24.11.2011
LA FEMME DU Vème de Pawel Pawlikoski **




Tom Ricks est américain, professeur à l'université et romancier. A son arrivée à l'aéroport à Paris il explique au douanier qu'il vient s'installer définitivement en France pour s'occuper de sa fille. Mais dès qu'il se rend au domicile de son ex femme, elle appelle la police et l'empêche de voir l'enfant. Elle affirme qu'il peut être dangereux, violent et qu'il est sous le coup d'une injonction d'éloignement. Sauf qu'à nos yeux, Tom semble être tout ce qu'il y a de plus calme. Dans un bus, il se fait voler ses bagages et se retrouve sans un sou. On sent que pour lui c'est le début de la lose et d'une spirale infernale qui va le tirer irrémédiablement vers le bas. Il trouve un logement dans un hôtel minable et le patron lui retire son passeport jusqu'à ce qu'il puisse payer la chambre. Il lui propose également un travail : gardien de nuit dans un souterrain où ont lieu de mystérieux trafics ! Tom accepte. Il rencontre Margit belle, mystérieuse et sensuelle qui lui donne des rendez-vous dans un luxueux appartement, jamais avant 16 heures. Tout ce qui arrive à Tom semble être placé sous le signe de l'inconnu et de l'incertitude et tout ce qu'il fait l'enfonce un peu plus davantage.
Tiré du roman éponyme de Douglas Kennedy, le film est aussi énigmatique et obscur que le livre. Mais en ayant lu l'un et vu l'autre, on peut parvenir à trouver les explications "logiques" au comportement parfois étrange de Tom. Et puis l'avantage du film, très fidèle au roman même s'il élude totalement la frénésie cinéphile du personnage, c'est évidemment l'interprétation. La "fameuse" femme du Vème est finalement plutôt inexistante bien que Kristin Scott Thomas l'anime de sa voluptueuse présence. Mais Ethan Hawke dans le rôle de Tom, totalement perdu et infiniment séduisant, fait qu'on suit son extravagant et inquiétant parcours sans le quitter un instant des yeux.
08:00 Publié dans 4 ** INTERESSANT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la femme du vème de pawel pawlikoski, ethan hawke, kristin scott thomas, samir guesmi, cinéma
11.12.2010
NOWHERE BOY de Sam Taylor-Wood ***



La réalisatrice Sam Taylor-Wood ne nous embarque pas dans un biopic classique. Il n'est pas question ici de la formation et de l'ascension fulgurante du mythique groupe de Liverpool dont le nom ne sera d'ailleurs pas prononcé une seule fois, mais d'une période assez réduite de la vie de son fondateur, John Lennon et plus précisément encore de sa chaotique adolescence.
J'aime les Beatles, j'ai les skeuds Blanc, Rouge et Bleu et aussi Abbey Road (mon préféré) et d'autres encore... mais je ne suis pas idôlatre au point de m'être jusqu'ici penchée sur la vie des Fab Four ni de m'être intéressée à leur carrière respective en solo qui suivit la dissolution du groupe. J'ai entendu de fervents adorateurs crier au scandale à propos de ce film. J'ai d'ailleurs retenu une des attaques qui s'avère être complètement fausse mais passons...
Tout ceci pour vous dire que je vous parle ici du film que j'ai vu, que j'ai adoré et que je ne sais quelle est la part de vérité vraie ou de fantasme de la réalisatrice. En tout cas c'est une histoire, belle, forte, parfois dramatique, deux enterrements et pas de mariage, une histoire pleine de hasards et de coïncidences. La vie et la personnalité de John Lennon ont été marquées de manière indélébile par un événement inconcevable. Alors qu'il avait 5 ans, ses parents lui ont demandé de choisir de suivre l'un ou l'autre. Il choisit son père, et sa mère part sans se retourner. Il regrette immédiatement son choix pour se précipiter vers sa mère. Finalement les deux l'abandonneront et c'est sa sévère tante Mimi qui le recueillera et l'élèvera. Aux alentours de ses quinze ans et alors qu'il n'a toujours pas compris ce qui sépare les deux soeurs à tout jamais, il se partage littéralement entre l'une et l'autre. Autant sa tante Mimi est austère et autoritaire autant sa mère est farfelue, excentrique et totalement immature. C'est pourtant à cette mère fantasque, perturbée et perturbante, dépressive et peut-être pas aussi innocente qu'elle veut le laisser paraître, qu'il doit son amour de la musique. Plutôt bagarreur, mauvais élève et exclusivement préoccupé par les filles, c'est sa mère qui lui enseignera le banjo et lui fera apprécier le rock'n'roll. Lorsqu'il découvrira Elvis Presley, sa vie en sera bouleversée à tout jamais. Très vite il fondera un groupe qui se produira dans de petites fêtes locales. Il rencontrera Paul McCartney, gaucher surdoué et on n'est pas trop surpris en voyant les étincelles immédiates entre ces deux là, la jalousie de petits coqs du haut de leurs quinze ans, de savoir que le groupe n'ait duré qu'une dizaine d'années. Puis George Harrison les rejoindra. Et si le groupe a réussi à se maintenir au-dessus de leur ego respectif, c'est sans doute qu'ils étaient suffisamment intelligents pour comprendre à quel point ils étaient à la fois en osmose (l'harmonie de leurs voix sur les choeurs est unique au monde !) et complémentaires.
Mais le propos du film n'est pas là, même si la musique est omniprésente et complètement essentielle à la survie du garçon, c'est ce traumatisme fondateur que John Lennon doit parvenir à dépasser. Constamment tiraillé entre deux femmes, sa mère et sa tante qui se le disputent comme leur possession, il est le plus souvent perdu, ne sachant comme faire pour tenter d'exister sans les perdre ou les blesser. C'est assez déchirant de voir ce garçon colérique, impatient, souvent désorienté, parfois détruit, essayer de se construire au milieu de deux adultes qui aiment trop et qui aiment mal.
La reconstitution des années 50, l'envie de retourner en Angleterre au bord de la mer, la naissance d'un mythe, le rock'n'roll qui met des fourmis dans les jambes, un bel acteur Aaron Johsnon, une grande actrice parfaite Kritin Scott Thomas, et une autre extravagante, magnifique, femme enfant tourmentée absolument époustouflante Anne-Marie Duff... sont quelques unes des bonnes raisons qui vont vous conduire en salle voir ce film. Et hop yeah !
08:00 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nowhere boy de sam taylor-wood, aaron johnson, anne-marie fuff, kristin scott thomas, cinéma
20.08.2010
CRIME D'AMOUR de Alain Corneau *

08:10 Publié dans 5 * Bof ! Mais pourquoi pas ? | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crime d'amour de alain corneau, kristin scott thomas, ludivine sagnier, cinéma, patrick mille
13.08.2009
Partir de Catherine Corsini ****



Tout semblait aller pour le mieux entre Suzanne et Samuel : lui chirurgien, elle souhaitant se remettre à son travail de kiné après avoir élevé leurs deux enfants devenus ados dans une grande maison du sud de la France. Et puis, pour aménager le futur cabinet de Suzanne c’est Ivan, ouvrier espagnol qui intervient. L’attirance réciproque entre la « bourgeoise » et le « prolo » ne tarde guère à se manifester
Qui aurait cru qu’à partir d’une trame aussi mince, on ne sombrerait pas une nouvelle fois, une fois de trop dans le banal trio amoureux assorti d’une petite historiette de différences de classes sociales ? C’est pourtant le cas et Catherine Corsini réinvente littéralement le triangle improbable où il y a forcément un personnage de trop. Mais elle s’y prend très habilement en ne cautionnant pas l’adultère, en ne faisant pas du mari trompé l’homme monstrueux à abattre, ni de l’amant un parti idéal. La réalisatrice nous parle de l’Amour, le seul, le vrai. Celui qu’on n’attend pas, qui vous foudroie quand on s’y attend le moins, qui bouleverse tout sur son passage, les certitudes, les habitudes, qui transforme la vie, fait rajeunir, rend heureux quand il est partagé. Et c’est le cas ici.
Hélas, un tel amour ne concerne pas toujours uniquement les deux amants, mais peut également chahuter, ébranler voire détruire l’entourage proche. C’est aussi le cas ici.
Ne sachant mentir et ne parvenant pas à cacher cette liaison, Suzanne la révèle à Samuel qui dans un premier temps s’effondre de chagrin et multiplie les attentions pour reconquérir sa femme. Manifestement stupéfaite de redécouvrir les sentiments de son mari, elle va promettre de renoncer à son aventure. Provisoirement bien sûr car le manque de l'être aimé va rapidement devenir envahissant.
Suzanne va finalement décider de vivre sa vie comme elle l’entend, de s’affranchir définitivement de ce mari qu'elle finira par avoir en horreur et dont elle dépend à tout point de vue. Elle va s’imaginer qu’en 20 ans de vie commune elle a acquis quelques biens. C’est compter sans l’habileté machiavélique de Samuel qui va user des seules armes qui lui restent pour tenter de faire à nouveau revenir sa femme. Il va utiliser ses relations, ses influences politiciennes pour couper les vivres à Suzanne, faire en sorte qu'elle et Ivan ne trouvent plus de travail.
Et c’est bien là toute la nouveauté de ce qui aurait pu n’être qu’un vaudeville de plus avec jalousie exacerbée. C’est beaucoup plus difficile de vivre le parfait amour quand on a plus un sou en poche. Et ici, ce n’est pas la passion elle-même qui détruit ou contrarie les amants mais les conditions et surtout les contretemps et complications pour la vivre.
Cela dit Suzanne et Ivan s’aiment sincèrement et Suzanne est plus forte que sa frêle apparence le laisse supposer…
Yvan Attal se tire admirablement du rôle peu enviable du mari trompé qui après le chagrin entend bien ne pas se laisser faire. Il affiche d’abord la belle assurance de celui à qui tout a réussi aussi bien dans la vie personnelle que professionnelle puis se met à vaciller dès qu’une pièce de son bel édifice lui échappe.
Sergi Lopez discret, fragile et rassurant, a la séduction moelleuse dans son œil de velours et son accent onctueux. Irrésistible.
Mais c’est Kristin Scott Thomas qui est la lumière chatoyante de ce film bouleversant qui s’embrase au moindre de ses regards. Elle est constamment d’une justesse et d’une crédibilité insensées. Lors d’une de ses rencontres avec Ivan, elle ne parvient pas à le quitter alors qu’elle doit rentrer chez elle, elle lui demande en riant « il faut que tu me chasses, sinon je ne pourrais pas partir ! » ; il finit pas lui dire « va t’en, rentre chez toi ». Le regard implorant, douloureux d’enfant paniqué qu’elle a à cet instant est tout simplement bouleversant et inoubliable. C'est grâce à de tels moments que je comprends pourquoi j'aime autant les acteurs. Comment font-ils parfois pour aller chercher de telles émotions qui traversent l’écran, vous saisissent et vous étreignent le cœur ?
Kristin Scott Thomas est plus que belle. C’est fou ce que les femmes au sourire triste peuvent être plus belles que les autres ! Elle a une classe folle. Elle est radieuse et bouleversante à l’image de ce film d’amour émouvant.
15:54 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : partir, catherine corsini, kristin scott thomas, sergi lopez, cinéma
