Mary et Max
de Adam Elliot ****
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
de Adam Elliot ****


Aaron vit dans un quartier populaire de Jérusalem avec sa femme et ses quatre enfants. C’est un juif orthodoxe. Il vient de perdre son père et rouvre la boucherie kasher qu’il tenait. Tout semble aller pour le mieux dans le plus banal, rassurant, lugubre et ultra orthodoxe des quotidiens possibles.
Banal pour cet endroit précis de la planète régi intégralement par la religion pratiquée sans compromission possible. Car vu d’ici, on a plutôt l’impression que ce petit coin du monde en est resté au moyen-âge ou à l’inquisition. Aaron, très respecté de sa communauté, tout comme sa femme et ses enfants s’accommodent fort bien de cette harmonie arbitrée par l’école talmudique, les prières, le rabbin.
Jusqu’à ce jour de pluie où Ezri vient s’abriter dans la boucherie d’Aaron. Difficile pour ce dernier (et on le comprend…) de résister à ce jeune étudiant, un peu triste et perdu, si seul et si beau. Du jour au lendemain, Aaron va voir avec effarement son monde de certitudes, de croyances et de convictions infaillibles se fissurer jusqu’à s’effondrer. Lors d’une étreinte avec Ezri, il murmurera « comment en suis-je arrivé là ? ». Mais aussi, il découvrira des sensations et des sentiments qui lui étaient inconnus. « Avec lui, je vis » dira t’il au rabbin venu lui demander pourquoi il est si difficile de se séparer du jeune homme.
Car évidemment les amours d’Aaron et Ezri ne sont pas concevables. Pire encore, dans cette religion, l’homosexualité n’existe pas, il n’y a ni place ni discussion possible sur ce point.
Parcouru de scènes d’une beauté et d’une profondeur insensées, étouffé par une musique lancinante qui laisse présager le drame à chaque instant, ce film met en évidence avec subtilité une facette des ravages de l’intégrisme religieux capable de salir la pureté de sentiments qui le dépasse.
Comment l’aveuglement, l’intolérance et la bêtise peuvent (tenter de) détruire des êtres.
Comment les textes religieux peuvent donner lieu à des interprétations qui affirment tout et appliquent le contraire. A cet égard d'ailleurs, le titre français est (pour une fois) pas mal choisi, même si le titre original "Eyes wide open" donnait le vertige également.
Le réalisateur ne cherche pas à séduire le spectateur avec une romance édulcorée et c’est plus dans les regards et l’urgence que dans les discours que tout se joue. Il n’élude pas non plus la scène difficile où les deux hommes s’embrassent pour la première fois. Elle est très belle, brutale et douce. Et ce qui est encore plus beau c’est l’étincelle que l’on voit s’allumer dans l’œil jusque là éteint d’Aaron. Ezri va même l’apprendre à sourire. Et c’est sublime, tout simplement.
Mais les deux hommes surveillés en permanence (la beauté d'un plan fugace où l'on voit dans le reflet d'un autobus qui passe qu'un groupe les observe est sidérante...), harcelés, menacés, ils vont devoir choisir.
Le dernier plan fixe, long, insistant laisse le spectateur face lui aussi à un choix. Douloureux de toute façon, mais beau.
S’agit-il de renoncement, de sacrifice, d’altruisme ?
de Christophe Honoré ****



Tout semblait aller pour le mieux entre Suzanne et Samuel : lui chirurgien, elle souhaitant se remettre à son travail de kiné après avoir élevé leurs deux enfants devenus ados dans une grande maison du sud de la France. Et puis, pour aménager le futur cabinet de Suzanne c’est Ivan, ouvrier espagnol qui intervient. L’attirance réciproque entre la « bourgeoise » et le « prolo » ne tarde guère à se manifester
Qui aurait cru qu’à partir d’une trame aussi mince, on ne sombrerait pas une nouvelle fois, une fois de trop dans le banal trio amoureux assorti d’une petite historiette de différences de classes sociales ? C’est pourtant le cas et Catherine Corsini réinvente littéralement le triangle improbable où il y a forcément un personnage de trop. Mais elle s’y prend très habilement en ne cautionnant pas l’adultère, en ne faisant pas du mari trompé l’homme monstrueux à abattre, ni de l’amant un parti idéal. La réalisatrice nous parle de l’Amour, le seul, le vrai. Celui qu’on n’attend pas, qui vous foudroie quand on s’y attend le moins, qui bouleverse tout sur son passage, les certitudes, les habitudes, qui transforme la vie, fait rajeunir, rend heureux quand il est partagé. Et c’est le cas ici.
Hélas, un tel amour ne concerne pas toujours uniquement les deux amants, mais peut également chahuter, ébranler voire détruire l’entourage proche. C’est aussi le cas ici.
Ne sachant mentir et ne parvenant pas à cacher cette liaison, Suzanne la révèle à Samuel qui dans un premier temps s’effondre de chagrin et multiplie les attentions pour reconquérir sa femme. Manifestement stupéfaite de redécouvrir les sentiments de son mari, elle va promettre de renoncer à son aventure. Provisoirement bien sûr car le manque de l'être aimé va rapidement devenir envahissant.
Suzanne va finalement décider de vivre sa vie comme elle l’entend, de s’affranchir définitivement de ce mari qu'elle finira par avoir en horreur et dont elle dépend à tout point de vue. Elle va s’imaginer qu’en 20 ans de vie commune elle a acquis quelques biens. C’est compter sans l’habileté machiavélique de Samuel qui va user des seules armes qui lui restent pour tenter de faire à nouveau revenir sa femme. Il va utiliser ses relations, ses influences politiciennes pour couper les vivres à Suzanne, faire en sorte qu'elle et Ivan ne trouvent plus de travail.
Et c’est bien là toute la nouveauté de ce qui aurait pu n’être qu’un vaudeville de plus avec jalousie exacerbée. C’est beaucoup plus difficile de vivre le parfait amour quand on a plus un sou en poche. Et ici, ce n’est pas la passion elle-même qui détruit ou contrarie les amants mais les conditions et surtout les contretemps et complications pour la vivre.
Cela dit Suzanne et Ivan s’aiment sincèrement et Suzanne est plus forte que sa frêle apparence le laisse supposer…
Yvan Attal se tire admirablement du rôle peu enviable du mari trompé qui après le chagrin entend bien ne pas se laisser faire. Il affiche d’abord la belle assurance de celui à qui tout a réussi aussi bien dans la vie personnelle que professionnelle puis se met à vaciller dès qu’une pièce de son bel édifice lui échappe.
Sergi Lopez discret, fragile et rassurant, a la séduction moelleuse dans son œil de velours et son accent onctueux. Irrésistible.
Mais c’est Kristin Scott Thomas qui est la lumière chatoyante de ce film bouleversant qui s’embrase au moindre de ses regards. Elle est constamment d’une justesse et d’une crédibilité insensées. Lors d’une de ses rencontres avec Ivan, elle ne parvient pas à le quitter alors qu’elle doit rentrer chez elle, elle lui demande en riant « il faut que tu me chasses, sinon je ne pourrais pas partir ! » ; il finit pas lui dire « va t’en, rentre chez toi ». Le regard implorant, douloureux d’enfant paniqué qu’elle a à cet instant est tout simplement bouleversant et inoubliable. C'est grâce à de tels moments que je comprends pourquoi j'aime autant les acteurs. Comment font-ils parfois pour aller chercher de telles émotions qui traversent l’écran, vous saisissent et vous étreignent le cœur ?
Kristin Scott Thomas est plus que belle. C’est fou ce que les femmes au sourire triste peuvent être plus belles que les autres ! Elle a une classe folle. Elle est radieuse et bouleversante à l’image de ce film d’amour émouvant.
de Nicolas Winding Refn ****
Je vous avais déjà dit ici, à quel point ce film est formidable.

Mais pas suffisamment.
J'y reviens donc aujourd'hui car je l'ai revu et il me semble que je suis bien loin d'avoir rendu compte combien il est en fait impressionnant, remarquable, époustouflant...
Et, ce qui m'avait un peu échappé à la première vision : absolument bouleversant.
J'en suis sortie cette fois chavirée avec la certitude d'avoir vu une histoire d'amour, un grand film d'amour.
Si les références incontestables à Gus Van Sant et Wong Kar-Waï sautent aux yeux, ce qui est encore plus indiscutable c'est le caractère unique et personnel de ce premier film qui déborde d'idées prestigieuses et le rendent singulier, original, à nul autre pareil : ralentis surprenants et totalement injustifiés, texte qui s'affiche sur l'écran, décadrages audacieux, musique totalement pertinente...
Il est fréquent chez les cinéphilesphages de mon espèce d'établir un classement des films préférés en fin d'année. Incontestablement, en cette moitié d'année, je peux annoncer haut et fort que :
"J'ai tué ma mère" est (pour l'instant) MON COUP DE COEUR 2009.
Vous êtes convaincus ?


Entre Hubert ado de 16 ans et sa mère (épatante Anne Dorval) qui l’a élevé seule, le torchon brûle. Sérieusement, gravement.
Plus un instant de répit n’existe entre eux. Il trouve qu’elle mange salement, porte des vêtements trop voyants, qu’elle oublie tout, qu’elle parle pour ne rien dire, préfère écouter des émissions débiles que de discuter avec lui... En un mot elle « l’écoeure », il ne peut plus la supporter et chaque fois qu’ils cohabitent, en voiture quand elle l’emmène au lycée, à table pour les repas, c’est l’engueulade permanente, virulente, violente.
Cependant Hubert se souvient, et regrette le temps béni où ils s’aimaient, se parlaient.
Xavier Dolan est un surdoué : bon acteur, bon réalisateur, bon scénariste, il signe de chaque côté de la caméra et à 20 ans son premier film où il développe la mémoire encore fraîche de son adolescence et de cette période manifestement clé et envahissante où il a cessé d’aimer sa mère, quoique...
Nombriliste, égocentrique, narcissique, parfois branchouille, un rien poseur et j’en oublie sans doute, « J’ai tué ma mère » avait à peu près tout ce qu'il faut pour déplaire et agacer. Par ailleurs, Xavier Dolan est beau, il le sait, il joue de sa mèche à bouclettes rebelle, filme sous toutes les coutures son joli visage en plans très serrés et son joli corps. Dans ses petits pulls à col en V ou rayés, cela ressemble même parfois à une pub pour Jean-Paul Gauthier.
Malgré, ou est-ce à cause de tout cela, ce film est tout simplement formidable.
Formidablement drôle, impitoyable, cruel et parfois cru.
Outre le fait que Hubert devienne incompatible avec sa mère, qu’il ait des velléités d’indépendance (prendre un appartement à 16 ans !), qu’il s’ennuie en classe (forcément un surdoué…), il doit aussi assumer le fait qu’il est homosexuel et très amoureux. Cela fait beaucoup, d’autant que la mère qui semble dans un premier temps ne pas prendre au sérieux les éclats et insultes de son fils, son « Lou » comme elle l’appelle, continue à jouer (inconsciemment) à la mère poule immature, multipliant les gaffes et chantages affectifs.
Ce film est épatant et étonnant car manifestement Xavier Dolan ne s’est pas trompé de moyen d’expression et son film foisonne de références insistantes et touchantes à d’illustres aînés tels que Gus Van Sant et Wong Kar-Waï, mais aussi d’abondantes trouvailles personnelles.
Le délicieux accent québécois et la précision des expressions colorées et imagées que nos « cousins » utilisent, atténuent sans aucun doute la portée agressive des échanges verbaux d’une brutalité parfois sèche et tranchante, nous obligeant à sourire ou à rire franchement.
Faites un triomphe à ce grand petit film qui au final se révèle être non pas une déclaration de guerre mais le témoignage authentique et attendrissant de l’amour d’un petit garçon pour sa maman…
Je vous ai dit que ce film est formidable ?


Michaël a presque 16 ans en 1958 lorsqu’il rencontre Hanna par hasard dans une petite ville d’Allemagne de l’Ouest. Entre eux va naître une passion secrète et sensuelle qui va se transformer en sentiments profonds. De 20 ans son aînée, Hanna initie le tout jeune homme au plaisir tandis que lui, encore lycéen va l’enchanter en lui faisant la lecture à voix haute.
Un jour Hanna disparaît. Michaël, devenu étudiant en droit la retrouve des années plus tard en d’étranges circonstances…
Depuis Gran Torino (de qui vous savez), je n’avais pas autant inondé de mes larmes un fauteuil de cinéma. Avec la dernière demi-heure, je me suis effondrée face aux acteurs, aux personnages, aux thèmes bouleversants et aux questions sans réponse la plupart qui parcourent ce film frémissant à l’image du roman capital et troublant dont il est tiré.
Traiter dans le même livre de la question délicate des amours entre une adulte et un mineur, de la Shoah, de la responsabilité collective ou individuelle, de la culpabilité d’aimer un monstre… et d’autres choses encore que je ne révèle pas pour laisser quelques surprises à ceux qui n’ont pas lu le livre, pouvait laisser augurer un film des plus scabreux. Il n’en est rien parce que Stephen Daldry a la grande intelligence de ne rien résoudre, de ne rien juger et de faire de son film à la fois froid et déchirant une œuvre particulièrement dramatique et humaine. Il a également l’immense subtilité de laisser son héroïne « raconter » les camps sans montrer les images des horreurs qu’elle évoque.
Le scenario suit Hanna et Michaël ensemble ou séparément à travers trois périodes clé : 1958, 1988 et 1995 mais pas forcément de façon linéaire. Là non plus, je ne précise pas pour vous laisser les découvrir quels évènements particuliers marquent ces trois années essentielles précisément. Il fallait beaucoup de finesse et de lucidité pour parvenir à émouvoir sans choquer, trahir ou juger. Le pari est parfaitement réussi je trouve.
Quant aux acteurs, ils sont tout simplement fabuleux.
Kate Winslet, très incontestablement récompensée d’un Oscar pour ce rôle, est absolument époustouflante. En peu de mots mais avec une palette d’expressions et d’émotions considérables elle parvient à rendre son personnage énigmatique et équivoque, supportable. Il faut la voir réagir en larmes, en indignation ou en rires face aux lectures de son jeune amant. La démarche lourde et l’inquiétude et la méfiance chevillées au regard, à la fois dure et vulnérable, elle conserve le sourire le plus triste jamais vu. Cette actrice est extraordinaire.
Face à elle, le tout jeune David Kross, séduisant sans être l’ado lisse et stéréotypé qu’on voit trop souvent, parvient à mêler de façon assez troublante l’enfant qu’il est encore et l’adulte qu’il est en train de devenir. Dans les scènes très osées face à Kate Winslet, il est absolument incroyable tout comme dans les moments où il doit lire. On a très hâte de le retrouver.
C’est Ralph Fiennes qui incarne Michaël adulte. Il a évidemment tout ce qu’il faut et notamment cette personnalité ombrageuse pour interpréter cet homme déstabilisé par l’amour d’un été qui l’a brisé à jamais le rendant indisponible aux autres.



Dans un violent accident de voiture, Mateo Blanco perd à la fois la vue et la femme qu’il aime. La tragédie est double pour cet homme car que peut-il arriver de pire à un réalisateur de cinéma que de devenir aveugle ? Cela se passait il y a 14 ans et depuis, sous le pseudonyme d’Harrry Caine, Mateo écrit des scenari.
Un jour, Harry/Mateo entreprend de raconter au jeune Diego, le fils de sa directrice de production qui veille sur lui (et réciproquement…) de lui retracer dans le détail l’histoire de son amour, de sa passion pour Lena et pour le cinéma.
Comment parler d’un film dont la dernière réplique est « L’essentiel pour un film n’est pas qu'il sorte en salle mais de le terminer » ?
Depuis longtemps, Pedro le Grand nous a habitués à nous embarquer dans son univers, nous bercer, nous enflammer, nous conquérir et parfois même nous dévaster le cœur. Une nouvelle fois, il nous emmène au bord du précipice et des ravages de la passion qui peut faire commettre les pires horreurs, mais aussi il parle des sentiments plus forts que tout, de l’amour, de la douleur, du chagrin, des erreurs irrémédiables, du poids de la culpabilité, du bonheur si éphémère et de la faculté admirable que certains ont, comme souvent chez Pedro, de pardonner… Plus que jamais, comme délivré de son « incurable » fantaisie débridée, il parle de la vie et de l’amour avec une force, une mélancolie, une langueur infinies qui font de ce film, son meilleur, le plus grand, le plus beau.
Ce film est un vertige comme je les aime et une extase aussi.
Le scénario en béton armé est un monument de perfection. Toute la tension dramatique qui ne faiblit jamais jusqu’à l’ultime bobine est filmée avec une maîtrise, une maestria qui font de ces "Etreintes brisées", en plus de l’intérêt constant qu’on porte à l’intrigue palpitante, un objet d’une beauté sans nom.
On ne dira jamais assez à quel point on reconnaît le « style », les couleurs, les lumières, les thèmes, les sons « almodovariens », et pourtant ce film à part, est comme un sommet, une apothéose. Sans doute parce qu’il est aussi la déclaration d’amour d’un cinéaste/cinéphile au cinéma. Tous les hommages que le réalisateur rend ici au Septième Art donnent le frisson : de l’énumération des DVD classés dans une dvthèque à la scène où Lena (Penelope Cruz, ÉTOURDISSANTE !) sanglote de voir Ingrid Bergman pleurer dans le film de Rossellini « Voyage en Italie », à cette autre où déjà aveugle, le réalisateur demande : « je veux entendre la voix de Jeanne Moreau » avant de « regarder » « Ascenseur pour l’échafaud », jusqu’au fait (GÉNIAL) du tournage du film dans le film et du tournage du making-off sur le tournage du film dans le film !!!
Vertigineux, je vous dis… mais totalement maîtrisé, limpide, sombre et lumineux. C’est comme si Almodovar déroulait devant nous tous les méandres tortueux d’un labyrinthe dont on se dit, incrédules, qu’il est tellement complexe que sa résolution va décevoir, forcément. Et puis, tout s’explique, se justifie, se pardonne, ou presque… Et l'on reste ébahi et désemparé et l'on goûte jusqu'à la dernière note et le dernier mot du générique pour ne pas quitter encore la sensation qu'a laissée la dernière image extraordinairement apaisée.
C’est Lluis Homar, mélange de Laurence Olivier et de Vittorio Gassman qui est le réalisateur aveugle, amoureux, cinéphile. Il est parfait.
Mais que dire de Penelope Cruz ? Après tout ce que j’ai lu sur elle et surtout la façon qu’elle a de parler d’Almodovar, comme étant sans doute l’homme le plus important de sa vie, son père, son mentor, sa boussole, son inspirateur, celui contre lequel elle se blottit pendant les tournages, celui qui l’aime et la protège, je m’étais mise à l’aimer, comme je l’avais aimée dans « Tout sur ma mère » et « Volver », avec admiration et envie. Et puis je l’avais trouvée exécrablement insupportable à Barcelone...
Et puis là, magie du cinéma, magie de Pedro… Penelope est une actrice phénoménale qui capture l’écran tout entier et le spectateur aussi. Dès qu’elle disparaît de l’image ou de l’histoire, elle manque, elle laisse un vide que rien ne peut combler que le souvenir ou l’espoir de la revoir. Et elle revient, encore et encore… Et Pedro s’empare d’elle et surtout de toutes les émotions qu’elle est capable d’exprimer, c’est-à-dire de toute la palette d’émotions dont un être humain est capable, de la joie à la douleur, en passant par le dégoût sans oublier de lui permettre quelques scènes de comédie et aussi de la faire « jouer mal » pour les besoins du film. La voir est fascinant, mystérieux et éblouissant.
Il faut que Penelope et Pedro se retrouvent et ils formeront sans doute un des couples de cinéma les plus mythiques qui soit.
En attendant, ce film admirable doit faire partie de toute cinéphilie digne de ce nom.
Mais que ces « Etreintes brisées » soient reparties bredouilles de Cannes est totalement inconcevable.

Simon est un adolescent introverti et taciturne, mal dans sa vie, mal dans sa peau, tourmenté par une histoire familiale pesante. Ses parents sont morts dans un accident de voiture, son grand-père qui ne va pas tarder à mourir lui aussi, lui fait des révélations dérangeantes et il vit avec son jeune oncle (le (très très beau…) frère de sa mère) plutôt secret et mélancolique.
Tout cela serait relativement ordinaire si Simon ne se laissait prendre au piège d’un exercice apparemment inoffensif proposé par sa prof de français. A partir de la traduction d’un texte, Simon se prend à développer une histoire dans laquelle son père serait un terroriste qui aurait déposé une bombe dans le sac de sa mère enceinte lorsqu’elle devait prendre un vol pour Béthléem, via Tel-Aviv et rejoindre sa belle-famille. Encouragé par sa prof, Simon va décrire et détailler cette histoire insensée jusqu’à y croire lui-même et fasciner d’abord ses camarades de classe. Puis par le biais de « tchats » sur Internet de plus en plus de personnes à travers le monde vont se sentir touchées et vont donner leur avis, leur sentiment, juger, condamner, chercher à comprendre et relayer l’histoire, un peu comme l’effet du battement d’ailes d’un papillon… L’un des aspects, peut-être pas le plus saisissant mais sans doute le plus significatif étant que certains passagers du vol dans lequel aurait dû avoir lieu cet attentat imaginaire se considèrent comme des victimes rescapées.
Atom Egoyan nous plonge une nouvelle fois au sein d’une famille relativement banale qui n’a jamais réussi à exprimer le non-dit, dire la douleur ou tenter de formuler la vérité. A l’aide d’un puzzle quasiment kaléidoscopique absolument fascinant et troublant il nous emporte à un rythme soutenu et époustouflant mais dans une aisance totale au cœur de la famille, explorant grâce aux évènements qui l’ont composée, le mensonge, le racisme, la responsabilité, la tolérance, la religion, la communication, l’éducation, ce qu’on en fait, comment on y résiste ou comment cela forge ou détruit les êtres ? Les allers retours entre passé et présent sont limpides, peu à peu la lumière apparaît et les réponses aux questions évoquées sur l’affiche s’éclaircissent, nous laissant néanmoins avec de nombreuses interrogations (sur le phénomène monstrueux qu’est devenu Internet notamment) car évidemment ce manipulateur d’Egoyam ne nous emmène pas forcément là où on pensait aller.
Ce film engloutit le spectateur dans des abîmes jubilatoires de griserie, l’interprétation est un délice de tous les instants (profondeur et intensité du jeune Devon Bostick, d'Arsinée Khandjian et de Scott Speedman) la musique obsessionnelle donne le frisson, mais…
AVERTISSEMENT : vous plongez dans les cinq premières minutes ou jamais..