrey Dana (Roman de Gare)  

    - Meilleur Scénario original

    La Môme

    Two days in Paris

    La Graine et le Mulet

    Ceux qui restent

    Molière

     

    - Meilleure adaptation

    Ensemble c'est tout

    Darling

    Un secret

    Le scaphandre et le papillon

    Persépolis

     

    - Meilleur premier film

     

    Ceux qui restent

    Et toi, t'es sur qui ?

    Naissance des pieuvres

    Persépolis

    Tout est pardonné

    - Meilleur film étranger

    4 mois, 3 semaines et 2 jours

    De l'autre côté

    La nuit nous appartient

    Les promesses de l'ombre

    La vie des autres

     

    - Meilleur documentaire

    Le premier cri

    L'avocat de la terreur

    Les animaux amoureux

    Retour en Normandie

    Les lip, l'imagination au pouvoir

    - Meilleure musique

    Les chansons d'amour

    Persépolis

    L'ennemi intime

    Un secret

    Faut que ça danse !

    Le DVD de Les Chansons d'amour
  • Maman est folle de Jean-Pierre Améris

    Voilà six mois que je vous parle de ce film sur lequel je suis allée pendant une journée (de rêve) pendant le tournage. Je ne vous ferai pas l’affront de vous proposer d’aller relire

    En tout cas, cette fois, vous pouvez réserver votre soirée de jeudi soir, car ce film sera diffusé

    le 22 novembre à 20 h 55 sur France 3.

    Je ne l’ai pas encore vu mais il a été plébiscité en septembre au Festival de la fiction TV de la Rochelle où il a obtenu ces prix : le Grand Prix, le Prix de la meilleure interprète féminine, le Prix du meilleur scénario, le Coup de coeur de la meilleure fiction - Prix du jury jeunes - Conseil Général de la Charente Maritime.

    Pour vous mettre encore un peu plus l’eau à la bouche, voici quelques extraits de ce qu’en dit Emmanuelle Bouchez dans Télérama :

    « Maman est folle » est un téléfilm atypique. Et même mieux encore : un conte qui frappe au cœur mais ne fait pas pour autant la morale. Le sujet, d’actualité, s’y prêterait pourtant : Sylvie, une jeune mère au foyer, fragile et dépressive, découvre, dans sa ville (Calais ?) un monde à part. Celui des bénévoles qui tentent de soulager la cruelle précarité des deux à trois cents migrants qui s’y relayent en permanence pour frapper aux portes de l’Angleterre…

    En endossant le manteau rouge de Sylvie, Isabelle Carré illumine le personnage. Elle est devenue une héroïne de conte. Car il n’y a pas de moralisme lourd : cette fable sait naviguer entre gravité et légèreté. Son personnage s’est trouvé un destin à accomplir et il fonce. Sans la pudeur de la caméra et l’engagement total et sensible de la comédienne, on aurait pu ne pas y croire. On est bien au contraire touché d’emblée par une réalité que l’on sait sans l’appréhender vraiment. Les scènes de fiction, entrecoupées d’images d’exilés saisies (avec leur consentement) dans la lumière pâle du Nord, ont une force dont ne font pas toujours preuve les reportages ».

    Jean-Pierre Améris, parlant de son co-scénariste Olivier Adam dit : « on l’a rêvée ensemble, cette histoire, mais nos désespoirs sont différents ».

     

  • Comme un juif en France d’Yves Jeuland ****

     

    Lorsque la télévision offre un tel programme, un documentaire de cette force et de cette intensité, passionnant, je ne peux qu’applaudir ! Ce deuxième volet, diffusé hier soir évoquait, de la libération en 1945, à nos jours, l’évolution et les rapports des juifs de France avec la République.

    De retour des camps, les juifs sont écrasés par le silence qu’on leur impose. Alors que les survivants attendent le retour des leurs, ils finissent par douter et finalement ne plus y croire en découvrant aux actualités l’horreur des camps. Seuls les résistants font office de martyrs alors que le génocide des juifs et des tziganes est passé sous silence. Apparaissent aussi les négationnistes. Il suffit d’un seul plan au réalisateur pour les évoquer, un plan unique, sidérant d’un intervenant (j'ai préféré oublier son nom) qui affirme « le zyclon est un pesticide encore utilisé de nos jours. Alors oui, les allemands ont gazé… les poux !!! ».

    Malgré la création de l’Etat d’Israël, les français restent en France mais les juifs réalisent à quel point il est dangereux d’être juifs, ils enfouissent cette appartenance au fond d’eux. Le retour des rapatriés juifs pieds noirs d’Algérie en 1962 est un tournant. Ceux là n’ont pas connu l’indicible de la barbarie et, d’Afrique du Nord ils rapportent les couleurs, la gaieté, les traditions. Être juif devient presque « fashion ». En 67, alors que Nasser veut jeter tous les juifs à la mer, la peur ressurgit. Mais David écrase Goliath en 6 jours et tout le monde descend dans la rue pour soutenir ce peuple. Le cliché du juif victime, peureux, lâche, incapable de se défendre est balayé. C’est la première (et la seule ?) fois que sont réunis juifs, arabes, musulmans, chrétiens… Voir des milliers et des milliers de gens dans les rues de Paris qui chantent à l’unisson « Hava Naguila » me fait plus d’effet que d’entendre « I will survive » (survivre à quoi ?) sur les Champs Elysées autour d’un ballon rond. Encore une fois le silence de l’État français est assourdissant si ce n’est l’intervention indigne de De Gaulle en novembre 67 qui affirme que les juifs font partie d’« Un peuple sûr de lui et dominateur »… Un dessin de Tim paraîtra dès le lendemain de cette déclaration dans l’Express et fera le tour du monde :

     

    S’ensuivent dans les années 80, l’attentat de la rue Copernic, celui de la rue des Rosiers, la profanation du Cimetière de Carpentras et les paroles malheureuses de Raymond Barre qui affirme que parmi les victimes se trouve « un français innocent qui passait par là par hasard »… les autres victimes (juives) ne sont donc pas innocentes ! Le juif est à nouveau désigné comme coupable et la résurgence de l’antisémitisme est inquiétante.

    Ce n’est que Chirac en 2003 qui reconnaîtra la responsabilité de la France et de la police française qui a prêté son concours aux rafles allemandes dès 1941. Mais ça n’est pas suffisant, il semblerait qu’actuellement les mêmes clichés, les mêmes amalgames qui font de tous les musulmans des terroristes, assimilent tout juif à un militaire israëlien. La France antisémite ? C’est inconcevable n’est-ce pas ?

    Le film se termine, non sans ironie sur la phrase d’un réalisateur juif qui affirme avoir la solution pour régler le problème. « La solution, dit-il, elle est simple : une conversion obligatoire et généralisée au judaïsme ! Ainsi tout le monde aurait de l’humour, tout le monde serait riche… ».

    Mais c’est la voix vibrante d’émotion, de colère, d’indignation et surtout hélas d’inquiétude de Robert Badinter qui résonne encore !

    Quelles justifications ont l’antisémitisme et TOUS les racismes ? AUCUNE !

    P.S. : pardonnez la maladresse de cette note !

  • Barry Lyndon de Stanley Kubrick ****

     

     

    Il ne vous a sans doute pas échappé qu’actuellement et tout au long du mois de novembre, la chaîne Arte propose un cycle Stanley Kubrick. Il me semble que peu de réalisateurs peuvent se prévaloir de compter autant de chefs-d’œuvre à leur actif. Après « Full metal Jacket » la semaine dernière, oppressant pamphlet anti-guerre, ce lundi 5 novembre à 20 h 40 vous pourrez retrouver ou découvrir pour les chanceux qui ne l’ont pas encore vu :

    « Barry Lyndon »

    ou l’ascension et la dégringolade d’un aventurier ambitieux et opportuniste sans scrupules. Si Ryan O’Neal, idéal en faible arriviste et cruel ou cynique (il faut le voir souffler la fumée de sa cigarette dans le visage de sa femme avec un irrésistible sourire) et Marisa Berenson beauté diaphane et victime qui disparaît sous les perruques et le maquillage, y trouvaient (selon moi) LE rôle de leur vie, ce film est inoubliable et reste à jamais gravé dans la mémoire pour d’autres raisons encore. L’histoire qui nous est contée est passionnante, c’est un livre dont on tourne chaque page, les lumières, les couleurs, le rythme, les paysages comme les intérieurs s’impriment en nous. Tout est admirable, baroque et harmonieux. Quant à la musique (Schubert, Haendel…), jamais elle n’aura autant sublimé les images et réciproquement.

    « Barry Lyndon » est un chef-d’œuvre incontournable du 7ème art.

     

  • Le Dictateur de Charlie Chaplin****

    « Toi, espèce de bâtard, fils de pute, espèce de porc, je sais ce que tu as en tête… ». C’est en ces termes très fleuris que Charlie Chaplin s’adressait indirectement à Hitler lorsqu’il visionnait les bandes d’actualité révélant le Führer lors de ses discours ! Ce soir, les chanceux qui n’ont pas encore vu cette merveille qu’est le film de Chaplin pourront en plus découvrir l’étonnant reportage réalisé par Sydney Chaplin pendant le tournage du film en 1940 où le frère de Charlot mettait en parallèle certaines scènes du film avec des extraits des discours d’Hitler.

    Ça se passe sur Arte, ce soir dimanche à partir de 20 h 45. Je sais que la concurrence est rude et déloyale… mais j’ose espérer qu’il reste quelques irréductibles comme moi que « l’ovalie » laisse de marbre et plus encore !

    Pour ce film, Charlie Chaplin renonçait à son costume de clochard et à être muet. Le tournage débute quelques jours après l’invasion de la Pologne et c’est en véritable visionnaire néanmoins utopiste qu’il dénonce l’horreur et l’indicible qu’il sent pointer. Le discours final jugé trop engagé à l’époque (à écouter, à ré-écouter sans se lasser), est une merveille d’humanisme, d’un homme en lutte contre le racisme et le fascisme. Le voir et l’entendre encore et encore dire à Hanna la jeune juive de se relever et de tourner son regard vers le ciel, vers l’espoir est une scène à intense pouvoir lacrymal…

    Quant au reste, précipitez-vous pour vivre la petite histoire de ce barbier juif, sosie du plus abject dictateur que la terre ait porté, qui va, à cause de cette ressemblance entrer dans la grande histoire. Les scènes d'anthologie se succèdent et je crois qu'on peut parler de génie puisque l'acteur et le réalisateur réussissent avec audace à parler de l'horreur absolue dans un film comique. Car oui ce film est drôle... et poignant, un chef d'oeuvre insurpassable !