06.12.2011
L'ART D'AIMER d'Emmanuel Mouret **



Avez-vous déjà remarqué, au moment où vous tombez amoureux la petite musique ou l'orchestre symphonique qui se déclenche dans votre tête ? Chaque histoire d'amour a la sienne ou plutôt chaque amoureux. C'est l'argument de départ très attirant du propos d'Emmanuel Mouret qui hélas l'abandonne étrangement dans les dix premières minutes. Et en effet, le premier volet de ce qui ne sera ensuite qu'un film à sketches (donc forcément inégal) est tout à fait encourageant. On y suit Laurent, pianiste et compositeur qui plaît aux femmes : il a le physique affolant et la mèche follement romantique de Stanislas Merhar, mais qui n'entend jamais résonner les accords parfaits d'une partition harmonieuse. Au moment même où Laurent, mélancolique et inquiet (on comprend bien pourquoi) se promène dans une forêt où il semble percevoir quelques notes encourageantes, le réalisateur abandonne définitivement son personnage et en laisse son film et la spectatrice orphelins...
S'ensuit une succession de situations plus ou moins réalistes et loufoques autour du thème inépuisable que s'est choisi Emmanuel Mouret depuis son premier film : l'amour et son badinage chabadabada. Si on sourit souvent, qu'on éclate de rire parfois (grâce à Frédérique Bel, irrésistiblement horripilante dans son numéro si naturel d'emmerdeuse contrariante et indécise), jamais on est ému. Tant pis. On passe un agréable moment dans des endroits chics et propres avec des gens privilégiés qui ont de jolies professions (libraires pour la plupart), ont des problèmes cardiaques et vivent dans de superbes appartements blancs avec des tableaux accrochés aux murs.
Devant le manque de "liant" de cette comédie gentillette, ensoleillée et souriante, il ne reste plus qu'à observer les prestations des acteurs qui se régalent à jouer les amoureux. Je commence par le pire du pire : Julie Depardieu va finir par disparaître en se voûtant un peu plus de film en film et en jouant les frustrées timides. Un réalisateur aura t'il enfin l'audace et l'imagination de lui confier un rôle de femme forte qui rit aux éclats ? Un rôle de composition donc.
Pour les autres, ils ont tous l'étincelle des amoureux au fond des yeux chacun à leur façon. Achille/ François Cluzet n'en peut plus de tenter de "conclure" avec sa capricieuse voisine. Louis-Do de Lencquesaing est impayable en mufle intégral (mais là encore, un peu d'imagination... ce garçon est un serial tombeur lover !). Les filles sont charmantes et désirables et les garçons empotés et malmenés.
La meilleure scène (si l'on excepte la partie Stanislas Merhar) est celle où Vanessa (Elodie Navarre) et William (Gaspard Ulliel, très beau) qui s'aiment depuis l'enfance se piquent de jouer au couple moderne en s'accordant une soirée où chacun va tromper l'autre, se retrouvent dos à dos dans le même café sans se voir. Subtil et troublant.
Emmanuel Mouret est donc capable d'un grand film d'amour qui ne ressemblerait à aucun autre mais il ne l'a pas encore réalisé.
12:14 Publié dans 4 ** INTERESSANT | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : l'art d'aimer d'emmanuel mouret, stanislas mehrar, françois cluzet, frédérique bel, judith godrèche, louis-do de lencquesaing, élodie navarre, gaspard ulliel, julie depardieu, ariane ascaride, philippe magnan, cinéma
02.11.2011
INTOUCHABLES de Eric Toledano et Olivier Nakache *


Philippe, richissime paraplégique recrute Driss, chômeur du 9-3 de longue durée pour s'occuper de lui H 24. Entouré d'une armée d'assistants, secrétaires et autres experts para-médicaux, Philippe recherche surtout quelqu'un qui le prendra en charge puisqu'il ne peut plus effectuer aucun geste, sans pour autant s'appitoyer sur lui. Avec Driss, il est particulièrement bien servi puisque le jeune homme manie un humour, parfois très noir, qui convient bien à Philippe mais c'est surtout son dynamisme et son insouciance qui vont remettre beaucoup de baume au coeur de cet homme qui se désespère parfois ! Pourquoi se désespère t'il d'ailleurs, a t'on envie de dire, tant ce film a l'air de vouloir exprimer qu'être totalement paralysé et dépendant avec une conscience très précise de sa condition, n'est finalement pas si invivable ? Mais je pense que tout handicapé n'a pas la chance d'avoir une nounou comme Omar Sy qui est la tornade absolument irrésistible du film !
Cette histoire est tirée d'un cas réel (y'a t'il encore des films qui ne le soient pas ?) ce qui doit être la caution incontournable pour se dédouaner de rire très fort d'un handicapé ou du moins de ce qui lui arrive ainsi que de certaines situations mises en scène par l'improbable duo de comiques ! Le scénario constitue d'ailleurs une succession de sketches plus ou moins hilarants avec l'as de la réplique qu'est Omar Sy. Ce garçon parvient à TOUT faire passer même les blagues les plus bas de plafond à propos des chtis notamment. Dès que ce film s'égare en banlieue, tous les clichés nous sont servis et je vous en fais grâce. Mais c'est une impression d'angélisme qui domine l'ensemble et le personnage de Driss est une caricature de perfection. Bien sûr, il vient de passer 6 mois en prison... mais c'est une injustice sans nom tant ce garçon est gentil, doux, drôle, intelligent, prévenant, attentionné qui aime sa maman, son ptit frère, danse comme un Dieu (merci pour la scène) et a une solution à toutes les misères de la terre.
Rire autant pendant près de deux heures n'est pas courant, c'est libérateur et bien agréable. Mais prétendre que ce film "traite" un sujet et que les séquences d'émotion succèdent aux scènes de poilade : NON. Quand on ne se marre pas, on s'ennuie un tantinet et à aucun moment je n'ai cru à la souffrance de Philippe. Non pas que François Cluzet se sorte mal de son rôle de paraplégique, au contraire, il est parfait. Mais le mélange des genres ne prend pas ici (revoir Mar Adentro).
Le voyage vaut pour Omar Sy séduisant, torride, irrésistible, drôle... mais drôle à un point !!! J'ai falli m'étouffer plusieurs fois notamment lorsqu'il accompagne François Cluzet à l'Opéra... mais pas que !
Yeeeeeeeeeepaaaaaaaaaaaaaah, j'ai réussi à placer "mais pas que" !
18:32 Publié dans 5 * Bof ! Mais pourquoi pas ? | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : intouchables de eric toledano et olivier nakache, françois cluzet, omar sy, anne le ny, cinéma
28.03.2010
MA SEMAINE AU CINEMA
SOUL KITCHEN de Fatih Akin ***

LA REVELATION (STORM) de Hans Christian Schmid***

WHITE MATERIAL de Claire Denis **

BLANC COMME NEIGE de Christophe Blanc **

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MES COUPS DE/AU COEUR

12:32 Publié dans BILAN DE LA SEMAINE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blanc comme neige de christophe blanc, françois cluzet, jonathan zaccaï, louise bourgoin, olivier gourmet, cinéma, soul kitchen de fatih akin, birol unel, adam bousdoukos, moritz bleibtreu, anna bederke, revelation (storm) de hans christian schmid, kerry fox
25.03.2010
BLANC COMME NEIGE de Christophe Blanc **



12:44 Publié dans 4 ** INTERESSANT | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blanc comme neige de christophe blanc, françois cluzet, jonathan zaccaï, louise bourgoin, olivier gourmet, cinéma
15.11.2009
Ma semaine au cinéma et Mes coups de coeur
A l'origine de Xavier Giannoli ****





16:16 Publié dans BILAN DE LA SEMAINE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, xavier gianolli, clint eastwood, à l'origine, françois cluzet, emmanuelle devos, away we go, sam mendes, la grande vie, laurent capelluto, l'enfer d'henri-georges clouzot
12.11.2009
A l'origine de Xavier Giannoli****


A l'origine, il y a un scarabée. Mais reprenons au commencement...
Philippe est un petit escroc qui vit d'arnaques plutôt gonflées à des entreprises. Avec de faux documents et un téléphone il organise un trafic de revente de matériel. Jusqu'au jour où en passant devant le chantier de construction d'une autoroute il découvre un projet abandonné depuis deux ans suite à une plainte des écologistes. La population, dont 25 % est au chomage, reprend espoir à l'arrivée de Philippe qui se fait passer pour un représentant d'une des filiales du chantier. Jusque là il n'avait eu affaire qu'à des anonymes mais en rencontrant certains habitants de cette petite commune du Nord de la France sinistrée depuis l'arrêt du chantier, il va être pris à son propre piège. Il ne va pas, comme les autres fois, réussir à s'échapper une fois son forfait accompli et va se retrouver à la tête d'un chantier colossal : construire un bout d'autoroute. Son mensonge devient peu à peu plus grand, plus énorme, trop grand pour lui de toute façon, mais des liens se tissent avec une jeune femme attachante et courageuse, Monika (la jeune Soko, extraordinaire) qui cumule deux petits boulots pour essayer de s'en sortir, son petit ami Nicolas (Vincent Rottiers, formidable) en qui Philippe doit sans doute reconnaître le jeune homme magouilleur qu'il a dû être, et surtout Stéphane, la Maire de la commune qui va non seulement lui accorder une confiance aveugle mais lui réapprendre à sourire, à aimer, à vivre. Un peu...
Xavier Giannoli filme avec beaucoup d'ambition cette histoire invraisemblable (et pourtant tirée d'un fait divers) à la fois épique et intime. On pourrait évoquer Ken Loach tant l'aspect social est au cœur même du film. Mais le réalisateur ne tombe jamais dans le misérabilisme ou la compassion facile. Il filme ample des paysages un peu désolés, des briques rouges souvent assombries par la pluie, des ciels bas à l'horizon du plat pays. Il donne aux machines des allures d'oiseaux métalliques, de grands monstres en fer irréels et leur fait exécuter de véritables ballets nocturnes. C'est magnifique mais pas seulement. Giannoli donne une dimension supra-sensible aux joies, aux espoirs et aux drames humains qu'il met en œuvre dans cette aventure incroyable. Il parle d'enthousiasme collectif, d'équipe, de solidarité.
Peut-être qu'à l'origine, les hommes étaient comme cela...
Et tout cela en nous racontant l'histoire d'un petit malfaiteur sans grande envergure mais plutôt malin et opportuniste. Ce truand c'est François Cluzet, une nouvelle fois épatant. Tendu, nerveux, silencieux, parfois désorienté par l'étendue de sa propre escroquerie, puis transfiguré par le bonheur des sentiments qu'il découvre (amour, amitié), il est constamment d'une justesse inouïe. Face à lui, Emmanuelle Devos rayonne de douceur.
Ce film asphyxiant à cause de l'ombre de l'imposture qui plane sur lui, est un GRAND film.
08:16 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : à l'origine, xavier giannoli, françois cluzet, emmanuelle devos, soko, vincent rottiers
29.09.2009
Le dernier pour la route de Philippe Godeau **


Hervé est patron d’une agence de presse, marié et père d’un grand garçon. Tout serait pour le mieux s’il n’était dépendant depuis de longues années à l’alcool. L’histoire commence le jour où Hervé décide de se rendre dans un centre de désintoxication en pleine nature. Après avoir pris plusieurs « petits déjeuners » à sa façon : deux verres de vin blanc au café du coin, un verre de vin blanc au buffet de la gare… il découvre l’endroit où il a choisi de vivre pendant six semaines, la chambre qu’il partagera avec un autre pensionnaire, le groupe avec qui il vivra chaque jour obligatoirement jusqu’à 22 heures (extinction des feux), la « quarantaine » d’une semaine (aucun contact avec l’extérieur, pas même les proches), les réunions où chacun évoquera tour à tour sa dépendance et les conséquences qu’elle a eues sur la vie… Il fait la connaissance de ces compagnons blessés et de l’équipe soignante qui est intégralement composée d’anciens alcooliques, des médecins aux infirmiers et divers psys…
Ce n’est qu’en quelques flash-backs que l’on voit comment Hervé complètement addict se levait la nuit pour vider des bouteilles seul dans la cave en pleurant de honte, jusqu’à tomber. Comment sa femme le regarde (Anne Consigny, la souffrance faite actrice…) et son fils l’évite.
En écoutant le récit de ses compagnons qui tentent de reprendre goût aux choses avec douleur, ironie, colère ou découragement selon les cas, il découvre qu’il n’est pas seul et que ce « problème avec l’alcool » comme disent la plupart des dépendants, est une maladie dont on ne guérit jamais mais qu’on peut contrôler. Il réalise peu à peu les dégâts irréversibles qu'elle a également provoqués sur les êtres les plus proches (sa femme, son fils) soulagés enfin qu’il ne soit plus à la maison.
Interpréter de façon plus qu’impeccable par un François Cluzet abîmé, constamment dense et profond sans jamais être excessif qui sait d’ailleurs exactement de quoi il est question, mais aussi par quelques autres dont Michel Vuillermoz et Marilyne Canto, ce film souffre de son manque de… souffrance ! Il n’y a pratiquement jamais une tête qui dépasse dans ce scénario bien rangé qui aligne des sentences thérapeutiques bien proprettes et prévisibles et où personne ne semble ressentir le manque (ou si peu).
Les deux (donc trop rares) apparitions du médecin du centre (très très étonnant et inquiétant Philippe du Janerand) qui décrit de façon clinique et chirurgicale les risques, dangers et ravages de l’alcoolisme sur l’organisme (sur le foie : hépatites, cirrhose, reflux, gastrites… ou sur le système nerveux : démence) devant son auditoire épouvanté sont suffocantes.
12:41 Publié dans 4 ** INTERESSANT | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : le dernier pour la route, philippe godeau, cinéma, françois cluzet, micher vuillermoz, marylin canto






