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gérard depardieu

  • SAINT AMOUR de Gustave Kervern et Benoît Delépine **

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    Synopsis : Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui. Et s’ils trinquent au Saint-Amour, ils trinqueront bien vite aussi à l’amour tout court en compagnie de Mike, le jeune chauffeur de taxi embarqué à l’improviste dans cette tournée à hauts risques entre belles cuvées et toutes les femmes rencontrées au cours de leur périple…

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  • L'HOMME QUI RIT de Jean-Pierre Améris ****

    Le film est inspiré de l'oeuvre dense, complexe, passionnante et intimidante de Victor Hugo. Une histoire terrible et incroyable. Celle de deux enfants. L'un Gwynplaine défiguré dès son plus jeune âge par une cicatrice qui donne à son visage un sourire permanent, victime des comprachicos qui a l'époque enlevaient ou achetaient les enfants, les mutilaient pour les exposer comme des monstres. L'autre Déa, une fillette aveugle que Gwynplaine a sauvée de la mort une nuit de tempête. Les deux enfants abandonnés, orphelins sont recueillis pas Ursus, un saltimbanque, philosophe et guérisseur. Sous des dehors rugueux et misanthrophe le vieil homme dissimule des trésors de tendresse et de bonté. Incidemment, il découvre que le visage du garçon provoque l'hilarité et c'est ainsi que le spectacle de "L'homme qui rit" voit le jour. La petite troupe sillonne alors avec bonheur les routes d'Angleterre. Gwynplaine et Dea s'aiment et deviennent inséparables, sous l'oeil bienveillant et inquiet d'Ursus qui sait que pour vivre heureux il est préférable de vivre cachés. Les foules se pressent pour découvrir Gwynplaine, lui assurent une célébrité sans cesse croissante jusqu'à arriver aux oreilles de la Cour...

    D'emblée il faut écarter l'idée de l'adaptation à la lettre d'une oeuvre littéraire grandiose et colossale. Il s'agit ici de la vision d'un réalisateur à propos d'une histoire qui le hante depuis ses quinze ans. L'histoire de deux adolescences meurtries par la différence. Alors que le handicap de Dea aveugle semble vécu sereinement, Gwynplaine souffre de son apparence. Comment en étant à ce point différent, monstrueux, trouver sa place dans ce monde et être heureux ? Rien que l'idée d'évoquer cette douleur, celle de ne jamais se sentir à sa place suffit à me bouleverser. Et le film l'est, bouleversant, par la grâce de cette vision personnelle qui transforme l'oeuvre, sans jamais la trahir, en un conte horrifique, terrifiant sans pour autant négliger un humour apaisant alors que le drame pèse inéluctablement. Et par celle d'acteurs véritablement habités par la beauté et la puissance de leurs personnages. Chacun semble avoir compris que "La vie n'est qu'une longue perte de tout ce qu'on aime". Malgré cette menace qui les nargue, Gwynplaine s'abandonne un temps à l'illusion d'être accepté sans masque, malgré sa différence et à celle encore plus folle de changer le monde puisqu'il obtient soudainement le pouvoir de siéger au Parlement. Sa diatribe face à la Reine et aux parlementaires : "Ce qu'on m'a fait, on l'a fait au genre humain", puissante, bouleversante vire à la farce. Des bouffons ridicules le remettent à sa place, trop tard.

    Dans un décor de carton pâte assumé, revendiqué, Jean-Pierre Améris ne cherche pas la réconstitution historique. On ne verra donc pas de "carrosses rouler devant des châteaux du XVIIIème siècle". On restera plutôt concentrés sur les personnages principaux et leurs visages, même si l'ambiance "timburtonnienne" évoque Edward aux Mains d'Argent et la mer synthétique celle admirable du Casanova de Fellini. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le sublime, génial, inoubliable Joker composé par Heath Ledger s'inspire totalement de l'Homme qui rit de  Victor Hugo (et non l'inverse). Il n'y a donc rien de paradoxal à ce que le "masque" de Gwynplaine l'évoque de façon aussi troublante. Mais alors que le Joker blessé aussi au plus profond de sa chair n'aspire qu'au mal, Gwynplaine est d'abord un jeune héros courageux qui a sauvé une fillette, puis un homme honnête qui rêve de justice et d'amour. Marc-André Grondin incarne avec une belle présence inquiète et naïve cet être meurtri, aimé au-delà de ce qu'il espère et totalement ébloui par cet amour.

    Emmanuelle Seigner belle et cruelle Duchesse se servira un temps de Gwynplaine pour surmonter un ennui abyssal et l'utilisera comme une distraction. Elle verra en lui le véritable miroir de son âme noire. "Ce que tu es dehors, je le suis dedans". Et l'actrice offre à son personnage une intensité et une fêlure touchantes qui évoquent la Madame de Merteuil des Liaisons Dangereuses. 

    Dea est la jeune fille pure qui aime et protège Gwynplaine, parfois malgré lui. Elle connaît l'essentiel invisible pour les yeux. Elle ne peut comprendre que Gwynplaine craigne qu'elle ne l'aime plus si elle  venait à découvrir sa laideur. "Comment peux-tu être laid puisque tu me fais du bien ?". Christa Théret, une nouvelle fois surprenante incarne avec une grâce magnifique cet ange aveugle, simple et vertueux. Elle est d'une expressivité réellement impressionnante empruntée aux grandes actrices du muet. Et ici comme une réincarnation, jusque dans ses gestes de la Virginia Cherril des Lumières de la ville de Charlie Chaplin.

    Quant à Gérard Depardieu, jamais aussi bon que dans les grands classiques qui ont contribué à sa gloire, il est ici exemplaire de sobriété. D'une présence forcément imposante, il laisse néanmoins toute la place à ses partenaires et à cet ange fragile et gracile qu'est ici Christa Théret. Et pourtant chacune de ses apparitions alternativement drôles ou bouleversantes le rendent une fois encore inoubliable dans ce rôle de père déchiré, impuissant à sauver ses enfants de leur destin.

    Jean-Pierre Améris nous saisit donc dès la première image implacable et cruelle et ne nous lâche plus jusqu'au final poignant. Il concentre son histoire en une heure trente, sans digression inutile accompagnée d'une musique ample et idéale. Et c'est à regret que l'on quitte ces personnages follement romanesques et romantiques. 

  • ASTÉRIX ET OBÉLIX AU SERVICE DE SA MAJESTÉ de Laurent Tirard **

    Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté : photo Edouard Baer, Gérard Depardieu
    Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté : photo Fabrice LuchiniAstérix et Obélix : au service de Sa Majesté : photo Edouard Baer, Gérard Depardieu
    A la tête de ses légions bas du bulbe, César continue d'envahir le monde. Son choix se porte sur une île aux rites bizarres : Britania. Même si la victoire est aisée, comme pour la Gaule, César tombe sur un os. Un village d'irréductibles résiste mais s'épuise peu à peu. La Reine des bretons se voit donc contrainte à contre coeur d'envoyer son fidèle serviteur Jolitorax chercher de l'aide en Gaule et surtout de rapporter la fameuse potion magique qui permet encore et toujours aux gaulois de tenir tête à César. Astérix et Obélix sont chargés d'escorter Jolitorax et de remettre eux-mêmes à la Reine un tonneau de potion. Evidemment il y aura plein d'embûches en chemin d'autant que les deux comparses sont flanqués d'un compagnon peu ordinaire en la personne de Goudurix, un ado dans toute sa splendeur dont ils sont chargés de faire l'éducation. Et puis, surprise, Astérix et Obélix vont se brouiller un temps,  ils vont devoir prouver qu'ils ne sont pas "deux hommes qui vivent ensemble avec un petit chien", l'un d'eux va tomber amoureux, Obélix va pouvoir baffer quelques romains et toute cette sorte de choses... comme disent les bretons !
    Mais ce qui compte ici ce sont les acteurs, davantage au service de leurs personnages que d'une histoire dont on n'a en gros, que faire. Si l'on excepte quelques passages sans intérêt, la conversion de Dany Boon en gentleman, la cuite carabinée des légionnaires, le personnage agaçant de Pindépis... il faut bien reconnaître que ce quatrième épisode des aventures filmées des deux gaulois est l'un des plus marrant (loin derrière l'opus Chabat évidemment). J'ai donc bien ri de voir énumérer les préjugés que les anglais et les français ont les uns envers les autres (entre autre, les anglais boivent de l'eau chaude et les français puent...), d'entendre l'accent délicieux et excessifs des acteurs français qui jouent des anglais et surtout leurs répliques traduites littéralement comme par un site de traduction en ligne gratuit, que certaines expressions soient prises au pied de la lettre (un gentleman ne doit jamais courir).
    L'idée de mettre dans les pattes des deux compères un troisième luron est excellente et Vincent Lacoste nous refait son numéro très con mais très réaliste d'ado insupportable dont on ne peut rien tirer. Fabrice Lucchini en César c'est du nanan, pour lui comme pour nous. Une fois encore, alors qu'on l'imagine peu en toge et coiffé de lauriers, il donne l'impression d'improviser chacune de ses répliques. Cet acteur est étonnant au point de se fondre dans chaque rôle comme s'il l'inventait et d'y imprimer sa forte personnalité. Guillaume Galienne est plus vrai que vrai en gentleman qui ne veut pas trahir sa bonne éducation. Les filles sont plutôt bien servies et aussi drôles que les garçons ; Catherine Deneuve en reine imperturbable, Valérie Lermercier en chaperon rigide et Charlotte Lebon en jeune première (même si elle hérite de la robe la plus moche qui soit)... Le casting luxueux réserve plein de bonnes surprises et quelques apparitions inattendues.
    Il semble par ailleurs qu'avec Edouard Baer on retrouve le vrai tempérament d'Astérix. Celui d'un petit bonhomme sûr de lui, de son charme, imbu de sa personne, donneur de leçons et un chouilla méprisant. Evidemment il reste toujours le plus courageux dès qu'il faut défendre l'opprimé et cela même sans potion magique. L'acteur parvient comme personne à faire ressortir le côté un peu pathétique et ridicule du personnage.
    Et Gérard Depardieu fait plus que jamais de cet Obélix un couillon empoté, naïf et immature mais invariablement fidèle en amitié. Tout en lui exprime la douceur et la gentillesse, sa voix, sa démarche, son regard, son sourire. Et c'est extravagant que ce soit avec un tel personnage de BD qu'il nous offre sa composition la plus discrète, modeste  mais aussi la plus touchante depuis bien longtemps !

  • JE N'AI RIEN OUBLIE de Bruno Chiche ***

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    Conrad est un grand garçon d'à peu près 60 ans qui commence à yoyoter de la cafetière. C'est en fait l'alzheimer qui s'insinue peu à peu. Du coup, il ne se souvient pas de ce qu'il a fait deux secondes avant mais se trouve par contre envahi des souvenirs de sa petite enfance. C'était le temps béni  où il était l'ami, le quasi frère de Thomas qui aujourd'hui le rejette. Cette mémoire sélective qui va puiser trop loin dans le passé,  n'est pas du goût d'Elvira matriarche presque octogénaire qui règne sur le domaine et la famille Senn et qui semble cacher quelques secrets. Conrad, qui a toujours vécu aux crochets de cette famille, leur a servi de jardinier, de gardien, d'homme à tout faire n'est plus le bienvenu depuis qu'il a mis accidentellement le feu à une maison de vacances de la tribu. Alors qu'Elvira a organisé en très grandes pompes le mariage de son petit fils et héritier chéri Philippe avec Simone, jeune beauté un peu perdue qui va essayer de s'intégrer au clan, Conrad fait irruption pendant la fête tel l'éléphant dans un magasin de porcelaine. Sa maladie l'empêchant de vivre seul désormais, Elvira décide, à la stupéfaction de tous, de l'héberger dans une "petite" maison au fond du domaine. Curieusement, la jeune mariée délaissée puis trompée par son goujat de mari et Conrad vont devenir amis. Pensant l'aider à faire travailler sa mémoire, Simone va en fait contribuer à faire ressurgir un passé que certains cherchaient à effacer ou mieux, à ne pas connaître. 

    Il ne faut pas être extralucide ou fin psychologue pour comprendre le fameux secret qui pèse sur certains membres de la famille. D'ailleurs, les explications finales fumeuses et alambiquées sont tellement compliquées qu'elles m'ont laissé comme un arrière goût d'à peu près et l'impression d'avoir même loupé une révélation... Malgré cela, ce film étrange, tantôt léger, tantôt inquiétant m'a profondément troublée. Il règne dans cette grande demeure aristocrate où Elvira (Françoise Fabian d'une beauté diabolique et d'une incroyable cruauté) impose sa loi, une atmosphère souvent pesante où l'on sent bien que l'hypocrisie et les mensonges sont une seconde nature pour chacun. Pour Thomas (Niels Arestrup, beau, charmant et souriant comme rarement jamais..) boire et se saoûler lui permet d'oublier et notamment d'oublier pourquoi il boit. Il élude l'évocation de son mariage échec et de son divorce avec Elisabeth (Nathalie Baye, douce et désenchantée) qui a préféré la sécurité en le choisissant lui plutôt que Conrad qu'elle a aussi aimé. Thomas repousse Conrad, préférant se persuader que sa maladie le rend gâteux. La relation qui naît entre Conrad et Simone (Alexandra Maria Lara, belle et digne) réserve de beaux moments de complicité. Et c'est finalement elle qui va, en toute innocence, réveiller le passé infâmant.

    C'est doux, profond, lumineux, sombre et cruel, parfois même envoûtant et ce casting singulier mais harmonieux où chaque interprète brille d'intensité est sans doute l'un des attraits essentiel de ce film classique et raffiné. Mais pas seulement... Et puis il y a Gérard Depardieu, fragile comme un oiseau, de plus en plus calme, doux et léger à mesure qu'il se dilate...

  • MA SEMAINE AU CINEMA

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    POTICHE de François Ozon ****

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     DATE LIMITE de Todd Phillips *** 

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    LE BRAQUEUR de Benjamin Heisenberg ***

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    COMMISSARIAT  de Ilan Klipper et Virgil Vernier***

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    BURIED de Rodrigo Cortès *

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    LE DERNIER VOYAGE DE TANYA de Aleksei Fedorchenko °

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    MES COUPS DE COEUR

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  • POTICHE de François Ozon ****

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    Robert Pujol dirige d'une main de fer et d'une humeur massacrante l'entreprise de parapluies qu'il a obtenue de la dote de son mariage avec Suzanne. Vaniteux et pédant il n'a que mépris pour tous ceux qui l'entourent. En premier lieu pour sa femme, cette potiche à qui il n'accorde qu'à peine la parole mais qui rêveuse et résignée semble s'être accomodée de cette position, pour ses deux enfants qui ne répondent pas non plus à ses critères de réussite, une fille presque plus réac' que lui, un fils davantage attiré par les arts que par l'économie, et sa maîtresse qui est également sa dévouée secrétaire. Inutile de préciser qu'il n'a aucune considération pour ses employés. Totalement défait par la grève dont son usine fait l'objet, il est victime d'une attaque qui le contraint à s'en éloigner pour une cure de repos. Les enfants étant déclarés incompétents c'est contre toute attente Suzanne qui reprend les rênes de l'entreprise et montre instantanément d'évidentes qualités d'écoute et de négociation. Elle parvient grâce à sa gestion juste et humaine ainsi qu'à l'aide du député maire communiste à mettre fin à la grève et à relancer l'activité avec des idées inédites et créatrices. Evidemment dès son retour Robert, toujours aussi borné ne va se réjouir de ces innovations...

    Tout est TROP dans ce film et c'est sans doute ce qui en fait son premier charme et sa grande réussite. François Ozon n'a sans doute pas dû rigoler (autant que moi) tous les jours à faire ce merveilleux film mais il est selon moi une totale réussite à tous points de vue. Un scénario solide avec des personnages qui stagnent ou évoluent, une ambiance kitsch et nostalgique à souhait (l'action se situe en 1977) et des acteurs dirigés qui semblent fiers et heureux de l'être, pouvant ainsi donner libre court à leur fantaisie explosive et démesurée.

    Dès les premiers plans on plonge dans l'atmosphère avec Catherine Deneuve, tordante et délicieuse en joggeuse à bigoudis qui s'extasient par des "oh" et des "ha" devant les petites ou grosses bestioles de la forêt. On croirait Blanche Neige découvrant la nature ! Dès qu'elle rentre chez elle, une grande demeure bourgeoise de Province au toit de chaume, on a l'impression d'être "Au théâtre ce soir" où les décors seraient "de Roger Hart et les costumes de Dolnald Cardwell". La façon de déclamer et d'articuler des dialogues très écrits ne contredit pas cette sensation.

    On va assister avec joie et bonheur à l'éclosion d'une femme libre et épanouie qui jusque là était toujours restée dans l'ombre d'un père aimé puis d'un mari tyrannique. Car oui, sous ses aspects de comédie hilarante et décalée à de nombreuses reprises, "Potiche" est un véritable manifeste féministe et le personnage de Suzanne est vraiment emblématique de la révolte qui sommeillait en beaucoup de femmes de ces années 70. Les hommes tenaient encore des discours (et l'on en découvre des extraits de "micro-trottoirs" de l'époque) tels que "les femmes sont faites pour rester à la maison..." ou "elles peuvent travailler, ça les occupera..." ou encore "à condition qu'elles n'aient pas le même salaire que nous" etc... Il faut bien reconnaître que les hommes en ont pris pour leur grade dans ces années là et qu'ils ont beaucoup perdu de leur superbe (pour ne pas dire de la supériorité qu'ils étaient (étaient ???)convaincus d'avoir...) depuis et grâce à ces femmes qui les ont affrontés.

    Bien qu'il place l'action de son film en 1977, Ozon lui accorde parfois quelques accès de "modernité" en rendant Robert Pujol (Fabrice Luchini, très à son affaire en type odieux constamment excédé) plus sarkoziste que le vrai et plaçant de ci de là des petites phrases comme "casse-toi pauv' con !" ou "travailler plus pour gagner plus"... Et la grève qui agite l'usine n'est évidemment pas sans évoquer le contexte social actuel qui secoue un peu la France ces temps ci.

    Le casting brillantissime dont s'est entouré le réalisateur se charge du reste, avec en premier lieu un look seventies très convaincant. Judith Godrèche au brushing Farrah Fawcett plus vrai que vrai, toujours prête à envoyer les CRS contre la racaille pour leur faire comprendre qui est le chef, ose tenir des propos d'un autre âge mais est au fond une de ces filles sacrifiées qui ne peut, bien qu'elle soit persuadée du contraire, se dépêtrer du rôle de potiche qui lui est dévolu. Jérémie Rénier est un fils à maman très sensible qui porte avec beaucoup de crânerie les ptits pulls moulants et les pantalons taille haute. Sa tignasse blond soleil avec mèche laquée à la Claude François est nickel. Karin Viard est la secrétaire modèle, toujours parfaite dans ses tailleurs près du corps et qui finit par cesser de croire que la promotion passe par le canapé. Gérard Depardieu arbore une moumoute copiée sur celle de Bernard Thibault et n'a aucun mal à se forcer pour être crédible en maire communiste. Il est étonnant de voir évoluer ce géant d'acteur qui, plus il tonitrue à tort et à travers IRL plus il se montre sobre, juste, modeste, touchant et donc IMMENSE dans ses rôles de cinéma.

    Quant à Catherine, MA Catherine... où et comment vais-je trouver les mots pour parler une fois encore de ce qu'elle fait ici ? Elle est toutes les femmes réunies en une seule. Elle est le coeur, l'âme, le centre. Elle est sublime, elle est divine, elle est incroyable, drôle, forte, touchante, vibrante. Ses duos avec Gérard Depardieu pleins de douceur et de mélancolie où tout l'amour qu'ils semblent se porter passent dans leurs regards sont les grands moments parmi les grands bonheurs du film. Catherine Deneuve n'a peur de rien ni de personne. Même en se ridiculisant par ces tenues et ces attitudes, elle ne l'est pas, parce qu'elle s'amuse d'elle et avec nous. Elle ne se moque pas. Elle est. Cette femme, cette actrice est une vraie rebelle. Elle est folle et indisciplinée, énergique et enthousiaste. VIVANTE. Je l'aime.

    P.S. : cerise confite sur le clafoutis, l'action se déroule dans une ville où toutes les voitures sont immatriculées 59 et où il y a de la brique rouge en pagaïe

  • LA TETE EN FRICHE de Jean Becker **

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    Germain est un peu l'idiot du village dont tout le monde se moque un peu mais que tout le monde aime bien aussi. Il n'est pas allé très longtemps à l'école. Il vit de petits boulots dont la vente des légumes qu'il cultive dans son potager. Il habite dans une caravane au fond du jardin de la maison occupée par sa mère vieillissante, acariâtre, hostile et un peu barge qui ne l'a jamais aimé. Il a une petite amie, Annette beaucoup plus jeune que lui et des copains qu'il retrouve au bistrot. Un jour, dans le parc où il se rend quotidiennement, il rencontre Margueritte une très vieille dame de 95 ans très cultivée qui lit des livres sur un banc. Leur rencontre va se transformer en une profonde amitié, et Margueritte va donner le goût des livres à Germain.
    Ne comptez pas sur moi pour jouer les cyniques et les blasés, j'ai trouvé que ce film était une véritable sucrerie. Evidemment, je ne suis pas aveugle et je vois bien que question "cinéma", il y a peu à se mettre sous les yeux, avec une histoire toute prévisible, des flash-backs un peu lourdauds et de bons et nobles sentiments en cascade. Moi ça ne me dérange pas, j'avais aimé des films comme  "Les enfants du Marais" ou "Dialogues avec mon jardinier" (mais détesté "Deux jours à tuer" par contre). Ce qui compte ici ce sont les dialogues de Jean-Loup Dabadie délicieux, souvent drôles et tirés du bon sens populaire. Et puis, il y a de l'entraide, de la camaraderie, des jolies filles qui aiment des garçons pas terribles, de jeunes garçons qui aiment des filles plus toutes jeunes, et pour moi qui n'ai pas bien confiance en l'espèce humaine, c'est comme si je regardais un reportage sur une espèce disparue.
    Mais aussi, il y a les acteurs qui se régalent à faire leur petit numéro bien sympathique du terroir.
    Et surtout, surtout, il y a une rencontre entre deux acteurs. Une petite brindille chiffonnée de 40 kilos, pleine d'élégance, douce, drôle, intelligente, gentille et idéale. C'est Gisèle Casadesus, diction parfaite, présence délicate et délicieuse. Et face à elle, un ogre impressionnant aussi doux et tendre qu'elle. Quand l'alchimie se produit ainsi au cinéma, qu'on a l'impression que ni l'une et surtout pas l'autre n'ont voulu passer à côté de cette occasion d'être ensemble, c'est très beau. Ce film c'est elle mais c'est surtout lui, Depardieu, immense, magnifique. Il ne joue pas, il est. Je l'aime.
    Et puis un film qui donne envie de relire Camus ne peut pas faire de mal !