CARLOS de Olivier Assayas **

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FILM EN COMPETITION - JAPON
Sawako se considère et est considérée par son entourage comme une loseuse née. Elle a quitté sa province natale pour Tokyo où elle enchaîne les petits boulots, subissant les moqueries de ses collègues et les petites humiliations quotidiennes de ses chefs. Elle entretient en outre une relation très insatisfaisante avec Kenichi un garçon divorcé, équipé d'une gamine très triste dont elle ne parvient pas à se faire accepter. Apprenant que son père, qu'elle n'a pas vu depuis cinq ans, est gravement malade et qu'elle va hériter de la ferme agricole familiale Sawako retourne dans son village où elle est plus que fraîchement accueillie. Chacun lui reproche d'avoir fugué.
Sawako se referme de plus en plus sur elle-même, boit de plus en plus de bières, décide que des personnes sans attrait comme elle ne peuvent que se contenter de ce qu'ils ont. Jusqu'à ce qu'elle se décide à réagir.
C'est à nouveau par le biais de l'humour loufoque que ce réalisateur (comme celui de "Sweet little lies" dont je vous parlais récemment, dans une autre vie, quel jour est-on ???) japonais nous donne un instantané pas très rutilant de la société japonaise. La précarité, le chômage, la famille, la transmission d'une génération à l'autre, l'écologie et j'en oublie sans doute... tout cela est traité sur le mode de la comédie délirante. Et j'ai bien ri. Jusqu'à ce que, comme dans l'autre film japonais, un tournant à... plein de degrés s'opère vers le mélodrame humain et que l'émotion surgisse dans le dernier quart d'heure. Le japonais trouverait-il plus trivial ou inavouable d'être sentimental que d'arroser son jardin de caca ? J'ai beaucoup ri et les larmes et la toute dernière image de la jeune actrice (Hikari Mitsushima) vraiment très très bien, qui porte tout le film sur ses frêles épaules ont imprimé ma rétine.
FILM EN COMPETITION - JAPON
Ruriko et Satoshi sont mariés depuis trois ans. Ils font l'admiration de leur entourage professionnel et familial tant leur couple semble parfait. Pourtant ce ne sont que des apparences, et même si Ruriko accueille chaque soir Sathoshi sur le pas de la porte, souriante, ce dernier s'enferme immédiatement dans une pièce sans un mot, pour jouer à des jeux vidéos en poussant la musique à fond. Ils en sont même arrivés à communiquer par portable interposé à l'intérieur de leur appartement. Ils font chacun une rencontre qui va remettre définitivement en cause l'équilibre boîtillant de leur couple parfait.
Le gros défaut de ce film tendre, cruel et souvent très drôle est sa longueur. Les scènes quasi identiques reprenant l'isolement, la solitude et l'éloignement du couple qui s'intensifie, ainsi que la méchanceté avec laquelle ils traîtent leurs amants respectifs, m'ont semblé trop répétitives et n'apportant rien de nouveau ou d'essentiel. Néanmoins, l'ironie, le burlesque et la cruauté le rendent aussi vraiment intéressant. Ruriko est une nunuche qui semble faire tous ses gestes au ralenti (la très belle actrice Miki Natakani) définitivement insensible et indifférente à son sort de femme délaissée. Son métier est déjà une curiosité puisqu'elle fabrique chez elle des ours en peluche. Puis à la faveur d'une rencontre avec un garçon qui lui déclare sa flamme, elle osera, en quelques phrases lapidaires assez terribles révéler à son mari avec surprise sa remise en question :
"ça manque d'amour ici tu ne trouves pas ?" ou encore
"parfois, je suis près de toi, et je me sens seule".
C'est sans doute ce qui fera réagir le mari (l'acteur Nao Omori) qui s'enlise dans une relation qui ne semble absolument pas lui convenir. Son absence de réaction et d'expressions le rendent souvent hilarant.
Mais oscillant constamment entre l'ironie, le burlesque ou la férocité, on ne sait pas trop comment se situer par rapport à ce film esthétiquement impeccable.
de Luca Guadagnino **





A l'initiative d'Alain Chabat, ce documentaire suit au jour le jour, pendant à peu près 18 mois, de l'accouchement à leurs premiers pas, 4 bébés nés en même temps mais aux quatre coins du monde : Ponijao en Namibie, Bayarjargal en Mongolie, Mari au Japon et Hattie à San Francisco Etats-Unis.
C'est un film très doux, très tendre, parfois drôle, plein de joie et d'optimisme. Il fait du bien et je ne cache pas mon plaisir de l'avoir découvert. La grande et bonne idée est de ne pas nous avoir imposé ou infligé de commentaires. Il n'est absolument pas nécessaire qu'une voix off nous commente les images évidentes que nous sommes en train de voir. Il s'agit de quatre petites choses qui découvrent le monde, leur univers, leur entourage et nous qui les observons avec surprise et attention.
Il faut dire que l'écart est de taille dès la naissance. Celle de Hattie l'américaine est surmédicalisée alors que celle de Ponijao en Afrique a lieu dans une hutte. Ce qui suit est à l'avenant. L'américaine et la japonaise seront sur-stimulées, la mère américaine lisant des livres à son bébé de quelques semaines, fréquentant les "bébés nageurs", multipliant la fréquentation de groupes d'éveil... alors qu'en Namibie et en Mongolie les bébés seront élevés à même le sol, la yourte et la poussière, au milieu des animaux. Le constat est que, bien qu'aux Etats-Unis, au Japon comme chez nous, on ne laisse plus beaucoup aux enfants le temps de prendre leur temps, de rester un peu des bébés et qu'il semble que la course au toujours plus et mieux commence très tôt, les petits enfants d'Afrique et d'Asie marcheront et parleront aussi vite si ce n'est plus tôt.
Il est amusant d'observer également (est-ce voulu) que le seul bébé à avoir la morve qui lui coule dans la bouche, le seul qui très tôt frappera sa mère qui ne bronchera pas, soit la petite Hattie. La même d'ailleurs, lors d'une séance qui ressemble aux thérapies de groupe pour adultes (Bonjour je m'appelle Pascale, je suis addict...) cherchera à s'échapper en se précipitant vers la porte de sortie au grand désespoir de son père, se retrouvant seul à mimer une chanson indienne !!! Hélas pauvre Hattie, ton destin est tracé, tu feras comme tes parents ont décidé. Alors que Ponijao en Afrique, véritablement collée physiquement à sa mère jour et nuit pendant des mois, ou Bayarjargal en Mongolie souvent laissé seul (une clochette accrochée à son pied), ses parents étant trop occupés à travailler avec le bétail acquièreront la même indépendance, développeront les mêmes velléités de s'affranchir, sans stimulation particulière.
Le point commun est l'amour absolu, dévorant et exclusif porté par la mère. Les pères sont nettement plus en retrait dans ce film. On n'apprendra pas grand chose de ces cultures si éloignées de la nôtre, voire inconnues. Nous n'avons qu'à regarder les images, souvent sublimes de ces paysages du bout du monde. Mais le message est clair. Quel que soit l'endroit où l'on naît, le potentiel semble être le même pour tous et au niveau du langage, tous les bébés du monde semble pendant un temps parler exactement la même langue. Ensuite, c'est le poids des traditions, de la famille (aïe !), de l'éducation qui fait le reste.
Il est clair que le réalisateur et le producteur ont choisi quatre enfants particulièrement favorisés même si leurs conditions de vie sont inégales et différentes et qu'on se retrouve un peu ici comme dans une pub United Colors Of Benetton, et qu'ils savent que :
"On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille
On choisit pas non plus les trottoirs de Manille
De Paris ou d'Alger
Pour apprendre à marcher"
mais franchement, les areu areu tagada bouzou de ces quatre petits sont adorables, charmants, attachants et cromimi.
Mes deux préférés :
Ponijao

Bayarjargal




