06.04.2011

JE N'AI RIEN OUBLIE de Bruno Chiche ***

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Conrad est un grand garçon d'à peu près 60 ans qui commence à yoyoter de la cafetière. C'est en fait l'alzheimer qui s'insinue peu à peu. Du coup, il ne se souvient pas de ce qu'il a fait deux secondes avant mais se trouve par contre envahi des souvenirs de sa petite enfance. C'était le temps béni  où il était l'ami, le quasi frère de Thomas qui aujourd'hui le rejette. Cette mémoire sélective qui va puiser trop loin dans le passé,  n'est pas du goût d'Elvira matriarche presque octogénaire qui règne sur le domaine et la famille Senn et qui semble cacher quelques secrets. Conrad, qui a toujours vécu aux crochets de cette famille, leur a servi de jardinier, de gardien, d'homme à tout faire n'est plus le bienvenu depuis qu'il a mis accidentellement le feu à une maison de vacances de la tribu. Alors qu'Elvira a organisé en très grandes pompes le mariage de son petit fils et héritier chéri Philippe avec Simone, jeune beauté un peu perdue qui va essayer de s'intégrer au clan, Conrad fait irruption pendant la fête tel l'éléphant dans un magasin de porcelaine. Sa maladie l'empêchant de vivre seul désormais, Elvira décide, à la stupéfaction de tous, de l'héberger dans une "petite" maison au fond du domaine. Curieusement, la jeune mariée délaissée puis trompée par son goujat de mari et Conrad vont devenir amis. Pensant l'aider à faire travailler sa mémoire, Simone va en fait contribuer à faire ressurgir un passé que certains cherchaient à effacer ou mieux, à ne pas connaître. 

Il ne faut pas être extralucide ou fin psychologue pour comprendre le fameux secret qui pèse sur certains membres de la famille. D'ailleurs, les explications finales fumeuses et alambiquées sont tellement compliquées qu'elles m'ont laissé comme un arrière goût d'à peu près et l'impression d'avoir même loupé une révélation... Malgré cela, ce film étrange, tantôt léger, tantôt inquiétant m'a profondément troublée. Il règne dans cette grande demeure aristocrate où Elvira (Françoise Fabian d'une beauté diabolique et d'une incroyable cruauté) impose sa loi, une atmosphère souvent pesante où l'on sent bien que l'hypocrisie et les mensonges sont une seconde nature pour chacun. Pour Thomas (Niels Arestrup, beau, charmant et souriant comme rarement jamais..) boire et se saoûler lui permet d'oublier et notamment d'oublier pourquoi il boit. Il élude l'évocation de son mariage échec et de son divorce avec Elisabeth (Nathalie Baye, douce et désenchantée) qui a préféré la sécurité en le choisissant lui plutôt que Conrad qu'elle a aussi aimé. Thomas repousse Conrad, préférant se persuader que sa maladie le rend gâteux. La relation qui naît entre Conrad et Simone (Alexandra Maria Lara, belle et digne) réserve de beaux moments de complicité. Et c'est finalement elle qui va, en toute innocence, réveiller le passé infâmant.

C'est doux, profond, lumineux, sombre et cruel, parfois même envoûtant et ce casting singulier mais harmonieux où chaque interprète brille d'intensité est sans doute l'un des attraits essentiel de ce film classique et raffiné. Mais pas seulement... Et puis il y a Gérard Depardieu, fragile comme un oiseau, de plus en plus calme, doux et léger à mesure qu'il se dilate...

14.11.2010

MA SEMAINE AU CINEMA

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POTICHE de François Ozon ****

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 DATE LIMITE de Todd Phillips *** 

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LE BRAQUEUR de Benjamin Heisenberg ***

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COMMISSARIAT  de Ilan Klipper et Virgil Vernier***

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BURIED de Rodrigo Cortès *

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LE DERNIER VOYAGE DE TANYA de Aleksei Fedorchenko °

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MES COUPS DE COEUR

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11.11.2010

POTICHE de François Ozon ****

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Robert Pujol dirige d'une main de fer et d'une humeur massacrante l'entreprise de parapluies qu'il a obtenue de la dote de son mariage avec Suzanne. Vaniteux et pédant il n'a que mépris pour tous ceux qui l'entourent. En premier lieu pour sa femme, cette potiche à qui il n'accorde qu'à peine la parole mais qui rêveuse et résignée semble s'être accomodée de cette position, pour ses deux enfants qui ne répondent pas non plus à ses critères de réussite, une fille presque plus réac' que lui, un fils davantage attiré par les arts que par l'économie, et sa maîtresse qui est également sa dévouée secrétaire. Inutile de préciser qu'il n'a aucune considération pour ses employés. Totalement défait par la grève dont son usine fait l'objet, il est victime d'une attaque qui le contraint à s'en éloigner pour une cure de repos. Les enfants étant déclarés incompétents c'est contre toute attente Suzanne qui reprend les rênes de l'entreprise et montre instantanément d'évidentes qualités d'écoute et de négociation. Elle parvient grâce à sa gestion juste et humaine ainsi qu'à l'aide du député maire communiste à mettre fin à la grève et à relancer l'activité avec des idées inédites et créatrices. Evidemment dès son retour Robert, toujours aussi borné ne va se réjouir de ces innovations...

Tout est TROP dans ce film et c'est sans doute ce qui en fait son premier charme et sa grande réussite. François Ozon n'a sans doute pas dû rigoler (autant que moi) tous les jours à faire ce merveilleux film mais il est selon moi une totale réussite à tous points de vue. Un scénario solide avec des personnages qui stagnent ou évoluent, une ambiance kitsch et nostalgique à souhait (l'action se situe en 1977) et des acteurs dirigés qui semblent fiers et heureux de l'être, pouvant ainsi donner libre court à leur fantaisie explosive et démesurée.

Dès les premiers plans on plonge dans l'atmosphère avec Catherine Deneuve, tordante et délicieuse en joggeuse à bigoudis qui s'extasient par des "oh" et des "ha" devant les petites ou grosses bestioles de la forêt. On croirait Blanche Neige découvrant la nature ! Dès qu'elle rentre chez elle, une grande demeure bourgeoise de Province au toit de chaume, on a l'impression d'être "Au théâtre ce soir" où les décors seraient "de Roger Hart et les costumes de Dolnald Cardwell". La façon de déclamer et d'articuler des dialogues très écrits ne contredit pas cette sensation.

On va assister avec joie et bonheur à l'éclosion d'une femme libre et épanouie qui jusque là était toujours restée dans l'ombre d'un père aimé puis d'un mari tyrannique. Car oui, sous ses aspects de comédie hilarante et décalée à de nombreuses reprises, "Potiche" est un véritable manifeste féministe et le personnage de Suzanne est vraiment emblématique de la révolte qui sommeillait en beaucoup de femmes de ces années 70. Les hommes tenaient encore des discours (et l'on en découvre des extraits de "micro-trottoirs" de l'époque) tels que "les femmes sont faites pour rester à la maison..." ou "elles peuvent travailler, ça les occupera..." ou encore "à condition qu'elles n'aient pas le même salaire que nous" etc... Il faut bien reconnaître que les hommes en ont pris pour leur grade dans ces années là et qu'ils ont beaucoup perdu de leur superbe (pour ne pas dire de la supériorité qu'ils étaient (étaient ???)convaincus d'avoir...) depuis et grâce à ces femmes qui les ont affrontés.

Bien qu'il place l'action de son film en 1977, Ozon lui accorde parfois quelques accès de "modernité" en rendant Robert Pujol (Fabrice Luchini, très à son affaire en type odieux constamment excédé) plus sarkoziste que le vrai et plaçant de ci de là des petites phrases comme "casse-toi pauv' con !" ou "travailler plus pour gagner plus"... Et la grève qui agite l'usine n'est évidemment pas sans évoquer le contexte social actuel qui secoue un peu la France ces temps ci.

Le casting brillantissime dont s'est entouré le réalisateur se charge du reste, avec en premier lieu un look seventies très convaincant. Judith Godrèche au brushing Farrah Fawcett plus vrai que vrai, toujours prête à envoyer les CRS contre la racaille pour leur faire comprendre qui est le chef, ose tenir des propos d'un autre âge mais est au fond une de ces filles sacrifiées qui ne peut, bien qu'elle soit persuadée du contraire, se dépêtrer du rôle de potiche qui lui est dévolu. Jérémie Rénier est un fils à maman très sensible qui porte avec beaucoup de crânerie les ptits pulls moulants et les pantalons taille haute. Sa tignasse blond soleil avec mèche laquée à la Claude François est nickel. Karin Viard est la secrétaire modèle, toujours parfaite dans ses tailleurs près du corps et qui finit par cesser de croire que la promotion passe par le canapé. Gérard Depardieu arbore une moumoute copiée sur celle de Bernard Thibault et n'a aucun mal à se forcer pour être crédible en maire communiste. Il est étonnant de voir évoluer ce géant d'acteur qui, plus il tonitrue à tort et à travers IRL plus il se montre sobre, juste, modeste, touchant et donc IMMENSE dans ses rôles de cinéma.

Quant à Catherine, MA Catherine... où et comment vais-je trouver les mots pour parler une fois encore de ce qu'elle fait ici ? Elle est toutes les femmes réunies en une seule. Elle est le coeur, l'âme, le centre. Elle est sublime, elle est divine, elle est incroyable, drôle, forte, touchante, vibrante. Ses duos avec Gérard Depardieu pleins de douceur et de mélancolie où tout l'amour qu'ils semblent se porter passent dans leurs regards sont les grands moments parmi les grands bonheurs du film. Catherine Deneuve n'a peur de rien ni de personne. Même en se ridiculisant par ces tenues et ces attitudes, elle ne l'est pas, parce qu'elle s'amuse d'elle et avec nous. Elle ne se moque pas. Elle est. Cette femme, cette actrice est une vraie rebelle. Elle est folle et indisciplinée, énergique et enthousiaste. VIVANTE. Je l'aime.

P.S. : cerise confite sur le clafoutis, l'action se déroule dans une ville où toutes les voitures sont immatriculées 59 et où il y a de la brique rouge en pagaïe

03.06.2010

LA TETE EN FRICHE de Jean Becker **

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Germain est un peu l'idiot du village dont tout le monde se moque un peu mais que tout le monde aime bien aussi. Il n'est pas allé très longtemps à l'école. Il vit de petits boulots dont la vente des légumes qu'il cultive dans son potager. Il habite dans une caravane au fond du jardin de la maison occupée par sa mère vieillissante, acariâtre, hostile et un peu barge qui ne l'a jamais aimé. Il a une petite amie, Annette beaucoup plus jeune que lui et des copains qu'il retrouve au bistrot. Un jour, dans le parc où il se rend quotidiennement, il rencontre Margueritte une très vieille dame de 95 ans très cultivée qui lit des livres sur un banc. Leur rencontre va se transformer en une profonde amitié, et Margueritte va donner le goût des livres à Germain.
Ne comptez pas sur moi pour jouer les cyniques et les blasés, j'ai trouvé que ce film était une véritable sucrerie. Evidemment, je ne suis pas aveugle et je vois bien que question "cinéma", il y a peu à se mettre sous les yeux, avec une histoire toute prévisible, des flash-backs un peu lourdauds et de bons et nobles sentiments en cascade. Moi ça ne me dérange pas, j'avais aimé des films comme  "Les enfants du Marais" ou "Dialogues avec mon jardinier" (mais détesté "Deux jours à tuer" par contre). Ce qui compte ici ce sont les dialogues de Jean-Loup Dabadie délicieux, souvent drôles et tirés du bon sens populaire. Et puis, il y a de l'entraide, de la camaraderie, des jolies filles qui aiment des garçons pas terribles, de jeunes garçons qui aiment des filles plus toutes jeunes, et pour moi qui n'ai pas bien confiance en l'espèce humaine, c'est comme si je regardais un reportage sur une espèce disparue.
Mais aussi, il y a les acteurs qui se régalent à faire leur petit numéro bien sympathique du terroir.
Et surtout, surtout, il y a une rencontre entre deux acteurs. Une petite brindille chiffonnée de 40 kilos, pleine d'élégance, douce, drôle, intelligente, gentille et idéale. C'est Gisèle Casadesus, diction parfaite, présence délicate et délicieuse. Et face à elle, un ogre impressionnant aussi doux et tendre qu'elle. Quand l'alchimie se produit ainsi au cinéma, qu'on a l'impression que ni l'une et surtout pas l'autre n'ont voulu passer à côté de cette occasion d'être ensemble, c'est très beau. Ce film c'est elle mais c'est surtout lui, Depardieu, immense, magnifique. Il ne joue pas, il est. Je l'aime.
Et puis un film qui donne envie de relire Camus ne peut pas faire de mal !

25.04.2010

MA SEMAINE AU CINEMA

MAMMUTH de Gustave Kervern et Benoît Delépine ****

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LA COMTESSE de Julie Delpy ****

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KICK ASS de Matthew Vaughn***

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NANNY McPHEE ET LE BIG BANG de Susanna White **

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MES COUPS DE / AU COEUR DE LA SEMAINE
Ewan Mc Gregor
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21.04.2010

MAMMUTH de Gustave Kervern et Benoît Delépine ****

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C'est le premier jour du reste de la vie de Serge Pilardosse. Ses collègues "fêtent" avec lui son départ à la retraite puis il se retrouve seul sur le parking de l'entreprise de découpage de porcs où il fut un employé modèle et un bon compagnon. Chez lui il retrouve sa femme Catherine qui s'aperçoit qu'il lui manque des fiches de paie pour prétendre à sa retraite à taux plein. Elle l'encourage à partir à la recherche de ces "trimestres" manquants. Il chevauche sa vieille "Mamut", une moto des années 70 et entreprend un voyage insolite pour récupérer ses fiches de paie, ses "papelards" comme il les appelle. En route, il va faire des rencontres, se souvenir, établir comme un bilan et peut-être réapprendre à vivre au contact d'une nièce un peu barge (Miss Ming, surprenante) et à aimer.

Le film s'ouvre sur ce pot de départ à la fois hilarant et lugubre. Le patron lit sans enthousiasme un texte qu'il n'a manifestement pas écrit pendant que les employés grignotent bruyamment des chips. "Que la fête commence" conclut-il, et c'est sinistre ! On rit, mais déjà, le rire devient jaune et si l'on sourit encore tout au long du parcours de Serge, c'est plutôt les larmes qu'on doit étouffer. Chez lui, entre sa femme qui le harcèle de trouver de l'argent car son salaire à elle ne pourra suffire, et son ennui, Serge tourne comme un lion en cage, compte les voitures qui passent, entreprend le puzzle qu'il a reçu comme cadeau de départ ! Au cours de son voyage on constate qu'il a fait d'étranges boulots Serge (fossoyeur, forain, videur, vigneron...) mais toujours il a travaillé, pour vivre, plus simplement pour survivre. On apprend avec lui que parfois il a été exploité, pas considéré, pas déclaré. Il ne comprend pas tout mais il avance. Ce qui lui faut c'est son "papelard" pour toucher ses sous.

C'est un film unique, inclassable, généreux, politique et digne. Pas de pathos, jamais, ni de misérabilisme mais un spleen immense, une mélancolie tellement considérable qu'elle en devient impressionnante, presque dérangeante. Justement parce que jamais le trait n'est appuyé sur l'adversité ou la détresse de ces laissés pour compte qui s'épuisent au boulot mais restent debout en toute circonstance, sans état d'âme. Et pourtant Catherine (Yolande Moreau, tout naturellement et simplement IMMENSE) dira à Serge "faut que tu trouves de l'argent sinon je vais passer de l'oméopathie aux anti-dépresseurs...", là on rirait presque si elle n'ajoutait "maintenant tu sais, je vais au travail en tremblant". Et ainsi le film oscille sans cesse entre le sourire et les larmes. C'est un film qui palpite avec un coeur qui bat et c'est très beau.

Evidemment, les réalisateurs ne sont pas toujours très regardants sur la qualité de la lumière ou la stabilité de la caméra mais peu importe, cela ajoute encore à l'authenticité de l'ensemble. Et puis quelques gros plans fixes sur le visage de Depardieu et l'on comprend ce que douleur muette veut dire. Il semble ici se souvenir le fabuleux acteur qu'il est. Ou bien alors est-ce parce que pour la toute première fois il est vraiment lui-même en toute simplicité ? En tout cas, depuis Cyrano je crois, je ne l'ai plus jamais vu si aérien, sobre et doux mais aussi démuni, perdu, désorienté ! Malgré l'ampleur de ce corps devenu invraisemblablement gros, cette longue tignasse jaune et filasse, il impose à l'écran une fragilité et une douceur renversantes, sans jamais une seule fois élever sa voix dont on sait à quel point elle peut tonitruer. Sont-ce les réalisateurs qui ont contenu la bête, le monstre, ou est-ce lui-même qui révèle cette lassitude déchirante, cette bonté et ce calme spectaculaires et poignants ? Peu importe, l'essentiel est là, dans ce beau grand film différent qui nous offre sur un plateau un acteur monumental.

Gérard Depardieu forme avec Yolande Moreau, elle aussi à l'apogée de son interprétation, un couple absolument convaincant, crédible et bouleversant. Je ne vous cite aucune des belles scènes, drôles, tendres ou cruelles qui jalonnent le voyage. Je vous les laisse découvrir ainsi que les acteurs qui offrent chacun un moment unique à chaque étape. Par contre, je ne peux m'empêcher d'évoquer celle qui par intermittence vient poser sa tête sur l'épaule de Serge/Gérard, elle, l'ange gardien, la première femme aimée, celle qui laisse inconsolable et qui murmure des mots d'amour de sa voix miraculeuse, Isabelle Adjani...

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Vous autres "face-bookés", n'hésitez pas à défendre ce film ICI.

15.02.2010

L'AUTRE DUMAS de Safy Nebbou **

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Alexandre Dumas et son "nègre" Auguste Maquet essaient de trouver l'inspiration au bord de la mer à Trouville. Charlotte, jeune admiratrice de l'écrivain dont Maquet tombe instantanément amoureux croit qu'il est le grand homme ! Malgré les tentatives pour révéler à la jeune fille qui il est réellement, le malentendu s'installe.

Il y a des "choses" vraiment formidables dans ce film. Voir de la littérature au cinéma, moi, j'adore. C'est l'assurance la plupart du temps, et c'est le cas ici, d'avoir à se mettre dans les oreilles de beaux dialogues joliment troussés et un rien ampoulés comme j'aime. Aucune phrase ne commence par "à la base" et ne se termine par "c'est clair". Et ça, c'est "juste" délicieux.

Et puis il y a les acteurs. Le tandem de deux "monsieur plus" excessifs et d'ordinaire plus tonitruants fonctionne admirablement, tous deux ayant choisi (ou ayant été contraints par leur réalisateur) d'être plus "intérieurs" et d'opter pour une simplicité, une humilité et une subtilité qui leur conviennent parfaitement. Aucun des deux ne tirent la couverture. Et il se glisse derrière leur complicité parfois teintée de doute et de jalousie, beaucoup de mélancolie, une certaine lassitude qui s'accomodent incroyablement bien à la personnalité de ces deux acteurs parfois/souvent travaillés par le découragement. Depardieu/Dumas reste l'ogre épicurien qui baise et qui bouffe viscéralement mais ici plus fragile, parfois ridicule, il est vraiment touchant. Quant à Poelvoorde/Maquet, talentueux mais besogneux, c'est tout en finesse, humilité et douceur qu'il compose ce personnage fasciné et rebuté par son "maître". Il est extraordinaire.

Les femmes de ces monstres envahis par leur ego sont sublimes. En tête Catherine Mouchet qui avec sa voix envoûtante, son physique incomparable compose une savoureuse Madame Maquet capable de beaucoup de distance et qui joue de sa fantaisie. Dominique Blanc en ombre jalouse et protectrice de Dumas est finalement plus despote qu'elle ne paraît avec un art consommé de se rendre indispensable. Et enfin Mélanie Thierry est parfaite en jeune féministe rebelle et prête à la révolution.

Hélas, en mélangeant les histoires : littéraire, amoureuse, révolutionnaire (j'y ai perdu mon latin parfois à savoir qui est républicain qui est monarchiste et je m'en foutais éperdument)... j'ai l'impression que Safy Nebbou se prend un peu les pieds dans le tapis. Chaque histoire mérite qu'on s'y attarde mais ici j'aurais eu envie de me concentrer exclusivement sur Dumas et Maquet.